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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2008616

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2008616

vendredi 27 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2008616
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL ANDREANI-HUMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 novembre 2020, la société Biochons prise en la personne de son représentant légal M. A B, représentée par Me Susini, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 juin 2020 par lequel le maire de la commune d'Aix-en-Provence s'est opposé à la déclaration préalable n° 13 001 20J0144 tendant à la régularisation d'une clôture et d'un portail implantés sur la parcelle cadastrée section PB 0049 sise chemin de Ganay à Aix-en-Provence, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux née le

6 septembre 2020 ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Aix-en-Provence la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'exception prévue par l'article N 2 du plan local d'urbanisme de la commune d'Aix-en-Provence aurait dû trouver à s'appliquer ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la disposition la plus contraignante ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce que le maire aurait dû faire application des dispositions de l'article N 11 - 9.3 du règlement du plan local d'urbanisme et non de celles de l'article 3.1 du Titre III du même règlement ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le maire de la commune d'Aix-en-Provence aurait dû faire application de l'instruction technique du ministère de l'agriculture et de l'alimentation du 15 mai 2019 relative à la biosécurité en élevage de suidés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 avril 2022, la commune d'Aix-en-Provence, représentée par Me Andreani, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de la société Biochons la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête n'est pas recevable dès lors qu'il n'est pas établi qu'elle a été déposée par voie électronique, alors même qu'elle est présentée par un avocat, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 414-1 du code de la justice administrative ;

- à titre subsidiaire, les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 21 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été prononcée avec effet immédiat, en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Busidan, première conseillère,

- les conclusions de M. Terras, rapporteur public,

- les observations de Me Bronziani représentant la requérante et de Me Tosi représentant la commune d'Aix-en-Provence.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, représentant de la société Biochons, a déposé le 18 février 2020 une déclaration préalable, complétée le 6 mars 2020, tendant à la régularisation d'une clôture et d'un portail implantés sur la parcelle sise Chemin de Ganay à Aix-en-Provence, cadastrée section PB 0049, et située à la fois en zone N du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) communal et en secteur contribuant aux continuités écologiques et à la trame verte ou bleue de ce PLU. Par un arrêté du 12 juin 2020, le maire de la commune d'Aix-en-Provence s'est opposé à cette déclaration préalable. La société Biochons demande l'annulation de cet arrêté, ainsi que du rejet implicite du recours gracieux formé contre cette décision.

Sur la légalité de l'arrêté attaqué :

2. En premier lieu, l'article N 2 du règlement du plan local d'urbanisme admet notamment en zone naturelle N : " 1 - Les constructions et installations nécessaires à l'exploitation agricole à condition qu'elles soient implantées sous forme de regroupement des bâtiments d'exploitation, sauf impossibilité technique en raison du morcellement des sites de l'exploitation agricole ou de contraintes sanitaires liées à la réglementation et sauf pour les châssis et les serres de production agricole ; / () ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'elles autorisent en zone naturelle les constructions et installations nécessaires à l'exploitation agricole, pourvu que les bâtiments d'exploitation soient implantés de manière regroupée, sauf si ce regroupement n'est pas possible techniquement, notamment en raison de contraintes sanitaires liées à la règlementation. Ces dispositions ne sont ainsi pas applicables aux clôtures implantées en zone naturelle, qui ne constituent pas des " installations " au sens de l'article précité, quand bien même ces clôtures sont nécessaires à l'exploitation agricole, en l'espèce, à l'activité d'élevage de suidés exercée par la société Biochons. Par suite, le moyen tiré d'une erreur de droit au regard de l'article N 2 doit être écarté.

4. En second lieu, le titre III du règlement du plan local d'urbanisme, portant dispositions particulières de ce plan, indique, aux termes de son article 3 relatif aux dispositions applicables dans les espaces et secteurs contribuant aux continuités écologiques et à la trame verte et bleue : " Préambule/ Les dispositions suivantes fixent les règles applicables dans les espaces et secteurs contribuant aux continuités écologiques et à la trame verte et bleue repérés au document graphique du règlement sur les planches B. Ces règles s'appliquent en complément des règles des zones, des dispositions générales et des dispositions particulières du règlement. Dans l'hypothèse de prescriptions différentes ayant le même objet, c'est la disposition la plus contraignante qui s'applique. ".

