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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2009191

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2009191

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2009191
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL BLUM-ENGELHARD-DE CAZALET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par jugement du 6 mai 2021, le tribunal administratif de Marseille, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, a sursis à statuer sur les conclusions présentées par le syndicat des copropriétaires de la résidence La Colline Saint-Joseph, tendant à l'annulation de l'arrêté du 29 mai 2020 par lequel le maire de Marseille a délivré à la société civile de construction vente (SCCV) 28 CSJ un permis de construire pour la réalisation d'un ensemble immobilier de vingt-quatre logements. Il a ainsi accordé à la pétitionnaire et à l'autorité administrative un délai de quatre mois pour la régularisation des vices retenus affectant la légalité de ce permis de construire.

Par arrêté du 30 juillet 2021, le maire de Marseille a délivré un permis de construire modificatif à la SCCV 28 CSJ.

Par trois mémoires, enregistrés le 23 décembre 2021, le 28 février 2022 et le

27 juillet 2022, ce dernier n'ayant pas été communiqué en application des dispositions de l'article R. 611-1 du code de justice administrative, le syndicat des copropriétaires de la résidence La Colline Saint Joseph réitère ses conclusions tendant à l'annulation du permis de construire délivré le 29 mai 2020 et à ce qu'il soit mis à la charge de la commune de Marseille et de la SCCV 28 CSJ la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et conclut également à l'annulation de l'arrêté du 30 juillet 2021.

Il ajoute que :

- le vice tenant à la méconnaissance de l'article UC7 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal est régularisé par le permis de construire modificatif du 30 juillet 2021 ;

- le permis de construire modificatif manque des précisions nécessaires d'une part sur le local à vélo, d'autre part sur une augmentation de la surface de plancher d'un T3 au nord transformé en T4 de nature à avoir augmenté l'emprise au sol du projet, qui, par suite, méconnaît l'article UC4 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal ;

- les pièces du permis de construire modificatif fournies par la pétitionnaire ne paraissent pas être celles au vu desquelles la commune a accordé le permis de construire modificatif ;

- le vice tenant à la méconnaissance de l'article UC11 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal n'est ainsi pas régularisé.

Par un mémoire, enregistré le 28 janvier 2022, la commune de Marseille conclut au rejet de la requête du syndicat des copropriétaires de la résidence La Colline Saint-Joseph.

Elle soutient que :

- les moyens soulevés à l'encontre du permis de construire modificatif ne sont pas fondés ;

- les vices relevés par le tribunal sont régularisés.

Par trois mémoires, enregistrés le 7 septembre 2021, le 27 janvier 2022 et le

21 juillet 2022, la société civile de construction vente (SCCV) 28CSJ conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge du requérant la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Busidan, première conseillère,

- les conclusions de M. Terras, rapporteur public,

- les observations de Me Stein, substituant Me Deidda, pour la SCCV 28 CSJ.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 29 mai 2020, dont le syndicat des copropriétaires de la résidence La Colline Saint Joseph demande l'annulation, le maire de Marseille a délivré un permis de construire à la SCCV 28 CSJ pour la réalisation d'un ensemble immobilier de vingt-quatre logements sur un terrain cadastré 849 H 144 situé 28, chemin de la colline Saint-Joseph dans le 9ème arrondissement de la commune, et en zone UC4 du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) du territoire Marseille Provence. Par un jugement du 6 mai 2021, le tribunal a sursis à statuer sur le fondement de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme sur la requête présentée par le syndicat précité, en accordant un délai de quatre mois pour la régularisation des deux vices retenus affectant la légalité le permis de construire attaqué, tirés d'une part, du non-respect des dispositions de l'article UC 7 du règlement du PLUi, relatives à l'implantation des constructions par rapport aux limites séparatives, et d'autre part, du non-respect des dispositions de l'article UC 11 du même règlement, relatives aux emplacements pour les vélos et les engins à deux roues motorisés.

2. Par un arrêté du 30 juillet 2021, le maire de Marseille a délivré à la SCCV 28 CSJ un permis de construire modificatif visant à la régularisation des vices relevés. Pour réitérer leur demande d'annulation du permis de construire initial du 29 mai 2020, le syndicat des copropriétaires de la résidence La Colline Saint-Joseph présente désormais également des conclusions tendant à l'annulation de ce permis de construire modificatif.

