jeudi 19 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2010021 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | KING & SPALDING INTERNATIONAL LLP |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 18 décembre 2020 et le 10 novembre 2022, la société par actions simplifiée ArcelorMittal Méditerranée, représentée par Me Herschtel, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 octobre 2020 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a prononcé à son encontre une astreinte administrative journalière de 500 euros jusqu'à satisfaction de la mise en demeure prescrite le 12 décembre 2017 par la même autorité, de respecter les valeurs limites des rejets prévues par l'arrêté du 23 mai 2017 ;
2°) à titre subsidiaire, de réduire le montant de l'astreinte prononcée par l'arrêté du 14 octobre 2020 ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé ;
- cet arrêté est dépourvu de base légale, dès lors que la mise en demeure du 12 décembre 2017 ne produisait plus d'effets ;
- l'arrêté prononçant une astreinte n'est pas fondé et l'astreinte est disproportionnée, dès lors qu'elle a pris des mesures en vue de respecter les valeurs limites prescrites ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et les circonstances exceptionnelles liées à la crise sanitaire, ainsi que la bonne foi dont elle a fait preuve, doivent conduire à réduire le montant de l'astreinte.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 septembre 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de Mme Beyrend, rapporteure publique,
- et les observations de Me Herschtel pour la société ArcelorMittal Méditerranée.
Considérant ce qui suit :
1. La SAS Arcelormittal Méditerranée exploite depuis 1973, sur le territoire de la commune de Fos-sur-Mer, une usine sidérurgique dite intégrée au sein de laquelle sont produits d'une part l'aggloméré de minerai de fer et d'autre part le coke (charbon), nécessaires à la production d'acier. Cette installation soumise à la législation sur les installations classées et classée " Seveso seuil haut ", est régie en dernier lieu par l'arrêté préfectoral du 23 mai 2017 qui encadre les conditions d'exploitation du site et fixe les valeurs-limites d'émission de polluants dans l'eau et l'air. Le site dispose notamment d'une usine d'agglomération du minerai de fer, dans laquelle le minerai est chauffé pour être fritté puis passe sur un refroidisseur avant d'être fondu dans un haut fourneau. Par un arrêté du 12 décembre 2017, le préfet des Bouches-du-Rhône a édicté une mise en demeure par laquelle il a imposé à l'exploitant de mettre en conformité ses rejets de polluants à plusieurs étapes du processus avec les dispositions de l'article 3.2.2 et de l'annexe 2 de l'arrêté du 23 mai précédent. En particulier, le préfet a imposé à l'exploitant le respect, au 31 octobre 2018, des valeurs limites en concentration et flux horaire pour le paramètre poussières (particules totales en suspension) des rejets issus des installations du refroidisseur de l'agglomération. Par arrêté du 14 octobre 2020 dont la SAS Arcelormittal demande l'annulation ou la réformation, le préfet des Bouches-du-Rhône a décidé de prononcer une astreinte journalière de 500 euros à l'encontre de l'exploitant jusqu'à satisfaction des prescriptions de la mise en demeure du 12 décembre 2017 demandant de respecter les prescriptions de l'article 3.2.2 et de l'annexe 2 de l'arrêté préfectoral du 23 mai 2017, relatives aux valeurs limites en concentration et en flux horaire pour le paramètre poussières des rejets issus des installations du refroidisseur de l'agglomération.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 2° Infligent une sanction () ". Et aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
3. L'arrêté en litige mentionne les articles applicables du code de l'environnement ainsi que les différents arrêtés préfectoraux sur lesquels il se fonde. Il indique également les motifs de fait tirés de ce que l'exploitant ne s'est pas conformé aux prescriptions prévues par l'arrêté de mise en demeure du 12 décembre 2017 concernant les valeurs limites d'émission en concentration et flux horaire pour le paramètre poussières des rejets issus des installations du refroidisseur de l'agglomération. La seule circonstance que le motif de l'arrêté en litige est identique à celui infligeant une amende à l'exploitant, s'agissant de deux sanctions qui peuvent être cumulées aux termes de l'article L.171-8 du code de l'environnement, n'est pas de nature à regarder l'arrêté en litige comme étant dépourvu de motivation. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cet arrêté doit dès lors être écarté.
4. Aux termes de l'article L. 171-8 du code de l'environnement : " I.- Indépendamment des poursuites pénales qui peuvent être exercées, en cas d'inobservation des prescriptions applicables en vertu du présent code aux installations, ouvrages, travaux, aménagements, opérations, objets, dispositifs et activités, l'autorité administrative compétente met en demeure la personne à laquelle incombe l'obligation d'y satisfaire dans un délai qu'elle détermine. () / II.- Si, à l'expiration du délai imparti, il n'a pas été déféré à la mise en demeure, () l'autorité administrative compétente peut arrêter une ou plusieurs des sanctions administratives suivantes : / () 4° Ordonner le paiement d'une amende administrative au plus égale à 15 000 €, recouvrée comme en matière de créances de l'Etat étrangères à l'impôt et au domaine, et une astreinte journalière au plus égale à 1 500 € applicable à partir de la notification de la décision la fixant et jusqu'à satisfaction de la mise en demeure ou de la mesure ordonnée. () / Les amendes et les astreintes sont proportionnées à la gravité des manquements constatés et tiennent compte notamment de l'importance du trouble causé à l'environnement () ".
