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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2100081

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2100081

lundi 30 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2100081
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantDRAGONE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête n° 2100081 et un mémoire, enregistrés le 7 janvier 2021 et le 4 octobre 2022, M. B A, représenté par Me Dragone, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de refus de la commission de recours des militaires de son recours administratif préalable obligatoire du 15 juillet 2020 par lequel il sollicitait l'annulation de la décision du 26 mai 2020 du directeur du personnel militaire de la marine prononçant le retrait de son admission au cours du brevet supérieur au titre de l'année 2020/2021 et fixant sa date de radiation des contrôles au 27 novembre 2020 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'arrêté portant refus de renouvellement de son contrat :

- l'arrêté litigieux méconnait l'article 19 du décret du 12 septembre 2008 ;

- il méconnait l'article 65 de la loi du 22 avril 1905 ;

- il constitue une sanction déguisée ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision rapportant son admission au brevet supérieur :

- elle est irrégulière au regard de son état de santé ;

- elle constitue une sanction déguisée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juillet 2021, la ministre des Armées conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- les conclusions dirigées contre la décision implicite de rejet doivent être regardées comme dirigées contre la décision du 12 janvier 2021 ;

- les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 11 juillet 2023, a été prononcée, en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative, la clôture immédiate de l'instruction.

II. Par une requête n° 2102076, enregistrée le 10 mars 2021, M. A, représenté par Me Dragone, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 14 janvier 2021 par laquelle le directeur adjoint du cabinet civil et militaire de la ministre des Armées a rejeté son recours administratif préalable obligatoire du 15 juillet 2020 sollicitant l'annulation de la décision du 26 mai 2020 du directeur du personnel militaire de la marine rapportant son admission au cours du brevet supérieur et le rayant des contrôles le 27 novembre 2020 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'arrêté portant refus de renouvellement de son contrat :

- la décision en litige méconnait l'article 19 du décret n° 2008-961 du 12 septembre 2008 ;

- elle méconnait l'article 65 de la loi du 22 avril 1905 ;

- elle constitue une sanction déguisée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision rapportant son admission au brevet supérieur :

- elle est irrégulière au regard de son état de santé ;

- elle constitue une sanction déguisée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juillet 2021, la ministre des Armées conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- les conclusions dirigées contre la décision implicite de rejet doivent être regardées comme dirigées contre la décision du 12 janvier 2021 ;

- les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 11 juillet 2023, a été prononcée, en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative, la clôture immédiate de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la défense ;

- la loi du 22 avril 1905, notamment son article 65 ;

- la loi n° 79-587 du 11 juillet 1979 ;

- le décret n° 2008-961 du 12 septembre 2008 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Le Mestric, première conseillère,

- les conclusions de Mme Giocanti, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par décision du 26 mai 2020, le directeur du personnel militaire de la marine du ministère des Armées a rapporté l'admission au cours du brevet supérieur de M. A, second maitre affecté au bataillon des marins pompiers de Marseille, et l'a rayé des contrôles le 27 novembre 2020. Le 10 juillet 2020, M. A a déposé un recours administratif préalable obligatoire, reçu le 15 juillet 2020, devant la commission de recours des militaires contre cette décision qui a donné lieu à une décision implicite de refus. Par une requête n° 210081, M. A demande au tribunal l'annulation de la décision implicite de refus de la commission de recours des militaires à son recours administratif préalable obligatoire du 15 juillet 2020 contre la décision du 26 mai 2020. Le 14 janvier 2021, le directeur adjoint du cabinet civil et militaire de la ministre des Armées a rejeté explicitement son recours administratif préalable obligatoire du 15 juillet 2020. Par une requête n° 2102076, M. A demande au tribunal l'annulation de la décision du 14 janvier 2021 par laquelle le directeur adjoint du cabinet civil et militaire de la ministre des Armées a explicitement rejeté son recours administratif préalable obligatoire du 15 juillet 2020.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2100081-2102076 présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'étendue du litige :

3. Aux termes de l'article R. 4125-1 du code de la défense : " Tout recours contentieux formé par un militaire à l'encontre d'actes relatifs à sa situation personnelle est précédé d'un recours administratif préalable, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. () ". Aux termes de l'article R. 4125-10 du même code : " Dans un délai de quatre mois à compter de sa saisine, la commission notifie à l'intéressé la décision du ministre compétent, ou le cas échéant, des ministres conjointement compétents. La décision prise sur son recours, qui est motivée en cas de rejet, se substitue à la décision initiale. () L'absence de décision notifiée à l'expiration du délai de quatre mois vaut décision de rejet du recours formé devant la commission. ".

4. L'institution par ces dispositions d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision du ministre prise à la suite du recours devant la commission des recours des militaires se substitue nécessairement à la décision initiale. Elle est seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité.

