jeudi 4 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2009230 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL MIMRAN VALENSI - SION |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, enregistrée sous le n° 2009230 le 30 novembre 2020, M. J E, représenté par Me Mimaram Valensi, demande au tribunal :
1°) d'annuler, à titre principal, l'arrêté du 23 octobre 2020 par lequel la maire de la commune d'Aix-en-Provence a enjoint aux propriétaires des parcelles cadastrées n°s 186, 327,118, 119, 108, 109 de la section BE et n° 240 de la section BH de prendre dans un délai d'un mois à compter de sa notification des mesures provisoires dans le but de mettre fin à une situation de péril imminent et, à titre subsidiaire, ce même arrêté en tant qu'il intègre la parcelle 118 dans le périmètre du péril imminent ;
2°) de mettre à la charge de la commune d'Aix-en-Provence une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les désordres liés au mur de soutènement concernent seulement les parcelles cadastrées n°s 108 et 109 ;
- l'état du mur de soutènement, objet du péril imminent, n'est pas de nature à compromettre la sécurité publique dès lors qu'il se situe en bordure d'un chemin d'exploitation.
Par un mémoire en défense, enregistré 28 janvier 2022, la commune d'Aix-en-Provence, représentée par Me Ibanez, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge du requérant sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
II. Par une requête enregistrée sous le n° 2009633 le 10 décembre 2020 et un mémoire enregistré le 22 mars 2022, Mme N I veuve M et MM. Eric et Marc M, représentés par Me Grosso, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 octobre 2020 par lequel la maire de la commune d'Aix-en-Provence a enjoint aux propriétaires des parcelles cadastrées n°s 186, 327,118, 119, 108, 109 de la section BE et n° 240 de la section BH de prendre dans un délai d'un mois à compter de sa notification des mesures provisoires dans le but de mettre fin à une situation de péril imminent ;
2°) de mettre à la charge de la commune d'Aix-en-Provence une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'état du mur de soutènement, objet du péril imminent, se situe en bordure d'un chemin dont ils ne sont pas propriétaires ;
- l'arrêté en litige est entaché d'un détournement de procédure.
Par des mémoires en défense, enregistrés 28 janvier 2022 et le 15 avril 2022, la commune d'Aix-en-Provence, représentée par Me Ibanez, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
III. Par une requête, enregistrée sous le n° 2009977 le 20 décembre 2020, et un mémoire enregistré le 27 février 2022, MM. Frédéric et Guy H, représentés par Me Citeau, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 octobre 2020 par lequel la maire de la commune d'Aix-en-Provence a enjoint aux propriétaires des parcelles cadastrées n°s 186, 327,118, 119, 108, 109 de la section BE et n° 240 de la section BH de prendre dans un délai d'un mois à compter de sa notification des mesures provisoires dans le but de mettre fin à une situation de péril imminent ;
2°) de mettre à la charge de la commune d'Aix-en-Provence une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la maire d'Aix-en-Provence était incompétente pour prendre l'arrêté en litige en vertu de l'article L. 5211-9-2 du code général des collectivités territoriales ;
- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté ;
- l'état du mur de soutènement, objet du péril imminent, n'est pas de nature à compromettre la sécurité publique dès lors qu'il se situe en bordure d'un chemin privé ;
- les mesures préconisées par l'expert ne revêtent pas un caractère provisoire ;
- l'état de délabrement du mur de soutènement ne relève pas de causes qui lui sont propres ;
- le péril n'est pas grave et imminent.
Par des mémoires en défense, enregistrés 28 janvier 2022 et le 15 mars 2022, la commune d'Aix-en-Provence, représentée par Me Ibanez, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
IV. Par une requête enregistrée sous le n° 2009978 le 21 décembre 2020 et un mémoire enregistré le 9 mars 2022, la société Jude, représentée par Me Paulet, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 23 octobre 2020 par lequel la maire de la commune d'Aix-en-Provence a enjoint aux propriétaires des parcelles cadastrées n°s 186, 327,118, 119, 108, 109 de la section BE et n° 240 de la section BH de prendre dans un délai d'un mois à compter de sa notification des mesures provisoires dans le but de mettre fin à une situation de péril imminent.
Elle soutient que :
- elle n'est pas propriétaire du chemin litigieux mais seulement bénéficiaire d'un droit de passage ;
- l'origine du péril ne provient pas d'une cause qui lui est propre ;
- il n'est pas établi que l'état du mur de soutènement, objet du péril imminent, serait de nature à compromettre la sécurité publique.
