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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2009471

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2009471

jeudi 30 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2009471
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantLOPEZ

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I - Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 4 décembre 2020, 4 octobre 2022 et 22 février 2023 sous le numéro 2009471, M. A B, représenté par Me Lopez, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les arrêtés du maire de Pelissanne du 15 octobre 2020 refusant de reconnaître l'imputabilité au service de la rechute, survenue le 18 mai 2020, d'un accident de service du 30 janvier 2013, et des 3 novembre 2020 et 1er décembre 2020 le maintenant en congé de maladie ordinaire ;

2°) d'enjoindre à la commune de Pelissanne de prendre une décision reconnaissant l'imputabilité au service de la rechute d'accident de service du 18 mai 2020 et d'en tirer les conséquences qui s'y attachent, et notamment la prise en charge de ses arrêts de maladie à plein traitement, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de procéder à toutes les régularisations de ses droits statutaires qui s'imposent, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Pelissanne une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Concernant l'arrêté du 15 octobre 2020 :

- cet arrêté est entaché d'un défaut de motivation en ce qu'il fait référence à une enquête administrative qui n'était pas jointe à la décision ;

- la procédure suivie devant la commission de réforme était irrégulière en ce que le délai d'information n'a pas été respecté, le médecin de prévention n'a pas été informé de la tenue de cette séance de la commission et aucun médecin spécialiste n'était présent ;

- l'arrêté est entaché d'un erreur d'appréciation puisqu'il n'a commis aucune faute personnelle détachant l'accident du service et que l'imputabilité au service doit être reconnue.

Concernant l'arrêté du 3 novembre 2020 :

- il doit être annulé par voie de conséquence.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 2 février 2021 et 20 février 2023, la commune de Pelissanne, représentée par Me Font, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés ;

- à titre subsidiaire, le requérant n'établit pas qu'il remplissait les conditions légales lui permettant d'invoquer le bénéfice du régime des accidents de service et il y a donc lieu de procéder à une substitution de motif.

Par une ordonnance du 20 février 2023, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 6 mars 2023.

II - Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 8 décembre 2020, 4 octobre 2022 et 22 février 2023 sous le numéro 2009566, M. B, représenté par Me Lopez, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de joindre cette instance à celle introduite sous le numéro 2009471 ;

2°) d'annuler les arrêtés du maire de Pelissanne du 15 octobre 2020 refusant de reconnaître l'imputabilité au service de la rechute, survenue le 18 mai 2020, d'un accident de service du 30 janvier 2013 et des 3 novembre 2020 et 1er décembre 2020 le maintenant en congé de maladie ordinaire ;

3°) d'enjoindre à la commune de Pelissanne de prendre une décision reconnaissant l'imputabilité au service des arrêts de travail à compter du 18 mai 2020 et d'en tirer les conséquences qui s'y attachent, notamment en terme de prise en charges de ses arrêts de maladie à plein traitement, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Pelissanne une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'annulation de l'arrêté du 15 octobre 2020 entraîne par voie de conséquence celle des arrêtés consécutifs pris en application de cette décision.

Par deux mémoires en défense, enregistré les 2 février 2021 et 20 février 2023, la commune de Pelissanne, représentée par Me Font, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés ;

- à titre subsidiaire, le requérant n'établit pas qu'il remplissait les conditions légales lui permettant d'invoquer le bénéfice du régime des accidents de service et il y a donc lieu de procéder à une substitution de motif.

Par une ordonnance du 20 février 2023, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 6 mars 2023.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hétier-Noël, rapporteure,

