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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2009768

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2009768

jeudi 9 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2009768
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL GRIMALDI-MOLINA & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I- Par une requête, enregistrée le 14 décembre 2020 sous le numéro 2009768, et un mémoire complémentaire, enregistré le 15 avril 2022, Mme B A, représentée par Me Michel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 novembre 2020 par laquelle le maire de la commune d'Allauch a prolongé son congé pour raisons de santé sans traitement ;

2°) d'enjoindre à la commune d'Allauch de prendre une décision reconnaissant l'imputabilité au service de sa pathologie à l'origine des arrêts maladie survenus à compter du 4 avril 2019 et de procéder, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et sous astreinte de 200 euros par jour de retard, au rétablissement de sa situation au regard de ses droits à indemnité, à avancement, à retraite et à la prise en charge de tous les frais médicaux causés par sa pathologie, jusqu'à ceux encore nécessaires ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Allauch une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 13 novembre 2020, qui intervient postérieurement à sa demande formée le 3 juillet 2020, s'analyse nécessairement en un refus d'octroi du congé pour invalidité temporaire imputable au service ;

- la décision n'est pas suffisamment motivée ;

- la commission de réforme n'a pas été saisie ;

- la décision est entachée d'erreur d'appréciation.

Par deux mémoires enregistrés les 22 janvier 2021 et 9 mai 2022, la commune d'Allauch, représentée par Me Grimaldi, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme A une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les conclusions dirigées contre le refus d'octroi d'un congé pour invalidité temporaire imputable au service sont irrecevables, dès lors que la décision n'a pas pour objet de refuser à Mme A un tel congé ;

- aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Par une ordonnance du 10 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 mai 2022.

II- Par une requête, enregistrée le 8 janvier 2021 sous le numéro 2100120, et un mémoire complémentaire, enregistré le 7 juin 2022, qui n'a pas été communiqué, Mme A, représentée par Me Michel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 décembre 2020 par lequel le maire de la commune d'Allauch a rejeté, d'une part, sa demande de reconnaissance d'imputabilité au service de sa pathologie à l'origine des arrêts maladie survenus à compter du 4 avril 2019, et d'autre part, sa demande d'octroi d'un congé pour invalidité temporaire imputable au service ;

2°) d'enjoindre à la commune d'Allauch de prendre une décision reconnaissant l'imputabilité au service de sa pathologie à l'origine des arrêts maladie survenus à compter du 4 avril 2019 et de procéder, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et sous astreinte de 200 euros par jour de retard, au rétablissement de sa situation au regard de ses droits à indemnité, à avancement, à retraite et à la prise en charge de tous les frais médicaux causés par sa pathologie ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Allauch une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision en litige n'est pas confirmative de la décision implicite de rejet née le 6 septembre 2020 ;

- la décision n'est pas suffisamment motivée ;

- la commission de réforme n'a pas été saisie ;

- la demande de congé pour invalidité était régulièrement présentée ;

- la décision est entachée d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 mai 2022, la commune d'Allauch, représentée par Me Grimaldi, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme A une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête, introduite après le délai de recours ouvert contre la décision implicite de rejet, est irrecevable dès lors qu'elle est dirigée contre une décision explicite confirmative de la précédente, et insusceptible de recours ;

- aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Par une ordonnance du 10 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 juin 2022.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le décret n° 92-1194 du 4 novembre 1992 ;

- l'ordonnance n° 2017-53 du 19 janvier 2017 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Felmy, rapporteure,

- les conclusions de M. Ouillon, rapporteur public,

- les observations de Me Bechelen, représentant Mme A,

- et les observations de Me Piquet représentant la commune d'Allauch.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, qui a exercé pendant quatorze ans, entre 2004 et 2018, des missions de chargée des affaires juridiques au sein des services de la commune d'Allauch en qualité d'agent contractuel, sous contrat à durée indéterminée depuis 2012, a été déclarée apte à être intégrée au grade d'attaché territorial par arrêté du 27 février 2018, puis nommée stagiaire à compter du 1er juillet 2018 dans le cadre du programme pluriannuel d'accès à l'emploi titulaire. Son stage a été renouvelé pour la période allant du 1er janvier au 30 juin 2019, par arrêté du 24 janvier 2019. A compter du 4 avril 2019, elle a été placée en congé de maladie ordinaire pour un " syndrome anxio-dépressif réactionnel à des difficultés professionnelles ". Par arrêté du 4 juillet 2019, régulièrement renouvelé chaque mois jusqu'au 3 mars 2020, le maire de la commune d'Allauch l'a placée en congé de maladie ordinaire à demi-traitement. Par un arrêté du maire du 4 mai 2020, Mme A a été placée en congé sans traitement pour raisons de santé pour une période de six mois à compter du 18 mars 2020. Le 3 juillet 2020, celle-ci a adressé à la commune une demande d'attribution d'un congé pour invalidité temporaire imputable au service, qui a fait l'objet d'une décision explicite de rejet du maire d'Allauch le 3 décembre 2020. Entre-temps, par un arrêté du 13 novembre 2020, le maire d'Allauch a prolongé le congé pour raisons de santé sans traitement dont Mme A bénéficiait à compter du 18 septembre 2020.

