mardi 18 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2100104 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème Chambre |
| Avocat requérant | SINGER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 janvier 2021, M. A B, représenté par Me Heulin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 novembre 2020 par lequel la maire de la commune du Lauzet-Ubaye a rejeté sa demande de reconnaissance de l'imputabilité au service de sa maladie ;
2°) d'enjoindre à la commune de Lauzet-Ubaye de prendre en charge ses arrêts de travail à compter du 9 août 2019 au titre de sa maladie professionnelle, à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Lauzet-Ubaye la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la motivation de l'arrêté en litige est insuffisante dans la mesure où il n'est pas justifié des raisons pour lesquelles la collectivité a décidé de ne pas suivre l'avis de la commission de réforme ;
- cet arrêté est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors que sa maladie résulte des agissements de harcèlement moral dont il est victime au travail.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juillet 2022, la commune de Lauzet-Ubaye, représentée par Me Singer, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés ;
- le comportement inapproprié du requérant dans l'exercice de ses missions doit conduire à détacher la survenance de sa maladie du service.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de M. Garron, rapporteur public,
- et les observations de Me Heulin, représentant M. B et de Me Singer, représentant la commune du Lauzet-Ubaye.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, adjoint technique territorial de 2ème classe, est employé par la commune du Lauzet-Ubaye depuis 1994. A la suite de difficultés relationnelles rencontrées avec la nouvelle majorité municipale, il a été placé en congé de longue maladie à compter du 28 juillet 2014, congé prolongé jusqu'au 28 juillet 2017, date de sa reprise de fonctions à temps partiel thérapeutique, et n'a repris son service à temps complet qu'en 2018. Placé en congé de maladie ordinaire à compter du 9 août 2019 en raison d'un syndrome mélancoliforme, M. B a demandé par courrier du 18 septembre 2019 la reconnaissance de l'imputabilité au service de cette maladie. La maire du Lauzet-Ubaye a décidé, par l'arrêté du 10 novembre 2020 dont le requérant demande l'annulation, de ne pas reconnaitre l'imputabilité au service de la maladie de celui-ci.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
3. L'arrêté attaqué vise notamment l'avis favorable de la commission de réforme du 24 septembre 2020, ainsi que la proposition de l'administration de ne pas reconnaitre l'imputabilité au service de la maladie dont souffre le requérant. Il précise, en outre, que les éléments sur lesquels la commission de réforme s'est appuyée pour rendre un avis favorable ne permettent pas d'établir le lien direct entre la pathologie de M. B et ses conditions de travail et que les certificats médicaux ayant déterminé l'avis de la commission ne comportent aucune précision de nature à justifier le caractère professionnel de la maladie du requérant. L'administration, qui n'était pas tenue de justifier davantage des raisons pour lesquelles elle a estimé que la maladie dont souffre l'intéressé n'était pas en lien avec le service, a ainsi suffisamment motivé son arrêté.
4. Aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983, dans sa rédaction applicable au litige : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. () / IV. -Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau./ () Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'État ".
5. Pour l'application des dispositions précitées, une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.
6. Ainsi que cela a été exposé au point 3, la décision litigieuse a été prise au motif de l'absence de lien de la maladie de M. B avec le service au vu des éléments médicaux du dossier.
7. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'à l'occasion de sa demande de reconnaissance d'imputabilité, M. B a été examiné par un psychiatre des hôpitaux, qui a estimé, au demeurant sans plus de précision, dans son certificat du 12 septembre 2019, que la pathologie de l'intéressé " relève d'une maladie à caractère professionnel ". Dans les conclusions administratives de son rapport d'expertise du 10 octobre 2019, le médecin psychiatre agréé a également considéré, sans davantage motiver son avis ni apporter la moindre précision sur les circonstances à l'origine de la maladie de l'intéressé, que la demande de requalification du congé de maladie ordinaire en maladie à caractère professionnel était " justifiée ". Le requérant a produit deux autres certificats de 2017 émanant d'un médecin psychiatre indiquant que son état dépressif sévère serait apparu " dans un contexte professionnel décrit comme extrêmement douloureux ". Enfin, la commission de réforme a émis lors de sa séance du 23 janvier 2020 un avis favorable à la reconnaissance de l'imputabilité au service de la maladie dont souffre M. B.
