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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2009175

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2009175

mardi 4 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2009175
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantDUMONT-SCOGNAMIGLIO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 novembre 2020, M. et Mme B et C E, représentés par Me Dumont-Scognamiglio, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° PC 013055 19 00871PO du 12 juin 2020 par lequel le maire de la commune de Marseille a délivré à M. D un permis de construire un immeuble situé 9 rue Primitive et l'arrêté du 25 juin 2020 portant permis de construire modificatif, ainsi que la décision implicite de rejet de leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Marseille et de M. D une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les arrêtés sont entachés d'incompétence ;

- le dossier de demande est incomplet ;

- les arrêtés méconnaissent l'article UP 1 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) du territoire Marseille Provence ;

- ils méconnaissent l'article UP 11 du règlement du PLUi du territoire Marseille Provence.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2021, M. A D, représenté par Me Orsoni, conclut, à titre principal au rejet de la requête et à la mise à la charge de M. et Mme E d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et à titre subsidiaire, à ce qu'il soit fait application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.

Il fait valoir qu'aucun moyen soulevé n'est fondé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juillet 2021, la commune de Marseille conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun moyen soulevé n'est fondé.

Par une ordonnance du 5 novembre 2021, a été prononcée, en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative, la clôture immédiate de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Guionnet Ruault, rapporteur,

- les conclusions de M. Trébuchet, rapporteur public,

- et les observations de Me Orsoni, représentant M. D, et de Mme G, représentant la commune de Marseille.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 12 juin 2020, le maire de la commune de Marseille a délivré à M. D un permis de construire un immeuble sur la parcelle cadastrée section H n°186, situé 9 rue Primitive. Par un arrêté du 25 juin 2020, il a délivré un permis de construire modificatif afin de rectifier la surface de plancher. M. et Mme E, voisins du projet, demandent l'annulation de ces deux arrêtés. Par un arrêté du 5 février 2021, le maire a délivré un second permis de construire modificatif.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, Mme H F, qui a signé l'arrêté attaqué, disposait, en sa qualité d'adjointe au maire de Marseille en charge notamment de l'urbanisme et du droit des sols, d'une délégation de fonctions portant notamment sur toutes les décisions relatives au droit des sols, par un arrêté du 7 janvier 2020. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de ces arrêtés doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant :/1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : / a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; () / e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; ()". Selon l'article R. 431-9 du même code : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. () ".

4. Lorsqu'une autorisation d'urbanisme a été délivrée en méconnaissance des dispositions législatives ou réglementaires relatives à l'utilisation du sol ou sans que soient respectées des formes ou formalités préalables à la délivrance de l'autorisation, l'illégalité qui en résulte peut être régularisée par la délivrance d'une autorisation modificative dès lors que celle-ci assure le respect des règles de fond applicables au projet en cause, répond aux exigences de forme ou a été précédée de l'exécution régulière de la ou des formalités qui avaient été omises.

5. Il ressort des pièces du dossier de demande du second permis de construire modificatif, délivré le 5 février 2021, que, d'une part, l'abri de jardin présent sur le terrain d'assiette et ayant vocation à être démoli est matérialisé à la fois sur le plan de masse et par des photographies et, d'autre part, que le plan de masse " espaces verts " permet au service instructeur de comprendre quels arbres vont être supprimés, conservés, déplacés et plantés. Il suit de là que les omissions ou imprécisions du dossier de demande du permis de construire initial soulevées par les requérants ont été régularisées par ce second permis modificatif et le moyen doit alors être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article UP 1 du règlement du PLUi du territoire Marseille Provence : " ()h) Dans le cas de logement individuel et/ou d'habitat intermédiaire de moins de 4 logements, sont admis les affouillements et exhaussements du sol à condition : qu'ils soient d'une hauteur de moins de 2 mètres et d'une surface de moins de 100m² ; et qu'ils soient nécessaires : à l'adaptation au terrain des constructions autorisées dans la zone ; ou à l'aménagement de dispositifs techniques induits par ces constructions ; ou à l'aménagement ou restauration de restanques () ". Ces dispositions interdisent les affouillements supérieurs à deux mètres par rapport au terrain naturel et ceux prévus sur une surface supérieure à 100 m².

7. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et des écritures des parties que si le décaissement pour la réalisation du bassin de balnéothérapie était d'une profondeur supérieure à deux mètres dans le cadre du permis de construire initial, celui-ci a été réduit à moins de deux mètres par le second permis de construire modificatif. En revanche, la surface du terrain d'assiette décaissée sera de 156 m², supérieure à la limite de surface autorisée par les dispositions précitées. Par suite, il y a lieu d'accueillir le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UP 1 du règlement du PLUi du territoire Marseille Provence.

8. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article UP 11 du règlement du PLUi du territoire Marseille Provence : " () Les aires de stationnement en plein air sont plantées d'arbres de haute tige à raison d'au moins un arbre pour quatre places de stationnement voiture () ".

9. Il ressort du plan de sécurité et d'accessibilité annexé au dossier du second permis de construire modificatif que deux arbres de haute tige, un cyprès et un pin, seront plantés à proximité des sept aires de stationnement voiture en plein air. Par suite, le vice affectant le permis initial a été régularisé par le second permis modificatif et le moyen doit être écarté.

Sur l'application de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme :

10. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux ".

11. Le vice retenu au point 7 du présent jugement n'affecte qu'une partie identifiable du projet. Dès lors, il y a lieu d'annuler les arrêtés attaqués seulement en tant que les affouillements prévus méconnaissent les dispositions de l'article UP 1 du règlement du PLUi. Il y a lieu de fixer un délai de quatre mois pendant lequel la pétitionnaire pourra en demander la régularisation.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des requérants, qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. D sur ce fondement. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. D et de la commune de Marseille une somme de 900 euros chacun à verser à M. et Mme E sur le fondement des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : Les arrêtés du 12 et 25 juin 2020 et 5 février 2021 par lesquels le maire de Marseille a délivré à M. D un permis de construire, ainsi que la décision implicite de rejet du recours gracieux présenté par M. et Mme E, sont annulés en tant qu'ils méconnaissent l'article UP 1 du règlement du PLUi du territoire Marseille Provence.

Article 2 : Le délai accordé à M. D pour solliciter la régularisation de son projet est fixé à quatre mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : M. D et la commune de Marseille verseront une somme de 900 euros chacun à M. et Mme E en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par M. D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme B et C E, à M. A D et à la commune de Marseille.

Délibéré après l'audience du 13 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Trottier, président,

Mme Fayard, conseillère,

M. Guionnet Ruault, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 février 2025.

Le rapporteur,

Signé

A. GUIONNET RUAULT

Le président,

Signé

T. TROTTIERLa greffière,

Signé

S. BOUCHUT

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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