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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2008741

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2008741

mardi 28 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2008741
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantGROSSO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 novembre 2020, Mme A B, représentée par Me Grosso, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 24 juillet 2020 par laquelle le président du centre communal d'action sociale (CCAS) de Miramas l'a affectée sur le poste de référente santé du pôle des services transversaux à compter du 1er août 2020 ;

2°) de condamner la commune de Miramas à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation des préjudices subis ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Miramas la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée ne mentionne pas les " éléments objectifs " ayant justifié sa mutation ;

- cette mutation entraîne une diminution sensible de ses responsabilités et ne correspond pas à ses aptitudes initiales ;

- cette décision n'est pas justifiée dans l'intérêt du service ;

- la décision constitue une sanction disciplinaire déguisée; elle est victime d'agissements de harcèlement moral ;

- elle souffre de troubles anxieux et d'un état de stress pathologique justifiant la condamnation de la commune à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation du préjudice subi.

Par des mémoires en défense enregistrés les 12 octobre et 5 novembre 2021, la commune de Miramas, représentée par Me Teissier, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 200 euros soit mise à la charge de Mme B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que:

- à titre principal, la requête est irrecevable en ce qu'elle est mal dirigée à l'encontre la commune de Miramas, dès lors que le CCAS de Miramas est un établissement public communal doté d'une personnalité juridique distincte de celle de la commune ; celle-ci doit dès lors être mise hors de cause ;

- à titre subsidiaire, la mesure de mutation querellée, compte tenu de ses effets, ne fait pas grief et constitue une simple mesure d'ordre intérieur insusceptible de recours ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 18 janvier 2023, le CCAS de Miramas, représenté par Me Teissier, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 200 euros soit mise à la charge de Mme B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient :

- à titre principal, la requête est irrecevable en ce qu'elle est mal dirigée à l'encontre la commune de Miramas, dès lors que le CCAS de Miramas est un établissement public communal doté d'une personnalité juridique distincte de celle de la commune ; celle-ci doit dès lors être mise hors de cause ;

- à titre subsidiaire, la mesure de mutation querellée, compte tenu de ses effets, ne fait pas grief et constitue une simple mesure d'ordre intérieur insusceptible de recours ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Une ordonnance a fixé une clôture d'instruction immédiate le 6 février 2023,

en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.

Un mémoire présenté pour Mme B, enregistré

le 13 février 2023, après la clôture de l'instruction, n'a pas été communiqué, en application

des dispositions de l'article R. 613-3 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 2012-1420 du 18 décembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de M. Garron, rapporteur public,

- et les observations de Me Teissier représentant la commune et le CCAS de Miramas.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, infirmière territoriale en soins généraux hors classe au sein du CCAS de Miramas, exerçait les fonctions de directrice de crèche depuis 1979. Elle a appris, par un courriel de sa supérieure hiérarchique du 6 juillet 2020, que son poste devait être déclaré vacant et qu'elle ferait l'objet d'un changement d'affectation à compter du 1er août 2020. Par une décision du président CCAS de Miramas du 24 juillet 2020, elle a été affectée sur un poste de référente santé au sein du pôle des services transversaux, à compter du 1er août 2020. Son recours gracieux à l'encontre de cette décision a été rejeté par une décision du 14 septembre 2020. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de la décision du 24 juillet 2020 et la condamnation de la commune de Miramas à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de troubles anxieux et d'un état de stress pathologique. Eu égard aux termes de la requête et aux pièces qui y sont jointes, elle doit être regardée comme formulant les mêmes demandes à l'encontre du CCAS de Miramas.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de Miramas et le CCAS de Miramas concernant les conclusions dirigées à l'encontre de la commune :

2. Ainsi qu'il a été dit au point précédent, Mme B a été recrutée et employée par le seul CCAS de Miramas. Par suite, les conclusions dirigées à l'encontre de la commune sont irrecevables et doivent, pour ce motif, être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'annulation des décisions des 24 juillet et 14 septembre 2020 et d'indemnisation dirigées contre le CCAS de Miramas :

3. Aux termes de l'article 52 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa rédaction applicable au litige : " L'autorité territoriale procède aux mouvements des fonctionnaires au sein de la collectivité ou de l'établissement ". Aux termes des dispositions de l'article 4 de cette même loi, dans sa version applicable au litige : " Les fonctionnaires territoriaux appartiennent à des cadres d'emplois régis par des statuts particuliers, communs aux fonctionnaires des communes, des départements, des régions et de leurs établissements publics. () ". Aux termes de son article 56 alors applicable : " L'activité est la position du fonctionnaire qui, titulaire d'un grade, exerce effectivement les fonctions de l'un des emplois correspondant à ce grade ".

