mercredi 11 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2009249 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | BONAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 novembre 2020, Mme A C et M. B D, représentés par Me Bonan, demandent au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à leur verser la somme de 50 000 euros chacun en réparation des préjudices qu'ils ont subis du fait de leurs conditions d'accueil et d'hébergement dans des camps de transit après le rapatriement du chef de famille d'Algérie en France ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à chacun d'eux en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la responsabilité pour faute de l'Etat est engagée en raison des conditions de vie indignes qui leur ont été réservées en tant qu'enfants de harki dans les camps dans lesquels ils ont vécu de 1962 à 1983 ;
- ces conditions de vie ont entraîné de graves séquelles physiques pour l'ensemble de la famille ;
- leurs préjudices respectifs s'élèvent à la somme de 50 000 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 décembre 2022, le ministre des armées conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions de la requête et subsidiairement au rejet de celle-ci.
Il soutient que :
- il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête concernant Mme C, dès lors que celle-ci a obtenu une indemnisation par décision de la commission nationale indépendante de reconnaissance et de réparation des préjudices subis par les Harkis et les autres personnes rapatriées d'Algérie ;
- la requête est irrecevable, dès lors que le régime spécial institué par la loi du 23 février 2022 est seul applicable aux demandes de réparation des préjudices de toute nature résultant du séjour dans l'une des structures d'accueil mentionné en annexe du décret du 18 mars 2022 ;
- l'action des requérants est prescrite ;
- ils n'apportent aucun élément de nature à justifier le montant du préjudice dont ils se prévalent.
La requête a été communiquée à l'Office national des anciens combattants et victimes de guerre qui n'a pas produit d'observations.
Par une ordonnance du 21 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 décembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi du 29 janvier 1831 ;
- la loi n° 45-0195 du 31 décembre 1945 ;
- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;
- la loi n° 2022-229 du 23 février 2022 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Felmy, rapporteure,
- et les conclusions de M. Ouillon, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, né en 1920 en Algérie, ancien personnel des formations supplétives pendant la guerre d'Algérie, a été rapatrié en France en 1962 et est décédé en 2002. Mme A C, sa fille, indique avoir vécu dans le camp de Bourg Lastic du 28 juin 1962 jusqu'au 28 septembre 1962, dans le camp de Rivesaltes du 28 septembre 1962 au 19 mars 1963, dans le camp de Meyrueis du 19 mars 1963 au 24 juin 1963, dans le camp de Chadenet du 24 juin 1963 au 7 décembre 1964, dans le camp de Sault du 7 décembre 1964 au 1er janvier 1967, et dans le hameau de forestage de la Plaine Brunette à La Ciotat du 1er janvier 1967 au 24 juin 1968. Mme A C a ensuite épousé M. D dont elle a notamment eu un enfant, B D, né le 8 mars 1972. En conséquence de sa séparation d'avec son époux, Mme C, avec ses enfants, indique être retournée vivre avec ses parents au hameau de forestage de La Ciotat jusqu'en septembre 1983. Le 2 novembre 2020, Mme C et son fils M. D ont adressé une demande indemnitaire préalable à la direction générale des finances publiques tendant à la réparation des préjudices subis du fait des conditions de vie indignes dans les camps dans lesquels ils ont vécu pour les périodes précitées. Une décision implicite de rejet résultant du silence de l'administration sur cette demande est née en cours d'instance. Les requérants demandent au tribunal de condamner l'Etat à leur verser une somme de 50 000 euros chacun en réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subis.
Sur l'exception de non-lieu opposée en défense :
2. Le ministre des armées soutient qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête dès lors que Mme C a obtenu l'indemnisation de ses préjudices. Il résulte de la décision du 16 juin 2022 produite en défense, intervenue postérieurement à l'introduction de la requête, que la commission nationale indépendante de reconnaissance et de réparation des préjudices subis par les Harkis et les autres personnes rapatriées d'Algérie instituée par la loi du 23 février 2022 a fait partiellement droit, à hauteur d'un montant forfaitaire de 9 000 euros, à la demande indemnitaire de la requérante. Par suite, si les conclusions de la requête sont, dans cette mesure, devenues sans objet, il y a en revanche toujours lieu de statuer sur les conclusions relatives au surplus du montant demandé par Mme C et à l'indemnité demandée par M. D.
