vendredi 23 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2009217 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | ATHON-PEREZ |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n° 2009217, les 27 novembre 2020 et 23 février 2023, Mme B Traoré, représentée par Me Athon-Perez, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 28 septembre 2020 par laquelle le président directeur général du centre national de la recherche scientifique (CNRS) a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de sa pathologie ;
2°) d'enjoindre au CNRS, à titre principal, de prendre une décision reconnaissant l'imputabilité au service de sa maladie dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, à titre subsidiaire de réexaminer sa situation, sous astreinte de 50 euros par jour de retard à l'expiration d'un délai quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge du CNRS la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision contestée est entachée d'incompétence négative dès lors que l'administration s'est à tort sentie en situation de compétence liée vis-à-vis de l'avis de la commission de réforme ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle méconnait les dispositions de l'article 47-8 du décret n°86-442 du 14 mars 1986 ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation au regard des critères applicables ;
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que la commission de réforme était irrégulièrement composée en l'absence de psychiatre ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que les dispositions du décret n° 2019-122 du 21 février 2019 ne lui étaient pas applicables.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 26 janvier 2023 et le 14 avril 2023, le centre national de la recherche scientifique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- à titre principal, aucun des moyens de la requête et du mémoire en réplique n'est fondé ;
- à titre subsidiaire, il entend se prévaloir d'une substitution de motif, en ce qu'il aurait été fondé à refuser de reconnaître l'imputabilité au service de la maladie de Mme Traoré en raison de l'absence de lien direct et essentiel entre sa maladie et l'exercice de ses fonctions.
Par une ordonnance en date du 17 avril 2023, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 19 mai 2023 à 12 heures.
Un mémoire produit par le centre national de la recherche scientifique a été enregistré le 25 mai 2023, postérieurement à la clôture d'instruction, et n'a pas été communiqué.
II. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n° 2107567 les 26 août 2021 et le 16 mai 2023, Mme B Traoré, représentée par Me Athon-Perez, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner le CNRS à lui verser la somme de 135 000 euros assortie des intérêts au taux légal à compter de la réclamation préalable et de leur capitalisation, en réparation des préjudices subis du fait de sa maladie imputable au service ;
2°) de mettre à la charge du CNRS la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision en date du 28 septembre 2020 par laquelle le président directeur général du CNRS a refusé de reconnaitre l'imputabilité au service de maladie est illégale ;
- sa maladie est imputable au service, dès lors la responsabilité sans faute de l'administration doit être engagée sur le fondement du risque ;
- le CNRS n'a pas assuré des conditions d'hygiène et de sécurité de nature à préserver sa santé en méconnaissance des dispositions de l'article 23 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 et sa responsabilité est engagée au titre de ce manquement constitutif d'une faute ;
- elle a subi des préjudices patrimoniaux et extrapatrimoniaux résultant de sa maladie professionnelle ;
- elle a droit à être indemnisée de ses préjudices à hauteur de 36 500 euros au titre des préjudices patrimoniaux pris dans leur ensemble, de 7 100 euros au titre de ses souffrances physiques et morales, de 3 000 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, de 5 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire, de 65 000 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, de 3 500 euros au titre du préjudice esthétique permanent, de 700 euros au titre du préjudice d'agrément, de 15 000 euros au titre du préjudice moral.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 avril 2023, le centre national de la recherche scientifique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par une ordonnance en date du 17 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 25 mai 2023 à 12 heures.
Un mémoire produit par le centre national de la recherche scientifique a été enregistré le 25 mai 2023, postérieurement à la clôture d'instruction, et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- le code du travail ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 2019-122 du 21 février 2019 relatif au congé pour invalidité temporaire imputable au service dans la fonction publique de l'Etat
- le décret n° 82-453 du 28 mai 1982 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la prévention médicale dans la fonction publique ;
- le décret n°86-442 du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Busidan, première conseillère,
- les conclusions de M. Terras, rapporteur public,
- les observations de Me Athon-Perez pour la requérante,
- et les observations de Mme A pour le CNRS.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B Traoré, ingénieure d'études de classe normale, affectée en dernier lieu au laboratoire d'astrophysique de Marseille, a présenté le 24 décembre 2019 une déclaration de maladie professionnelle en vue de faire reconnaître l'imputabilité au service de sa pathologie. Par une décision du 28 septembre 2020 le président directeur général du centre national de la recherche scientifique a opposé un refus à sa demande. Par les deux requêtes visées ci-dessus, qui présentent à juger des questions semblables et qu'il y a donc lieu de joindre afin qu'il y soit statué par un seul jugement, Mme B Traoré demande, d'une part, l'annulation de la décision du 28 septembre 2020 et, d'autre part, la condamnation du CNRS à lui verser la somme totale de 135 000 euros assortie des intérêts au taux légal à compter de la réclamation préalable et de leur capitalisation, en réparation des préjudices subis.
