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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2010324

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2010324

jeudi 2 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2010324
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBOUKHELIFA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 décembre 2020, la société par action simplifiée Hippocratus, représentée par Me Boukhelifa, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 octobre 2020 par laquelle la direction régionale des entreprises de la concurrence de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) a refusé de délivrer une autorisation de travail à M. B A ;

2°) d'enjoindre à l'administration de délivrer l'autorisation de travail à M. A ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision porte atteinte à la situation personnelle de M. A, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a entendu embaucher M. A en raison des compétences professionnelles de ce dernier eu égard à la relation entre le poste qu'il entend occuper et sa formation universitaire.

Par un mémoire en défense enregistré 18 novembre 2021, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requérante n'a pas intérêt à agir ;

- les moyens soulevés par la SAS Hippocratus ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme, qui n'a pas présenté d'observations dans l'instance.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Felmy, rapporteure,

- et les conclusions de M. Ouillon, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant marocain entré en 2016 en France sous statut étudiant, y a résidé sous couvert de titres de séjour portant la mention " étudiant " jusqu'au 30 septembre 2020. A l'occasion de sa demande tendant à bénéficier d'un titre de séjour " salarié ", la SAS Hippocratus, avec laquelle il a conclu un contrat de travail à durée indéterminée, a sollicité le 1er octobre 2020 auprès du préfet des Bouches-du-Rhône la délivrance d'une autorisation de travail. La SAS Hippocratus demande au tribunal d'annuler la décision du 30 octobre 2020 par laquelle la direction régionale des entreprises de la concurrence de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) a refusé de délivrer l'autorisation de travail sollicitée.

2. Aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum et qui ne relèvent pas de l'article 1er du présent accord, reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention salarié éventuellement assortie de restrictions géographiques ou professionnelles () ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord. / Chaque État délivre notamment aux ressortissants de l'autre État tous titres de séjour autres que ceux visés au présent Accord, dans les conditions prévues par sa législation ". Aux termes de l'article R. 5221-11 du code du travail dans sa version applicable au présent litige : " La demande d'autorisation de travail relevant des 4°, 8°, 9°, 13° et 14° de l'article R. 5221-3 est faite par l'employeur. / Elle peut également être présentée par une personne habilitée à cet effet par un mandat écrit de l'employeur. " L'article R. 5221-15 du même code dispose que " Lorsque l'étranger est déjà présent sur le territoire national, la demande d'autorisation de travail mentionnée à l'article R. 5221-11 est adressée au préfet de son département de résidence. ". Aux termes de l'article R. 5221-20 de ce code, dans sa version applicable au présent litige : " Pour accorder ou refuser l'une des autorisations de travail mentionnées à l'article R. 5221-11, le préfet prend en compte les éléments d'appréciation suivants : 1° La situation de l'emploi dans la profession et dans la zone géographique pour lesquelles la demande est formulée, compte tenu des spécificités requises pour le poste de travail considéré, et les recherches déjà accomplies par l'employeur auprès des organismes concourant au service public de l'emploi pour recruter un candidat déjà présent sur le marché du travail ; () ".

3. Pour rejeter la demande d'autorisation de travail présentée au profit de M. A, le préfet des Bouches-du-Rhône s'est fondé sur l'absence de justification des recherches effectuées par la SAS Hippocratus pour recruter un candidat déjà présent sur le marché du travail, et sur le déséquilibre récurrent de la situation de l'emploi pour le métier considéré, à savoir " Business developer junior / responsable du développement commercial " tel qu'il ressort des données chiffrées de Pôle Emploi, se caractérisant par un nombre de demandes supérieur aux offres d'emploi. La société requérante, qui se borne à faire valoir les compétences professionnelles de son employé eu égard à la relation entre le poste qu'il entend occuper et sa formation universitaire, ne critique aucun de ces deux motifs. Si elle soutient par ailleurs que la décision en litige porte atteinte au droit au respect de la situation personnelle de M. A, en raison notamment du contrat de travail à durée indéterminée dont il est titulaire, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ce moyen est inopérant et ne peut qu'être écarté.

4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet des Bouches-du-Rhône, que la SAS Hippocratus n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 30 octobre 2020 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté la demande d'autorisation de travail qu'elle a formée au profit de M. A. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.

Sur les frais du litige :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, une quelconque somme au titre des frais exposés par la SAS Hippocratus et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS Hippocratus est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Hippocratus, au préfet du Puy-de-Dôme et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée à la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur.

Délibéré après l'audience du 8 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Hameline, présidente,

Mme Felmy, première conseillère,

Mme Hétier-Noël, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mars 2023.

La rapporteure,

signé

E. Felmy

La présidente,

signé

M.-L. Hameline

La greffière,

signé

B. Marquet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

2

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