5. Il ressort des pièces du dossier que, le 15 juillet 2020, M. A a formé un recours préalable devant la commission de recours des militaires à l'encontre de la décision du 26 mai 2020 portant non-renouvellement de son contrat d'engagement et refus d'admission au cours du brevet supérieur qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet puis d'une décision explicite du 14 janvier 2021. Cette dernière décision, qui s'est nécessairement substituée à la décision initiale du 26 mai 2020 et à la décision implicite de rejet, est seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité. Par suite, les conclusions de M. A doivent être regardées comme tendant seulement à l'annulation de cette décision du 14 janvier 2021, la décision initiale du 26 mai 2020 étant sortie de l'ordonnancement juridique.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de non-renouvellement de contrat :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 4132-6 du code de la défense : " Le militaire servant en vertu d'un contrat est recruté pour une durée déterminée. Le contrat est renouvelable. Il est souscrit au titre d'une force armée ou d'une formation rattachée ". Aux termes de l'article 19 du décret du 12 septembre 2008 relatif aux militaires engagés : " Pour les contrats d'une durée égale ou supérieure à un an, le ministre de la défense, ou le ministre de l'intérieur pour les militaires engagés de la gendarmerie nationale, notifie par écrit son intention de renouveler ou non le contrat d'engagement d'un militaire au moins six mois avant le terme () ".

7. Si la méconnaissance du délai institué par les dispositions de l'article 19 du décret du 12 septembre 2008 est susceptible, le cas échant, d'engager la responsabilité de l'administration, elle n'entraîne pas pour autant l'illégalité de la décision de non-renouvellement du contrat.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905 portant fixation du budget des dépenses et des recettes de l'exercice 1905 : " Tous les fonctionnaires civils et militaires, tous les employés et ouvriers de toutes administrations publiques ont droit à la communication personnelle et confidentielle de toutes les notes, feuilles signalétiques et tous autres documents composant leur dossier, soit avant d'être l'objet d'une mesure disciplinaire ou d'un déplacement d'office, soit avant d'être retardé dans leur avancement à l'ancienneté ".

9. Un agent dont le contrat est arrivé à échéance n'a aucun droit au renouvellement de celui-ci. Il en résulte qu'alors même que la décision de ne pas renouveler ce contrat serait fondée sur l'appréciation portée par l'autorité compétente sur son aptitude professionnelle et se trouverait ainsi prise en considération de sa personne, elle n'est - sauf à revêtir le caractère d'une mesure disciplinaire - ni au nombre des mesures qui ne peuvent légalement intervenir sans que l'intéressé ait été mis à même de prendre connaissance de son dossier, ni au nombre de celles qui doivent être motivées en application des dispositions de la loi du 11 janvier 1979.

10. Une décision de non renouvellement de contrat constitue une sanction déguisée dès lors qu'il est établi que l'auteur de l'acte a eu l'intention de sanctionner l'agent et que la décision a porté atteinte à la situation professionnelle de ce dernier. En l'espèce, la décision contestée est fondée sur les notations 2019 et 2020 qui font état " d'une manière de servir qui s'est fortement dégradée à cause de son comportement agressif et de son manque de discernement () qui a porté atteinte au bon fonctionnement du service au point que sa hiérarchie a dû, pour que ses camarades et sa hiérarchie puissent à nouveau travailler en toute sérénité, l'affecter dans une autre unité ". Ainsi, l'autorité militaire a pris en compte la manière globale de servir de l'intéressé, en précisant que le comportement qui lui été reproché était " constant ". Si la décision en litige mentionne également la sanction disciplinaire de 3 jours d'arrêt, non contestée d'ailleurs par M. A, en rappelant qu'elle lui a été infligée pour avoir manqué de respect à son autorité hiérarchique, cette référence, qui n'indique pas les faits précis ayant fondés cette sanction, n'est qu'un élément supplémentaire au soutien de l'analyse de la manière de servir de l'agent qui fait obstacle au bon fonctionnement du service. En outre, la décision litigieuse ne révèle pas une intention de sanctionner M. A à la suite de son entretien du 12 juin 2020 avec le médecin chef de service dès lors que cette décision, prise initialement le 26 mai 2020, est antérieure à cet entretien, que M. A a fait l'objet d'un ordre de ventilation au sein de la même unité et que l'autorité militaire a prorogé la date de fin de contrat pour tenir compte des arrêts maladie de M. A. Dans ces conditions, la décision de non renouvellement en litige ne peut être regardée comme une sanction déguisée ni comme entachée d'un détournement de pouvoir. Par suite, son dossier n'avait pas à lui être communiqué en application de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905.