Sur la requête n° 2009217 :
2. En premier lieu, pour refuser de reconnaître l'imputabilité au service de la maladie déclarée par Mme Traoré, le président directeur général du CNRS a relevé que la pathologie en cause ne remplissait pas la condition relative au taux d'incapacité permanente, mentionnée à l'article L.461-1 du code de la sécurité sociale auquel renvoie le décret du 21 février 2019 relatif au congé pour invalidité temporaire imputable au service dans la fonction publique de l'Etat.
3. Toutefois, le décret du 21 février 2019 précité, pris pour l'application de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 susvisée, n'est entré en vigueur, ainsi d'ailleurs que les dispositions de cet article 21, que le 24 février 2019. Or, il ressort des pièces du dossier que Mme Traoré a, à deux reprises, rencontré le médecin de prévention, en octobre et décembre 2018 pour lui faire part de ses souffrances liées au travail. Par ailleurs, les docteurs Nortier et Laffy-Beaufils, psychiatres missionnés par le CNRS, dans leurs rapports d'expertise en date du 7 mars 2020 et du 29 juillet 2020, ont respectivement indiqué que la date de première constatation des symptômes devait être fixée aux mois de novembre 2017 pour le premier et d'octobre 2018 pour la seconde. Il est en outre constant que Mme Traoré a bénéficié d'un premier arrêt de travail en date du 7 janvier 2019 et il ressort des pièces du dossier qu'à cette même date, son médecin traitant a décidé de la placer sous antidépresseurs. La date de diagnostic de la maladie de Mme Traoré doit donc être fixée, au plus tard, au 7 janvier 2019, date au demeurant renseignée dans la déclaration de maladie professionnelle remplie par l'intéressée, soit en tout état de cause avant l'entrée en vigueur du décret du 21 février 2019.
4. Il s'ensuit que seules étaient applicables à la situation de Mme Traore les dispositions de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, et qu'en appliquant les dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 dans sa version issue de l'ordonnance n°2017-53 du 19 janvier 2017, le CNRS a entaché la décision en cause d'une erreur de droit.
5. En second lieu, aux termes de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 alors applicable : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévues en application de l'article 35. / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, à l'exception des blessures ou des maladies contractées ou aggravées en service, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident () ".
6. Pour l'exécution de ces dispositions, une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.
7. Pour soutenir que le syndrome anxio-dépressif dont elle souffre et qui a justifié son placement en arrêt maladie pour la première fois le 7 janvier 2019, présente un lien direct avec l'exercice de ses fonctions ou avec ses conditions de travail, Mme Traoré fait valoir que cette pathologie est liée à la détérioration de ses relations avec ses collègues de travail à son retour de congés de présence parentale et à l'absence de soutien de sa hiérarchie.
8. Il ressort des pièces du dossier, en particulier des expertises médicales des docteurs Nortier et Laffy-Beaufils, que malgré l'existence de facteurs extra-professionnels, la pathologie présentée par Mme Traoré " est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions " et qu'il n'existe pas d'état ou d'infirmité antérieurs. Dans ces conditions, le syndrome anxio-depréssif dont souffre Mme Traoré, alors même qu'il pourrait être pour partie lié aux difficultés personnelles de l'intéressée, doit être regardé comme imputable au service au sens des dispositions précitées de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984. Par conséquent, la demande de substitution de motif sollicitée par le CNRS, laquelle consiste à opposer à Mme Traoré l'absence de lien direct et essentiel avec le service de sa pathologie, qui correspond à l'un des critères posés par l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 non applicable à la situation de l'intéressée ainsi qu'il a été dit au point 3, doit être rejetée.
9. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête n° 2009217, que Mme Traoré est fondée à demander l'annulation de la décision du 28 septembre 2020 par laquelle le président directeur général a refusé de reconnaître l'origine professionnelle de sa pathologie.
