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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2009648

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2009648

mardi 28 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2009648
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantSELARL JEAN-PIERRE & WALGENWITZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 décembre 2020, M. A B demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 1er juillet 2020 de la directrice du centre départemental spécialisé d'éducation et de l'enfance (CDSEE) Les Cadeneaux refusant de lui accorder la prime exceptionnelle instituée dans le cadre de l'épidémie de covid-19 d'un montant de 1 500 euros;

2°) d'enjoindre au CDSEE de lui verser cette prime exceptionnelle à compter de la notification du jugement à intervenir.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'aucun décompte des jours travaillé ne lui a été remis ;

- cette décision est entachée d'une erreur de qualification juridique des faits dans la mesure où il a travaillé 30 jours durant la période de référence, entre le 1er mars et le 30 avril 2020, et est par conséquent éligible à la prime exceptionnelle instituée dans le cadre de l'épidémie de covid-19 ;

- cette décision viole le principe d'égalité de traitement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 août 2022, le centre hospitalier Montperrin, venant aux droits du CDSEE, représenté par Me Jean-Pierre, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 000 euros soit mise à la charge de M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 2020-473 du 25 avril 2020 ;

- le décret n° 2020-711 du 12 juin 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de M. Garron, rapporteur public,

- et les observations de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B était éducateur spécialisé au sein de l'établissement public médico-social CDSEE " Les Cadeneaux ", chargé de la prise en charge d'enfants et d'adolescents présentant des troubles du comportement et situé aux Pennes-Mirabeau. Par décision du 1er juillet 2020, la directrice de cet établissement a refusé de lui accorder la prime exceptionnelle d'un montant maximal de 1 500 euros, instituée en faveur de certains personnels du fait des contraintes particulières auxquelles ils ont été exposés dans l'exercice de leurs fonctions lors de l'épidémie de covid-19. Par un courrier du 3 août 2020, M. B a formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision auprès de l'administrateur provisoire du CDSEE. Le pli envoyé par lettre recommandé avec accusé de réception ayant été retourné à l'expéditeur par les services postaux revêtu de la mention " destinataire inconnu à l'adresse ", M. B a adressé à nouveau son recours par un courrier reçu par l'administration le 13 août 2020. Par la présente requête, alors que le CDSEE a fusionné le 1er février 2022 avec le centre hospitalier Montperrin, M. B demande l'annulation de la décision du 1er juillet 2020, ainsi que la décision implicite rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. La prime exceptionnelle instituée par l'article 11 de la loi du 25 avril 2020 de finances rectificatives pour 2020 est destinée à tenir compte du surcroît de travail et des contraintes effectivement supportées par les agents en raison du contexte de l'état d'urgence sanitaire. Conformément au décret du 12 juin 2020 relatif au versement d'une prime exceptionnelle aux personnels des établissements et services publics sociaux et médico-sociaux de la fonction publique hospitalière, de la fonction publique territoriale et de la fonction publique de l'Etat dans le cadre de l'épidémie de covid-19, le montant de la prime dont peuvent bénéficier les agents relevant de ce texte, dont fait partie M. B, s'élève à 1 500 euros dans les quarante départements les plus touchés, dont le département des Bouches-du-Rhône, pour ceux qui ont exercé leurs fonctions entre le 1er mars et le 30 avril 2020. En application des articles 1er et 7 du décret du 12 juin 2020, le montant de la prime exceptionnelle est réduit de moitié en cas d'absence d'au moins quinze jours calendaires pendant la période de référence précitée. Il résulte également de ces dispositions que les agents absents plus de 30 jours calendaires au cours de cette même période de référence ne sont pas éligibles au versement de la prime.

3. Par une note de service du 23 juin 2020, la directrice du CDSEE a défini les modalités d'attribution et de calcul de la prime exceptionnelle en précisant notamment que les autorisations spéciales d'absence qui ont été accordées pendant la période de référence devaient être comptabilisées comme des jours d'absence

4. Il ressort des termes de la décision de refus du 1er juillet 2020 que celle-ci a été prise au motif que M. B aurait cumulé 41 jours d'absence au cours de la période allant du 1er mars au 30 avril 2020.

5. Il ressort des pièces du dossier que la directrice du CDSEE a décidé la fermeture temporaire totale de l'établissement à partir du 16 mars après-midi, ainsi qu'en atteste la note du 7 avril 2020. Il ressort en outre du courriel du 16 avril 2020 de la cheffe du service éducatif de l'établissement adressé à tous les éducateurs spécialisés du CDSEE qu'il leur a été demandé, en plus du suivi déjà mis en place pour assurer la continuité de la prise en charge des enfants, de finaliser leurs emplois du temps. Par un courriel du 26 avril 2020, la cheffe de service éducatif a félicité l'ensemble des éducateurs pour leur investissement et leur implication personnelle qui ont permis de " maintenir à flot les situations complexes à distance ". En se bornant à soutenir que l'intéressé aurait été placé en autorisations spéciales d'absence, en dehors des samedis et dimanches, pour les périodes des mois de mars et avril 2020 qu'elle énumère, soit pour un nombre de jours atteignant 41, sans apporter d'éléments probants à l'appui de ses allégations, l'administration ne conteste pas utilement la situation de télétravail dans laquelle se trouvaient les éducateurs de l'établissement, dont M. B faisait partie. Il est par ailleurs constant que l'intéressé était éligible à la prime en cause, s'agissant des autres critères d'attribution. Par suite, M. B est fondé à soutenir que son employeur n'a pu légalement lui refuser la prime exceptionnelle au motif qu'il aurait bénéficié d'autorisations spéciales d'absence durant la période de fermeture de l'établissement.

6. Il résulte de ce qui précède que la décision du 1er juillet 2020 doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. L'exécution du présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint au directeur du centre hospitalier Montperrin, venant aux droits du CDSEE, de réexaminer la situation administrative de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification de ce jugement.

Sur les frais liés à l'instance :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée à ce titre par le centre hospitalier Monperrin soit mise à la charge de M. B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 1er juillet 2020 de la directrice du CDSEE Les Cadeneaux est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au centre hospitalier Montperrin, venant aux droits du CDSEE, de réexaminer la situation administrative de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier Montperrin, venant aux droits du CDSEE, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au centre hospitalier Montperrin.

Délibéré après l'audience du 7 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Jorda-Lecroq, présidente,

Mme Gaspard-Truc, première conseillère,

Mme Balussou, première conseillère,

Assistées de Mme Faure, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 février 2023.

La rapporteure,

signé

F. C

La présidente,

signé

K. Jorda-Lecroq

La greffière,

Signé

N. Faure

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

N°2009648

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