11. En troisième lieu, M. A se prévaut de ce que ses notations 2019 et 2020 mentionnent qu'il est un bon élément, impliqué dans ses fonctions et qui maitrise son poste. Toutefois, il ressort de son bulletin de notation de l'année 2019, qu'il a été noté " perfectible " dans 8 compétences sur 14, dont 4 dans la partie " professionnelle " et 2 dans la partie " savoir être " soulignant ainsi un défaut de maitrise de soi. Ce bulletin indique également qu'il n'a plus la confiance de ses supérieurs et devra apprendre à faire preuve de plus de discernement dans certaines de ses prises de position. Par ailleurs, le bulletin de note établi au titre de l'année 2020 montre que M. A est noté " perfectible " dans 8 compétences sur 14, notamment celles relatives au savoir être, à savoir la capacité à se remettre en cause, la capacité à convaincre, la résistance au stress et la capacité à surmonter les difficultés et la maitrise de soi. La qualité des services rendus est évalué à " passable ". L'appréciation de l'autorité notant au premier degré mentionne que son caractère sanguin pourrait lui porter préjudice et que ses écarts de conduite ont terni la confiance que lui porte sa hiérarchie dans son ensemble. Ainsi, il ressort des pièces du dossier que la manière de servir de M. A n'a pas globalement donné satisfaction au titre des années 2019 et 2020 et que les notations effectuées au titre de ces années sont de nature à corroborer les différentes mesures prise par l'autorité militaire depuis une nette dégradation de sa manière de servir en 2019 en prenant un ordre de ventilation afin de le changer de poste le 21 mars 2019 et en prononçant à son encontre une sanction disciplinaire le 10 janvier 2020 pour attitude insolente envers le corps médical. Si M. A fait valoir que l'administration ne démontre pas un dysfonctionnement du service du fait de son comportement, les faits récurrents qui lui sont reprochés, à savoir un manque de maitrise de soi et un comportement " sanguin ", sont de nature à causer des difficultés relationnelles et opérationnelles au sein d'un service opérationnel comme la brigade des marins-pompiers de Marseille. Par suite, la décision contestée n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du retrait de son inscription au cours du brevet supérieur :

12. Aux termes de l'article L. 4132-1 du code de la défense : " Nul ne peut être militaire : () 3° S'il ne présente les aptitudes exigées pour l'exercice de la fonction ; () ". Aux termes de l'article L. 4132-6 du même code : " Le militaire servant en vertu d'un contrat est recruté pour une durée déterminée. Le contrat est renouvelable. Il est souscrit au titre d'une force armée ou d'une formation rattachée. " Aux termes de 2.1 de l'instruction n°20/DEF/DPMM/2/RA du 5 décembre 2014 relative aux modalités d'accès au brevet supérieur de la même instruction : " Les conditions générales d'accès au brevet supérieur sont : - être apte sans restriction à la spécialité concernées (). " Aux termes de l'article 5.5 de la même instruction : " A la date de ralliement au cours, les élèves doivent impérativement : - être à jour de la visite médicale périodique. Le certificat médico-administratif d'aptitude devra préciser l'aptitude à la spécialité concernée sans restriction d'emploi ; - être à jour du contrôle de la condition physique générale (). L'admission au cours pourra, le cas échéant et après étude, être rapportée ". Aux termes du point 5.4 de la même instruction : " Dès leur notification, les commandants de formation doivent signaler par message à la DPMM, les sanctions disciplinaires et/ou professionnelles infligées au personnel admis et intervenant avant le ralliement au cours.(). Arès étude, la DPMM décide du maintien, du report ou de l'annulation de l'admission. ".

13. Il ressort des pièces du dossier que le certificat médico-administratif d'aptitude établi le 6 décembre 2019 fait état de l'aptitude de M. A à ses fonctions avec restriction d'emploi à la conduite. Le 12 décembre 2019 conformément aux dispositions précitées, la brigade des marins pompiers de Marseille a formulé une demande de report pour inaptitude médicale au cours du brevet supérieur, acceptée le 12 février 2020. M. A n'établit pas être apte à ses fonctions à la date du ralliement au cours dès lors qu'il ressort des pièces du dossier qu'il a été placé en congé maladie du 11 février 2020 jusqu'au 16 mars 2020. En outre, si M. A fait valoir qu'aucun élément nouveau ne justifie que la décision de report soit reconsidérée en une décision de retrait de son inscription au cours du brevet supérieur le 26 mai 2020, il ressort toutefois des pièces du dossier, comme il l'a été dit, que l'autorité militaire lui a infligé le 23 janvier 2020 une sanction disciplinaire pour comportement incompatible avec les valeurs militaires. La circonstance que M. A ait donné satisfaction sur son nouveau poste et que la décision de report ait été prise après la sanction disciplinaire est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Dans ses conditions, la décision en litige ne démontre pas une intention délibérée de l'autorité militaire de le sanctionner. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision en litige devrait être regardée comme une sanction déguisée doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées. Par voie de conséquences sont également rejetées les conclusions présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la ministre des Armées.

Délibéré après l'audience du 16 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Salvage, président,

Mme Le Mestric, première conseillère,

Mme Fayard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2023.

La rapporteure,

Signé

F. LE MESTRIC

Le président,

Signé

F. SALVAGE

La greffière

Signé

S. BOUCHUT

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,-2102076

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