5. Il résulte de ces dispositions, que dans les zones mixtes, à la fois classées dans une zone définie du plan local d'urbanisme et reconnues comme espace ou secteur contribuant aux continuités écologiques et à la trame verte ou bleue, qui sont par suite concernées par plusieurs types d'obligations, s'applique la plus contraignante des dispositions ayant le même objet.

6. S'agissant des clôtures, l'article 3.1 relatif aux dispositions applicables à toutes les composantes de la trame verte et bleue issu du titre III sus-évoqué du règlement du PLU dispose : " () / Les clôtures doivent être perméables pour permettre la libre circulation de la petite faune : les murs bahuts sont proscrits à l'exception des murs traditionnels en pierre sèche de 80 cm maximum, les mailles inférieures des grilles et grillages doivent être d'au moins 20 cm./ Les clôtures périphériques de propriétés (unité foncière) de plus de 1 hectare doivent être de mailles supérieures à 20 centimètres et permettre une bonne perméabilité pour le déplacement des espèces (type clôture à mouton). / () ". Pour sa part, l'article N 11 - 9.3 du même règlement applicable en zone naturelle dispose : " La clôture est constituée d'un grillage à large maille de 15/20 cm minimum sur piquet bois ou acier, sans aucun muret de soubassement maçonné ni scellement apparent, et éventuellement doublée d'une haie végétale composée d'essences variées. / () ".

7. Comme il a été dit au point 1 du présent jugement, le terrain d'assiette de la décision en litige, d'une superficie de plus de neuf hectares, se situe à la fois en zone N du PLU et en secteur composant la trame verte et bleue de ce PLU. Alors que, s'agissant de la taille autorisée des mailles des grilles et grillages des clôtures, il ressort des dispositions rappelées au point précédent des prescriptions différentes dans ces deux sortes d'espaces, les plus contraignantes doivent s'appliquer en application des dispositions mentionnées au point 4. A cet égard, doivent être regardées comme les plus contraignantes celles précitées de l'article 3.1, qui, prises au regard de la vocation écologique des espaces qu'elles régissent pour permettre plus largement la circulation des espèces, imposent l'installation de clôtures à maille d'au moins vingt centimètres pour les clôtures périphériques de terrain d'une superficie supérieure à un hectare. Alors qu'il est constant que la clôture périphérique dont la société Biochons poursuit la régularisation par la déclaration préalable en litige est constituée de mailles inférieures à 20 centimètres qui ne satisfont donc pas aux dispositions les plus contraignantes applicables, le maire a pu légalement se fonder sur l'article 3.1 du titre III du règlement du plan local d'urbanisme pour prendre la décision attaquée. Par suite, les moyens tirés de l'erreur d'appréciation et de l'erreur de droit au regard de ces dispositions doivent être écartés.

8. En troisième et dernier lieu, en raison du principe d'indépendance des législations, la circonstance que la clôture exigée par les dispositions précitées ne respecte pas la règlementation sanitaire relative aux clôtures des élevages de suidés telle qu'organisée par l'instruction technique du ministère de l'agriculture et de l'alimentation du 15 mai 2019 relative à la biosécurité en élevage de suidés est sans incidence sur la légalité de la décision en litige au regard de la réglementation d'urbanisme, qui est la seule dont l'autorité délivrant les autorisations d'urbanisme est chargée d'assurer le respect. Par suite, le moyen tiré d'une troisième erreur de droit doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de la requête, que les conclusions aux fins d'annulation présentées par la société requérante doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

11. Les dispositions précitées font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Aix-en-Provence, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la requérante au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la société Biochons les sommes demandées par la commune d'Aix-en-Provence au même titre.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la société Biochons est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune d'Aix-en-Provence sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administratives sont rejetées.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à la société Biochons et à la commune d'Aix-en-Provence.

Délibéré après l'audience du 12 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Hogedez, présidente,

- Mme Busidan, première conseillère,

- M. Peyrot, premier conseiller,

assistés de M. Brémond, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 janvier 2023.

La rapporteure,

signé

H. BusidanLa présidente,

signé

I. Hogedez

Le greffier,

signé

A. Brémond

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier,

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