lundi 18 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2100025 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP ALPAVOCAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 4 janvier 2021, le 26 mai 2023 et le 27 juillet 2023, Mme E G, M. B C, M. A D, Mme I D, Mme H F et M. J G, représentés par Me Ducrey-Bompard, demandent au tribunal :
1°) à titre principal d'annuler la délibération du 21 juillet 2020 par laquelle le conseil municipal de Saint-Jean-Saint-Nicolas a approuvé le plan local d'urbanisme (PLU) ainsi que les décisions du 2 novembre 2020 et du 23 novembre 2023 rejetant leurs recours gracieux ;
2°) à titre subsidiaire d'annuler la délibération en tant qu'elle classe les parcelles cadastrées section A n°683, n°869, n°462, section AB n°70, n°264, n°265, 266, 269, 417, 671, 673, 675, 681, 683, 685, sises lieu-dit " Les Bonnets " en zone Aa du PLU, les parcelles cadastrées section AC n°90, 91, 92 et 94, 684 674 sises " plein Soleil " en zone Ai et les parcelles cadastrées section DE n°145, 146, 147 en zone Ai ainsi que les décisions du 2 novembre 2020 et du 23 novembre 2023 rejetant leurs recours gracieux ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Jean-Saint-Nicolas la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- ils justifient d'un intérêt à agir ;
- la requête a été présentée dans les délais de recours ;
- les conseillers municipaux n'ont pas été convoqués de manière régulière ;
- les personnes publiques associées n'ont pas reçu notification de la délibération prescrivant le PLU ;
- le dossier d'enquête publique est incomplet ;
- les conclusions du commissaire enquêteur sont insuffisamment motivées et ne comportent pas d'avis personnel ;
- le rapport de présentation est insuffisant ;
- les modifications substantielles du PLU nécessitaient une nouvelle enquête publique ;
- les auteurs du PLU ont méconnu les articles L. 151-9 et R. 151-2 du code de l'urbanisme ;
- le classement en zone agricole des parcelles cadastrées section A n°70, 462 et 683 est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;
- le classement en zone agricole d'une partie de la parcelle cadastrée section A n°869 est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- le classement en zone agricole identitaire des parcelles cadastrées section AB n° 264, 265, 266, 269, 417, 671, 673, 674, 675, 681, 683 et 685, AC n° 90, 91, 92 et 94 et DE n° 145, 146 et 147 est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation ;
- le classement en zone agricole inconstructible d'une partie de la parcelle cadastrée section AB n°684 et AB 674 est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la délibération contestée viole l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme.
- la délibération contestée induit une rupture d'égalité devant les charges publiques.
Par des mémoires, enregistrés le 16 septembre 2021, le 10 mai 2023, le 15 juin 2023 et le 30 août 2023, la commune de Saint-Jean-Saint-Nicolas, représentée par Me Dessinges, à titre principal conclut au rejet de la requête, à titre subsidiaire demande au tribunal de faire application de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme et, en toutes hypothèses, de mettre à la charge des requérants la somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les requérants ne justifient pas de leur intérêt à agir ;
- les moyens invoqués par les requérants ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 18 septembre 2023, a été prononcée, en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-3 du code de justice administrative, la clôture immédiate de l'instruction.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Le Mestric, première conseillère,
- les conclusions de Mme Giocanti, rapporteure publique,
- et les observations de Me Dessinges, représentant la commune de Saint-Jean-Saint-Nicolas.
Considérant ce qui suit :
1. Par délibération du 21 juillet 2020, le conseil municipal de Saint-Jean-Saint-Nicolas a approuvé le PLU communal. Le 17 septembre 2020, MM. et Mme G, M. C, Mme F, et M. et Mme D ont déposé un recours gracieux auprès du maire à fin d'annulation de cette délibération, rejeté par courrier de l'administration du 2 novembre 2020. Par la présente requête, les intéressés demandent au tribunal, à titre principal, d'annuler ladite délibération dans son entier, à titre subsidiaire de l'annuler en tant qu'elle classe certaines parcelles en zone agricole et zone agricole identitaire ainsi que la décision de rejet de leurs recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'information des conseillers municipaux :
2. Aux termes de l'article L. 2121-10 du code général des collectivités territoriales, dans sa rédaction applicable à la date de la délibération attaquée : " Toute convocation est faite par le maire. Elle indique les questions portées à l'ordre du jour. Elle est mentionnée au registre des délibérations, affichée ou publiée. Elle est adressée par écrit, sous quelque forme que ce soit, au domicile des conseillers municipaux, sauf s'ils font le choix d'une autre adresse. ". Aux termes de l'article L. 2121-12 de ce code alors en vigueur : " Dans les communes de 3 500 habitants et plus, une note explicative de synthèse sur les affaires soumises à délibération doit être adressée avec la convocation aux membres du conseil municipal (). Le délai de convocation est fixé à cinq jours francs ". Selon l'article L. 2121-13 de ce même code : " Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération. ".
