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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2100053

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2100053

lundi 22 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2100053
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSCP BEDEL DE BUZAREINGUES BOILLOT ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 5 janvier 2021 et 29 novembre 2022, la SAS Hectare, représentée par Me Boillot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° PA 013 085 20 A0001 du 10 août 2020 par lequel le maire de Roquefort la Bédoule a refusé de lui délivrer le permis d'aménager qu'elle avait sollicité en vue de la réalisation d'un lotissement ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Roquefort la Bédoule de lui délivrer ce permis d'aménager dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Roquefort la Bédoule une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le maire s'est considéré en situation de compétence liée, pour refuser le permis d'aménager, par le porter à connaissance du préfet et le classement de leur parcelle en zone d'aléa subi fort à exceptionnel risque d'incendie de forêt ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation quant à l'application de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- elle méconnaît l'article 6-7 des dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal du territoire Aix -Marseille-Provence (PLUi) relatif aux conditions d'accès.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 juin 2022, la commune de Roquefort la Bédoule, représentée par Me Camous, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la requérante la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- elle est fondée à demander une substitution de motif, l'arrêté étant légalement fondé au titre de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 1er février 2023, a été prononcée, en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative, la clôture immédiate de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fayard, rapporteure,

- les conclusions de Mme Giocanti, rapporteure publique,

- et les observations de Me Boillot, représentant la SAS Hectare.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté n° PA 013 085 20 A0001 du 10 août 2020, le maire de Roquefort la Bédoule a refusé de délivrer à la SAS Hectare un permis d'aménager 10 lots ainsi qu'un macro-lot social de 10 logements sur la parcelle AE3 sise 10 rue Henri Barbusse.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 6-7 des dispositions générales du règlement du PLUi : " Les conditions d'accès, d'implantation et de sécurité auxquelles doivent répondre les constructions et qui sont visées dans les tableaux des pages précédentes sont les suivantes : voie et accès : la desserte du terrain doit être assurée par une voie présentant : une chaussée d'une largeur d'au moins : - 3 mètres pour un sens unique ; - 6 mètres pour un double sens, avec des rétrécissements ponctuels possibles dont la largeur ne peut pas être inférieure à 3 mètres ; et une pente inférieure à 15 % ; / les accès au terrain doivent mesurer au moins 4 mètres de large. / () ". Le préambule de cet article expose que les constructions nouvelles classées en risque incendie de forêt, zone à prescriptions simples, sont autorisées à condition qu'elles répondent aux conditions d'accès précitées.

3. D'autre part, le lexique du PLUi définit l'accès comme la " section de la limite du terrain par laquelle les véhicules motorisés entrent et sortent depuis une voie ou une emprise publique " et la voie comme une " infrastructure de déplacements, publiques ou privée, existante ou future, qui dessert une ou plusieurs unités foncières ".

4. Il ressort des pièces du dossier et notamment du règlement graphique du PLUi que la partie nord du projet, où seront implantées la quasi-totalité des constructions, est classée en risque incendie de forêt, zone à prescriptions simples. Il ressort également des plans produits que le terrain d'assiette est desservi par une impasse, desservant également plusieurs unités foncières, grevée d'une servitude de passage. Cette impasse est dès lors, la voie de desserte du projet, au sens et pour l'application des définitions posées par le règlement du PLUi précitées, et est ainsi soumise aux prescriptions de l'article 6-7 de ses dispositions générales. Or cette voie, à double sens, d'une longueur d'environ 50 mètres de long, n'est que d'une largeur de 4,75 et 4,94 mètres et ne dispose d'aucun accotement ou trottoir. Ses caractéristiques sont ainsi inférieures aux 6 mètres prescrits par les dispositions du règlement. Le maire de Roquefort-la-Bédoule pouvait dès lors légalement opposer un tel motif de refus au projet de la SAS Hectare.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 132-2 du code de l'urbanisme : " L'autorité administrative compétente de l'Etat porte à la connaissance des communes ou de leurs groupements compétents :1° Le cadre législatif et règlementaire à respecter ; / 2° Les projets des collectivités territoriales et de l'Etat en cours d'élaboration ou existants./ L'autorité administrative compétente de l'Etat leur transmet à titre d'information l'ensemble des études techniques dont elle dispose et qui sont nécessaires à l'exercice de leur compétence en matière d'urbanisme. / () ".