Sur la requête n° 2107567 :
10. Les dispositions qui instituent, en faveur des fonctionnaires victimes d'accidents de service ou de maladies professionnelles, une rente viagère d'invalidité en cas de mise à la retraite et une allocation temporaire d'invalidité en cas de maintien en activité, doivent être regardées comme ayant pour objet de réparer d'une part, les pertes de revenus et l'incidence professionnelle de l'incapacité physique et, d'autre part, le déficit fonctionnel, entendu comme l'ensemble des préjudices à caractère personnel liés à la perte de la qualité de la vie, aux douleurs permanentes et aux troubles ressentis par la victime dans ses conditions d'existence personnelles, familiales et sociales, à l'exclusion des souffrances éprouvées avant la consolidation, du préjudice esthétique, du préjudice sexuel, du préjudice d'agrément lié à l'impossibilité de continuer à pratiquer une activité spécifique, sportive ou de loisirs, et du préjudice d'établissement lié à l'impossibilité de fonder une famille. Elles déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les fonctionnaires concernés peuvent prétendre, au titre de ces chefs de préjudice, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Ces dispositions ne font obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux ou personnels d'une autre nature, obtienne de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la personne publique, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette personne.
S'agissant de la responsabilité pour faute :
11. Aux termes de l'article 23 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Des conditions d'hygiène et de sécurité de nature à préserver leur santé et leur intégrité physique sont assurées aux fonctionnaires durant leur travail ". Aux termes de l'article L. 4121-1 du code du travail, applicable aux établissements publics à caractère administratif de l'Etat en vertu de l'article 3 du décret du 28 mai 1982 visé ci-dessus : " L'employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. / Ces mesures comprennent : 1° Des actions de prévention des risques professionnels, y compris ceux mentionnés à l'article L. 4161-1 ; 2° Des actions d'information et de formation ; 3° La mise en place d'une organisation et de moyens adaptés. / L'employeur veille à l'adaptation de ces mesures pour tenir compte du changement des circonstances et tendre à l'amélioration des situations existantes ". Aux termes de l'article L. 4121-2 du même code : " L'employeur met en œuvre les mesures prévues à l'article L. 4121-1 sur le fondement des principes généraux de prévention suivants : 1° Eviter les risques ; 2° Evaluer les risques qui ne peuvent pas être évités ; 3° Combattre les risques à la source ; 4° Adapter le travail à l'homme, en particulier en ce qui concerne la conception des postes de travail ainsi que le choix des équipements de travail et des méthodes de travail et de production, en vue notamment de limiter le travail monotone et le travail cadencé et de réduire les effets de ceux-ci sur la santé ; 5° Tenir compte de l'état d'évolution de la technique ; 6° Remplacer ce qui est dangereux par ce qui n'est pas dangereux ou par ce qui est moins dangereux ; 7° Planifier la prévention en y intégrant, dans un ensemble cohérent, la technique, l'organisation du travail, les conditions de travail, les relations sociales et l'influence des facteurs ambiants, notamment les risques liés au harcèlement moral et au harcèlement sexuel, tels qu'ils sont définis aux articles L. 1152-1 et L. 1153-1, ainsi que ceux liés aux agissements sexistes définis à l'article L. 1142-2-1 ; 8° Prendre des mesures de protection collective en leur donnant la priorité sur les mesures de protection individuelle ; 9° Donner les instructions appropriées aux travailleurs ".
12. En l'espèce, Mme Traoré expose qu'elle a connu, à compter de son retour de congé d'absence parental une dégradation significative de ses conditions de travail, lesquelles ont causé l'apparition d'un syndrome anxio-dépressif invalidant reconnu imputable au service par le présent jugement. Elle soutient ainsi avoir été victime, notamment, d'une mise à l'écart, de conflits multiples, de propos dénigrants proférés par des collègues et avoir manqué du soutien de sa hiérarchie. Elle n'apporte toutefois aucun élément de nature à établir que le CNRS aurait manqué à ses obligations en matière de protection de sa santé au sens des dispositions précitées, alors qu'il résulte par ailleurs de l'instruction que sa hiérarchie l'a accompagnée dans son souhait d'une mobilité interne, et qu'elle a été invitée, en réponse à son courrier du 29 avril 2019 l'alertant de sa situation, à se rapprocher du service des ressources humaines pour évoquer ses difficultés et tenter de les résoudre. Dans ces conditions, Mme Traoré n'est pas fondée à rechercher la responsabilité pour faute du CNRS.
S'agissant de la responsabilité sans faute :
13. En revanche, Mme Traoré, dont la maladie est reconnue imputable au service par le présent jugement, est fondée à rechercher la responsabilité sans faute du CNRS sur le fondement du risque et dans les conditions et limites rappelées au point 10.
