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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2008317

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2008317

lundi 6 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2008317
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCP BERENGER BLANC BURTEZ-DOUCEDE & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 28 octobre 2020, 28 septembre 2021,

10 mai et 24 juin 2022, M. A C, représenté par Me Bainvel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 juin 2020 par lequel le maire de la commune de Marseille a délivré un permis de construire à la SCI César Aleman portant sur la surélévation d'un immeuble situé au 41 rue César Aleman, ainsi que la décision portant rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Marseille une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il dispose d'un intérêt à agir et sa requête est recevable ;

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît l'article 4 du règlement de la zone UA du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) quant à la profondeur de la construction ;

- il méconnaît l'article 5 du même règlement concernant les locaux techniques ;

- il méconnaît l'article 7 du même règlement relatif à l'implantation des constructions ;

- il méconnaît l'article 9 a) du même règlement sur l'insertion des constructions ;

- il méconnaît l'article 9-1 du même règlement quant à la cohérence des façades sur voie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mai 2021, la commune de Marseille conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens présentés par le requérant ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 27 août 2021 et 17 janvier, et un mémoire en demande reconventionnelle enregistré le 7 avril 2022, la SCI César Aleman, représentée par la SCP Berenger Blanc Burtez-Doucede, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, de rejeter la requête présentée par M. C ou, à titre subsidiaire, de surseoir à statuer ;

2°) de condamner le requérant au paiement de la somme de 199 136 euros sur le fondement de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme, avec intérêts au taux légal ;

3°) de mettre à la charge du requérant une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Elle soutient que :

- le requérant ne dispose pas d'un intérêt à agir ;

- la requête est irrecevable compte tenu de la méconnaissance de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- les moyens présentés par le requérant ne sont pas fondés ;

- le recours du requérant est abusif et elle est fondée à solliciter la somme de

199 136 euros sur le fondement de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme, compte tenu des surcoûts entraînés par le recours.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Arniaud,

- les conclusions de M. Peyrot, rapporteur public,

- les observations de Me Couronne, représentant M. C, et celles de Me Claveau, représentant la SCI César Aleman.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, propriétaire d'un immeuble situé sur un terrain cadastré n° 832 B 90 dans le 7ème arrondissement de Marseille, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 25 juin 2020 par lequel le maire de la commune de Marseille a délivré un permis de construire à la SCI César Aleman portant sur la surélévation d'un immeuble situé au 41 rue César Aleman, sur la parcelle cadastrée n° 832 B 178, ainsi que la décision portant rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, Mme D B, qui a signé l'arrêté attaqué, disposait, en sa qualité d'adjointe au maire de Marseille en charge notamment de l'urbanisme et du droit des sols, d'une délégation de fonctions portant notamment sur toutes les décisions relatives au droit des sols, par un arrêté n° 16/0127/SG du 30 mai 2016, transmis le même jour en préfecture, publié au recueil des actes administratifs de la commune du 1er juin 2016, et affiché en mairie. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de cet arrêté doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () 3° Subordonnent l'octroi d'une autorisation à des conditions restrictives ou imposent des sujétions () ".

4. Si le requérant soutient que l'arrêté est insuffisamment motivé, une décision accordant un permis de construire n'est pas au nombre des décisions administratives défavorables qui doivent être motivées au sens du code des relations entre le public et l'administration.

5. En troisième lieu, l'article 4 du règlement du PLUi de la zone UA prévoit que la profondeur des constructions doit être inférieure ou égale à 14 mètres pour les " niveaux destinés à l'habitation ". Selon ces dispositions, interprétées à la lecture des illustrations schématiques et des définitions du lexique, la terrasse située sur le toit du niveau préexistant en R+2 et supérieur à 14 mètres, n'entre pas dans le calcul de la profondeur du niveau " habitation " situé en R+3. De même, le balcon du niveau R+4 constitue une saillie n'entrant pas dans le calcul de la profondeur de la construction. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que les niveaux R+3 et R+4 présenteraient une profondeur supérieure à 14 mètres doit être écarté.

6. En quatrième lieu, l'article 5 du règlement du PLUi de la zone UAe prévoit que la hauteur de façade des constructions doit être inférieure ou égale à 19 mètres lorsque la largeur de l'emprise publique ou de la voie est supérieure à 8 mètres, comme c'est le cas en l'espèce compte tenu des places de stationnement. Ce même article précise que la hauteur totale correspond à la hauteur de façade augmentée de 3 mètres, ces 3 mètres pouvant inclure, au-dessus d'une toiture plate, des installations ou locaux techniques qui doivent s'inscrire en

5ème façade selon un angle de 30 degrés mesuré du haut de l'acrotère.

7. En l'espèce, la hauteur de la construction projetée n'est pas supérieure à 19 mètres et, contrairement à ce qu'allègue le requérant, il ne ressort pas des pièces du dossier que les locaux techniques prévus sur la toiture plate ne respecteraient pas un angle de 30 degrés mesuré du haut de l'acrotère. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5 du PLUi doit dès lors être écarté.