Par un mémoire en défense, enregistré 28 janvier 2022, la commune d'Aix-en-Provence, représentée par Me Ibanez, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la société requérante sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
V. Par une requête enregistrée le 21 décembre 2020 sous le numéro 2010054 et un mémoire enregistré le 2 juin 2022, M. D G et Mme K F épouse G, représentés par Me Rouillier, demandent au tribunal :
1°) d'annuler, à titre principal, l'arrêté du 23 octobre 2020 par lequel la maire de la commune d'Aix-en-Provence a enjoint aux propriétaires des parcelles cadastrées n°s 186, 327,118, 119, 108, 109 de la section BE et n° 240 de la section BH de prendre dans un délai d'un mois à compter de sa notification des mesures provisoires dans le but de mettre fin à une situation de péril imminent et, à titre subsidiaire, l'arrêté en tant qu'il intègre la parcelle 186 dans le périmètre du péril imminent ;
2°) de mettre à la charge de la commune d'Aix-en-Provence une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- le rapport de l'expert est insuffisamment précis ;
- l'état du mur de soutènement, objet du péril imminent, n'est pas de nature à compromettre la sécurité publique dès lors qu'il se situe en bordure d'un chemin d'exploitation ;
- l'arrêté en litige est entaché d'un détournement de procédure.
Par un mémoire en défense, enregistré 28 janvier 2022, la commune d'Aix-en-Provence, représentée par Me Ibanez, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Vu :
- le rapport de l'expert enregistré le 20 juin 2019 ;
- l'ordonnance du 20 août 2019 par laquelle la présidente du tribunal a liquidé et taxé les frais et honoraires de l'expert à la somme de 1 721,88 euros ;
- les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code de justice administrative.
Vu les décisions de renvoi en formation collégiale.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme O,
- les conclusions de M. Garron, rapporteur public,
- et les observations de Me Grosso, représentant les consorts M, de Me Citeau, représentant MM. H, de Me Tramier représentant les époux G et Me Ranson substituant Me Ibanez, représentant la commune d'Aix-en-Provence.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite de la révision de son plan d'occupation des sols le 23 juillet 2015, la commune d'Aix-en-Provence a décidé de créer un parc public urbain s'étendant sur 5 hectares et comprenant des espaces de promenade pour les piétons et les cyclistes. Ce projet d'aménagement du territoire inclut dans son périmètre un chemin dénommé Traverse de la Cortésine, situé au droit des parcelles cadastrées n°s 118, 186, 109, 108 de la section BE et n° 240 de la section BH dont M. E, les époux G, la société Jude, les consorts M et MM. H sont respectivement propriétaires. Les services de la commune ayant été alertés de l'instabilité d'un mur soutenant les terres de ce chemin, une procédure de péril imminent a été engagée par la maire d'Aix-en-Provence sur le fondement de l'article L. 511-3 du code de la construction et de l'habitation. Par une ordonnance n° 2007820 du 14 octobre 2020, le juge des référés du tribunal administratif de Marseille a nommé un expert avec pour mission de décrire et examiner le mur pour les parcelles appartenant aux requérants et de proposer des mesures de nature à mettre fin à l'imminence du péril qui serait éventuellement constatée. Au vu des conclusions du rapport d'expertise, établi le 15 octobre 2020, la maire d'Aix-en-Provence a, par un arrêté du 23 octobre 2020, enjoint aux requérants, en leur qualité de propriétaires des parcelles situées au droit de la Traverse de la Cortésine, de prendre dans un délai d'un mois des mesures provisoires dans le but de mettre fin à la situation de péril imminent. Par les présentes requêtes, les requérants demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 23 octobre 2020. M. E et les époux G demandent également, à titre subsidiaire, d'annuler cet arrêté en tant qu'il intègre leurs parcelles dans le périmètre de l'arrêté en litige.
Sur la jonction :
2. Les requêtes susvisées n°s 2009230, 2009633, 2009977, 2009978 et 2010054 présentent à juger des questions semblables, concernent le même arrêté et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 5211-9-2 du code général des collectivités territoriales : " Sans préjudice de l'article L. 2212-2 du présent code, les maires des communes membres d'un établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre compétent en matière d'habitat transfèrent au président de cet établissement les prérogatives qu'ils détiennent en application de l'article L. 184-1 du code de la construction et de l'habitation et du chapitre Ier du titre Ier du livre V du même code. Lorsqu'une métropole délègue tout ou partie de ses compétences en matière d'habitat à un conseil de territoire, le président du conseil de la métropole délègue les prérogatives précitées correspondantes au président du conseil de territoire, qui lui est substitué pour l'application des II, V, trois derniers alinéas du VI et VII du présent article dans le périmètre du territoire ".
