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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2100257

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2100257

vendredi 27 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2100257
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSCP BRUN CHABANEL EXPERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 janvier 2021, M. A B, représenté par la SCP BCEP Avocats associés, agissant par Me Expert, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 novembre 2020 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice a prolongé le maintien de son placement à l'isolement à compter du 13 novembre 2020 jusqu'au 9 février 2021 ;

2°) d'enjoindre au ministre de la justice d'ordonner la levée de la mesure de mise à l'isolement sans délai à compter de la signification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée ne comporte pas les nom, prénom et qualité de son auteur ;

- l'administration ne démontre pas que le signataire de la décision attaquée dispose d'une délégation de signature régulière ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le juge d'application des peines n'a pas rendu d'avis préalable ;

- et que la procédure de transmission prévue par la circulaire du 14 avril 2011 n'a pas été respectée ;

- les droits de la défense ont été méconnus dès lors que, d'une part la décision de prolongation de l'isolement a été prise alors que la mesure de placement à l'isolement avait été levée avant son transfert au quartier d'évaluation de la radicalisation où il était en détention ordinaire et que, d'autre part, il n'a pas été mis à même de demander son dossier pour préparer sa défense ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'inexactitude matérielle des faits ;

- elle méconnaît l'article R. 56-7-65 du code de procédure pénale qui dispose que le placement provisoire à l'isolement ne peut excéder cinq jours ;

- elle est entachée d'un détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 décembre 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de procédure pénale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 2009-1436 du 24 novembre 2009 pénitentiaire ;

- l'arrêté du 29 mai 2019 fixant l'organisation de la direction de l'administration pénitentiaire ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de M. Boidé, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, né le 23 février 1991, est écroué depuis le 18 mars 2011. La mesure initiale de placement à l'isolement prise à son encontre le 19 mars 2019 a été levée lors du séjour de M. B au quartier d'évaluation de la radicalisation du centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil du 30 juillet au 5 novembre 2020, jour du transfert de l'intéressé à la maison centrale d'Arles où il a été immédiatement replacé à l'isolement. Le 13 novembre 2020, une décision de prolongation au-delà d'un an a été prise, dont M. B demande au Tribunal l'annulation pour excès de pouvoir.

2. Aux termes de l'article 726-1 du code de procédure pénale, alors applicable : " Toute personne détenue, sauf si elle est mineure, peut être placée par l'autorité administrative, pour une durée maximale de trois mois, à l'isolement par mesure de protection ou de sécurité soit à sa demande, soit d'office. Cette mesure ne peut être renouvelée pour la même durée qu'après un débat contradictoire, au cours duquel la personne concernée, qui peut être assistée de son avocat, présente ses observations orales ou écrites. L'isolement ne peut être prolongé au-delà d'un an qu'après avis de l'autorité judiciaire ".

3. Aux termes de l'article R. 57-7-78 du code de procédure pénale alors applicable : " Toute décision de placement ou de prolongation d'isolement est communiquée sans délai par le chef d'établissement au juge de l'application des peines s'il s'agit d'une personne condamnée ou au magistrat saisi du dossier de la procédure s'il s'agit d'une personne prévenue. / Lorsque l'isolement est prolongé au-delà d'un an, le chef d'établissement, préalablement à la décision, sollicite l'avis du juge de l'application des peines s'il s'agit d'une personne condamnée ou du magistrat saisi du dossier de la procédure s'il s'agit d'une personne prévenue. / La personne détenue peut faire parvenir au juge de l'application des peines ou au magistrat saisi du dossier de la procédure toutes observations concernant la décision prise à son égard. /Au moins une fois par trimestre, le chef d'établissement rend compte à la commission de l'application des peines du nombre et de l'identité des personnes détenues placées à l'isolement et de la durée de celui-ci pour chacune d'elles ".

4. Il est constant que la décision du 13 novembre 2020 qui prolonge la mesure d'isolement du requérant au-delà d'un an a été prise sans avoir recueilli l'avis préalable du juge d'application des peines, lequel a été émis le 23 novembre 2020. Ainsi, le requérant est fondé à soutenir que la décision en litige a été prise au terme d'une procédure irrégulière, laquelle l'a privé d'une garantie.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 13 novembre 2020 doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. Il résulte de l'instruction que la décision du 13 novembre 2020 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice a prolongé le maintien du placement de M. B à l'isolement jusqu'au 9 février 2021 a épuisé ses effets à la date du présent jugement. Par suite les conclusions aux fins d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais du litige :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. B présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du garde des sceaux, ministre de la justice du 13 novembre 2020 portant prolongation de l'isolement de M. B au-delà d'un an est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 6 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Markarian, présidente,

M. Secchi, premier conseiller,

Mme Charpy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 janvier 2023.

La rapporteure,

Signé

C. C La présidente,

Signé

G. Markarian

La greffière,

Signé

D. Dan

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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