5. A l'appui de sa demande, la société ArcelorMittal Méditerranée soutient que, dès lors qu'elle a respecté les valeurs d'émission de poussières des rejets issus des installations du refroidisseur de l'agglomération fixées par l'arrêté de mise en demeure au terme prévu du 31 octobre 2018, les effets de l'arrêté du 12 décembre 2017 portant mise en demeure avaient, sur ce point, expiré, et ne pouvaient fonder l'astreinte en litige. Toutefois, il résulte du rapport d'inspection émis le 9 janvier 2020, que si la société requérante a mis en œuvre des techniques ayant permis de réduire la majorité des moyennes journalières, le taux de dépassement de la concentration journalière en poussières (particules totales en suspension) dont la valeur limite d'exposition a été fixée à 30 milligramme par normo mètres cube (mg/Nm3), a excédé les 10% fixés par la mise en demeure, atteignant notamment 43,3% en octobre 2018. Le taux de dépassement de la limite de 10,5 kilogrammes par heure (Kg/h) de flux horaire de poussières, a également, en octobre 2018, excédé les 10% autorisés par l'arrêté du 12 décembre 2017 puisqu'il a été porté à plus de 33%. En outre, la valeur limite fixée à 30 mg/Nm3 a également été dépassée dès lors qu'elle a été fixée à 30,8 mg/Nm3 pour le mois d'octobre 2018. Par ailleurs, il résulte de ce même rapport, ainsi que du courrier adressé par la société requérante au préfet le 26 avril 2019, que si les émissions de poussières au niveau des installations du refroidisseur ont diminué, et si la majorité des moyennes journalières étaient conformes aux prescriptions de la mise en demeure en octobre 2018, les valeurs limites étaient régulièrement dépassées pendant la période immédiatement antérieure, et notamment pendant les périodes de chaleur, pour lesquelles l'exploitant admet des incertitudes et la nécessité de rendre le dispositif conforme de façon pérenne. Dans ces conditions, les prescriptions de la mise en demeure ne pouvant être considérées comme ayant été respectées à l'échéance du 31 octobre 2018, la requérante n'est pas fondée à soutenir que les effets de l'arrêté du 12 décembre 2017 auraient cessé. Le moyen tiré du défaut de base légale de l'arrêté contesté doit être écarté.
6. Pour contester la mesure en litige, la société ArcelorMittal Méditerranée soutient qu'elle a pris et prend toujours toutes mesures pour respecter et même aller au-delà des valeurs prescrites par l'arrêté du 23 mai 2017, en mettant en œuvre plusieurs techniques, à savoir notamment la mise en place d'un déflecteur, du mécanisme de recirculation des fumées bien que ce projet ait dû être abandonné pour des raisons techniques, d'un nouveau mode de chargement du refroidisseur, ou encore la régulation des vantelles, ainsi qu'en élaborant un projet dénommé 0DA'S (" 0 dust at sinter ", " aucune poussière au frittage ") dont les retards ne lui sont pas imputables, et qu'ainsi, l'astreinte n'est pas justifiée et son montant disproportionné. Toutefois, il résulte des termes mêmes de l'article L. 171-8 que l'astreinte constitue une sanction, et ainsi qu'il a été dit au point précédent, les prescriptions fixées par l'arrêté du 27 mai 2017 et rappelées dans la mise en demeure du 12 décembre suivant n'étaient pas respectées au 31 octobre 2018. Par ailleurs, si la société ArcelorMittal Méditerranée soutient que le montant journalier de 500 euros est disproportionné, dès lors qu'il conduit à la liquidation d'une astreinte d'au moins 360 000 euros, il résulte de l'instruction que le montant total des travaux envisagés pour réduire durablement les émissions, certes davantage ambitieux puisqu'il conduirait, à terme, à une émission de poussières de l'ordre de 10 mg/Nm3, est de l'ordre de 20 millions d'euros. En outre, la requérante soutient que la crise sanitaire liée au Covid-19 a eu un impact important sur la mise en œuvre des mesures de réduction des poussières. S'il résulte effectivement de l'instruction que le fournisseur de l'exploitante pour la mise en œuvre de son projet 0DA'S n'a pas pu exécuter le contrat du fait de la crise sanitaire, puis a fait l'objet d'un plan de cession après une période de poursuite d'activité en liquidation judiciaire, le préfet des Bouches-du-Rhône a pris en considération l'ensemble de ces éléments fournis par l'exploitant dans le cadre de la procédure contradictoire menée avant sanction, en ramenant le montant de l'astreinte journalière initialement envisagée à 1 500 euros, à la somme de 500 euros. Dans ces conditions, et alors même que parallèlement, une amende administrative, non contestée, du montant maximum de 15 000 euros a été infligée à l'exploitant, les moyens tirés de la disproportion de la sanction et de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise le préfet des Bouches-du-Rhône doivent être écartés.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la société ArcelorMittal Méditerranée n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 14 octobre 2020 lui infligeant une astreinte qu'elle conteste.
Sur les conclusions à fin de réformation de l'astreinte :
8. Si la requérante sollicite, à titre subsidiaire, la réformation du montant de l'astreinte, il résulte de ce qui a été dit au point 6 que l'astreinte n'est pas disproportionnée. Dans ces conditions, les conclusions à fin de réformation de l'astreinte doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de la requérante tendant à leur application et dirigées contre l'Etat, qui n'est pas partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SAS ArcelorMittal Méditerranée est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée ArcelorMittal Méditerranée et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.
Délibéré après l'audience du 5 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Laso, président,
Mme Niquet, première conseillère,
Mme Ollivaux, première conseillère,
Assistés de M. Giraud, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 janvier 2023.
La rapporteure,
Signé
A. A
Le président,
Signé
J-M. Laso
Le greffier,
Signé
P. Giraud
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026