4. Il résulte de l'instruction que, par un courrier du 6 juin 2016 adressé au président de la métropole Aix-Marseille-Provence, la maire d'Aix-en-Provence, conformément à la faculté offerte par l'article L. 5211-9-2 du code général des collectivités territoriales, s'est opposée au transfert de plein droit au président de cet établissement de ses prérogatives en matière d'habitat, notamment des pouvoirs de police spéciale qu'elle tient des articles L. 511-1 et suivants du code de la construction et de l'habitation. Il résulte également de l'instruction qu'à la suite de l'opposition de certains maires à un tel transfert, le président de la métropole a, par un courrier du 19 septembre 2016 adressé aux maires, renoncé à l'exercice de ses prérogatives en la matière. Par un courrier du 28 novembre 2018, la présidente de la métropole a fait de même. Par suite, le moyen tiré de ce que la maire d'Aix-en-Provence n'était pas compétente pour prendre l'arrêté attaqué en méconnaissance des dispositions de l'article L. 5211-9-2 du code général des collectivités territoriales doit être écarté.
5. Il résulte, en outre, de l'instruction que la maire d'Aix-en-Provence a, par un arrêté du 16 juillet 2020 régulièrement affiché en mairie du 17 juillet au 16 août 2020, délégué ses fonctions, et donc sa signature, à M. Jacques Boudon, conseiller municipal, notamment en matière d'arrêtés de péril. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige manque en fait.
6. D'une part, aux termes du I de l'article L. 511-2 du code de la construction et de l'habitation : " Le maire, par un arrêté de péril pris à l'issue d'une procédure contradictoire dont les modalités sont définies par décret en Conseil d'Etat, met le propriétaire de l'immeuble menaçant ruine, et le cas échéant les personnes mentionnées au premier alinéa de l'article
L. 511-1-1, en demeure de faire dans un délai déterminé, selon le cas, les réparations nécessaires pour mettre fin durablement au péril ou les travaux de démolition, ainsi que, s'il y a lieu, de prendre les mesures indispensables pour préserver les bâtiments contigus. / Lorsque le bâtiment menaçant ruine est à usage principal d'habitation, l'arrêté de péril précise également que la non-exécution des réparations, travaux ou mesures dans le délai qu'il détermine expose le propriétaire au paiement d'une astreinte par jour de retard () ".
7. D'autre part, aux termes de l'article L. 511-3 du même code : " En cas de péril imminent, le maire, après avertissement adressé au propriétaire, demande à la juridiction administrative compétente la nomination d'un expert qui, dans les vingt-quatre heures qui suivent sa nomination, examine les bâtiments, dresse constat de l'état des bâtiments mitoyens et propose des mesures de nature à mettre fin à l'imminence du péril s'il la constate. / Si le rapport de l'expert conclut à l'existence d'un péril grave et imminent, le maire ordonne les mesures provisoires nécessaires pour garantir la sécurité, notamment, l'évacuation de l'immeuble. / Dans le cas où ces mesures n'auraient pas été exécutées dans le délai imparti, le maire les fait exécuter d'office. En ce cas, le maire agit en lieu et place des propriétaires, pour leur compte et à leurs frais () ". Il résulte de ces dispositions qu'un arrêté de péril nécessite que l'immeuble concerné menace de s'effondrer ou n'offre pas les garanties de solidité nécessaires au maintien de la sécurité publique.
8. L'arrêté contesté a été pris, sur le fondement des dispositions de l'article L. 511-3 du code de la construction et de l'habitation, en raison de l'état du mur poids utilisé comme mur de soutènement, qui jouxte les parcelles cadastrées n°s 186 ,327, 118, 119, 109, 108 de la section BE et n° 240 de la section BH, et dont une partie s'est effondrée, compte tenu des signes d'instabilité qu'il présentait, ainsi que du risque d'effondrement du talus et du mur de soutènement sur la traverse de la Cortésine. Par cet arrêté, la maire a prescrit aux propriétaires de ces parcelles de maintenir la fermeture du chemin situé en amont de l'effondrement aux véhicules, de vérifier les bâches en place et de les maintenir ou les remplacer si nécessaire, de maintenir le périmètre de sécurité et la condamnation du site, de protéger les ferrailles maintenant la bâche, de purger lorsque cela est possible les pierres en suspens sur le mur, d'établir un système de culée avec platelage tout le long du mur et de stabiliser la partie abrupte effondrée par un blindage ou du béton projeté, dans un délai de trente jours à compter de sa notification.