Sur les conclusions indemnitaires demeurant en litige :
3. D'une part, aux termes de l'article 148 de la loi du 31 décembre 1945, abrogeant et remplaçant l'article 9 de la loi du 29 janvier 1831 portant règlement du budget et des dispositions sur la déchéance des créanciers de l'Etat modifiée : " Sont prescrites et définitivement éteintes au profit de l'Etat, des départements, des communes et des établissements publics toutes créances qui, n'ayant pas été acquittées avant la clôture de l'exercice auquel elles appartiennent, n'ont pas pu être liquidées, ordonnées et payées dans un délai de quatre années à partir de l'ouverture de l'exercice ". Selon l'article 10 de la loi du 29 janvier 1831, modifié par le décret du 30 octobre 1935 : " Les dispositions de l'article précédent ne seront pas applicables aux créances dont l'ordonnancement et le paiement n'auraient pu être effectués, dans les délais déterminés, par le fait de l'administration ". D'autre part, aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'Etat () toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. () ". Aux termes de son article 3 : " La prescription ne court ni contre le créancier qui ne peut agir, soit par lui-même ou par l'intermédiaire de son représentant légal, soit pour une cause de force majeure, ni contre celui qui peut être légitimement regardé comme ignorant l'existence de sa créance ou de la créance de celui qu'il représente légalement ". En application de cet article, les dispositions de cette loi ne sont pas applicables aux créances atteintes de déchéance avant le 1er janvier 1969.
4. Lorsque la responsabilité d'une personne publique est recherchée, les droits de créance invoqués en vue d'obtenir l'indemnisation des préjudices doivent être regardés comme acquis, au sens des dispositions précitées, à la date à laquelle la réalité et l'étendue de ces préjudices ont été entièrement révélées, ces préjudices étant connus et pouvant être exactement mesurés. La créance indemnitaire relative à la réparation d'un préjudice présentant un caractère continu et évolutif doit être rattachée à chacune des années au cours desquelles ce préjudice a été subi. Dans ce cas, le délai de prescription de la créance relative à une année court à compter du 1er janvier de l'année suivante, à la condition qu'à cette date le préjudice subi au cours de cette année puisse être mesuré.
5. Les préjudices dont font état Mme C et M. D, liés aux conditions de vie indignes qu'ils ont subies dans différents camps et hameaux de forestage, présentent un caractère continu et évolutif. Dès lors, la créance indemnitaire relative à ces préjudices doit être rattachée à chacune des années au cours desquelles ils ont été subis. En application de l'article 9 de la loi du 29 janvier 1831 modifié par l'article 148 de la loi du 31 décembre 1945, les créances nées au cours des années 1962 à 1965 étaient, à la date d'entrée en vigueur de la loi du 31 décembre 1968, déchues, et de ce fait prescrites à la date à laquelle Mme C a formé sa réclamation préalable, en novembre 2020. En outre, en application des dispositions précitées de la loi du 31 décembre 1968, les créances de Mme C et M. D, nées au cours des années 1966 à 1982 étaient également prescrites à la date à laquelle ils ont présenté leur réclamation préalable. A supposer que le point de départ du délai de prescription soit non pas l'année au cours de laquelle le préjudice a été subi mais l'année où il a cessé, la nature et l'étendue des conséquences dommageables de cette faute étaient, en tout état de cause, connues dès 1983, année au cours de laquelle la famille a quitté le hameau forestier de la Plaine Brunette. Si, Mme C, enfant de M. B C étant née en 1953, et M. B D, son petit-fils étant né en 1972, le délai de prescription de la créance se rapportant à leur préjudice n'a pu courir qu'à compter du 1er janvier de l'année suivant celle au cours de laquelle ils ont atteint leur majorité, par application de l'article 3 de la loi du 31 décembre 1968, dès lors qu'ils pouvaient être légitimement regardés comme ignorant jusque-là l'existence de leur créance, celle-ci était également prescrite à la date à laquelle ils ont présenté leur demande indemnitaire, en novembre 2020, dès lors qu'ils avaient, à cette date, atteint depuis plus de quatre ans l'âge de la majorité. Dans ces conditions, le ministre des armées est fondé à opposer aux conclusions demeurant en litige après intervention de la décision de la commission nationale indépendante du 16 juin 2022, et tendant à l'indemnisation de ces conséquences dommageables, la prescription quadriennale prévue par les dispositions précitées de la loi du 31 décembre 1968.
6. Enfin, à supposer que Mme C et M. D aient entendu invoquer des préjudices distincts résultant de " graves séquelles " occasionnées à leur santé physique et liées à leur séjour dans les camps, ils ne versent aux débats aucun élément ou pièce utile permettant d'en établir la réalité ou l'étendue. Par suite, les conclusions des requérants tendant à la réparation de ces chefs de préjudices ne peuvent, en tout état de cause, qu'être rejetées.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions des requérants demeurant en litige à la date du présent jugement et tendant à la condamnation de l'État à la réparation des préjudices nés des conditions d'accueil et de vie dans les camps de harkis dans lesquels ils auraient vécu de 1962 à 1983 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête à hauteur du montant de l'indemnisation accordée à Mme C par la décision de la commission nationale indépendante de reconnaissance et de réparation des préjudices subis par les Harkis et les autres personnes rapatriées d'Algérie du 16 juin 2022.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C et M. D est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, désignée en application de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, pour les requérants, et au ministre des armées.
Délibéré après l'audience du 19 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Hameline, présidente,
Mme Felmy, première conseillère,
Mme Hétier-Noël, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 janvier 2023.
La rapporteure,
signé
E. Felmy
La présidente,
signé
M.-L. Hameline
La greffière,
signé
B. Marquet
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
2
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026