Sur les conclusions en annulation du permis de construire modificatif en date du

30 juillet 2021 :

3. En premier lieu, si, compte tenu d'incohérences entre les écritures de la société pétitionnaire et celles de la commune de Marseille, le requérant a pu avoir des doutes sur les pièces de la demande de permis de construire modificatif au vu desquelles l'arrêté du 30 juillet 2021 avait été délivré, l'intégralité du dossier de ce permis de construire modificatif a été versé le

7 octobre 2022 par la commune de Marseille au dossier de la présente instance, et a été communiqué au requérant. Il en ressort clairement que l'arrêté en litige autorise désormais un ensemble immobilier, d'une surface de plancher totale de 1513 m², ne comprenant plus que vingt-trois logements, par suppression d'un appartement T2 au rez-de-chaussée transformé en local à vélo. Outre qu'il atteste que la villa la plus au nord du projet est demeurée un T3 de 73,22 m², le plan du rez-de-chaussée indique clairement un local à vélos d'une superficie de 34 m². Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le dossier de demande du permis de construire modificatif en litige serait incomplet, imprécis ou comporterait des inexactitudes, qui auraient été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

4. En deuxième lieu, la superficie du local à vélos permet le stationnement du nombre de vélos requis par les dispositions de l'article 11 du règlement du PLUi en zone UC, qui exigent 1m² par vélo et pour chaque tranche de 45 m² de surface de plancher. Par ailleurs, les plans des sous-sols n° 1 et n° 2 font apparaître 8 places de stationnement pour les deux-roues motorisées, nombre qui satisfait, comme l'indique d'ailleurs le requérant lui-même, aux exigences du même article relatives à ce type de véhicule.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet couvre une superficie de 1 815 m² et que l'emprise au sol des constructions est de 544,50 m². Dès lors, cette emprise respecte les dispositions de l'article UC4 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal qui la limite à 30 % de la superficie du terrain d'assiette du projet.

6. En quatrième lieu, comme le relève le requérant lui-même, le débord de la toiture de la villa la plus au sud du projet se trouve à 4,35 m de la limite séparative de la parcelle, respectant ainsi les dispositions de l'article 7 du règlement de la zone UC du plan local d'urbanisme intercommunal du territoire Marseille Provence relatif à l'implantation des constructions par rapport aux limites séparatives.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation du permis de construire modificatif délivré le 30 juillet 2021 doivent être rejetées.

Sur les conclusions en annulation du permis de construire initial en date du 29 mai 2020 :

8. En premier lieu, il résulte de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme que, si, à l'issue du délai qu'il a fixé dans sa décision avant-dire droit pour que lui soit adressées la ou les mesures de régularisation du permis de construire attaqué, le juge peut à tout moment statuer sur la demande d'annulation de ce permis et, le cas échéant, y faire droit si aucune mesure de régularisation ne lui a été notifiée, il ne saurait se fonder sur la circonstance que ces mesures lui ont été adressées alors que le délai qu'il avait fixé dans sa décision avant-dire droit était échu pour ne pas en tenir compte dans son appréciation de la légalité du permis attaqué.

9. Par suite, contrairement à ce que soutient le requérant, si l'intégralité du dossier de la demande de permis de construire modificatif notamment est parvenue au tribunal postérieurement à l'expiration du délai qu'il avait fixé dans son jugement du 6 mai 2021 pour régulariser le permis de construire initial, cette circonstance ne peut faire obstacle à ce que le tribunal en tienne compte pour apprécier, dans le présent jugement, la légalité de ce permis de construire initial.

10. En second lieu, pour les motifs exposés aux points 3 à 6 du présent jugement, les vices entachant le permis de construire initial retenus par le jugement du 6 mai 2021, tenant à la méconnaissance des dispositions des articles 7 et 11 du règlement du PLUi applicables en zone UC ont été régularisés par le permis de construire délivré le 30 juillet 2021.

Sur les frais liés au litige :

11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens () ". Il résulte de ces dispositions que le paiement des sommes exposées et non comprises dans les dépens ne peut être mis à la charge que de la partie qui perd pour l'essentiel. La circonstance qu'au vu de la régularisation intervenue en cours d'instance, le juge rejette finalement les conclusions dirigées contre la décision initiale, dont le requérant était fondé à soutenir qu'elle était illégale et dont il est, par son recours, à l'origine de la régularisation, ne doit pas à elle seule, pour l'application de ces dispositions, conduire le juge à mettre les frais à sa charge ou à rejeter les conclusions qu'il présente à ce titre.

12. Dès lors, sur le fondement de ces dispositions et dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Marseille une somme de 1 000 euros à verser au syndicat des copropriétaires de la résidence La Colline Saint-Joseph. En revanche, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du requérant la somme demandée au même titre par la SCCV 28 CSJ.

D É C I D E :

Article 1er : Les conclusions présentées par le syndicat des copropriétaires de la résidence La Colline Saint-Joseph, tendant à l'annulation des permis de construire initial et modificatif délivrés à la SCCV 28 CSJ par le maire de la commune de Marseille respectivement le 29 mai 2020 et le 30 juillet 2021, sont rejetées.

Article 2 : La commune de Marseille versera la somme de 1 000 euros au syndicat des copropriétaires de la résidence La Colline Saint-Joseph au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par la SCCV 28 CSJ sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié au syndicat des copropriétaires de la résidence La Colline Saint-Joseph, à la commune de Marseille et à la SCCV 28 CSJ.

Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Hogedez, présidente,

- Mme Busidan, première conseillère,

- M. Peyrot, premier conseiller,

assistés de M. Brémond, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 10 novembre 2022.

La rapporteure,

signé

H. BusidanLa présidente,

signé

I. Hogedez

Le greffier,

signé

A. Brémond

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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