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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2100032

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2100032

mardi 20 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2100032
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7è Ch Magistrat statuant seul
Avocat requérantMICHEL KIMIKO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 janvier 2021, Mme F A, représentée par Me Michel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 juillet 2020 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de procéder à l'échange de son permis de conduire syrien contre un permis de conduire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique d'échanger son permis de conduire syrien contre un permis de conduire français dans un délai d'un mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou de réexaminer sa demande et de prendre une nouvelle décision dans un délai d'un mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard conformément aux articles L 911-1, L 911-2 et L 911-3 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence, dès lors que se signataire ne justifie pas d'une délégation de signature régulière ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que la demande d'échange de son permis de conduire déposée le 10 mai 2019 doit être instruite au regard de la liste en vigueur le jour du dépôt, date à laquelle il existait un accord de réciprocité entre la Syrie et la France ;

- l'arrêté du 9 avril 2019 entré en vigueur le 19 avril 2019 ne saurait s'appliquer aux demandes d'échange présentées avant l'entrée en vigueur de ce texte en vertu du principe de non-rétroactivité prévu à l'article L. 221-4 du code des relations entre le public et l'administration, et alors que sa situation était juridiquement constituée dès le dépôt de sa demande ;

- la décision litigieuse est dépourvue de base légale dès lors que l'article 1 de l'arrêté du 9 avril 2019 modifiant l'arrêté du 12 janvier 2012 sur le fondement de laquelle a été prise la décision contestée contrevient à l'article 7 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés signée et ratifiée par la France ;

- la décision litigieuse, édictée sur le fondement de l'arrêté du 9 avril 2019, est illégale en ce qu'elle est un obstacle à son insertion professionnelle et à sa vie privée.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 juin 2021, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le moyen tiré de ce que la décision litigieuse est dépourvue de base légale dès lors que l'article 1 de l'arrêté du 9 avril 2019 modifiant l'arrêté du 12 janvier 2012 sur le fondement de laquelle a été prise la décision contestée contrevient à l'article 7 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés signée et ratifiée par la France est inopérant ;

- les autres moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 novembre 2020.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la Convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la route ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté ministériel du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen ;

- l'arrêté ministériel du 9 avril 2019 modifiant l'arrêté du 12 janvier 2012 modifié fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme D pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été présenté au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante de nationalité syrienne auquel la qualité de réfugiée a été reconnue, a sollicité auprès de l'autorité compétente la délivrance d'un permis de conduire français en échange du permis qui lui avait été délivré dans son pays d'origine. Par une décision du 9 juillet 2020, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de faire droit à cette demande. Mme A demande au tribunal d'annuler cette décision.

2. La décision attaquée a été signée par Mme B C, directrice du centre d'expertise et de ressources titres de la Loire-Atlantique, qui disposait d'une délégation de signature par arrêté préfectoral du 17 septembre 2019, régulièrement publié au recueil des actes de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été signée par une autorité incompétente n'est pas fondé.

3. Aux termes de l'article R. 222-3 du code de la route, dans sa rédaction applicable à la date des décisions attaquées : " Tout permis de conduire national, en cours de validité, délivré par un Etat ni membre de la Communauté européenne, ni partie à l'accord sur l'Espace économique européen, peut être reconnu en France jusqu'à l'expiration d'un délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale de son titulaire. Pendant ce délai, il peut être échangé contre le permis français, sans que son titulaire soit tenu de subir les examens prévus au premier alinéa de l'article D. 221-3. Les conditions de cette reconnaissance et de cet échange sont définies par arrêté du ministre chargé des transports, après avis du ministre de la justice, du ministre de l'intérieur et du ministre chargé des affaires étrangères. Au terme de ce délai, ce permis n'est plus reconnu et son titulaire perd tout droit de conduire un véhicule pour la conduite duquel le permis de conduire est exigé ". Pour l'application de ces dispositions, l'article 5 de l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen dispose que : " I. ' Pour être échangé contre un titre français, tout permis de conduire délivré par un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen doit répondre aux conditions suivantes : / A. ' Avoir été délivré au nom de l'Etat dans le ressort duquel le conducteur avait alors sa résidence normale, sous réserve qu'il existe un accord de réciprocité entre la France et cet Etat conformément à l'article R. 222-1 du code de la route. Seul le dernier titre délivré peut être présenté à l'échange () ".

4. Dans sa rédaction en vigueur jusqu'au 19 avril 2019, le I de l'article 11 du même arrêté du 12 janvier 2012 disposait que : " I. Les dispositions du A du I de l'article 5 ne sont pas applicables au titulaire d'un permis de conduire délivré par un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen possédant un titre visé au I de l'article 4 comportant la mention " réfugié " ". Ces dispositions ont toutefois été abrogées par l'article 1er de l'arrêté du 9 avril 2019 modifiant l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen, qui a été publié au Journal officiel de la République française le 18 avril 2019 et est entré en vigueur le lendemain de sa publication.

