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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2009445

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2009445

lundi 22 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2009445
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantFREICHET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 4 décembre 2020 et 27 juillet 2022, Mme B A, représentée par Me Freichet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 octobre 2020 par laquelle le Garde des sceaux, ministre de la justice l'a placée en congé de maladie ordinaire du 8 au 22 juin 2020 ;

2°) d'annuler la décision du 2 octobre 2020 par laquelle le Garde des sceaux, ministre de la justice l'a placée en congé de maladie ordinaire du 23 juin au 20 juillet 2020 ;

3°) d'annuler la décision du 13 octobre 2020 par laquelle le Garde des sceaux, ministre de la justice a refusé la prise en charge de ses soins au titre de l'accident de service à compter du 29 juillet 2020 ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- les décisions du 2 octobre 2020 sont entachées d'un vice de procédure dès lors que la commission de réforme aurait dû être consultée ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- les décisions des 2 et 13 octobre 2020 sont entachées d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juillet 2022, le Garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 10 août 2022, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 30 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fayard, rapporteure,

- les conclusions de Mme Giocanti, rapporteure publique,

- et les observations de Me Freichet, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, éducatrice auprès de la protection judiciaire de la jeunesse, a été victime d'un accident de service le 3 février 2020, reconnu imputable au service par une décision du 10 mai 2020. Mme A a repris son service le 11 mai 2020, puis a été de nouveau placée en congé maladie du 8 juin au 20 juillet 2020. Par deux décisions du 2 octobre 2020, le directeur interrégional a placé Mme A en congé maladie ordinaire pendant ces périodes. Par une décision du 13 octobre 2020, le directeur a refusé de prendre en charge ses soins à compter du 29 juillet 2020. Mme A demande l'annulation des décisions des 2 et 13 octobre 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 21bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, en vigueur à la date de la décision : " I.-Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. Ces définitions ne sont pas applicables au régime de réparation de l'incapacité permanente du fonctionnaire. / Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. La durée du congé est assimilée à une période de service effectif. L'autorité administrative peut, à tout moment, vérifier si l'état de santé du fonctionnaire nécessite son maintien en congé pour invalidité temporaire imputable au service ". Il résulte de ces dispositions que doivent être pris en charge au titre de l'accident de service les arrêts de travail et les frais médicaux présentant un lien direct et certain avec l'accident initial y compris, le cas échéant, s'ils interviennent postérieurement à la date de consolidation constatée par l'autorité compétente.

3. Il ressort des pièces du dossier que pour refuser de reconnaître les arrêts maladie de prolongation du 8 juin au 20 juillet 2020 en lien avec l'accident de service du 3 février 2020, le ministre de la justice s'est fondé exclusivement sur l'expertise médicale du 29 juillet 2020. Cette dernière conclut à l'absence de lien dès lors que ces arrêts auraient pour origine " un syndrome anxiodépressif réactionnel en relation avec son inactivité sportive ". Toutefois, les attestations du psychologue et du psychiatre, produites au dossier et sur lesquelles l'expert se fonde, ne font pas état d'une telle conclusion. En outre, et en tout état de cause, l'ensemble des certificats médicaux de prolongation ont pour objet un " traumatisme genou et cheville droite " sans faire état de l'état psychologique de la requérante. Il ressort par ailleurs du rapport de l'expert que Mme A souffre d'un syndrome rotulien lié à cet accident et qu'un taux d'incapacité permanent de 3% est fixé. La requérante produit également un compte-rendu de son kinésithérapeute du 24 juillet 2020 indiquant que la reprise du travail ne peut être envisagée dans des conditions favorables au regard des capacités fonctionnelles de son genou. Dans ces conditions, l'ensemble de ces éléments ainsi que la date de consolidation qui a été fixée au 29 juillet 2020, sont de nature à contredire les conclusions de l'expertise médicale sur laquelle s'est fondée l'administration. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que le Garde des sceaux, ministre de la justice, qui ne fait part d'aucun autre élément, a commis une erreur d'appréciation en refusant de reconnaître l'imputabilité au service des arrêts maladie de prolongation du 8 juin au 20 juillet 2020, l'a placé ainsi en congé maladie ordinaire et a refusé de prendre en charge les soins pour cette période.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation des décisions des 2 et 13 octobre 2020 par lesquelles le Garde des sceaux, ministre de la justice l'a placée en congé maladie ordinaire et a refusé de prendre en charge les soins y afférents pour cette période.

Sur les frais liés au litige :

5. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Mme A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions des 2 et 13 octobre 2020 sont annulées.

Article 2 : L'Etat versera la somme de 1 500 euros à Mme A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au Garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 2 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Salvage, président,

Mme Le Mestric, première conseillère,

Mme Fayard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 avril 2024.

La rapporteure,

Signé

A. FAYARD

Le président,

Signé

F. SALVAGE Le greffier

Signé

F. BENMOUSSA

La République mande et ordonne au Garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier,

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