2. Par la requête enregistrée sous le numéro 2009768, Mme A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 13 novembre 2020 en tant qu'il lui refuse l'octroi d'un congé pour invalidité temporaire imputable au service. Par une seconde requête enregistrée sous le numéro 2100120, Mme A demande au tribunal d'annuler la décision du 3 décembre 2020 rejetant sa demande de placement en congé pour invalidité temporaire imputable au service. Les requêtes de Mme A présentent à juger la situation d'une même fonctionnaire territoriale et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :

3. Aux termes de l'article L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Par dérogation à l'article L. 231-1, le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet : () 5° Dans les relations entre l'administration et ses agents ". Aux termes de l'article R. 421-2 du code de justice administrative : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. Toutefois, lorsqu'une décision explicite de rejet intervient avant l'expiration de cette période, elle fait à nouveau courir le délai de recours. / La date du dépôt de la demande à l'administration, constatée par tous moyens, doit être établie à l'appui de la requête ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'en cas de naissance d'une décision implicite de rejet du fait du silence gardé par l'administration pendant la période de deux mois suivant la réception d'une demande, le délai de deux mois pour se pourvoir contre une telle décision implicite court dès sa naissance à l'encontre d'un agent public, alors même que l'administration n'a pas accusé réception de la demande de cet agent, les dispositions de l'article L. 112-3 du code des relations entre le public et l'administration n'étant pas applicables aux agents publics. Un requérant n'est donc pas recevable à contester une décision expresse confirmative d'une décision de rejet devenue définitive. Il en va différemment si, dans le délai de deux mois ainsi décompté, l'auteur de la demande adressée à l'administration reçoit notification d'une décision expresse de rejet ; il dispose alors, à compter de cette notification, d'un nouveau délai pour se pourvoir. Il en va ainsi lorsque, par son comportement, l'administration a induit en erreur le requérant sur les conditions d'exercice de son droit au recours contre le refus qui lui a été initialement opposé. Enfin, lorsqu'un requérant conteste, dans les délais de recours, une décision implicite de rejet et une décision expresse de rejet intervenue postérieurement, ses conclusions doivent être regardées comme dirigées uniquement contre la seconde décision, qui s'est substituée à la première.

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a saisi le maire de la commune d'Allauch d'une demande notifiée le 6 juillet 2020, tendant d'une part, à la reconnaissance de l'imputabilité au service de sa pathologie à l'origine des arrêts maladie survenus à compter du 4 avril 2019, et d'autre part, à l'octroi d'un congé pour invalidité temporaire imputable au service, la requérante ayant joint à cette demande un dossier de déclaration de maladie professionnelle. Le silence gardé par le maire d'Allauch sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet le 6 septembre 2020. Toutefois, par courrier du 5 octobre 2020 du maire de la commune d'Allauch, la requérante a été convoquée, après l'intervention de la décision implicite mais avant l'expiration du délai de recours ouvert contre celle-ci, à une expertise médicale prévue le 22 octobre suivant pour déterminer si les soins en cours étaient en lien avec la maladie professionnelle du 4 avril 2019, lors de laquelle le médecin expert a conclu à l'absence de reconnaissance d'une maladie professionnelle. Il ne ressort pas des pièces du dossier et il n'est d'ailleurs pas soutenu que la commune n'avait pas connaissance du rapport d'expertise médicale établi le 22 octobre 2020. En toute hypothèse, la mise en œuvre de cette procédure d'expertise par la commune constitue une circonstance de fait nouvelle par rapport à la décision du maire née le 6 septembre 2020. Ainsi, la décision du 13 novembre 2020 prolongeant le congé sans traitement de Mme A, prise certes à la suite de l'avis du comité médical en sa séance du 21 octobre 2020 saisi au titre de la prolongation d'un congé sans traitement pour la période à compter du 18 septembre 2020, au-delà de six mois consécutifs en application des dispositions des articles 4 du décret du 30 juillet 1987 et 10 du décret du 4 novembre 1992, est intervenue à la suite de l'instruction de sa demande de reconnaissance d'imputabilité de sa pathologie au service et a nécessairement eu également pour objet de refuser la reconnaissance de l'imputabilité au service de sa pathologie qu'elle avait demandée au mois de juillet 2020. Dès lors, et sans que puissent être utilement invoqués sur ce point les termes de l'ordonnance n° 2009770 rendue par le tribunal le 18 janvier 2021 dépourvue d'autorité absolue de la chose jugée, le maire de la commune d'Allauch doit être regardé comme ayant implicitement mais nécessairement retiré et remplacé sa décision implicite de rejet née le 6 septembre 2020 par une nouvelle décision de refus faisant grief à la requérante le 13 novembre 2020.

