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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2009943

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2009943

lundi 6 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2009943
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL REBUFAT DENIS ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 18 décembre 2020, 3 novembre 2021 et 27 avril 2022, le syndicat des copropriétaires de l'immeuble sis, 106 avenue de la Corse, Mme D E et M. B A, représentés par Me Callut, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 juin 2020 par lequel le maire de la commune de Marseille a délivré un permis de construire à la SCI César Aleman portant sur la surélévation d'un immeuble situé au 41 rue César Aleman, ainsi que la décision portant rejet de leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Marseille et de la SCI César Aleman une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils disposent d'un intérêt à agir ;

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- il méconnaît l'article 4 du règlement de la zone UA du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) quant à la profondeur de la construction ;

- il méconnaît l'article 5 du même règlement concernant les locaux techniques ;

- il méconnaît l'article 7 du même règlement relatif à l'implantation des constructions ;

- il méconnaît l'article 9-1 du même règlement sur la cohérence des façades sur voie ;

- il méconnaît l'article 11 du même règlement relatif aux places de stationnement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mai 2021, la commune de Marseille conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens présentés par les requérants ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 août 2021, et un mémoire en demande reconventionnelle enregistré le 7 avril 2022, la SCI César Aleman, représentée par la

SCP Berenger Blanc Burtez-Doucede, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, de rejeter la requête ou, à titre subsidiaire, de surseoir à statuer ;

2°) de condamner les requérants au paiement de la somme de 199 136 euros sur le fondement de l'article L.600-7 du code de l'urbanisme, avec intérêts au taux légal ;

3°) de mettre à la charge des requérants une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Elle soutient que :

- les requérants ne disposent pas d'un intérêt à agir ;

- la requête est irrecevable compte tenu de la méconnaissance de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- les moyens présentés par les requérants ne sont pas fondés ;

- le recours des requérants est abusif et elle est fondée à solliciter la somme de

199 136 euros sur le fondement de l'article L.600-7 du code de l'urbanisme, compte tenu des surcoûts entraînés par le recours.

Par une lettre du 5 mars 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré, sur le fondement de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme, de l'irrecevabilité du moyen nouveau, présenté à l'encontre du permis de construire initial plus de deux mois après la communication du premier mémoire en défense et tiré de l'exception d'illégalité du PLUi en tant qu'il ne prévoit pas la création de places de stationnement lorsque la somme des surfaces de plancher après travaux est inférieure ou égale à 600 m2.

Les observations enregistrées pour les requérants le 11 mars 2024 ont été communiquées le 13 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Arniaud,

- les conclusions de M. Peyrot, rapporteur public,

- les observations de Me Vadon, représentant les requérants, et celles de Me Claveau, représentant la SCI César Aleman.

Considérant ce qui suit :

1. Le syndicat des copropriétaires de l'immeuble sis, 106 avenue de la Corse, Mme D E et M. B A demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 25 juin 2020 par lequel le maire de la commune de Marseille a délivré un permis de construire à la SCI César Aleman portant sur la surélévation d'un immeuble situé au 41 rue César Aleman, sur la parcelle cadastrée n° 832 B 178, ainsi que la décision portant rejet de leur recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, Mme F C, qui a signé l'arrêté attaqué, disposait, en sa qualité d'adjointe au maire de Marseille en charge notamment de l'urbanisme et du droit des sols, d'une délégation de fonctions portant notamment sur toutes les décisions relatives au droit des sols, par un arrêté n° 16/0127/SG du 30 mai 2016, transmis le même jour en préfecture, publié au recueil des actes administratifs de la commune du 1er juin 2016, et affiché en mairie. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de cet arrêté ne peut ainsi qu'être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, l'article 4 du règlement du PLUi de la zone UA prévoit que la profondeur des constructions doit être inférieure ou égale à 14 mètres pour les " niveaux destinés à l'habitation ". Selon ces dispositions, interprétées à la lecture des illustrations schématiques et des définitions du lexique, la terrasse située sur le toit du niveau préexistant en R+2 et d'une profondeur supérieure à 14 mètres, n'entre pas dans le calcul de la profondeur du niveau " habitation " situé en R+3. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le niveau R+3 présenterait une profondeur supérieure à 14 mètres doit être écarté.

4. En troisième lieu, l'article 5 du règlement du PLUi de la zone UAe prévoit que la hauteur de façade des constructions doit être inférieure ou égale à 19 mètres lorsque la largeur de l'emprise publique ou de la voie est supérieure à 8 mètres et inférieure ou égale à 16 mètres. Ce même article précise que la hauteur totale correspond à la hauteur de façade augmentée de

3 mètres, ces 3 mètres pouvant inclure, au-dessus d'une toiture plate, des installations ou locaux techniques qui doivent s'inscrire en 5ème façade selon un angle de 30 degrés mesuré du haut de l'acrotère.

5. En l'espèce, contrairement à ce qu'indiquent les requérants, la voie César Aleman comporte une largeur de 12,6 mètres, calculée en tenant compte des places de stationnement comme le prévoit le lexique du PLUi, permettant au projet en litige de présenter une hauteur de façade de 19 mètres. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que les locaux techniques prévus sur la toiture plate ne respecteraient pas un angle de 30 degrés mesuré du haut de l'acrotère et le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5 du PLUi doit donc être écarté.