6. Pour refuser de faire droit à la demande de permis d'aménager de la SAS Hectare, le maire de Roquefort-la-Bédoule s'est fondé également sur la circonstance que le terrain d'assiette du projet se situe en secteur d'aléa subi fort à exceptionnel sur sa partie Nord et qu'il en résulte une interdiction de toutes occupations du sol nouvelles selon le porter à connaissance du préfet des Bouches-du-Rhône du 4 janvier 2017. Toutefois, les dispositions de ce porter à connaissance sont dépourvues de caractère réglementaires et ne peuvent être utilisées par les communes qu'à titre d'information. Dans ces conditions, le maire de Roquefort-la-Bédoule ne pouvait uniquement se fonder sur les seules prescriptions de ce document pour prendre la décision de refus du permis d'aménager en litige. Le premier motif retenu dans la décision attaquée doit, par suite, être censuré.

7. Toutefois, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

8. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ". Il appartient à l'autorité d'urbanisme compétente et au juge de l'excès de pouvoir, pour apprécier si les risques d'atteintes à la salubrité ou à la sécurité publique justifient un refus de permis de construire sur le fondement de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent.

9. Le porter à connaissance sus mentionné du 23 mai 2014 modifié le 19 avril 2016 et le 4 janvier 2017, s'il n'a aucune portée impérative, est l'un des éléments sur lesquels l'administration peut se fonder pour apprécier un risque. Le préfet des Bouches-du-Rhône a ainsi attiré l'attention des autorités de plusieurs communes, dont celle de Roquefort-la-Bédoule, sur le risque incendie auquel est soumis tout ou partie de leur territoire en fonction du niveau d'aléa des risques de feu de forêt. Il est ainsi précisé qu'en zone d'aléa subi fort et exceptionnel, les constructions nouvelles sont interdites. Il ressort de la cartographie issue de ce porter à connaissance que les parcelles en litige sont classées en zone d'aléa subi modéré pour la partie sud et exceptionnel pour la partie nord. Cette dernière est également classée en risque incendie - zone à prescriptions simples dans le règlement graphique du PLUi. A défaut d'élément contraire, ce risque doit être regardé comme établi. Or, il ressort des plans du dossier de permis d'aménager que le projet prévoit 20 logements sur une superficie de 7 100 m² dont la quasi-totalité des habitations s'implanteraient sur la partie nord du terrain d'assiette du projet. En outre, si les requérants se prévalent de l'avis favorable du SDIS, celui-ci indique que la voie d'accès sera de 6 mètres de largeur, ce qui, ainsi qu'il a été dit au point 4, ne concerne pas l'impasse, voie de desserte du projet. Dans ces conditions, le maire de Roquefort-la-Bédoule est fondé à solliciter une substitution de motif en tant que le projet méconnaît l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

10. Par ailleurs, en vertu de ce même article R. 111-2 du code de l'urbanisme, lorsqu'un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, le permis de construire ne peut être refusé que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande de permis, d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modifications substantielles nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.

11. Ainsi qu'il a été dit au point 9, le refus de délivrer le permis d'aménager repose sur la situation, les caractéristiques du terrain d'assiette du projet et l'importance de celui-ci. Ces motifs, intrinsèques au projet, ne peuvent faire l'objet de prescriptions spéciales permettant d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le maire de Roquefort-la-Bédoule aurait dû examiner la possibilité d'accorder le permis de construire en l'assortissant de prescriptions spéciales.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par la SAS Hectare doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la requérante sur ce fondement. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de la SAS Hectare une somme de 1 500 euros à verser à la commune de Roquefort-la-Bédoule sur le fondement des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS Hectare est rejetée.

Article 2 : La SAS Hectare versera la somme de 1 500 euros à la commune de Roquefort-la-Bédoule au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Hectare et à la Commune de Roquefort-la-Bédoule.

Délibéré après l'audience du 2 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Salvage, président,

Mme Le Mestric, première conseillère,

Mme Fayard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 avril 2024.

La rapporteure,

Signé

A. FAYARD

Le président,

Signé

F. SALVAGE Le greffier

Signé

F. BENMOUSSA

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier,

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