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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2100121

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2100121

lundi 7 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2100121
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation10eme Chambre
Avocat requérantCAVIGLIOLI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 janvier 2021, la SCI la Provençale et M. A B, représentés par Me Caviglioli, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté DP 013055 20 00268P0 du 12 mars 2020 par lequel le maire de la commune de Marseille s'est opposé à une déclaration préalable déposée en vue de la surélévation d'un garage avec création d'un nouveau logement sur un terrain situé 706 chemin du littoral cadastré 902 section I n° 192 ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Marseille la somme de 3 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'arrête en litige doit être requalifié en une décision de retrait implicite de la décision de non-opposition née tacitement au plus tard le 6 juin 2020 ;

- l'arrêté en litige est entaché d'un vice de procédure tiré de l'absence de procédure contradictoire préalable, en violation des articles L. 424-3 du code de l'urbanisme et L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le projet ne méconnait ni l'article UB7 ni l'article UB8 du règlement de zone du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi).

En application des dispositions de l'article R. 612-3 du code de justice administrative, la commune de Marseille a été, par un courrier en date du 15 septembre 2022, mise en demeure de produire un mémoire en défense dans un délai de 30 jours.

Suite à cette mise en demeure, la commune n'a pas produit de mémoire en défense.

La clôture de l'instruction a été prononcée le 17 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Houvet,

- les conclusions de Mme Noire, rapporteure publique ;

- les observations de Me Caviglioli pour le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 12 mars 2020, le maire de Marseille s'est opposé à la déclaration préalable déposée le 30 janvier 2020 par la SCI la provençale, représentée par M. A B son gérant, pour la surélévation d'un garage avec création d'un nouveau logement. La SCI la provençale et M. A B ont formé un recours gracieux contre cette décision qui a été implicitement rejeté. Ils demandent l'annulation de ces deux décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 423-23 du code de l'urbanisme: " Le délai d'instruction de droit commun est de : a) Un mois pour les déclarations préalables ; () ". Selon l'article R. 424-1 de ce code : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III ci-dessus, le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : a) Décision de non-opposition à la déclaration préalable ; () ". L'article R. 423-19 du même code précise que " Le délai d'instruction court à compter de la réception en mairie d'un dossier complet. " et l'article R. 423-22 que : " Pour l'application de la présente section, le dossier est réputé complet si l'autorité compétente n'a pas, dans le délai d'un mois à compter du dépôt du dossier en mairie, notifié au demandeur ou au déclarant la liste des pièces manquantes dans les conditions prévues par les articles R. 423-38 et R. 423-41. ". Aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire (), tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire. () ". L'autorité compétente ne peut rapporter un permis de construire que s'il est illégal et si la décision de retrait est notifiée au bénéficiaire du permis avant l'expiration du délai de trois mois suivant la date à laquelle cette autorisation a été accordée.

3. D'autre part, aux termes de l'article 12 ter de l'ordonnance du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période, dans sa rédaction résultant en dernier lieu de l'ordonnance du 7 mai 2020 fixant des délais particuliers applicables en matière d'urbanisme, d'aménagement et de construction pendant la période d'urgence sanitaire : " Sans préjudice de la faculté de prévoir, pour les mêmes motifs que ceux énoncés à l'article 9, une reprise des délais par décret, les délais d'instruction des demandes d'autorisation et de certificats d'urbanisme et des déclarations préalables prévus par le livre IV du code de l'urbanisme, y compris les délais impartis à l'administration pour vérifier le caractère complet d'un dossier ou pour solliciter des pièces complémentaires dans le cadre de l'instruction, ainsi que les procédures de récolement prévues à l'article L. 462-2 du même code, qui n'ont pas expiré avant le 12 mars 2020 sont, à cette date, suspendus. Ils reprennent leur cours à compter du 24 mai 2020. / Le point de départ des délais de même nature qui auraient dû commencer à courir pendant la période comprise entre le 12 mars 2020 et le 23 mai 2020 est reporté à l'achèvement de celle-ci. / () ".

4. En application des dispositions précitées, le délai d'instruction de la demande des requérants réceptionnée en mairie le 24 février 2020 s'agissant des dernières pièces demandées, a commencé à courir à cette date, puis a été suspendu jusqu'au 24 mai 2020, pour reprendre son cours à cette date. Dans ces conditions, à la date de notification de la décision attaquée, à savoir le 4 août 2020, la SCI la Provençale bénéficiait d'une décision tacite de non-opposition. Dès lors, la décision contestée du 12 mars 2020 notifiée le 4 août 2020, présentée formellement comme une décision d'opposition, doit être regardée comme portant retrait de la décision tacite de non-opposition dont la SCI était titulaire.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire. () ". Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. " et aux termes de l'article L. 122-1 de ce code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix () ". Selon l'article L. 211-2 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : " () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; () ".

6. Il n'est pas contesté que la SCI pétitionnaire n'a pas été informée de la mesure de retrait envisagée préalablement à la notification de la décision retirant la décision tacite de non-opposition à sa déclaration préalable, ni qu'elle n'a pas été mise en mesure de présenter ses observations préalablement. Dans ces conditions, et alors que la commune de Marseille n'a pas présenté de mémoire en défense malgré une mise en demeure en ce sens, les requérant sont fondés à soutenir que la décision de retrait en litige a été prise au terme d'une procédure irrégulière. Il ressort de l'ensemble des circonstances de l'espèce que la SCI la Provençale a été effectivement privée d'une garantie.

7. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est de nature à entrainer l'annulation de l'arrêté en litige.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants sont fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 12 mars 2020 et de la décision rejetant leur recours gracieux. Cette annulation a automatiquement pour effet le rétablissement de la décision tacite de non-opposition dont le requérant était titulaire sans qu'aucun acte de l'administration soit nécessaire.

Sur les frais :

9. Il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Marseille, partie perdante, une somme de 1 500 euros à verser à SCI la Provençale et à M. B en application des dispositions précitées.

DECIDE :

Article 1er : L'arrêté du 12 mars 2020 par lequel le maire de la commune de Marseille s'est opposé à une déclaration préalable déposée en vue de la surélévation d'un garage avec création d'un nouveau logement sur un terrain situé 706 chemin du littoral cadastré 902 section I n° 192 et la décision implicite de rejet de son recours gracieux sont annulés.

Article 2 : La commune de Marseille versera à la SCI la Provençale et à M. B la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCI la Provençale, à M. B et à la commune de Marseille.

Délibéré après l'audience du 16 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Pecchioli, président,

- M. Juste, premier conseiller,

- Mme Houvet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.

La rapporteure,

signé

A. HOUVETLe président,

signé

J-L PECCHIOLI

La greffière,

signé

F. FOURRIER

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier.

N°2100121

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