3. La commune apporte la preuve de ce que le courrier de convocation à la réunion du conseil municipal du 21 juillet 2020 a bien été transmis aux conseillers municipaux le 15 juillet 2020, accompagné de l'ordre du jour de convocation. La commune établi également la transmission d'une note d'informations sur la procédure du PLU aux conseillers municipaux. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la délibération méconnaitrait l'article L. 2121-11 du code général des collectivités territoriales.
En ce qui concerne la consultation des personnes publiques associées :
4. Aux termes de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente mentionnée à l'article L. 153-8 prescrit l'élaboration du plan local d'urbanisme et précise les objectifs poursuivis et les modalités de concertation, conformément à l'article L. 103-3. La délibération prise en application de l'alinéa précédent est notifiée aux personnes publiques associées mentionnées aux articles L. 132-7 et L. 132-9. (). ".
5. La commune justifie avoir régulièrement notifié, par envois recommandés avec accusé de réception du 31 mai 2017, aux personnes publiques associées la délibération du 30 août 2016 prescrivant l'élaboration du PLU. Les requérants ne sont ainsi pas fondés à soutenir que les personnes publiques associées n'auraient pas été consultées.
En ce qui concerne la composition du dossier d'enquête publique :
6. Aux termes de l'article L. 132-11 du code de l'urbanisme : " Les personnes publiques associées /: 1° Reçoivent notification de la délibération prescrivant l'élaboration du schéma de cohérence territoriale ou du plan local d'urbanisme ;/ 2° Peuvent, tout au long de cette élaboration, demander à être consultées sur le projet de schéma de cohérence territoriale ou de plan local d'urbanisme ;/ 3° Emettent un avis, qui est joint au dossier d'enquête publique, sur le projet de schéma ou de plan arrêté. ". Aux termes de l'article R. 153- 8 du même code : " Le dossier soumis à l'enquête publique est composé des pièces mentionnées à l'article R. 123-8 du code de l'environnement et comprend, en annexe, les différents avis recueillis dans le cadre de la procédure. ()".
7. Il ressort des pièces du dossier que le commissaire enquêteur a eu connaissance des différents avis des personnes publiques associées, qu'il mentionne, cite, analyse et joint à son rapport. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 132-11 du code de l'urbanisme ne saurait dès lors être accueilli.
En ce qui concerne l'avis motivé du commissaire enquêteur :
8. Aux termes de l'article R. 123-19 du code de l'environnement : " Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête établit un rapport qui relate le déroulement de l'enquête et examine les observations recueillies. / Le rapport comporte le rappel de l'objet du projet, plan ou programme, la liste de l'ensemble des pièces figurant dans le dossier d'enquête, une synthèse des observations du public, une analyse des propositions produites durant l'enquête et, le cas échéant, les observations du responsable du projet, plan ou programme en réponse aux observations du public. / Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête consigne, dans une présentation séparée, ses conclusions motivées, en précisant si elles sont favorables, favorables sous réserves ou défavorables au projet. (). ".
9. Il résulte des dispositions précitées que le commissaire enquêteur doit, d'une part, établir un rapport relatant le déroulement de l'enquête et procéder à un examen des observations recueillies lors de celle-ci, en résumant leur contenu et qu'il doit, d'autre part, donner son avis personnel en précisant s'il est ou non favorable et indiquer au moins sommairement, les raisons qui en déterminent le sens, en tenant compte de ces observations mais sans être tenu de répondre à chacune d'elles.
10. En l'espèce, il ressort de la lecture du rapport du 8 mars 2020 que le commissaire enquêteur a, dans un premier temps rappelé le déroulement de l'enquête, puis, au sein d'une partie intitulée " examen des observations recueillies ", synthétisé celles-ci dans des tableaux rappelant le nom de la personne ayant déposé une observation, la date ainsi que le contenu des remarques formulées, dont celles des requérants, qui ont été analysées et ont fait l'objet d'une réponse. Le commissaire enquêteur a, enfin, émis un avis motivé, favorable, dans une partie clairement séparée de son rapport intitulée " conclusion et avis ". Les requérants ne sont ainsi pas fondés à soutenir que les analyses des observations du public ou des personnes publiques associées seraient superficielles et auraient donné lieu à une rédaction stéréotypée et insuffisamment motivée.