4. Les mesures prises à l'égard d'agents publics qui, compte tenu de leurs effets, ne peuvent être regardées comme leur faisant grief constituent de simples mesures d'ordre intérieur insusceptibles de recours. Il en va ainsi des mesures qui, tout en modifiant leur affectation ou les tâches qu'ils ont à accomplir, ne portent pas atteinte aux droits et prérogatives qu'ils tiennent de leur statut ou de leur contrat ou à l'exercice de leurs droits et libertés fondamentaux, ni n'emportent de perte de responsabilités ou de rémunération. Le recours contre de telles mesures, à moins qu'elles ne traduisent une discrimination ou une sanction, est irrecevable.

5. Aux termes des dispositions de l'article 2 du décret du 18 décembre 2012 portant statut particulier du cadre d'emplois des infirmiers territoriaux en soins généraux : " Les membres du cadre d'emplois exercent leurs fonctions dans les collectivités et établissements publics mentionnés à l'article 2 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée. /Dans les conditions et les domaines prévus par l'article L. 4311-1 du code de la santé publique, ils accomplissent les actes professionnels et dispensent les soins infirmiers sur prescription ou conseil médical, ou dans le cadre du rôle propre qui leur est dévolu ". Selon l'article L. 4311-1 du code de la santé publique, l'infirmier exerçant ses fonctions au sein d'une collectivité ou d'un établissement public " participe à différentes actions, notamment en matière de prévention, d'éducation de la santé et de formation ou d'encadrement. L'infirmière ou l'infirmier participe à différentes actions, notamment en matière de prévention, d'éducation de la santé et de formation ou d'encadrement ".

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, qui exerçait les fonctions de directrice de crèche au sein du CCAS ainsi que cela a été exposé au point 1, s'est vu confier, par le changement d'affectation litigieux, des missions transversales de référente santé au sein de ce même établissement, et notamment le développement des actions en matière de santé mises en œuvre par celui-ci, l'appui à ses services pour l'élaboration de projets ou d'action sur la thématique " santé-solidarité-parentalité-dépendance ", ainsi que la participation aux réseaux et aux réunions en lien sur la santé de la ville. Le changement d'affectation litigieux, qui ne méconnait pas les dispositions de l'article 2 du décret du 18 décembre 2012 cité au point précédent, n'a dès lors pas porté atteinte à son statut. En outre, le lieu d'exercice des fonctions assignées à Mme B par la décision litigieuse est identique à celui de ses précédentes fonctions Il n'est par ailleurs ni soutenu, ni même allégué que la décision attaquée aurait porté atteinte à sa rémunération ou à ses perspectives de carrière. Au surplus, il ressort de la décision en litige que la nouvelle bonification indiciaire de vingt points précédemment accordée à l'intéressée est maintenue. Si Mme B soutient que ses responsabilités ont diminué, elle se borne à l'affirmer sans indiquer dans quelle mesure elle aurait subi une perte sensible de responsabilités par rapport à celles de son ancien poste, et les éléments du dossier ne permettent pas d'identifier une telle diminution des responsabilités exercées. Ainsi, la décision d'affectation litigieuse ne porte pas atteinte aux droits et prérogatives que Mme B tient de son statut ou à l'exercice de ses droits et libertés fondamentaux. Par ailleurs, si la requérante soutient que cette mutation est intervenue dans un contexte de harcèlement moral qu'elle aurait subi de la part de sa supérieure hiérarchique, aucune pièce du dossier ne permet d'établir l'existence des faits de harcèlement dont elle se prévaut. Dans ces conditions, en dépit la circonstance que cette décision est intervenue dans un contexte de difficultés relationnelles rencontrées dans le précédent poste occupé par Mme B, le changement d'affectation litigieux présente le caractère d'une mesure d'ordre intérieur, qui ne fait pas grief et n'est donc pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, les conclusions à fin d'annulation des décisions du CCAS de Miramas des 24 juillet et 14 septembre 2020 doivent être rejetées comme irrecevables. Par voie de conséquence, les conclusions indemnitaires présentées par Mme B, sans qu'il soit besoin de se prononcer leur recevabilité, doivent également être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que le CCAS et, en tout état de cause, la commune de Miramas, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, versent à Mme B la somme qu'elle demande à ce titre. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par le CCAS et la commune de Miramas au titre des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le CCAS et la commune de Miramas sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à la commune de Miramas et au centre communal et d'action sociale de Miramas.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Jorda-Lecroq, présidente de chambre,

Mme Felmy, première conseillère,

Mme Gaspard-Truc, première conseillère,

Assistées de Mme Faure, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.

La rapporteure,

signé

F. C

La présidente,

signé

K. Jorda-Lecroq

La greffière

signé

N. Faure

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

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