Sur les préjudices :
Sur les préjudices patrimoniaux :
14. Si Mme Traoré fait état d'un préjudice patrimonial du fait de l'entretien et du stationnement de son véhicule automobile qu'elle n'est plus en mesure de conduire, il ne résulte pas de l'instruction, et notamment des différentes rapports d'expertise, que cette incapacité serait en lien avec sa maladie professionnelle. Dès lors, il n'y a pas lieu d'indemniser ce poste de préjudice.
15. Les dispositions de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984, citées au point 5 du présent jugement et applicables en l'espèce, ne prévoient le " remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident " qu'au fonctionnaire dont " la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, à l'exception des blessures ou des maladies contractées ou aggravées en service ", Il s'ensuit que Mme Traoré, dont la maladie a été contractée en service, n'est pas fondée à demander le remboursement de ses séances avec une psychologue.
16. Il résulte de ce qui a été dit au point 10 que Mme Traoré, ne peut être indemnisée, sur le terrain de la responsabilité sans faute, que des préjudices patrimoniaux d'une autre nature que les pertes de revenus et l'incidence professionnelle. Elle n'est dès lors pas fondée à demander la réparation de cette dernière.
Sur les préjudices personnels :
17. Il résulte de ce qui a été dit au point 10 que Mme Traoré ne peut être indemnisée, sur le terrain de la responsabilité sans faute, que des préjudices personnels subis en lien avec cette maladie professionnelle d'une autre nature que le déficit fonctionnel. Dès lors, elle n'est pas fondée à demander la réparation de ses déficits fonctionnels temporaire et permanent.
18. Si Mme Traoré fait état d'un préjudice esthétique tant temporaire que permanent en raison de sa prise de poids et de l'alopécie qui l'affecte, il ne résulte pas de l'instruction, et notamment des différents rapports d'expertise, que ceux-ci auraient pour origine la maladie professionnelle de l'intéressée de sorte que le lien de causalité ne saurait être regardé comme établi. Dès lors, il n'y a pas lieu d'indemniser ce poste de préjudice.
19. L'intéressée, qui évoque ensuite un préjudice d'agrément notamment en raison de l'impossibilité pour elle de conduire et de partir en vacance avec son fils, n'établit toutefois pas, par la seule production de factures de transports et d'hôtel antérieures à sa maladie, l'existence d'un tel préjudice.
20. Enfin, il sera fait une juste appréciation, dans les circonstances de l'espèce, de son préjudice moral et de ses souffrances physiques et morales en lui versant la somme globale de 2 000 euros.
21. Il résulte de tout ce qui précède que Mme Traoré est uniquement fondée à demander la condamnation du CNRS à lui verser une somme totale de 2 500 euros tous intérêts compris en réparation de ses préjudices.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
22. Eu égard au motif d'annulation de la décision refusant de reconnaître l'imputabilité au service de la pathologie anxio-dépressive de Mme Traoré, il y a lieu d'enjoindre au CNRS de prendre, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, une décision reconnaissant cette imputabilité à compter du 7 janvier 2019.
Sur les frais liés au litige :
23. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du CNRS la somme de 2 000 euros à verser à Mme Traoré au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative relativement aux deux instances jointes dans le présent jugement.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du 28 septembre 2020, par laquelle le président directeur général du centre national de la recherche scientifique (CNRS) a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de la pathologie de Mme Traoré, est annulée.
Article 2 : Le CNRS est condamné à verser à Mme Traoré la somme de 2 500 euros tous intérêts compris en réparation de ses préjudices.
Article 3 : Il est enjoint au président directeur général du CNRS de prendre, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, une décision reconnaissant l'imputabilité au service de la pathologie de Mme Traoré reconnaissant à partir du 7 janvier 2019.
Article 4 : Le CNRS versera à Mme Traoré la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes n°s 2009217 et 2107567 est rejeté.
Article 6 : La présent jugement sera notifié à Mme B Traoré et au Centre national de la recherche scientifique.
Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Hogedez, présidente,
- Mme Busidan, première conseillère,
- M. Peyrot, premier conseiller,
assistés de M. Brémond, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juin 2023.
La rapporteure,
signé
H. BusidanLa présidente,
signé
I. Hogedez Le greffier,
signé
A. Brémond
La République mande et ordonne au ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier,
N°s 2009217-2107567
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026