6. Par ailleurs, la décision expresse du maire d'Allauch du 3 décembre 2020 est également intervenue après l'instruction de la demande de Mme A tendant à la reconnaissance d'imputabilité de sa pathologie au service par l'administration au cours du mois d'octobre 2022 et après l'expertise médicale constituant une circonstance nouvelle. Elle ne peut être, enfin, regardée comme insusceptible de recours en raison de son caractère purement confirmatif de la décision de rejet du 13 novembre 2020 mentionnée au point précédent, dès lors que celle-ci n'a pas acquis de caractère définitif compte tenu de sa contestation contentieuse.

7. Par suite, les conclusions dirigées contre l'arrêté du maire de la commune d'Allauch par lequel celui-ci a explicitement rejeté, le 3 décembre 2020, les demandes d'imputabilité au service de la pathologie de Mme A à l'origine des arrêts maladie survenus à compter du 4 avril 2019, et d'octroi d'un congé pour invalidité temporaire imputable au service sont recevables, de même que ses conclusions présentées à l'encontre de la décision du 13 novembre 2020, en tant qu'elles concernent le refus de reconnaissance d'imputabilité précité. Il y a donc lieu d'écarter les fins de non-recevoir opposées à cet égard par la commune d'Allauch.

Sur les conclusions en annulation :

8. Aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa rédaction antérieure à l'entrée en vigueur de l'article 10 de l'ordonnance du 19 janvier 2017 portant diverses dispositions relatives au compte personnel d'activité, à la formation et à la santé et la sécurité au travail dans la fonction publique : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. () / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident (). / Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de l'accident ou de la maladie est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales () ".

9. L'article 10 de l'ordonnance du 19 janvier 2017 portant diverses dispositions relatives au compte personnel d'activité, à la formation et à la santé et la sécurité au travail dans la fonction publique a institué un " congé pour invalidité temporaire imputable au service " en insérant dans la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires un article 21 bis aux termes duquel : " I. - Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. / () / Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat. / () ". Le III de l'article 10 de l'ordonnance du 19 janvier 2017 modifie, notamment, les dispositions, citées au point précédent du deuxième alinéa du 2° de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 en excluant les cas de blessures ou de maladies contractées ou aggravées en service du dispositif de maintien en congé de maladie avec conservation de l'intégralité du traitement qu'elles prévoient.

10. L'application de ces dispositions résultant de l'article 10 de l'ordonnance du 19 janvier 2017 était manifestement impossible en l'absence d'un texte réglementaire, auquel renvoient d'ailleurs les dispositions du VI de ce même article. Elles ne sont donc entrées en vigueur, en ce qui concerne la fonction publique territoriale, qu'à la date d'entrée en vigueur, le 13 avril 2019, du décret du 10 avril 2019 relatif au congé pour invalidité temporaire imputable au service dans la fonction publique territoriale, publié au journal officiel de la République française du 12 avril 2019. Ces dispositions ont vocation à s'appliquer aux situations en cours, sous réserve des exigences attachées au principe de non-rétroactivité, qui exclut que les nouvelles dispositions s'appliquent à des situations juridiquement constituées avant leur entrée en vigueur. Les droits des agents publics en matière de maladie professionnelle sont constitués à la date à laquelle la maladie est diagnostiquée. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la pathologie dont est atteinte Mme A a été diagnostiquée le 4 avril 2019. Dès lors, sa situation demeure régie par les dispositions, citées au point 8, de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984.

11. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

12. La décision du maire de la commune d'Allauch du 3 décembre 2020 se borne à renvoyer aux conclusions de l'expertise médicale du 22 octobre 2020 selon lesquelles " l'état de santé de Mme A ne peut être reconnu comme entrant dans le cadre d'une maladie professionnelle. ". Si l'autorité territoriale a entendu s'approprier la teneur de cet avis de l'expert, celui-ci est toutefois dépourvu de toute précision relative à celles des conditions d'imputabilité au service de la pathologie qu'il a estimées non remplies au sens des dispositions visées au point 8 et n'indique notamment pas que la maladie dont souffre la requérante serait sans lien avec le service et l'exercice de ses fonctions. A défaut par ailleurs de toute référence à un document qui aurait été préalablement porté à la connaissance de l'intéressée et qui aurait permis à celle-ci de comprendre les raisons du refus de l'administration, la décision attaquée ne saurait être regardée comme comportant l'énoncé suffisant des considérations de fait sur lesquelles elle repose. Au surplus, la décision en litige ne fait aucunement mention des dispositions sur le fondement desquelles elle est réputée avoir été prise, en particulier les dispositions pertinentes de la loi du 13 juillet 1983. Elle est ainsi insuffisamment motivée en droit. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision du 3 décembre 2020, et de la méconnaissance des dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration doit être accueilli.

13. En deuxième lieu, aux termes de l'article 37-6 du décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des comités médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux, " La commission de réforme est consultée par l'autorité territoriale () 3° Lorsque l'affection résulte d'une maladie contractée en service telle que définie au IV de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 précitée dans les cas où les conditions prévues au premier alinéa du même IV ne sont pas remplies ".

14. En vertu de ces dispositions, la commune d'Allauch devait obligatoirement consulter la commission de réforme avant de prendre une décision sur la demande de Mme A tendant à la reconnaissance de l'imputabilité au service de sa maladie et des arrêts de travail consécutifs. Quand bien même il ne revêt qu'un caractère consultatif, l'avis de la commission de réforme contribue à garantir que la décision prise sur une demande de reconnaissance de l'imputabilité d'une pathologie au service le sera de façon éclairée. Or il ressort des pièces du dossier que la commune n'a pas saisi la commission de réforme visée par les dispositions précitées afin d'émettre un avis sur la situation de Mme A avant de prendre les décisions litigieuses des 13 novembre et 3 décembre 2020, mais a seulement saisi le comité médical, qui a rendu un avis le 21 octobre 2020, sur la question distincte de la prolongation du congé sans traitement pour raisons de santé de Mme A. Dans ces conditions et nonobstant les conclusions du médecin consulté à titre d'expert le 22 octobre 2020, cette carence, qui a privé l'intéressée d'une garantie, a entaché les décisions contestées d'un vice de procédure. Par suite, ce moyen doit également être accueilli.

15. En troisième et dernier lieu, pour l'application des dispositions du deuxième alinéa du 2° de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984, une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service. Il appartient au juge d'apprécier si les conditions de travail du fonctionnaire peuvent, même en l'absence de volonté délibérée de nuire à l'agent, être regardées comme étant directement à l'origine de la maladie dont la reconnaissance comme maladie professionnelle est demandée.

