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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2009343

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2009343

lundi 6 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2009343
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantIBANEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 2 décembre 2020 et 27 avril 2023, M. A B et Mme D C, représentés par Me Ibanez, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler la délibération du 15 octobre 2020 par laquelle le conseil municipal de Molines-en-Queyras a approuvé le plan local d'urbanisme (PLU) de la commune ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Molines-en-Queyras une somme de

3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la délibération est entachée d'incompétence ;

- le rapport de présentation est insuffisant ;

- elle méconnaît l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme compte tenu des modifications intervenues après enquête publique ;

- elle méconnaît le principe d'extension de l'urbanisation en continuité de l'urbanisation existante ;

- elle méconnaît le principe d'équilibre de gestion économe de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain ;

- elle est entachée d'incohérence entre le règlement et le projet d'aménagement et de développement durables ;

- le classement en zone Uba des parcelles assiettes de l'orientation d'aménagement et de programmation (OAP) n° 6 du secteur de Gaudissart est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 octobre 2022, la commune de Molines-en-Queyras, représentée par Me Neveu, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge des requérants une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens présentés par les requérants ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 16 juin 2023, la clôture immédiate de l'instruction a été prononcée en application des dispositions des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

Le mémoire enregistré le 16 juin 2023 pour la commune de Molines-en-Queyras n'a pas été communiqué.

Le tribunal a demandé à la commune de Molines-en-Queyras, par un courrier du

5 février 2024 sur le fondement de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, de transmettre différentes pièces.

Les pièces transmises par la commune en réponse à cette demande, enregistrées

les 20, 23 et 28 février 2024, ont été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Arniaud,

- les conclusions de M. Peyrot, rapporteur public,

- les observations de Me Rançon, représentant les requérants, et celles de Me Seisson, représentant la commune de Molines-en-Queyras.

Deux notes en délibéré ont été enregistrées, le 17 avril 2024 et le 2 mai 2024, pour la commune de Molines-en-Queyras

Considérant ce qui suit :

1. M. B et Mme C, domiciliés sur la commune de Molines-en-Queyras, demandent au tribunal d'annuler la délibération du 15 octobre 2020 par laquelle le conseil municipal de Molines-en-Queyras a approuvé le plan local d'urbanisme (PLU).

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme : " L'urbanisation est réalisée en continuité avec les bourgs, villages, hameaux, groupes de constructions traditionnelles ou d'habitations existants, sous réserve de l'adaptation, du changement de destination, de la réfection ou de l'extension limitée des constructions existantes, ainsi que de la construction d'annexes, de taille limitée, à ces constructions, et de la réalisation d'installations ou d'équipements publics incompatibles avec le voisinage des zones habitées ". Aux termes de l'article L. 122-5-1 du même code : " Le principe de continuité s'apprécie au regard des caractéristiques locales de l'habitat traditionnel, des constructions implantées et de l'existence de voies et réseaux ".

3. S'il appartient à l'autorité administrative chargée de se prononcer sur une demande d'autorisation d'occupation ou d'utilisation du sol de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de la conformité du projet avec les dispositions du code de l'urbanisme particulières aux zones de montagne, il résulte des dispositions des articles L. 131-4 et L. 131-7 de ce code que, s'agissant d'un plan local d'urbanisme, il appartient à ses auteurs de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de sa compatibilité avec les dispositions du code de l'urbanisme particulières aux zones de montagne, notamment celles de l'article L. 122-5.

