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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2009715

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2009715

mercredi 10 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2009715
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantPHARE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 décembre 2020, M. B H et Mme F A, épouse H, représentés par la SCP Berenger Blanc Burtez-Doucede et Associés, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 juin 2020 par lequel le maire de la commune de Marseille a accordé à M. G le permis de construire autorisant la surélévation d'une maison individuelle avec modification de façades, sur un terrain situé 9 bis traverse Pey dans le 7ème arrondissement de ladite commune, ainsi que la décision rejetant tacitement le recours gracieux formé contre cette autorisation ;

2°) de mettre à la charge de la commune et des pétitionnaires la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 76-1 du code de justice.

Ils soutiennent que :

- ils sont recevables à agir contre le permis de construire en litige ;

- l'arrêté est entaché d'incompétence, sauf à ce qu'il soit établi que sa signataire disposait d'une habilitation régulièrement publiée et transmise au contrôle de légalité ;

- l'architecte des bâtiments de France devait être consulté à nouveau, alors que la commune avait initialement opposé un refus au projet ;

- le dossier de demande comporte de nombreuses irrégularités ;

- le permis de construire est illégal au regard des exigences de la jurisprudence Thalamy et alors qu'il n'est pas établi que la construction existante a fait l'objet d'un permis de construire ;

- le projet méconnaît l'article UR11.1 du règlement du plan local d'urbanisme communal et l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ;

- les prescriptions édictées par l'article 2 du permis de construire attaqué ne répondent pas à l'obligation de motivation exigée par l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ;

- le projet ne respecte pas l'article UR13 du règlement du PLU communal ;

- le projet ne respecte pas l'article UR7 du règlement du PLU communal ;

- le projet ne respecte pas l'article UR10 du règlement du PLU communal ;

- l'arrêté est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 15 novembre 2021 et le 19 mai 2023, M. et Mme D G, représentés par Me Bergant, concluent :

- à titre principal au rejet de la requête ;

- à titre subsidiaire au sursis à statuer ;

- en toute hypothèse, à ce qu'une somme de 8 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre des frais de l'instance.

Ils font valoir que :

- les requérants n'ont pas intérêt pour agir,

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 12 mai 2023, la commune de Marseille conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- les requérants n'établissent pas leur intérêt pour agir ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

N'ont pas été communiqués en application du dernier alinéa de l'article R. 611-1 du code de justice administrative :

- un mémoire présenté pour les requérants enregistré le 6 juin 2023 ;

- un mémoire présenté pour les pétitionnaires enregistré le 8 juin 2023.

Par une ordonnance du 23 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 8 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport I Busidan, première conseillère,

- les conclusions de M. Peyrot, rapporteur public,

- et les observations de Me Reboul représentant les requérants, de Me François représentant M. et Mme G, et I Mme E représentant la commune de Marseille.

Une note en délibéré, présentée par Me Claveau pour M. et Mme H, a été enregistrée le 5 juillet 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Sur un terrain d'une superficie de 763 m² cadastré 829 I 90 et situé 9 bis traverse Pey dans le septième arrondissement de Marseille, M. et Mme G ont été autorisés, par un arrêté pris le 16 juin 2020 pour le maire de Marseille et rapportant un précédent refus opposé à leur projet le 16 janvier précédent, à surélever une maison individuelle et à en modifier des façades. M. et Mme H demandent l'annulation de cet arrêté, ainsi que de la décision implicite rejetant le recours gracieux formé contre ce permis.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de la compétence de la signataire du permis de construire :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " l'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : a) le maire, au nom de la commune, dans les communes qui sont dotées du plan local d'urbanisme (). " Aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " le maire est seul chargé de l'administration mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints () ". D'autre part, l'article L. 2131-1 du même code, dans sa rédaction applicable en l'espèce, dispose : " Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur publication ou affichage ou à leur notification aux intéressés ainsi qu'à leur transmission au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement. () ", l'article L. 2131-2 indiquant : " Sont soumis aux dispositions de l'article L. 2131-1 les actes suivants : ()3° Les actes à caractère réglementaire pris par les autorités communales dans tous les autres domaines qui relèvent de leur compétence en application de la loi ;() ".

3. Il ressort des pièces du dossier que la signataire du permis de construire en litige, Mme C, adjointe déléguée au droit des sols, a été habilitée, par une délégation du maire de Marseille à prendre, notamment, toutes les décisions relatives aux droits des sols, aux termes d'un arrêté de nature réglementaire n° 2020_00048_VDM du 7 janvier 2020, transmis le même jour en préfecture et publié au recueil des actes administratifs de la ville de Marseille daté du 15 janvier 2020. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte attaqué manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen relatif à l'absence d'un deuxième avis de l'architecte des bâtiments de France :

4. Par avis émis le 2 janvier 2020 sur le projet présenté par les époux G initialement refusé par un arrêté daté du 16 janvier 2020, l'architecte des bâtiments de France a indiqué que l'immeuble n'était pas situé dans le champ de visibilité d'un monument historique, notamment celui de la villa Santa Lucia, et que par suite son accord n'était pas obligatoire. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'architecte des bâtiments de France aurait dû être consulté à nouveau quand, sur recours gracieux des pétitionnaires, la commune de Marseille a délivré le permis de construire en litige. En tout état de cause, le projet n'ayant pas été modifié entre le refus et la délivrance du permis de construire attaqué, aucun nouvel avis de l'architecte des bâtiments de France, qui était au demeurant favorable avec réserves, n'était nécessaire.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme :

5. Aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme, " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. //()// Il en est de même lorsqu'elle est assortie de prescriptions, oppose un sursis à statuer ou comporte une dérogation ou une adaptation mineure aux règles d'urbanisme applicables ". Si l'arrêté attaqué est assorti de prescriptions relatives notamment à l'intégration paysagère de la construction et au raccordement au réseau public d'assainissement, reprenant ainsi les préconisations émises par divers services consultés dans leurs avis joints à l'arrêté en litige, les motifs de cet arrêté résultent directement du contenu même desdites prescriptions. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué ne serait pas motivé au regard de l'article précité doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen relatif à l'insuffisance du dossier de la demande :

6. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

7. Le plan de masse des constructions à édifier ou à modifier, prévu par l'article L. 431-9 du code de l'urbanisme, n'a pas à représenter les constructions avoisinantes. Pour sa part, l'article R. 431-10 du même code n'exige pas que le plan des façades et des toitures dont il demande la production dans le projet architectural indique les longueur, largeur et hauteur des éléments représentés. Au demeurant, les plans étant à l'échelle, les dimensions invoquées peuvent être retrouvées. Par ailleurs, contrairement à ce que soutiennent les requérants, les documents figurant au dossier, notamment les photos incluses au plan de situation et au document PCMI 6, permettent de situer le terrain dans l'environnement proche comme le demande le point d de l'article R. 431-10, et grâce notamment aux documents graphiques intitulés " représentation 3D " et aux photos figurant aux pièces PCMI 7et8, l'autorité administrative a pu porter une appréciation non faussée sur l'impact visuel du projet de construction et son insertion dans son environnement demandés par le c du même article. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance du dossier de la demande doit être écarté en toutes ses branches.

En ce qui concerne le moyen relatif à l'irrégularité du projet au regard de la construction existante :

8. Il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce que soutiennent les requérants, la construction existante, modifiée par le permis de construire en litige, a été autorisée par un permis de construire délivré le 1er avril 1969. Dès lors, le moyen tiré de ce que le projet en litige s'appuierait sur une construction édifiée sans autorisation doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens relatifs aux articles UR7, UR10, UR11.1 et UR13 du règlement du PLU communal de Marseille et le moyen relatif à l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme :

9. Les visas de l'arrêté en litige mentionnent que l'arrêté attaqué a été délivré sous l'empire du " plan local d'urbanisme intercommunal du Territoire Marseille-Provence en vigueur ", dont les requérants eux-mêmes indiquent qu'il a été approuvé par délibération en date du 19 décembre 2019 et dont ils ne contestent pas que la délibération était bien exécutoire au 16 juin 2020, date du permis de construire contesté. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance d'articles ou de prescriptions du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Marseille, qui n'était plus applicable à la date de délivrance du permis de construire, doivent être écartés comme inopérants. Il en va de même du moyen tiré de ce que le maire de Marseille aurait dû, en raison de l'état d'avancement du plan local d'urbanisme intercommunal, surseoir à statuer sur la demande d'autorisation, dès lors que, comme il vient d'être dit, le permis a été délivré sur le fondement dudit plan local d'urbanisme intercommunal.

En ce qui concerne le moyen relatif à l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme :

10. Il ressort des pièces du dossier que le projet en litige portant surélévation partielle de la construction existante s'inscrit dans l'esprit contemporain de cette construction bâtie à la fin des années 1960, " bien insérée dans le paysage " selon les termes mêmes de l'architecte des bâtiments de France dans son avis émis le 2 janvier 2020. Les quelques photographies vues d'avion versées au dossier permettent de constater que les toitures terrasses du projet, qui existent déjà dans le bâti actuel, sont, contrairement à ce que soutiennent les requérants, un élément caractérisant plusieurs autres constructions se trouvant dans les environs immédiats du projet. Par ailleurs, si ce dernier présente trois niveaux sur une partie de la construction, les requérants n'établissent par aucune pièce versée au dossier que, comme ils l'affirment, il surplombera de trois étages l'église se trouvant en limite sud du terrain. Alors que les requérants demeurent plutôt évasifs sur les atteintes que le projet porterait à son environnement, il ne ressort pas des pièces du dossier que le maire de Marseille, en délivrant le permis de construire en litige, aurait méconnu l'exigence de protection des intérêts patrimoniaux, paysagers et naturels visés par les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme , selon lesquelles : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ". Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme doit être écarté.

11. Il résulte de ce qui de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions aux fins d'annulation présentées par les requérants doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

13. Les dispositions précitées font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Marseille ou des pétitionnaires, qui ne sont pas parties perdantes dans la présente instance, la somme demandée par les requérants au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, et sur le fondement des dispositions précitées, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. et Mme H une quelconque somme au titre des frais d'instance demandés par les pétitionnaires.

D É C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. et Mme H est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par M. et Mme G tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B H et Mme F A, épouse H, à M. et Mme D G et à la commune de Marseille.

Délibéré après l'audience du 2 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Hogedez, présidente,

- Mme Busidan, première conseillère,

- Mme Ridings, conseillère,

assistées de M. Brémond, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2024.

La rapporteure,

signé

H. BusidanLa présidente,

signé

I. Hogedez

Le greffier,

signé

A. Brémond

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier,

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