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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2008305

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2008305

jeudi 13 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2008305
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantLACROIX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 octobre 2020, et un mémoire complémentaire, enregistré le 22 décembre 2022 qui n'a pas été communiqué, Mme B A, représentée par Me Journault, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre de recette d'un montant de 4 201,83 euros émis à son encontre le 7 mai 2020 par la commune de Grans ;

2°) de la décharger de l'obligation de payer la somme de 4 201,83 euros ;

3°) de condamner la commune de Grans à lui rembourser l'ensemble des sommes perçues en exécution du titre ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Grans une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le titre n'est motivé ni en droit ni en fait, en méconnaissance des dispositions de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 ;

- la retenue pratiquée au mois de mai 2020 est illégale du fait de l'absence de rémunération ;

- elle n'est redevable d'aucune somme envers la commune.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 juillet 2022, la commune de Grans, représentée par Me Lacroix, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme A la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable, dès lors que la requérante n'a pas déposé un recours dans les deux mois de la notification du titre exécutoire, ou de la notification du premier acte de poursuite ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 6 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Felmy, rapporteure,

- les conclusions de M. Ouillon, rapporteur public,

- et les observations de Me Lacroix, représentant la commune de Grans.

Considérant ce qui suit :

1. Le 8 septembre 2018, Mme B A, adjointe technique territoriale employée par la commune de Grans et affectée au service cantine, a été victime d'un accident reconnu imputable au service. Par une décision du 11 septembre 2018, elle a été placée en congé d'invalidité temporaire imputable au service du 8 septembre 2018 au 26 février 2019. Par un arrêté du 14 janvier 2020, le maire de Grans l'a placée en congé de maladie ordinaire à compter du 27 février 2019, avec versement d'un demi-traitement à compter du 28 mai 2019. Par un jugement du 12 janvier 2022 devenu définitif, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa requête tendant à l'annulation de cet arrêté. Le 7 mai 2020, le maire de la commune de Grans a émis un titre exécutoire d'un montant de 4 201,83 euros à titre de régularisation des salaires perçus durant la période de congé de maladie ordinaire. Mme A a présenté un recours gracieux le 8 juillet 2020 tendant à l'annulation de l'avis des sommes à payer fondé sur ce titre, qui n'a reçu aucune réponse. Elle demande au tribunal d'annuler cet avis et de la décharger de l'obligation de payer la somme réclamée.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " () Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation () ". En vertu de ces dispositions, la mise en recouvrement d'une créance doit comporter, soit dans le titre de perception lui-même, soit par la référence précise à un document joint à ce titre ou précédemment adressé au débiteur, les bases et les éléments de calcul ayant servi à déterminer le montant de la créance.

3. Il résulte des mentions du titre contesté que celui-ci a pour objet la régularisation du salaire de la requérante, intervenu au mois de mai 2020. La requérante joint également son bulletin du mois de mai 2020, dont elle indique qu'elle l'a reçu avant le titre en litige, mentionnant un " rappel " de traitement indiciaire pour la période allant du 28 mai 2019 au 31 janvier 2020. Par suite, la requérante a été mise à même de connaître les fondements et modalités de calcul de la créance dont la commune se prévaut. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation du titre de recette doit, dès lors, être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort du titre attaqué que celui-ci a pour objet d'obtenir le reversement du traitement indument perçu par Mme A pour la période allant du 28 mai 2019 au 31 janvier 2020, pour un montant de 4 201,83 euros, correspondant à la différence entre la somme perçue de 12 638,20 euros versée par la commune au titre d'un plein traitement, et la somme correspondant au demi-traitement que la requérante devait percevoir en conséquence de son placement en congé de maladie ordinaire depuis plus de 90 jours. Si la requérante soutient qu'elle n'a effectivement perçu qu'un montant de 10 750,57 euros, elle se borne à produire son bulletin de salaire du mois d'avril 2020, peu lisible, qui ne permet pas de vérifier un tel montant, alors que la commune a retenu, pour le calcul du trop-perçu, le traitement indiciaire brut mensuel de 1 555 euros tel qu'il ressort des bulletins de paie versés au dossier. En outre, et de la même manière, si Mme A soutient que la commune de Grans n'a pas pris en compte la somme de 791,92 euros due au titre de l'exercice à plein traitement de ses fonctions pendant le mois d'avril 2020 compte tenu de sa reprise d'activité depuis le 16 mars 2020, elle ne donne aucune explication quant à la nature et au montant ainsi avancé de la créance dont elle se prévaut. Il en va de même de l'argument selon lequel le coût des primes versées à la collectivité par l'assurance de prévoyance collective aurait été supporté par elle.

5. En troisième lieu, si la requérante soutient que la retenue pratiquée au mois de mai 2020 est illégale en l'absence de rémunération, elle n'assortit pas son moyen de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation du titre de recette d'un montant de 4 201,83 euros émis à son encontre le 7 mai 2020. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin de décharge et de condamnation de la commune à lui rembourser les sommes perçues en exécution du titre ne peuvent qu'être rejetées.

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la commune de Grans, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme A une somme à verser à la commune de Grans au titre de ces frais.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Grans tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Grans.

Délibéré après l'audience du 29 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rousselle, présidente,

Mme Felmy, première conseillère,

Mme Hétier-Noël, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 avril 2023.

La rapporteure,

signé

E. Felmy

La présidente,

signé

P. Rousselle

La greffière,

signé

B. Marquet

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

2

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