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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2009152

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2009152

lundi 5 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2009152
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantFREICHET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 27 novembre 2020, le 2 février 2022 et le 12 mai 2022, Mme A B, représentée par Me Freichet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 1er octobre 2020 par laquelle le président directeur général du centre national de la recherche scientifique (CNRS) a prononcé son licenciement pour insuffisance professionnelle ;

2°) de mettre à la charge du CNRS la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation.

Par des mémoires enregistrés le 7 octobre 2021 et le 20 avril 2022, le CNRS conclu au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la recherche ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 85-986 du 16 septembre 1985 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Le Mestric, première conseillère,

- les conclusions de M. Argoud, rapporteur public,

- et les observations de Me Freichet, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, recrutée le 1er août 1992 par le CNRS dans le corps des chargés de recherche de 2ème classe puis reclassée chargée de recherche de classe normale à compter du 1er septembre 2017 en sciences du langage au sein de l'institut des sciences humaines et sociales, demande au tribunal l'annulation de la décision du 1er octobre 2020 par laquelle le président directeur général du CNRS a prononcé son licenciement pour insuffisance professionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques () ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 2° Infligent une sanction (). ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Le pouvoir disciplinaire appartient à l'autorité investie du pouvoir de nomination (). Aucune sanction disciplinaire autre que celles classées dans le premier groupe par les dispositions statutaires relatives aux fonctions publiques de l'Etat () ne peut être prononcée sans consultation préalable d'un organisme siégeant en conseil de discipline dans lequel le personnel est représenté. L'avis de cet organisme de même que la décision prononçant une sanction disciplinaire doivent être motivés. ". Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu imposer à l'autorité qui prononce une sanction l'obligation de préciser dans sa décision les griefs qu'elle entend retenir à l'encontre de la personne intéressée, de sorte que cette dernière puisse, à la seule lecture de la décision qui lui est notifiée, connaître les motifs de la sanction qui la frappe.

3. La décision contestée comporte les circonstances de droits et de faits sur lesquelles elle se fonde et permet à Mme B de comprendre les raisons pour lesquelles le président directeur général du CNRS a édicté à son encontre la décision de licenciement pour insuffisance professionnelle, et ce quel que soit le bien-fondé des motifs invoqués. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 70 de la loi du 11 janvier 1984 : " Le licenciement pour insuffisance professionnelle est prononcé après observation de la procédure prévue en matière disciplinaire. / Le fonctionnaire licencié pour insuffisance professionnelle peut recevoir une indemnité dans les conditions qui sont fixées par décret. ". Aux termes de l'article L. 411-1 du code de recherche : " Les personnels de la recherche concourent à une mission d'intérêt national. Cette mission comprend : a) Le développement des connaissances ; b) Leur transfert et leur application dans les entreprises, et dans tous les domaines contribuant au progrès de la société ; c) La diffusion de l'information et de la culture scientifique et technique dans toute la population, et notamment parmi les jeunes ; d) La participation à la formation initiale et à la formation continue ; e) L'administration de la recherche "

5. Le licenciement pour inaptitude professionnelle d'un agent public ne peut être fondé que sur des éléments révélant l'inaptitude de l'agent à exercer normalement les fonctions pour lesquelles il a été engagé ou correspondant à son grade et non sur une carence ponctuelle dans l'exercice de ces fonctions. Toutefois, une telle mesure ne saurait être subordonnée à ce que l'insuffisance professionnelle ait été constatée à plusieurs reprises au cours de la carrière de l'agent ni qu'elle ait persisté après qu'il ait été invité à remédier aux insuffisances constatées. Par suite, une évaluation portant sur la manière dont l'agent a exercé ses fonctions durant une période suffisante et révélant son inaptitude à un exercice normal de ses fonctions est de nature à justifier légalement son licenciement.

6. Pour prononcer le licenciement de Mme B pour insuffisance professionnelle, le directeur du CNRS s'est fondé sur la " très grande faiblesse " de son niveau de production scientifique, son manque d'implication dans la vie scientifique de son laboratoire, l'intéressée n'étant plus présente sur son lieu de travail, et l'absence d'activité de formation et d'enseignement. Si Mme B fait valoir que les rapports de la section 34 et le rapport de saisine de la CAP sur lesquels se fonde le directeur du CNRS seraient erronés et incomplets quant au nombre de publications, d'événements organisés, de participation à des groupes de travail, à des cours et séminaires, d'encadrement d'élèves et critique les rapports en ce qu'ils se concentreraient sur la quantité de productions et non sur leur qualité, les éléments qu'elle apporte à l'instance concernent la période antérieure à 2007, période au cours de laquelle son activité n'est pas critiquée. En outre, les pièces produites à l'instance, à savoir des extraits d'ouvrages au nom du laboratoire auquel elle appartient, des attestations de collègues et de documents issus du site internet du laboratoire " Parole et langage " intitulés " moyennes de publications par an des chargés de recherche du laboratoire " et " évolution du nombre de publications par an de Mme B " ne sont pas de nature à remettre en cause les éléments portés dans les rapports contestés dès lors qu'ils ne recouvrent pas l'ensemble des missions alléguées par la requérante et ne comportent aucun référentiel chiffré relatifs aux publications de l'ensemble des chargés de recherche permettant une comparaison. Si l'intéressée fait également valoir qu'elle aurait connu au cours de sa carrière des périodes de fragilisation de sa santé, dont les causes seraient professionnelles, et qui expliqueraient des périodes de moindre productions et sa présence épisodique sur son lieu de travail, cette seule circonstance ne suffit pas à remettre en cause les termes des rapports concernés, et notamment la dérive remarquée de ses activités de recherche en dehors du périmètre de son unité. Dans ces conditions, la requérante ne remet pas utilement en cause les termes des rapports et avis réservés émis à son encontre en 2007, 2011, 2014 et 2017. Par suite, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le président directeur général du CRS a retenu que la manière de servir de Mme B depuis 2007, soit une période de 11 années, révèle son inaptitude à un exercice normal de ses fonctions.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision contestée doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions présentées en application de l'article L. 761-1 doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au Centre national de la recherche scientifique.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Salvage, président,

Mme Le Mestric, première conseillère,

Mme Houvet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2022.

La rapporteure,

Signé

F. LE MESTRIC

Le président,

Signé

F. SALVAGE La greffière

Signé

S. BOUCHUT

La République mande et ordonne au ministre de l'enseignement supérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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