En ce qui concerne les modifications du PLU opérées postérieurement à l'enquête publique :
11. Aux termes de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme : " " A l'issue de l'enquête, le plan local d'urbanisme, éventuellement modifié pour tenir compte des avis qui ont été joints au dossier, des observations du public et du rapport du commissaire ou de la commission d'enquête, est approuvé par : () 2° Le conseil municipal dans le cas prévu au 2° de l'article L. 153-8. ".
12. Il résulte de ces dispositions qu'il est loisible à l'autorité compétente de modifier le PLU après l'enquête publique, sous réserve, d'une part, que ne soit pas remise en cause l'économie générale du projet, d'autre part, que cette modification procède de l'enquête, ces deux conditions découlant de la finalité même de la procédure de mise à l'enquête publique. À ce titre, le conseil municipal peut prendre en considération des observations faites, au cours de l'enquête publique, par des personnes propriétaires de parcelles sur le territoire de la commune ou intéressées pour d'autres motifs aux règles d'urbanisme envisagées, dès lors qu'il n'en résulte ni atteinte à l'intérêt général, ni méconnaissance des règles d'urbanisme, ni remise en cause de l'économie générale du projet. Une modification du projet introduite pour tenir compte d'un avis figurant dans le dossier d'enquête peur être regardée comme procédant de l'enquête.
13. Il ressort de la délibération attaquée que le classement en zone Ai de la plaine Est des Foulons, Plein soleil (15 hectares) et Saint Jean ainsi que la création d'une orientation d'aménagement et de programmation entrée Ouest de Pont du Fossé tiennent compte des avis du public et des personnes publiques associées. En outre, la réduction de 48 hectares de la surface du zonage agricole, la suppression de deux secteurs de taille et de capacité d'accueil limité " Carrière et " Garenne " et la modification du zonage de 6 parcelles hameaux des Chabottones et des Bonnets, par leur nature et leur portée et au regard de l'ensemble du territoire concerné, ne révèlent pas une remise en cause de l'économie générale du projet, une atteinte à l'intérêt général ou une méconnaissance des règles d'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 153-21 doit être écarté.
En ce qui concerne le rapport de présentation :
14. Aux termes de l'article L. 151-4 du code de l'urbanisme : " Le rapport de présentation explique les choix retenus pour établir le projet d'aménagement et de développement durables, les orientations d'aménagement et de programmation et le règlement. () ". Aux termes de l'article R. 151-1 du même code dans sa version en vigueur : " Pour l'application de l'article L. 151-4, le rapport de présentation : 1° Expose les principales conclusions du diagnostic sur lequel il s'appuie ainsi que, le cas échéant, les analyses des résultats de l'application du plan prévues par les articles L. 153-27 à L. 153-30 et comporte, en annexe, les études et les évaluations dont elles sont issues ; 2° Analyse les capacités de densification et de mutation des espaces bâtis identifiés par le schéma de cohérence territoriale en vertu du deuxième alinéa de l'article L. 141-3 ainsi que des autres espaces bâtis identifiés par le rapport lui-même en vertu du troisième alinéa de l'article L. 151-4 ; 3° Analyse l'état initial de l'environnement, expose la manière dont le plan prend en compte le souci de la préservation et de la mise en valeur de l'environnement ainsi que les effets et incidences attendus de sa mise en œuvre sur celui-ci. ".
15. Il ressort de la lecture du rapport de présentation que celui-ci comporte un diagnostic social et économique de la commune contenant un état des lieux de la structure de la population permanente et active et des secteurs économiques clefs de la commune, notamment le tourisme et l'agriculture. Il comporte en outre une partie sur l'état initial de l'environnement, accompagné d'un point précis sur les espaces forestiers. Dans un chapitre IV, il justifie les choix retenus et notamment la délimitation des zonages, notamment pour ce qui concerne la zone agricole, les auteurs du PLU n'ayant pas à justifier les périmètres choisis à la parcelle. Dans ces conditions, le rapport de présentation répond aux exigences des articles L. 151-4 et R. 151-11 du code de l'urbanisme et le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne la justification de la délimitation des zones agricole du PLU :
16. Aux termes de l'article L. 151-9 du code de l'urbanisme : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. ". Et aux termes de l'article R. 151-2 du même code : " Le rapport de présentation comporte les justifications de : () 4° La délimitation des zones prévues par l'article L. 151-9 ; (). ".