16. Il ressort des pièces des dossiers que Mme A a exercé ses fonctions en qualité de chargée des affaires juridiques de la commune d'Allauch pendant quatorze ans, en dernier lieu, avant sa nomination en qualité de stagiaire, aux termes d'un contrat à durée indéterminée conclu en 2012. Elle a ensuite cumulé, au cours de son stage, les fonctions de responsable des assemblées et de responsable des affaires juridiques, et a été désignée correspondant " informatique et liberté " de la commune ainsi que responsable de l'accès aux documents administratifs. Mme A fait valoir sans être contestée l'existence de difficultés dues à l'absence de remplacement d'agents absents dès le début de son stage au cours de l'été 2018, ces difficultés étant corroborées par les témoignages de l'ancienne responsable du service des assemblées et de l'adjointe au responsable de service des affaires juridiques au sein de la commune d'Allauch qui font état de la surcharge de travail induite par la désorganisation globale du service durant cette période. Il résulte également des indications circonstanciées et non contredites de la requérante que celle-ci n'a été déchargée d'aucune des nombreuses tâches qu'elle assurait dans ce contexte, malgré ses demandes. Il ressort en outre des pièces versées dans les instances qu'une modification soudaine est intervenue dans les évaluations la concernant, ainsi qu'il ressort de l'entretien d'évaluation professionnelle du 5 décembre 2018, qui retranscrit les reproches adressés par sa hiérarchie relatifs à son manque de dynamisme, de motivation, de management, de dialogue, de supervision du travail ainsi qu'à un défaut d'esprit d'équipe, ces éléments ayant conduit la commune à prolonger son stage. Ce contexte professionnel a entraîné pour la requérante une situation de souffrance au travail à l'origine d'une pathologie anxio-dépressive attestée par un certificat du 18 juin 2020 du psychiatre consulté par Mme A sur recommandation de son médecin traitant. Il ressort également des documents produits au dossier, notamment du certificat médical du 8 juillet 2019 de ce médecin traitant qu'avant la date du 4 avril 2019, aucun arrêt de travail en relation avec un syndrome anxio-dépressif ne lui avait été délivré, circonstance qui n'a au demeurant pas été contestée par la commune. Si le rapport d'expertise du 22 octobre 2020 écarte le lien entre la pathologie de Mme A et le service, ainsi que toute qualification de maladie professionnelle, en relevant dans la rubrique " antécédents psychiatriques ", que Mme A " rapporte quelques consultations avec [le psychiatre] en 2013 pour des difficultés en rapport avec sa fille. Elle aurait également rencontré des psychologues mais elle ne se souvient plus des dates ni des durées de ces prises en charge " et que Mme A présente bien une " symptomatologie anxio-dépressive mais elle n'est qu'en partie d'origine professionnelle ; on peut la qualifier de multifactorielle ; d'autres éléments et en particulier des éléments de personnalité entrent en effet en jeu ", les éléments relevés par l'expert concernant des difficultés rencontrées par Mme A, plus de cinq ans auparavant en rapport avec une situation familiale, sont peu circonstanciées, de même que l'invocation d'éléments de personnalité de la requérante qui ne sont aucunement précisés. Ils ne sont dès lors pas de nature à contredire la réalité d'un lien direct entre la pathologie développée par Mme A et le service dans les circonstances précédemment rappelées. Il en résulte, en l'absence de toute précision de la part de la commune concernant le comportement de Mme A de nature à justifier que celle-ci aurait contribué de manière déterminante à la dégradation des conditions de son exercice professionnel susceptible de constituer, dès lors, un fait personnel de nature à détacher la survenance de la maladie du service, que l'existence d'un lien direct et certain entre l'activité professionnelle de Mme A et le syndrome anxio-dépressif dont elle est atteinte doit être établi, et qu'en ne reconnaissant pas l'imputabilité de cette maladie au service, le maire de la commune d'Allauch a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

17. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens des requêtes, Mme A est fondée à demander l'annulation des décisions du maire de la commune d'Allauch des 13 novembre et 3 décembre 2020.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

18. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".

19. Les motifs d'annulation des décisions contestées retenus par le présent jugement impliquent nécessairement qu'il soit enjoint au maire d'Allauch de reconnaître l'imputabilité au service des arrêts de travail de Mme A à compter du 4 avril 2019, de la placer en congé pour invalidité temporaire imputable au service et de régulariser la situation administrative et financière de la requérante en conséquence, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés par la commune d'Allauch et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune d'Allauch une somme globale de 2 000 euros en application des mêmes dispositions au titre des frais exposés par Mme A dans les deux instances.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du maire d'Allauch des 13 novembre 2020 et du 3 décembre 2020 refusant de reconnaître l'imputabilité au service de la pathologie de Mme A sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune d'Allauch de reconnaître l'imputabilité au service des arrêts de travail de Mme A à compter du 4 avril 2019, de placer celle-ci en congé pour invalidité temporaire imputable au service et de régulariser sa situation administrative et financière en conséquence, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune d'Allauch versera une somme de 2 000 euros à Mme A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune d'Allauch.

Délibéré après l'audience du 25 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Hameline, présidente,

Mme Felmy, première conseillère,

Mme Gaspard-Truc, première conseillère, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2023.

La rapporteure,

Signé

E. Felmy

La présidente,

Signé

M.-L. Hameline

La greffière,

Signé

B. Marquet

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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