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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2008293

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2008293

jeudi 1 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2008293
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCP LESAGE BERGUET GOUARD-ROBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un déféré, enregistré le 28 octobre 2020, le préfet des Bouches-du-Rhône demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 23 janvier 2020, par lequel le maire de la commune de Vernègues a délivré à M. et Mme A un permis de construire autorisant la réalisation d'une maison individuelle sur un terrain situé Montée de Gancel sur le territoire de ladite commune.

Il soutient que :

- le permis a été accordé en méconnaissance de l'article L. 422-5 du code de l'urbanisme ;

- le permis a été délivré en méconnaissance de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme ;

- le permis a été délivré en méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire, enregistré le 19 juillet 2021, la commune de Vernègues, représentée par Me Gouard-Robert, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat la somme de 1 600 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Par un mémoire, enregistré le 29 juillet 2022, M. et Mme B A, représentés par Me Manenti, concluent au rejet de la requête, et à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils font valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 19 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été prononcée avec effet immédiat, en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Busidan, première conseillère,

- les conclusions de M. Peyrot, rapporteur public,

- et les observations de Me Gouard-Robert, représentant la commune de Vernègues.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté daté du 23 janvier 2020, dont le préfet des Bouches-du-Rhône demande l'annulation au tribunal dans la présente instance, le maire de Vernègues a délivré à M. et Mme A un permis de construire autorisant la réalisation d'une maison individuelle avec garage, développant une surface de plancher de 88,03 m², sur un terrain situé montée de Gancel sur le territoire de ladite commune.

Sur les conclusions en annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 422-5 du code de l'urbanisme : " Lorsque le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale est compétent, il recueille l'avis conforme du préfet si le projet est situé : / a) Sur une partie du territoire communal non couverte par une carte communale, un plan local d'urbanisme ou un document d'urbanisme en tenant lieu () ".

3. D'autre part, si, lorsque la délivrance d'une autorisation administrative est subordonnée à l'accord préalable d'une autre autorité, le refus d'un tel accord, qui s'impose à l'autorité compétente pour statuer sur la demande d'autorisation, ne constitue pas une décision susceptible de recours, des moyens tirés de sa régularité et de son bien-fondé peuvent, quel que soit le sens de la décision prise par l'autorité compétente pour statuer sur la demande d'autorisation, être invoqués devant le juge saisi de cette décision.

4. Il est constant qu'à la date de l'arrêté en litige, la partie du territoire de la commune de Vernègues sur laquelle se trouve le terrain d'assiette du projet n'était pas couverte par un plan local d'urbanisme, ou un document d'urbanisme en tenant lieu. Par suite, en vertu des dispositions précitées de l'article L. 422-5, il appartenait au maire de recueillir l'avis du préfet des Bouches-du-Rhône et de conformer à cet avis sa décision sur l'autorisation sollicitée par la pétitionnaire. Alors que cet avis, daté du 12 novembre 2019 et d'ailleurs non visé dans l'arrêté en litige, a été défavorable aux motifs que le projet méconnaissait les articles L. 111-3, L. 111-4 et R. 111-2 du code de l'urbanisme, les défendeurs excipent de l'illégalité de cet avis au regard de ces dispositions.

5. L'article R. 111-2 du code de l'urbanisme dispose : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ". Les risques d'atteinte à la sécurité publique visés par ce texte sont aussi bien les risques auxquels peuvent être exposés les occupants du projet pour lequel le permis est sollicité que ceux que l'opération projetée peut engendrer pour des tiers. Pour apprécier si ces risques justifient un refus de permis sur le fondement de ces dispositions, il appartient à l'autorité d'urbanisme compétente, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, d'abord, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent, ensuite d'estimer, au vu du dossier et de l'instruction de la demande de permis, si des prescriptions spéciales, n'apportant pas au projet de modifications substantielles nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, ne permettraient pas d'accorder légalement le permis en en assurant la conformité aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.

6. Par un " porter à connaissance " du 23 mai 2014, actualisé le 4 janvier 2017, le préfet des Bouches-du-Rhône a attiré l'attention des autorités de plusieurs communes, dont celle de Vernègues, sur le risque incendie auquel est soumis tout ou partie de leurs territoires, et a invité les maires à faire usage des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme pour refuser ou assortir de prescriptions un permis de construire qui comporterait un risque pour la sécurité publique. Il a notamment recommandé, en zones d'aléa très fort et exceptionnel, une interdiction générale pour toutes les occupations du sol nouvelles, qu'elles soient ou non à usage d'habitation.

7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, notamment de la carte de l'aléa relatif au risque de feu de forêt, que le terrain d'assiette du projet est affecté pour partie par un aléa moyen et pour une partie moins importante par un aléa exceptionnel. Si, depuis l'établissement de ladite carte de l'aléa, la parcelle au nord du terrain en litige supporte maintenant une construction et a été en grande partie déboisée, un aléa exceptionnel demeure et concerne le sud de la parcelle d'assiette, qui borde une vaste zone forestière. Certes, une voie desservant le terrain ainsi que la dizaine de constructions qui en sont voisines la sépare de ce massif boisé dont la commune affirme qu'il est à l'opposé des vents dominants. Mais, alors que le préfet fait aussi valoir " le caractère particulièrement désorganisé des voies d'accès dont les caractéristiques structurelles et dimensionnelles ne permettent pas une intervention des services de secours dans des conditions normales ", les défendeurs ne versent au dossier aucun élément susceptible d'établir que cette voie constituerait un coupe-feu efficace ou permettrait une bonne défense du terrain contre l'incendie. Par ailleurs, même s'il ressort des pièces du dossier que le flanc Ouest de la parcelle est entièrement défriché en raison de la voie TGV, il en ressort également que le terrain d'assiette et les parcelles des propriétés voisines comptent encore quelques arbres. Dans ces conditions, alors qu'il ne ressort ni du dossier de demande ni de son instruction que des prescriptions spéciales pourraient permettre d'accorder un permis qui respecterait l'article R. 111-2 sans devoir être l'objet de modifications substantielles nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, le préfet des Bouches-du-Rhône n'a commis ni erreur de fait ni erreur manifeste d'appréciation en fondant son avis défavorable notamment sur le motif que le projet en litige ne respectait pas les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

8. Alors qu'il ressort des pièces du dossier que le préfet aurait émis le même avis défavorable en se fondant sur le seul motif précité, il résulte de ce qui précède que cet avis défavorable n'est pas illégal. Par suite, le maire de Vernègues devait s'y conformer, et par voie de conséquence, l'arrêté en litige méconnaît non seulement les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, mais également celles de l'article L. 422-5 du même code.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par les défendeurs sur ce fondement.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire de la commune de Vernègues en date du 23 janvier 2020 est annulé.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Vernègues et par M. et Mme A tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié au préfet des Bouches-du-Rhône, à M. et Mme B A et à la commune de Vernègues.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Hogedez, présidente,

- Mme Busidan, première conseillère,

- Mme Arniaud, conseillère.

Assistées de M. Alloun, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2024.

La rapporteure,

signé

H. BusidanLa présidente,

signé

I. Hogedez

Le greffier,

signé

S. Alloun

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier,

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