17. Il ressort de la lecture de la page 90 et suivantes du rapport, que la justification apportée des classements en zone agricole répond aux objectifs du projet d'aménagement et de développement durable (PADD) de donner les moyens à l'agriculture locale de perdurer en tant que composante de l'économie locale et de valoriser les caractéristiques paysagères et patrimoniales des lieux. Pour ce faire, les zones constructibles ont été réduites pour lutter contre l'étalement urbain, les zones agricoles classiques, ouvertes à la construction d'exploitations agricoles et pouvant couvrir certains territoires de biodiversité ou corridors écologiques, ayant quant à elles été doublées depuis le PLU de 2011 et des zones agricoles identitaires, inconstructibles, la Plaine de Lachaup et des Aymes, ont été sanctuarisées, en raison de leur qualité paysagère. Enfin des zones agricoles " serres ", inconstructibles sauf pour l'installation de serres transparentes et démontables, ont été délimitées entre le torrent du Brudou et l'urbanisation, en tant que zones paysagères " enjeu de développement futur ". En outre, le rapport de présentation explicite en p. 131 et suivantes les périmètres choisis pour chaque hameau. Dans ces conditions, les auteurs du PLU ont justifié les choix effectués pour chaque zone, au regard tant de leurs caractéristiques que de leur périmètre. Par suite, le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne les moyens tirés des erreurs manifestes d'appréciations des classements en zone agricole :
18. Aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. ".
19. Il appartient aux auteurs d'un PLU de définir des zones urbaines normalement constructibles et des zones dans lesquelles les constructions peuvent être limitées ou interdites. Ils ne sont pas liés par les modalités existantes d'utilisation du sol dont ils peuvent prévoir la modification dans l'intérêt de l'urbanisme ou par la qualification juridique qui a pu être reconnue antérieurement à certaines zones sur le fondement d'une réglementation d'urbanisme différente. L'appréciation à laquelle ils se livrent ne peut être discutée devant le juge de l'excès de pouvoir que si elle repose sur des faits matériellement inexacts, si elle est entachée d'erreur manifeste ou de détournement de pouvoir.
20. S'agissant des zones Aa, il résulte du règlement du PLU que sont classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison de leur potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. Les zones Aa sont les zones agricoles constructibles sous réserve de la nécessité des constructions, aménagements, réhabilitations, extensions.
21. D'une part, il ressort des pièces du dossier que les parcelles 70, 462 et 683 doivent être regardées non comme faisant partie du Hameau des Bonnets, mais du vaste espace pastoral ayant pour vocation la production d'alimentation fourragère pour les ruminants. La circonstance que ces parcelles soient bâties, desservies par les réseaux publics d'adduction d'eau potable, d'assainissement et d'électricité, disposent d'un accès routier et soient contiguës au lotissement et que d'autres parcelles soient classées dans une autre zone sont sans incidence sur la légalité du classement opéré. Il ne ressort en outre pas de la cartographie produite que ces parcelles puissent être considérées comme des dents creuses. Par suite, leur classement en zone Aa n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation.
22. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que la parcelle cadastrées section A n°869 Hameau des Bonnets est pour sa partie la plus proche de la partie urbanisée classée en zone U et pour la partie située en dehors du périmètre urbain, classée en zone Aa. Ce classement ne relève pas d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que les auteurs du PLU peuvent classer une parcelle en deux zones quel que soit l'état initial de la parcelle à fin de suivre au plus près la délimitation de l'enveloppement urbaine dans l'objectif de lutter contre l'étalement urbain et de préserver le caractère agricole et paysager de la commune. Par suite, son classement pour partie en zone Aa n'est pas illégal.
23. S'agissant des zones Ai, qui sont définies comme " zones agricoles identitaires inconstructibles par croisement des enjeux agronomiques et paysagers ", et qui se situent principalement hameaux Plein Soleil et Saint Jean, il ressort du PADD et du rapport de présentation que le parti d'urbanisme retenu par les auteurs du PLU est de définir des stratégies foncières permettant de donner les moyens à l'agriculture de perdurer en tant que composante de l'économie locale ainsi que de lier et valoriser les composantes du paysage rural et montagnard constituant l'identité des espaces des Hautes Alpes, en les intégrant aux bourgs centres et aux hameaux de caractère. Dans cette optique, le règlement de la zone prévoit sur ces terres classées en zone Ai, qui ne concernent que 1,2% de la surface totale de la commune, la possibilité de réaliser l'aménagement, la réhabilitation et la reconstruction à l'identique des bâtiments existants, les extensions et les annexes aux bâtiments d'habitation existants dans une certaine proportion ainsi que les constructions et installations nécessaires à des équipements d'intérêt collectif et de services publics. Dans ces conditions, les requérants ne peuvent soutenir que le règlement de zone Ai prévoirait une inconstructibilité générale contraire à l'objectif de développement des activités agricoles du PADD. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme doit être écarté.