9. Aux termes de l'article L. 162-1 du code rural et de la pêche maritime : " Les chemins et sentiers d'exploitation sont ceux qui servent exclusivement à la communication entre divers fonds, ou à leur exploitation. Ils sont, en l'absence de titre, présumés appartenir aux propriétaires riverains, chacun en droit soi, mais l'usage en est commun à tous les intéressés. L'usage de ces chemins peut être interdit au public ". L'intervention du maire n'est pas limitée au cas où le danger à prévenir peut affecter la voie publique mais s'étend également au cas où l'état d'un immeuble entraîne des risques d'effondrement en n'offrant pas les garanties de solidité nécessaires et compromet ainsi la sécurité de toute personne qui viendrait à pénétrer dans la propriété du fait que l'accès n'en serait pas efficacement interdit.
10. Par un jugement du 18 juin 1992, confirmé par un arrêt de la cour d'appel du 4 août 1995, le tribunal de grande instance d'Aix-en-Provence a qualifié le chemin dit de la traverse de la Cortésine de chemin d'exploitation. Par un nouveau jugement du 20 février 2023 du même tribunal judiciaire, ce chemin, au droit des parcelles cadastrées n°s 118, 325, 186, 109 et 108 de la section BE a de nouveau été qualifié de chemin d'exploitation. Il s'ensuit que la traverse de la Cortésine longeant les parcelles des requérants a la nature d'un chemin d'exploitation, lequel appartient aux propriétaires riverains, chacun en droit soi.
11. Il ne résulte pas de l'instruction que le chemin d'exploitation en litige serait efficacement interdit d'accès à toute personne qui viendrait à y pénétrer, les requérants n'alléguant pas, au demeurant, que ce chemin ne serait pas utilisé pour l'accès des riverains à leurs parcelles. Le jugement cité au point précédent du 20 février 2023 a d'ailleurs condamné la société Jude et M. E à remettre le chemin dans l'état où il se trouvait avant l'installation à l'entrée du chemin d'un portail et d'une clôture grillagée. Par suite, la maire d'Aix-en-Provence n'a pas commis d'erreur de droit en faisant usage des pouvoirs de police qu'elle tient du code de la construction et de l'habitation afin de garantir la sécurité de toute personne qui viendrait à faire usage du chemin d'exploitation dit de la Traverse de la Cortésine.
12. Il résulte de la qualification de chemin d'exploitation bordant les parcelles en cause que le moyen tiré de ce que les requérants ne seraient pas propriétaires du mur menaçant de s'effondrer doit être écarté, les propriétaires de ces parcelles disposant, pour chacun d'entre eux, de la propriété divise des portions du chemin situées au droit de leurs parcelles, incluant nécessairement les portions correspondantes du mur en litige. En outre, le rapport de l'expert désigné par le tribunal précise que l'origine du péril imminent constaté se trouve " au niveau du mur poids situé à la Traverse de la Cortésine à Aix-en-Provence, parcelles cadastrées BE 186, 327, 118, 119, 109, 108 et BH 240 ", et les requérants n'apportent aucun élément probant de nature à contredire sérieusement ces constatations. Dès lors, ils doivent être regardés comme étant, ainsi qu'il a été dit, chacun pour la portion du mur bordant la parcelle leur appartenant, propriétaires du mur poids utilisé comme mur de soutènement du talon situé en amont, soit de l'immeuble menaçant ruine, au sens des dispositions de l'article L. 511-3 du code de la construction et de l'habitation.
