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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2008065

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2008065

mardi 6 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2008065
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantMANSEUR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 octobre 2020, la société Yoda, représentée par Me Manseur, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 septembre 2020 par lequel le préfet de police des Bouches-du-Rhône a prononcé la fermeture administrative de l'établissement " La villa Dona ", situé à Marseille, pour une durée d'un mois et quinze jours ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté attaqué ;

- elle n'a pas été en mesure de présenter valablement ses observations, dès lors que la mise en demeure qui lui a été adressée était fondée sur le non-respect des règles sanitaires relatives à la Covid-19 ; le principe du contradictoire a donc été méconnu ;

- l'arrêté en litige est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation puisqu'elle-même respecte depuis le 8 août 2020 les normes acoustiques en vigueur.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 novembre 2021, la préfète de police des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par la société Yoda ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la santé publique ;

- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 ;

- le décret n° 2010-720 du 28 juin 2010 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les conclusions de M. Garron, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société " Yoda " exploite un débit de boissons sous l'enseigne " La Villa Dona " à Marseille. Par arrêté du 23 septembre 2020, la préfète de police des Bouches-du-Rhône a prononcé, sur le fondement des dispositions de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique, la fermeture administrative pour une durée d'un mois et quinze jours de l'établissement. La société Yoda demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique : " () 2. En cas d'atteinte à l'ordre public, à la santé, à la tranquillité ou à la moralité publiques, la fermeture peut être ordonnée par le représentant de l'Etat dans le département pour une durée n'excédant pas deux mois. Le représentant de l'Etat dans le département peut réduire la durée de cette fermeture lorsque l'exploitant s'engage à suivre la formation donnant lieu à la délivrance d'un permis d'exploitation visé à l'article L. 3332-1-1() ". Les mesures de fermeture de débits de boissons ordonnées par le représentant de l'Etat dans le département et, à Marseille, le préfet de police, sur le fondement des dispositions de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique ont toujours pour objet de prévenir la continuation ou le retour de désordres liés au fonctionnement de l'établissement, indépendamment de toute responsabilité de l'exploitant. Une telle mesure doit être regardée en conséquence comme une mesure de police.

3.Aux termes de l'article 78-3 du décret du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'Etat dans les régions et départements : " Dans le département des Bouches-du-Rhône, le préfet de police des Bouches-du-Rhône a la charge de l'ordre public. () Il assure les missions de police administrative concourant à la sécurité intérieure dévolues au représentant de l'Etat dans le département par : les titres II et III du livre III de la troisième partie du code de la santé publique () ".

4. Par un arrêté du 24 février 2020, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture des Bouches-du-Rhône, le préfet de police des Bouches-du-Rhône a donné à M. A B, directeur de cabinet, signataire de l'arrêté attaqué, délégation à l'effet de signer tous actes, arrêtés ou décisions dans les limites des attributions du préfet de police. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit être écarté.

5. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales () ".

6. Préalablement à l'édiction de l'arrêté du 23 septembre 2020, le préfet de police des Bouches-du-Rhône a, par courrier du 13 août 2020, notifié le lendemain, invité le gérant de l'établissement " La Villa Dona ", à présenter ses observations sur son intention de procéder à la fermeture temporaire de cet établissement, en lui indiquant qu'il avait la possibilité de présenter des observations pendant un délai de quinze jours. Contrairement à ce que soutient la société requérante, ce courrier ne faisait pas référence à la méconnaissance du protocole sanitaire lié à l'épidémie de Covid-19 mais précisément à la constatation par les services de police de plusieurs infractions commises les 2, 23 et 30 juillet 2020 à 22h05, 23h50 et 23h40 ainsi que le 10 août 2020 à 00h15 par la diffusion de musique amplifiée émanant de la terrasse. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure contradictoire préalable à la décision attaquée manque en fait.

7. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué, qui vise notamment le 2 de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique, que la préfète de police des Bouches-du-Rhône a prononcé la fermeture administrative, pour une durée d'un mois et quinze jours, de l'établissement " La Villa Dona " après avoir constaté l'existence de troubles à la tranquillité publique constitués par les nuisances sonores mentionnées au point précédent.

8. Selon le rapport du 3 août 2020 du commissaire de police de la direction départementale de la sécurité publique des Bouches-du-Rhône, une équipe du groupe de débits de boisson a constaté le 2 juillet 2020 à 22h05 des nuisances sonores en provenance de la terrasse de " La Villa Dona " provoquées par la présence d'un chanteur avec micro et d'un musicien jouant de la guitare électro-acoustique branchée sur un amplificateur. Ce rapport fait référence à une pétition du voisinage se plaignant des nuisances sonores récurrentes. Alors que les riverains ont continué de se plaindre des nuisances en sollicitant régulièrement l'intervention des services de police, de nouveaux contrôles de l'établissement ont été réalisés le 23 juillet à 23h50 et le 30 juillet à 23h40 au cours desquels ont été constatés la présence d'un chanteur et d'un groupe de musique sur la terrasse produisant une musique à haut volume sonore. Par un courrier du 10 août 2020, le commissaire de police sollicitait à nouveau le préfet de police pour lui demander de prendre une sanction à l'encontre de l'établissement au vu d'une nouvelle constatation le 10 août 2020 à 00h15 d'un volume sonore de musique très élevé. Si la société Yoda se prévaut d'une étude acoustique réalisée le 7 août 2020 et d'une attestation de calibrage du même jour censée démontrer le respect du niveau maximal autorisé de 82 décibels, ces documents techniques ne portent pas sur la diffusion de musique à l'extérieur de l'établissement mais à l'intérieur de celui-ci, et ne sont, dès lors, pas de nature à remettre en cause les constatations faites le 10 août 2020. Les faits visés aux points 6 et 8, dont la matérialité est ainsi établie, caractérisent une atteinte à l'ordre et à la tranquillité publics de nature à justifier la fermeture administrative de l'établissement sur le fondement du 2 de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique. Compte tenu de la gravité et du caractère répété des manquements qui ont justifié la mesure de fermeture, le préfet de police des Bouches-du-Rhône, en fixant la durée de celle-ci à un mois et quinze jours, n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des circonstances de l'espèce.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la société Yoda n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté de la préfète de police des Bouches-du-Rhône du 23 septembre 2020.

Sur les frais liés à l'instance :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée à ce titre par la société Yoda soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Yoda est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Yoda et à la préfète de police des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Jorda-Lecroq, présidente de chambre,

Mme Gaspard-Truc, première conseillère,

Mme Hetier-Noël, première conseillère,

Assistées de Mme Faure, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2022.

La rapporteure,

Signé

F. C

La présidente,

Signé

K. Jorda-Lecroq

La greffière,

Signé

N. Faure

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

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