5. D'une part, sauf dispositions expresses contraires, il appartient à l'autorité administrative de statuer sur les demandes dont elle est saisie en faisant application des textes en vigueur à la date de sa décision. Il en va notamment ainsi, en l'absence de texte y dérogeant, des décisions que l'administration est amenée à prendre, implicitement ou expressément, sur les demandes d'échange de permis de conduire qui lui sont présentées en application des dispositions citées au point 3.

6. D'autre part, si l'article L. 221-4 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Sauf s'il en est disposé autrement par la loi, une nouvelle réglementation ne s'applique pas aux situations juridiques définitivement constituées avant son entrée en vigueur ou aux contrats formés avant cette date ", le dépôt d'une demande d'échange de permis de conduire ne saurait être regardé comme instituant, au profit du demandeur, une situation juridique définitivement constituée à la date de ce dépôt. Par suite, contrairement à ce que soutient Mme A, la circonstance que sa demande d'échange de permis de conduire aurait été déposée avant l'entrée en vigueur des modifications introduites par l'arrêté du 9 avril 2019 ne saurait faire obstacle à ce que ces modifications lui soient applicables.

7. Ainsi, lorsque l'administration statue, à compter du 19 avril 2019, c'est-à-dire après l'entrée en vigueur des dispositions ayant rendu applicable aux bénéficiaires du statut de réfugié, aux apatrides ou aux étrangers ayant obtenu la protection subsidiaire, la condition d'existence d'un accord de réciprocité pour tout échange d'un permis de conduire délivré par un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne ni à l'Espace économique européen, il lui appartient de vérifier le respect de cette condition, y compris pour les demandes qui ont été déposées avant le 19 avril 2019.

8. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme A, qui a obtenu la qualité de réfugiée en 2018, a sollicité le 10 mai 2019 l'échange d'un permis syrien contre un permis français. Le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté cette demande le 9 juillet 2020, soit postérieurement à l'entrée en vigueur de l'arrêté du 9 avril 2019, en fondant sa décision sur l'absence d'accord de réciprocité entre la France et la Syrie en matière d'échange de permis de conduire. En l'absence d'accord de réciprocité entre la France et la Syrie à cette date, le préfet de la Loire-Atlantique a pu légalement se fonder sur les dispositions de l'arrêté du 9 avril 2019, qui impose la condition de l'existence d'un accord de réciprocité entre la France et le pays dans lequel a été obtenu le permis de conduite y compris aux réfugiés, pour refuser l'échange du permis demandé.

9. En deuxième lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 6, la requérante ne se trouvait pas dans une situation juridique définitivement constituée le 10 mai 2019, date à laquelle elle a déposé sa demande d'échange de permis, date elle-même déjà postérieure à l'entrée en vigueur de l'arrêté du 9 avril 2019. Elle n'est donc pas fondée à soutenir que le refus qui lui a été opposé par le préfet de la Loire-Atlantique a méconnu l'article L. 221-4 du code des relations entre le public et l'administration.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article 7 de la Convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés : " 1. Sous réserve des dispositions favorables prévues par cette Convention, tout Etat Contractant accordera aux réfugiés le régime qu'il accorde aux étrangers en général. / 2. Après un délai de résidence de trois ans, tous les réfugiés bénéficieront, sur le territoire des Etats Contractants de la dispense de réciprocité législative. / 3. Tout Etat contractant continuera à accorder aux réfugiés les droits et avantages auxquels ils pouvaient déjà prétendre, en l'absence de réciprocité, à la date d'entrée en vigueur de cette convention pour ledit Etat. / () ".

11. Les dispositions de l'article 1er de l'arrêté du 9 avril 2019 modifiant l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen conditionnent l'échange du permis de conduire des bénéficiaires du statut de réfugié, des apatrides ou des étrangers ayant obtenu la protection subsidiaire à l'existence d'un accord de réciprocité entre la France et l'Etat dans le ressort duquel le conducteur avait alors sa résidence normale. Si Mme A soutient que cet arrêté est contraire à l'article 7 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés, ces stipulations n'offrent qu'une faculté pour les Etats contractants. Dès lors, les dispositions de l'arrêté du 9 avril 2019 ne sont pas incompatibles avec les stipulations de la convention de Genève. En tout état de cause, la requérante ne justifiant pas, à la date de la décision attaquée, d'une résidence sur le territoire français depuis trois ans, elle ne saurait utilement se prévaloir de la dispense de réciprocité législative prévue par les stipulations précitées de l'article 7 de la Convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés pour contester, par voie d'exception, la légalité de l'arrêté du 19 avril 2019. Par suite, la requérante n'étant pas fondée à exciper de l'inconventionnalité de l'arrêté, le moyen doit être écarté.

12. Enfin, si Mme A soutient qu'elle a besoin de son permis de conduire dans le cadre de sa vie familiale et pour s'insérer dans la vie professionnelle, cette circonstance est sans incidence sur la décision contestée dont la légalité ne peut être appréciée qu'au regard des dispositions législatives et réglementaires en vigueur.

13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 9 juillet 2020 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de procéder à l'échange de son permis de conduire syrien contre un permis de conduire français. Doivent être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée, pour information, au préfet de la Loire-Atlantique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.

La magistrate désignée,

signé

A. D

Le greffier,

signé

A. BrémondLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier,

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