13. Il est constant qu'une partie du mur poids utilisé comme mur de soutènement du talus en amont s'est effondrée en 2019 et que la zone du sinistre a été bâchée et protégée par des barrières. Sur la partie du mur non effondrée, mesurant jusqu'à 2 ou 3 mètres de hauteur, l'expert a relevé, dans son rapport du 15 octobre 2020, que l'ouvrage présentait des " signes d'instabilités ", qu'il était penché et très ancien, que le talus n'était plus soutenu et donc instable, et qu'il existait " un risque d'effondrement du talus sur la partie abrupte [de la pente] et du mur poids utilisé comme mur de soutènement ". Contrairement à ce que soutiennent les requérants, ces constatations sont suffisantes pour caractériser un péril grave et imminent, au sens de l'article L. 511-3 du code de la construction et de l'habitation, comme le mentionne d'ailleurs expressément l'expert dans son rapport. En outre, le danger n'est pas limité à la partie effondrée mais concerne toute la zone d'influence définie par l'expert et incluant les parties du mur situées aux abords des parcelles dont les requérants sont propriétaires. S'il ressort du même rapport que le talus situé en amont n'était plus soutenu par le mur poids faisant office de mur de soutènement et que les terres appuyées à l'arrière du mur ont engagé sa stabilité à long terme, il n'en demeure pas moins que le mur a cédé sur une portion et présente un danger à raison d'un défaut de conception, l'expert ayant observé qu'il n'avait pas été conçu pour reprendre la poussée de terre. Ainsi, ce rapport mentionne que le mur en cause ne comporte aucune boutisse et n'a pas été construit avec un fruit régulier et un rétrécissement en-tête, contrairement à un mur de soutènement qui serait fabriqué dans les règles de l'art. Dès lors, les désordres du mur de soutènement, alors même qu'ils auraient été aggravés par la poussée des terres du talus, proviennent à titre prépondérant de causes qui lui sont propres. Par conséquent, les moyens tirés de l'inexistence d'un péril grave et imminent et de l'origine extérieure des désordres affectant le mur doivent être écartés.
14. Si MM. H font valoir que les mesures prescrites par l'arrêté en litige, qui tendraient à consolider durablement le mur de soutènement, ne revêtiraient pas un caractère provisoire, les mesures ordonnées par la maire d'Aix-en-Provence ne tendent pas à la réfection définitive du mur ou à sa transformation en mur de soutènement mais sont destinées à prévenir le risque d'effondrement du mur poids fragilisé et à stabiliser sa partie abrupte effondrée. Par suite, le moyen tiré de ce que les mesures prescrites ne sont pas provisoires n'est pas fondé.
15. Si la commune d'Aix-en-Provence a saisi, en septembre 2019, le juge judiciaire de la question de la qualification du mur, cette procédure distincte, engagée sur le fondement d'une autre législation, à savoir les dispositions du code rural et de la pêche maritime, est sans incidence sur la légalité de la procédure de péril imminent engagée sur le fondement de l'article L. 511-3 du code de la construction et de l'habitation. En tout état de cause, il ne résulte pas de l'instruction que l'autorité territoriale, en édictant l'arrêté attaqué du 23 octobre 2020, aurait poursuivi un autre but que celui de mettre fin au péril imminent qui, comme évoqué précédemment, était suffisamment caractérisé par le rapport d'expertise du 15 octobre 2020. Par suite, le moyen tiré du détournement de procédure soulevé par les consorts M et les époux G doit être écarté.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation totale ou partielle, présentées respectivement par l'ensemble des requérants à titre principal, et à titre subsidiaire par M. E et les époux G, de l'arrêté du 23 octobre 2020 doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
17. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que les sommes demandées à ce titre par les requérants soit mise à la charge de la commune d'Aix-en-Provence, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Il n'y a par ailleurs pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants les sommes que réclame la commune sur ce même fondement.
18. D'autre part, aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties () ".
19. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre les frais de l'expertise ordonnée par le tribunal, liquidés et taxés à la somme de 1 721,88 euros, pour moitié à la charge solidaire des requérants et pour l'autre moitié à la charge de la commune d'Aix-en-Provence.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes enregistrées sous les n°s 2009230, 2009633, 2009977, 2009978 et 2010054 sont rejetées.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune d'Aix-en-Provence sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Les frais d'expertise sont mis pour moitié à la charge solidaire des requérants et pour l'autre moitié à la charge de la commune d'Aix-en-Provence.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. J E, à Mme N I veuve M, à MM. Eric et Marc M, à MM. Frédéric et Guy H, à la société Jude, à M. D G et Mme K F épouse G et à la commune d'Aix-en-Provence.
Délibéré après l'audience du 11 avril 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Jorda-Lecroq, présidente de chambre,
Mme Gaspard-Truc, première conseillère,
Mme Balussou, première conseillère,
Assistées de Mme Boyé, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mai 2023.
La rapporteure,
Signé
F. O
La présidente,
Signé
K. Jorda-Lecroq
La greffière,
Signé
F.-L. Boyé
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière.
N°s 2009230,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026