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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2008593

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2008593

jeudi 15 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2008593
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP BRAUNSTEIN & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 6 novembre et 18 décembre 2020, l'association ADMR de la Côte Bleue, représentée par Me Andrieux, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 1er septembre 2020 de la ministre du travail en tant que celle-ci a refusé d'autoriser le licenciement de Mme C ;

2°) d'annuler la décision de l'inspectrice du travail du 27 janvier 2020 ayant le même objet ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- contrairement à ce qui est indiqué dans la décision de la ministre du 1er septembre 2020, M. E disposait bien du pouvoir de demander l'autorisation de licenciement de Mme C ;

- la décision de l'inspectrice du travail du 27 janvier 2020 est entachée d'un défaut de motivation et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er décembre 2020, Mme C conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que M. E ne détenait aucune délégation pour demander l'autorisation de la licencier.

Le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion a été mis en demeure de produire ses observations par courrier du 22 juillet 2022.

Par une ordonnance du 27 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 février 2023.

Par un courrier du 25 mai 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible de se fonder sur le moyen, relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions de la requête dirigées contre la décision de l'inspectrice du travail du 27 janvier 2020, dès lors que cette décision a été annulée par l'article 1er de la décision de la ministre du travail du 1er septembre 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Felmy, rapporteure,

- les conclusions de M. Ouillon, rapporteur public,

- et les observations de Me Genevois, représentant l'association ADMR de la Côte Bleue.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C a été embauchée en qualité d'auxiliaire de vie sociale par l'association ADMR (aide à domicile en milieu rural) de la Côte Bleue, par contrat à durée déterminée à compter du 13 octobre 2003, puis à durée indéterminée à compter du 1er avril 2004. Elle détient un mandat de déléguée du personnel depuis 2009, renouvelé le 12 octobre 2017. Par avis du 2 septembre 2019, Mme C a été déclarée inapte à son poste d'auxiliaire de vie sociale, le médecin du travail ayant précisé qu'elle serait apte à un emploi sans contact avec les personnes âgées ou handicapées, de type administratif ou de surveillance. L'association ADMR de la Côte Bleue a proposé à Mme C des postes disponibles au sein d'autres associations du réseau, que le médecin de prévention a toutefois estimé incompatibles avec l'état de santé de celle-ci ou ne correspondant pas à ses qualifications. Par courrier du 6 novembre 2019, l'association ADMR de la Côte Bleue a notifié à Mme C son impossibilité de reclassement. Celle-ci a été convoquée par lettre recommandée du 7 novembre 2019 à un entretien préalable fixé au 20 novembre 2019 en vue de son licenciement. L'association a ensuite sollicité l'autorisation de procéder à ce licenciement par courrier recommandé du 27 novembre 2019 auprès de l'inspection du travail, qui l'a refusée par décision du 27 janvier 2020 au motif que l'association n'avait pas prouvé le sérieux et la réalité des recherches effectuées, ni l'impossibilité totale de reclassement au sein de son périmètre géographique et ne satisfaisait pas à son obligation de reclassement. Par courrier du 27 février 2020, l'association ADMR de la Côte Bleue a formé un recours hiérarchique auprès de la ministre du travail contre cette décision de refus d'autorisation de licenciement. Par décision du 1er septembre 2020, la ministre du travail a, d'une part, annulé la décision de l'inspectrice du travail du 27 janvier 2020 pour défaut de motivation dès lors que l'inspectrice du travail n'avait pas précisé dans sa décision si l'avis d'inaptitude rendu par le médecin du travail avait ou non fait l'objet d'une contestation par l'une ou l'autre des parties et, d'autre part rejeté la demande d'autorisation de licenciement de Mme C en la considérant comme irrecevable dès lors qu'aucune pièce du dossier ne permettait d'établir que son auteur aurait bénéficié d'une délégation de pouvoir en vue de demander l'autorisation de licencier la salariée. Par courrier du 6 octobre 2020 reçu le 12 octobre 2020, l'association a communiqué cette délégation de pouvoir à la ministre du travail et sollicité le retrait de la décision du 1er septembre 2020. Ce recours gracieux n'a pas reçu de réponse. L'association ADMR de la Côte Bleue doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler, d'une part, la décision de la ministre du 1er septembre 2020 en tant qu'elle refuse le licenciement de Mme C et, d'autre part, la décision de l'inspectrice du travail du 27 janvier 2020.

Sur la légalité de la décision de la ministre du 1er septembre 2020 en tant qu'elle refuse le licenciement de Mme C :

2. Il appartient à l'administration, saisie d'une demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé, de vérifier que cette demande est présentée par l'employeur de ce salarié ou par une personne ayant qualité pour agir en son nom. Dans le cas où, comme en l'espèce, l'employeur est une association régie par la loi du 1er juillet 1901, il entre dans les attributions du président de mettre en œuvre la procédure de licenciement d'un salarié en l'absence de stipulations statutaires contraires attribuant expressément cette compétence à un autre organe. Lorsque la demande d'autorisation de licenciement est présentée par une personne sans qualité pour le faire, l'administration est tenue de la rejeter.

3. Aux termes de l'article 9 des statuts de l'ADMR de la Côte Bleue : " L'association locale est représentée dans tous les actes de la vie civile par le président ou, à défaut, en vertu d'une délégation de ce dernier, par un des vice-présidents ". Il résulte de ces stipulations que si le président peut en l'espèce expressément déléguer son pouvoir de représentation de l'association aux vice-présidents de l'association, il entre également dans ses attributions de mettre en œuvre la procédure de licenciement d'un salarié et de déléguer, le cas échéant, ce pouvoir à la personne de son choix.

4. Il ressort des pièces du dossier que, par un acte du 22 novembre 2019, le président de l'ADMR de la Côte Bleue, M. A B, a délégué au directeur général de l'association, M. D E, le pouvoir de solliciter l'autorisation de licenciement de Mme C pour inaptitude non professionnelle. Par suite, M. E avait qualité pour solliciter l'autorisation de l'inspecteur du travail en vue de licencier Mme C. Dès lors, la ministre du travail a commis une erreur de droit en retenant, au double motif de l'absence de délégation et en tout état de cause de possibilité de déléguer cette compétence, l'absence de qualité de l'auteur de la demande d'autorisation de licenciement pour introduire une telle demande auprès de l'inspection du travail.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision de la ministre du travail doit être annulée en tant qu'elle refuse à l'association ADMR de la Côte Bleue l'autorisation de procéder au licenciement de Mme C.

Sur les conclusions dirigées contre la décision de l'inspectrice du travail :

6. Dès lors que la décision de l'inspectrice du travail du 27 janvier 2020 a été annulée par l'article 1er de la décision de la ministre du travail du 1er septembre 2020, les conclusions de la requérante tendant à l'annulation de cette première décision ne peuvent qu'être rejetées comme irrecevables.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à l'association ADMR de la Côte Bleue en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la ministre du travail du 1er septembre 2020 est annulée en tant que, par son article 2, elle refuse à l'association ADMR de la Côte Bleue de procéder au licenciement de Mme C.

Article 2 : L'Etat versera à l'association ADMR de la Côte Bleue la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'association ADMR de la Côte Bleue, au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion et à Mme F C.

Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Hameline, présidente,

Mme Felmy, première conseillère,

Mme Hétier-Noël, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2023.

La rapporteure,

signé

E. Felmy

La présidente,

signé

M.-L. Hameline

La greffière,

signé

B. Marquet

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2008593

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