4. Il ressort des pièces du dossier que le PLU de Molines-en-Queyras classe en zone Uba les parcelles nos 82, 109, 110, ainsi que les bordures Est des parcelles nos 107 et 111, auparavant classées en zone Ap. Cette zone Uba supporte l'orientation d'aménagement et de programmation (OAP) n° 6 qui vise la création de 20 logements par hectare pour chacun des quatre espaces d'implantation identifiés, sans toutefois prévoir nécessairement un aménagement d'ensemble. Si, selon le rapport de présentation, le hameau de Gaudissart, constitué d'une quarantaine de maisons, s'est urbanisé initialement autour de la route de Gaudissart, l'urbanisation s'est ensuite réalisée autour de deux nouvelles rues créées à l'Est du hameau. La zone Uba en cause, située au Nord du hameau de Gaudissart, longe la bordure Ouest de la route de Gaudissart, la partie Est de cette route faisant apparaître quatre constructions dont seulement deux sont en bordure de route. Au Sud de la zone Uba en cause, se situe une parcelle Ub non construite, avant la zone Ua qui constitue le cœur du hameau. Eu égard à sa surface s'étirant en bordure d'un cône qui n'est pas urbanisé au niveau de la zone Uba projetée et qui s'ouvre sur de vastes étendues naturelles, et alors que, de l'autre côté de la route, sont présentes très peu d'habitations, cette nouvelle zone Uba, qui ne se situe pas non plus dans une dent creuse d'un secteur urbanisé, ne s'inscrit pas en continuité de l'urbanisation et méconnaît ainsi l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme : " Dans le respect des objectifs du développement durable, l'action des collectivités publiques en matière d'urbanisme vise à atteindre les objectifs suivants : / 1° L'équilibre entre : / a) Les populations résidant dans les zones urbaines et rurales ; / b) Le renouvellement urbain, le développement urbain et rural maîtrisé, la restructuration des espaces urbanisés, la revitalisation des centres urbains et ruraux, la lutte contre l'étalement urbain ; / () ". Les règles fixées par les documents d'urbanisme locaux doivent être compatibles avec les objectifs énumérés par l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme.

6. Les requérants font valoir que la consommation d'espace permise par le PLU en litige est, à l'instar des objectifs de la commune en matière de logements, excessive et contradictoire. Il ressort des pièces du dossier que l'un des objectifs du PLU est d'accueillir de nouveaux habitants pour atteindre 338 résidents en 2031. Pour répondre à cet objectif d'accroissement de la population, le PLU prévoit la construction de 28 logements destinés à l'installation à l'année de nouveaux habitants. Par ailleurs, le rapport de présentation relève que les résidences secondaires représentent 79 % du parc de logement en 2015 et fixe comme objectif une baisse de ce pourcentage à 78 % en 2031. Il prévoit, compte tenu de cette proportion et pour atteindre l'objectif de 28 logements résidents, la construction de 93 logements dont

65 résidences secondaires " subies ". Dans ce cadre, et selon le rapport de présentation dans sa version approuvée et disponible sur le site Géoportail de l'urbanisme, 4 hectares sont ouverts à l'urbanisation dont 2,99 hectares pour la création de 93 logements. Il ressort toutefois des pièces du dossier, en particulier du rapport de présentation, que la population de la commune décroît régulièrement, qu'elle est ainsi passée de 375 à 305 habitants entre 1982 et 2015, que le nombre de maisons secondaires continue d'augmenter et que la proportion de résidences principales construites par rapport au type de logement est passée de 37,1 % dans les années 1970 et 1980 à 8,3 % entre 2006 et 2012. Dans ces conditions, la répartition projetée entre résidences principales (28) et résidences secondaires (65) ne correspond pas à la réalité de la tendance décrite dans le rapport, alors que par ailleurs les auteurs du PLU ont précisément entendu fixer comme objectifs la diminution du nombre de ces résidences secondaires et la limitation de la consommation des espaces. L'ouverture à l'urbanisation de 2,99 hectares du territoire pour la création de

93 logements, alors que la population résidente est en baisse continue et que le nombre de résidences secondaires " subies " augmente, n'apparaît pas compatible ni avec les besoins réels de la commune en matière de logement permanent, ni avec les objectifs poursuivis par ses auteurs de baisse du nombre de résidences secondaires, de maîtrise du développement urbain et d'une utilisation économe des espaces naturels. Dans ces conditions, le PLU contesté doit être regardé comme incompatible avec le principe d'équilibre résultant du 1° de l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme.