8. En cinquième lieu, selon l'article 7 du règlement du PLUi de la zone UAe, " la distance mesurée horizontalement entre tout point d'une construction et le point le plus proche d'une limite arrière est supérieure ou égale au tiers de la différence d'altitude entre ces deux points sans être inférieure à 4 mètres ".

9. Il résulte de ces dispositions que la distance horizontale minimale à respecter entre la construction et la limite arrière diffère pour chaque point de la construction, selon sa hauteur. Par suite, le requérant ne saurait utilement soutenir qu'un point de la construction situé au niveau R+3 ne respecterait la distance horizontale qui doit être respectée par un autre point de la construction du niveau R+4. Par ailleurs, il n'est pas établi, compte tenu des plans présents au dossier, que les distances entre les différents points de la construction et la limite arrière ne respecteraient pas les dispositions mentionnées ci-dessus.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article 9 a) du règlement du PLUi de la zone UAe : " Peuvent être interdits ou admis sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales, les constructions ou ouvrages à édifier ou à modifier qui, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou leur aspect extérieur, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains, à la valorisation du patrimoine ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ".

11. La circonstance que l'ouverture de fenêtres sur la limite latérale serait de nature à empêcher la surélévation de l'immeuble limitrophe n'est pas, en soi, propre à entraîner la méconnaissance des dispositions mentionnées ci-dessus. Par ailleurs, la surélévation en cause s'aligne en hauteur sur le bâtiment situé à son Est.

12. En septième lieu, selon l'article 9-1 du même règlement " k) En UA1 et UAe toutes les constructions implantées sur un même terrain* doivent être réalisées en cohérence avec le traitement de la construction donnant sur l'emprise publique* ou la voie* / l) En UA1 et UAe, les façades des constructions d'angle, les murs pignons et retours de façade doivent recevoir un traitement de qualité, en harmonie avec celui de la façade principale / p) UA1 et UAe, sur les façades donnant sur un espace public ou privé ouvert au public, les installations techniques* doivent être encastrées, sans saillie* par rapport au nu de la façade, de façon à être intégrées à la construction ou dissimulées () ".

13. D'une part, si le cœur d'îlot prévoit plusieurs retraits et non un seul, l'îlot en cause se situe à l'arrière de la construction et le second retrait, compte tenu de sa taille limitée, n'est pas de nature à créer une incohérence de la construction. D'autre part, la seule circonstance que les fenêtres de la façade latérale soient différentes de celles de la façade donnant sur la voie publique ne saurait suffire à regarder les deux façades comme étant en désharmonie. En l'espèce, les ouvertures de la façade latérale ne sont pas incohérentes avec celles de la façade donnant sur la voie publique. Enfin, contrairement à ce qu'allègue le requérant, il ne ressort pas du plan de la façade Nord-Ouest que l'édicule technique ne respecterait pas l'angle de 30 degrés, la partie hachurée de ce plan correspondant à l'édifice mitoyen et non à l'édicule. Enfin, en se bornant à indiquer que l'édicule sur le toit plat ne s'intègre pas à la façade principale et ne correspond pas à l'architecture art déco, le requérant, qui se fonde par ailleurs sur un avis de l'architecte des bâtiments de France antérieur aux modifications du projet, n'établit pas en quoi cet élément méconnaîtrait les dispositions de l'article 9-1 p) mentionnées ci-dessus.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme :

15. Aux termes de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme : " Lorsque le droit de former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire () est mis en œuvre dans des conditions qui traduisent un comportement abusif de la part du requérant et qui causent un préjudice au bénéficiaire du permis, celui-ci peut demander, par un mémoire distinct, au juge administratif saisi du recours de condamner l'auteur de celui-ci à lui allouer des dommages et intérêts () ".

16. Il ne résulte pas de l'instruction que le recours en annulation présenté par le requérant, en sa qualité de voisin immédiat du projet qui tend à l'édification de deux niveaux d'un bâtiment situé en face de son habitation, ait été présenté dans des conditions qui traduisent un comportement abusif de sa part. Dès lors, les conclusions présentées par la SCI César Aleman sur le fondement de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Marseille, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. C une somme de 1 500 euros à verser à la SCI César Aleman au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions indemnitaires présentées par la SCI César Aleman au titre de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme sont rejetées.

Article 3 : M. C versera à la SCI César Aleman la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à la SCI César Aleman et à la commune de Marseille.

Délibéré après l'audience du 9 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Hogedez, présidente,

Mme Busidan, première conseillère,

Mme Arniaud, première conseillère,

Assistées de M. Brémond, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mai 2024.

La rapporteure,

signé

C. Arniaud

La présidente,

signé

I. Hogedez

Le greffier,

signé

A. Brémond

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier.

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