- les conclusions de M. Ouillon, rapporteur public,

- et les observations de Me Font, représentant la commune de Pelissanne.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, adjoint technique territorial employé par la commune de Pelissanne, a été victime le 30 janvier 2013 d'un accident reconnu imputable au service. Un syndrome de Parsonage-Turner de l'épaule droite lui a été diagnostiqué. Ayant repris le travail au sein de la commune le 4 novembre 2019 sur un emploi de magasinier, il a été placé en arrêt de maladie en raison d'un syndrome anxio-dépressif à compter du 6 décembre 2019. Ayant par ailleurs fait l'objet d'une sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de fonctions de 3 jours, M. B a repris ses fonctions le 14 mai 2020 sur un poste d'agent d'entretien des locaux au sein de la direction des services techniques. Le 18 mai 2020, il a déclaré, après avoir travaillé les 14 et 15 mai 2020, une rechute de cet accident de service. La commission départementale de réforme, dans un avis rendu le 13 octobre 2020, a émis un avis favorable à la reconnaissance d'une telle rechute d'accident de service et s'est prononcée pour la reconnaissance d'une inaptitude d'une durée de trois mois à compter du 18 mai 2020 et la nécessité d'une nouvelle expertise. Par un arrêté du 15 octobre 2020, le maire de Pelissanne a refusé de reconnaître la rechute du 18 mai 2020 comme imputable au service et décidé de maintenir M. B en congé de maladie ordinaire pour ses arrêts de travail consécutifs. Puis par arrêtés des 3 novembre et 1er décembre 2020, il a maintenu M. B en congé de maladie ordinaire, à demi-traitement jusqu'au 6 décembre 2020, puis à plein traitement pour la période du 7 décembre 2020 au 4 janvier 2021. M. B demande au tribunal, par deux requêtes distinctes, d'annuler ces trois arrêtés.

Sur la jonction :

2. Les requêtes numéros 2009471 et 2009566 sont présentées par le même agent public contre un arrêté refusant de reconnaitre la rechute du 18 mai 2020 comme imputable au service et deux arrêtés pris en considération de cet arrêté initial et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires dans sa version alors applicable : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. () / Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. () / II.-- Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service () ".

4. Un accident survenu sur le lieu et dans le temps du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par un fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal présente, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant cet évènement du service, le caractère d'un accident de service. La rechute se caractérise par la récidive ou l'aggravation subite et naturelle de l'affection initiale après sa consolidation sans intervention d'une cause extérieure.

5. Pour refuser de reconnaître l'imputabilité au service, comme rechute de l'accident de service initial du 30 janvier 2013, des douleurs ressenties par M. B et constatées par un médecin le 18 mai 2020, le maire de Pelissanne a retenu, dans l'arrêté du 15 octobre 2020 que cet évènement avait pour origine un comportement fautif de l'agent détachable du service, dès lors que celui-ci avait réalisé délibérément des mouvements répétitifs avec son bras droit alors qu'il est gaucher, mouvements non commandés, par ailleurs, par la nature des tâches qu'il a effectuées.

6. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, en particulier de l'enquête administrative sur laquelle l'arrêté contesté du 15 octobre 2020 est fondé, qui a été établie le 30 juin 2020, puis complétée par le directeur des ressources humaines le 6 juillet 2020, soit deux mois après la rechute, et communiquée pour la première fois au requérant dans le cadre de la présente instance, que celui-ci a accompli ses tâches seul, sans binôme. Il ressort également des pièces du dossier que, si M. B est gaucher, les tâches qu'il devait accomplir consistaient, selon sa fiche de poste, en l'entretien des locaux avec dépoussiérage, collecte des déchets des bureaux, balayage, aspiration et lavage des sols, désinfection des surfaces (portes, poignées, bureaux, tables ), entretien des sanitaires, tâches qui nécessitaient pour leur réalisation de solliciter les deux bras, de manière répétitive, et non un seul, contrairement à ce qu'avance la commune en défense et ce, quand bien même ces fonctions n'impliquaient ni le port de charges supérieures à 5 kilogrammes ni de lever le bras droit à plus de 60°, conformément aux restrictions prévues par le médecin de prévention lors des consultations des 25 octobre 2019 et 18 mai 2020. Si par ailleurs, le jour de sa reprise, le 14 mai 2020, M. B a indiqué à son supérieur hiérarchique qu'il n'était pas en capacité, en raison de l'état de son épaule droite, de passer l'aspirateur, le balai, et la serpillère, et qu'il serait compliqué de faire les sanitaires, cette seule circonstance, tout comme les difficultés relationnelles existant depuis plusieurs années entre la commune de Pelissanne et le requérant, ne permettent pas d'établir la matérialité de la faute reprochée à ce dernier.

7. En second lieu, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué, le juge peut procéder à la substitution demandée.