8. L'administration peut faire valoir, devant le juge de l'excès de pouvoir compétent pour examiner le recours à l'encontre des mesures refusant de reconnaitre l'imputabilité au service d'une maladie, que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif de droit ou de fait autre que celui initialement indiqué. Il appartient alors au juge de s'assurer, dans le respect du principe du contradictoire, que le motif de droit ou de fait invoqué puisse fonder la décision dont l'annulation est recherchée et que sa substitution au motif erroné ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
9. En faisant valoir, dans son mémoire en défense, que le comportement inapproprié du requérant dans l'exercice de ses missions doit conduire à détacher la survenance de sa maladie du service, la commune du Lauzet-Ubaye doit être regardée comme demandant une substitution de motif.
10. Si M. B soutient que les troubles dépressifs dont il est atteint trouvent leur origine dans les conditions d'exécution de son travail, caractérisées, selon lui, par des faits de harcèlement moral et de souffrance, en faisant valoir que ses conditions de travail se sont sensiblement dégradées depuis 2014, date de l'élection du nouveau conseil municipal, et qu'il a fait l'objet de rappels à l'ordre et de reproches vexatoires qui relèveraient d'un harcèlement moral, il ne ressort pas des pièces du dossier que les courriers adressés à l'intéressé aient revêtu un caractère abusif, alors que la maire de la commune se borne notamment à lui rappeler ses horaires de travail, l'interdiction de fumer dans les locaux ou encore l'obligation de déverser les déchets dans les conteneurs prévus à cet effet. Si le requérant se plaint, en outre, d'avoir fait l'objet d'une mise à l'écart, du retrait injustifié du matériel nécessaire pour réaliser ses tâches et du refus d'attribution de formations, il n'apporte pas d'éléments probants qui permettraient de corroborer ses allégations. Il ressort, au contraire, des pièces du dossier que son propre comportement est à l'origine des relations conflictuelles qu'il entretenait avec sa hiérarchie. Ainsi, l'administration soutient, sans être utilement contredite, que le requérant, dont le père était jusqu'alors premier adjoint au maire, a adopté, par crainte de perdre des avantages indus lors du changement de majorité municipale en mars 2014, un comportement agressif et menaçant à l'encontre de l'autorité hiérarchique. Il ressort également des pièces du dossier que la maire du Lauzet-Ubaye a déposé une plainte en septembre 2017 à l'encontre de l'intéressé pour des actes d'intimidation commis depuis 2015. Par ailleurs, selon les déclarations effectuées par trois adjoints à la maire, lors de leur audition par la police en 2018, le requérant a régulièrement tenté d'intimider la maire depuis son élection en 2014. De même, il ressort des pièces du dossier qu'en 2015, trois conseillers municipaux ont décidé de démissionner en raison du comportement irrespectueux, voire agressif, du requérant à leur endroit. Enfin, par un arrêté du 2 février 2018, devenu définitif à la suite du jugement du tribunal administratif de Marseille n° 1803678 du 10 juin 2021, la maire de la commune du Lauzet-Ubaye a infligé à M. B une sanction d'exclusion temporaire de fonctions d'une durée d'un jour motivée par son comportement irrespectueux, agressif et insultant à l'égard de ses collègues et d'elle-même. Dans ces conditions, outre que M. B ne soumet pas, dans le cadre de la présente instance, des éléments susceptibles de faire présumer l'existence d'agissements constitutifs de harcèlement moral à son encontre, il ressort des pièces du dossier que la posture qu'il a adoptée constitue un comportement fautif qui doit être regardé comme étant la cause déterminante de la dégradation de ses conditions d'exercice professionnel caractérisée par une relation de travail conflictuelle avec sa hiérarchie, et constituant un fait personnel de nature à détacher la survenance de la maladie du service.
11. Il ressort encore des pièces du dossier que la commune du Lauzet-Ubaye aurait pris la même décision si elle avait entendu opposer le comportement personnel du requérant pour détacher la survenance de sa maladie du service. Dès lors que le requérant n'est privé d'aucune garantie procédurale, il y a lieu de substituer le motif de l'absence de lien entre la maladie de M. B et le service par le motif ainsi invoqué, qui existait au jour de la décision litigieuse.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 10 novembre 2020 portant refus de reconnaissance de l'imputabilité au service de sa maladie.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B, n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions présentées par le requérant à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée à ce titre par M. B soit mise à la charge de la commune du Lauzet-Ubaye, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme que réclame la commune sur ce même fondement.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune du Lauzet-Ubaye sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune du Lauzet-Ubaye.
Délibéré après l'audience du 28 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Jorda-Lecroq, présidente,
M. Ouillon, premier conseiller,
Mme Gaspard-Truc, première conseillère,
Assistés de Mme Faure, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2023.
La rapporteure,
Signé
F. C
La présidente,
Signé
K. Jorda-Lecroq
La greffière,
Signé
N. Faure
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-de-Haute-Provence en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026