6. En quatrième lieu, selon l'article 7 du règlement du PLUi de la zone UAe, " la distance mesurée horizontalement entre tout point d'une construction et le point le plus proche d'une limite arrière est supérieure ou égale au tiers de la différence d'altitude entre ces deux points sans être inférieure à 4 mètres ".

7. Si les requérants font valoir que les plans ne mentionnent pas la distance entre la limite de propriété et les points de la construction aux niveaux R+3 et R+4, ces plans présentent une ligne de prospect mentionnant la règle de distance prévue à l'article 7 du règlement. Il ressort de ce plan que chaque point de la construction respecte la ligne de prospect, en particulier au niveau du 4ème étage, conformément aux dispositions mentionnées ci-dessus.

8. En cinquième lieu, selon l'article 9-1 du même règlement : " p) UA1 et UAe, sur les façades donnant sur un espace public ou privé ouvert au public, les installations techniques* doivent être encastrées, sans saillie* par rapport au nu de la façade, de façon à être intégrées à la construction ou dissimulées () ".

9. En se bornant à indiquer que l'édicule sur le toit plat serait disproportionné et visible depuis la voie publique, sans toutefois l'établir compte tenu du positionnement de l'édicule en retrait et dans un angle de 30 degrés, les requérants n'établissent pas en quoi cet élément méconnaîtrait les dispositions de l'article 9-1 p) mentionnées ci-dessus qui prévoient que les installations techniques puissent être intégrées à la construction ou dissimulées.

10. En sixième lieu, l'article 11 du même règlement prévoit la création d'une place de stationnement par tranche de 70 m2 de surface de plancher créée et précise : " Lorsque la somme des surfaces de plancher, existantes et à créer, après travaux, est inférieure ou égale à 600 m2 alors elles sont exemptées de cette obligation : aucune place n'est donc exigée ". Il ressort du formulaire Cerfa qu'après travaux, la surface de plancher totale de l'immeuble sera de 431 m2. Par suite, l'article 11 mentionné ci-avant n'imposait pas la création de nouvelles places de stationnement. Au demeurant, le projet prévoit trois places de stationnement, dont deux sont des places en location dans le garage situé au 39 rue César Aleman, dans le cadre d'un bail de longue durée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 11 du règlement du PLUi doit être écarté.

11. En dernier lieu, si les requérants font valoir, dans leurs écritures en réplique enregistrées le 3 novembre 2021, que le permis de construire en litige est illégal compte tenu de l'illégalité du PLUi en tant qu'il ne prévoit pas la création de places de stationnement lorsque la somme des surfaces de plancher après travaux est inférieure ou égale à 600 m2, ce moyen, invoqué plus de deux mois après la communication le 25 mai 2021 du premier mémoire en défense, est irrecevable à l'encontre de l'arrêté contesté, en application de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme qui dispose que : " () lorsque la juridiction est saisie d'une requête relative à une décision d'occupation ou d'utilisation du sol régie par le présent code,(), les parties ne peuvent plus invoquer de moyens nouveaux passé un délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense ".

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par le syndicat des copropriétaires de l'immeuble sis, 106 avenue de la Corse et autres doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme :

13. Aux termes de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme : " Lorsque le droit de former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire () est mis en œuvre dans des conditions qui traduisent un comportement abusif de la part du requérant et qui causent un préjudice au bénéficiaire du permis, celui-ci peut demander, par un mémoire distinct, au juge administratif saisi du recours de condamner l'auteur de celui-ci à lui allouer des dommages et intérêts () ".

14. Il ne résulte pas de l'instruction que le recours en annulation présenté par les requérants, en leur qualité de voisin immédiat du projet qui tend à l'édification de deux niveaux d'un bâtiment de deux étages, ait été présenté dans des conditions qui traduisent un comportement abusif de leur part. Dès lors, les conclusions présentées par la SCI César Aleman sur le fondement de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Marseille, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le syndicat des copropriétaires de l'immeuble sis, 106 avenue de la Corse et autres demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge des requérants une somme globale de 1 500 euros à verser à la SCI César Aleman au titre des frais de même nature.

D É C I D E :

Article 1er : La requête présentée par le syndicat des copropriétaires de l'immeuble sis, 106 avenue de la Corse et autres est rejetée.

Article 2 : Les conclusions indemnitaires présentées par la SCI César Aleman au titre de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme sont rejetées.

Article 3 : Les requérants verseront à la SCI César Aleman la somme globale de

1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié au syndicat des copropriétaires de l'immeuble sis, 106 avenue de la Corse, à Mme D E, à M. B A, à la SCI César Aleman et à la commune de Marseille.

Délibéré après l'audience du 9 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Hogedez, présidente,

Mme Busidan, première conseillère,

Mme Arniaud, première conseillère,

Assistées de M. Brémond, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mai 2024.

La rapporteure,

signé

C. Arniaud

La présidente,

signé

I. Hogedez

Le greffier,

signé

A. Brémond

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier.

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