8. La commune de Pelissanne invoque, dans son mémoire en défense communiqué à M. B, deux autres motifs tirés, d'une part, de l'absence de certitude sur le moment de la survenance des douleurs de M. B et, d'autre part, de l'inexistence d'un lien avec le service.

9. S'agissant du premier de ces motifs, la commune de Pelissanne fait valoir que les douleurs de M. B ont pu se produire à un autre moment que pendant son service, et notamment pendant le weekend précédent. Si elle relève qu'il n'a, ni les jeudi 14 et vendredi 15 mai 2020, ni le lundi 18 mai au matin, signalé à sa hiérarchie l'existence de douleurs à l'épaule droite provenant des tâches qui lui étaient confiées, elle ne produit toutefois aucun élément de nature à établir que ces douleurs seraient effectivement survenues en dehors de l'exercice par le requérant de son activité professionnelle et pour des raisons extérieures à un tel exercice, de sorte que ce motif ne saurait être substitué à celui figurant dans l'arrêté attaqué de refus de reconnaissance de l'imputabilité au service de l'évènement du 18 mai 2020.

10. S'agissant du second de ces motifs, la commune de Pelissanne fait valoir qu'aucun lien avec le service ne peut être retenu compte tenu des conclusions du rapport de l'expertise ordonnée par le juge des référés du tribunal administratif de Marseille et réalisée le 14 mai 2021, qui indiquent que les douleurs ressenties le 18 mai 2020 par M. B, qui n'a pas eu de déficit moteur neurologique supplémentaire par rapport à son état antérieur, ne peuvent être considérées comme une rechute de son accident de service du 30 janvier 2013 et ne peuvent être qualifiées d'accident de service. Il ressort toutefois des pièces du dossier que ces conclusions sont contredites tant par le certificat médical du 18 mai 2020 établi par le médecin traitant de M. B que par le premier rapport d'expertise établi le 20 juillet 2020, desquels il résulte que les douleurs de M. B, qui constituent une aggravation de son syndrome de Parsonage-Turner de l'épaule droite, présentent un lien médical direct et certain avec l'accident de service du 30 janvier 2013. La commission de réforme, lors de sa séance du 13 octobre 2020, a également estimé que la pathologie présentée par M. B le 18 mai 2020 était en lien médical direct et certain avec l'accident de service du 30 janvier 2013 dont elle constitue une rechute. Ces conclusions sont en outre confirmées par la nouvelle expertise médicale réalisée le 4 janvier 2022, ainsi que par l'avis du le conseil médical du 17 mai 2022. Par suite, ce second motif ne saurait pas plus être substitué à celui figurant dans l'arrêté du 15 octobre 2020.

11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens des requêtes, que le requérant est fondé à soutenir que le maire de Pelissanne a commis une erreur d'appréciation en refusant de reconnaître l'imputabilité au service de la rechute, le 18 mai 2020, de son accident de service du 30 janvier 2013, et à demander l'annulation de l'arrêté du 15 octobre 2020, ainsi que, par voie de conséquence, des arrêtés du 3 novembre et 1er décembre 2020.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

12. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre à la commune de Pelissanne de prendre une décision reconnaissant l'imputabilité au service de la rechute d'accident de service survenue le 18 mai 2020 et d'en tirer les conséquences qui s'y attachent, en ce qui concerne en particulier la perception d'un plein traitement et la prise en charge des frais de soins afférents, et ce dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

13. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de la commune de Pelissanne le versement d'une somme de 1 000 euros à M. B. Ces mêmes dispositions font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de M. B, qui n'est pas partie perdante, au profit de la commune.

D E C I D E :

Article 1er : Les arrêtés du maire de Pelissanne des 15 octobre, 3 novembre et 1er décembre 2020 sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Pelissanne de prendre une décision reconnaissant l'imputabilité au service de la rechute d'accident de service survenue le 18 mai 2020 et d'en tirer les conséquences qui s'y attachent, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Pelissanne versera à M. B une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 5 : Les conclusions présentées par la commune de Pelissanne sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Pelissanne.

Délibéré après l'audience du 15 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Jorda-Lecroq, présidente,

Mme Felmy, première conseillère,

Mme Hétier-Noël, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.

La rapporteure,

signé

C. Hétier-Noël

La présidente,

signé

K. Jorda-Lecroq

La greffière,

signé

B. Marquet

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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