24. La circonstance que les parcelles cadastrées section AB n° 264, 265, 266, 269, 417, 671, 673, 674, 675, 681, 683 et 685 ; AC n° 90, 91, 92 et 94 se situent entre un cours d'eau et une zone urbaine n'est pas de nature à entacher le classement en zone Ai d'illégalité dès lors que ce choix en opportunité des auteurs du PLU permet de préserver les terres agricoles, l'identité paysagère et rurale des lieux et de lutter contre l'étalement urbain. Il en est de même pour les parcelles DE n° 145, 146 et 147 qui ne sauraient nécessairement être regardées comme faisant partie du compartiment urbain de Saint-Jean. Par suite, le classement de ces parcelles en zone Ai n'est pas entaché d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation.
25. Il ressort des pièces du dossier que la parcelle cadastrées section AB n°684 Hameau Plein soleil est pour sa partie la plus proche de la partie urbanisée classée en zone U et pour la partie située en dehors du périmètre urbain, classée en zone Ai. Ce classement ne relève pas d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que les auteurs du PLU peuvent classer une parcelle en deux zones, quel que soit l'état initial de la parcelle, au fin de suivre au plus près la délimitation de l'enveloppement urbaine dans l'objectif de lutter contre l'étalement urbain et de préserver le caractère agricole et paysager de la commune, la parcelle considérée se présentant en outre à l'état de prairie. Pour ce qui concerne la parcelle voisine cadastré 674, elle se présente également à l'état de prairie et n'est pas dans la continuité du bâti. La circonstance que des certificats d'urbanisme aient été délivrés sur cette parcelle ne fait pas obstacle à leur classement en zone inconstructible, compte tenu des choix de politique d'urbanisation de la commune et de leur cohérence avec les objectifs précités du PADD. Par suite, leur classement en zone Ai n'est pas illégal.
En ce qui concerne l'application de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme ;
26. Aux termes de l'article L. 122-5 du même code : " L'urbanisation est réalisée en continuité avec les bourgs, villages, hameaux, groupes de constructions traditionnelles ou d'habitations existants, sous réserve de l'adaptation, du changement de destination, de la réfection ou de l'extension limitée des constructions existantes, ainsi que de la construction d'annexes, de taille limitée, à ces constructions, et de la réalisation d'installations ou d'équipements publics incompatibles avec le voisinage des zones habitées. "
27. Les parcelles, classées en zone U, cadastrées section B n° 780 1179 et 1180 et BE n°100 103 104 485 486 se situent dans le prolongement de hameaux, en l'occurence de Saint Nicolas et du Ranguis, et ont vocation, ainsi que le précise le PADD, à devenir des espaces prioritaires de développement de l'habitat le long des axes secondaires de la commune proche du bourg centre faciles d'accès, qui viendront s'intégrer aux hameaux historiques. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les dispositions précitées du code de l'urbanisme seraient méconnues.
En ce qui concerne la rupture d'égalité devant les charges publiques ;
28. En se bornant à rappeler une partie des termes de la délibération indiquant que " des modifications mineures du zonage constructible pour tenir compte des demandes formulées par la population lors de l'enquête publique ", les requérants ne démontrent pas que la municipalité aurait " activement œuvré pour faire droit aux doléances de certains administrés ". Par suite, ils ne sont pas fondés à soutenir que le PLU aurait entrainé une rupture d'égalité entre les habitants de la commune.
29. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
30. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Jean-Saint-Nicolas qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une somme quelconque au titre des frais exposés par MM. et Mme G, M. C, Mme F, et M. et Mme D et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de MM. et Mme G, M. C, Mme F, et M. et Mme D une somme globale de 1 500 euros au même titre à verser à la commune de Saint-Jean-Saint-Nicolas.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de MM. et Mme G, M. C, Mme F, et M. et Mme D est rejetée.
Article 2 : MM. et Mme G, M. C, Mme F, et M. et Mme D verseront à la commune de Saint-Jean-Saint-Nicolas, la somme globale de 1500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E G, M. B C, M. A D, Mme I D, Mme H F et M. J G et à la commune de Saint-Jean-Saint-Nicolas.
Délibéré après l'audience du 4 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Salvage, président,
Mme Le Mestric, première conseillère
Mme Fayard, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 décembre 2023.
La rapporteure,
Signé
F. LE MESTRIC
Le président,
signé
F. SALVAGE La greffière
signé
S. BOUCHUT
La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Alpes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026