7. En dernier lieu, en vertu de l'article L. 151-9 du code de l'urbanisme : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. / Il peut préciser l'affectation des sols selon les usages principaux qui peuvent en être faits ou la nature des activités qui peuvent y être exercées et également prévoir l'interdiction de construire. / Il peut définir, en fonction des situations locales, les règles concernant la destination et la nature des constructions autorisées. ". Aux termes de l'article R. 151-18 du même code : " Les zones urbaines sont dites " zones U ". Peuvent être classés en zone urbaine, les secteurs déjà urbanisés et les secteurs où les équipements publics existants ou en cours de réalisation ont une capacité suffisante pour desservir les constructions à implanter ". Aux termes de l'article R. 151-20 du même code : " Les zones à urbaniser sont dites " zones AU ". Peuvent être classés en zone à urbaniser les secteurs à caractère naturel de la commune destinés à être ouverts à l'urbanisation. / Lorsque les voies publiques et les réseaux d'eau, d'électricité et, le cas échéant, d'assainissement existant à la périphérie immédiate d'une zone AU ont une capacité suffisante pour desservir les constructions à implanter dans l'ensemble de cette zone, les orientations d'aménagement et de programmation et le règlement définissent les conditions d'aménagement et d'équipement de la zone. Les constructions y sont autorisées soit lors de la réalisation d'une opération d'aménagement d'ensemble, soit au fur et à mesure de la réalisation des équipements internes à la zone prévus par les orientations d'aménagement et de programmation et le règlement. / Lorsque les voies publiques et les réseaux d'eau, d'électricité et, le cas échéant, d'assainissement existant à la périphérie immédiate d'une zone AU n'ont pas une capacité suffisante pour desservir les constructions à implanter dans l'ensemble de cette zone, son ouverture à l'urbanisation peut être subordonnée à une modification ou à une révision du plan local d'urbanisme ". Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation à cet égard ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

8. Il ressort des pièces du dossier que les parcelles classées Uba en cause sont dépourvues de toute construction. Elles sont entourées à l'Ouest et au Nord par une zone Ap et sont situées au sein d'un cône qui n'est pas urbanisé au niveau de la zone Uba et s'ouvre sur de vastes étendues naturelles. Si le projet de mise à jour du zonage d'assainissement du PLU prévoit l'intégration de la zone Uba dans la zone d'assainissement collectif, les requérants font valoir, sans être contredits, qu'aucuns travaux ne sont en cours ni programmés. Il ressort des pièces du dossier que ces parcelles sont actuellement dépourvues d'équipement de réseaux d'eau et d'électricité. Par ailleurs, elles sont concernées par l'OAP n° 6, librement consultable sur le site Géoportail de l'urbanisme, dont il ressort que l'aménagement se réalisera " soit sous la forme d'une opération d'ensemble soit au fur et à mesure de la réalisation des équipements " et qu'ainsi les équipements sont, à la date de la délibération attaquée, inexistants et non programmés. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que le classement en zone Uba des parcelles nos 82, 109, 110, ainsi que des bordures Est des parcelles nos 107 et 111, couvertes par l'OAP n° 6, est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

9. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens soulevés n'est susceptible, en l'état du dossier, d'entraîner l'annulation de la délibération contestée.

10. Les illégalités relevées ci-dessus n'étant pas susceptibles d'être régularisées, il n'y a pas lieu de mettre en œuvre les dispositions de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des requérants, qui ne représentent pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Molines-en-Queyras demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Molines-en-Queyras une somme de 1 500 euros à verser aux requérants au titre des frais de même nature.

D É C I D E :

Article 1er : La délibération du 15 octobre 2020 par laquelle le conseil municipal de Molines-en-Queyras a approuvé le plan local d'urbanisme (PLU) de la commune est annulée.

Article 2 : La commune de Molines-en-Queyras versera aux requérants la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Molines-en-Queyras sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Mme D C et à la commune de Molines-en-Queyras.

Copie pour information en sera adressée au préfet des Hautes-Alpes.

Délibéré après l'audience du 9 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Hogedez, présidente,

Mme Busidan, première conseillère,

Mme Arniaud, première conseillère,

Assistées de M. Brémond, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mai 2024.

La rapporteure,

signé

C. Arniaud

La présidente,

signé

I. Hogedez

Le greffier,

signé

A. Brémond

La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Alpes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier.

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