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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2100299

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2100299

mardi 8 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2100299
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantMULLER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 janvier 2021, Mme A B, représentée par Me Muller, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 novembre 2020 par laquelle le maire de la ville de Marseille a mis fin à compter du 1er décembre 2020 à son stage en qualité d'agent spécialisé principal de 2ème classe des écoles maternelles et l'a radiée des cadres de la fonction publique territoriale pour insuffisance professionnelle ;

2°) d'annuler le titre de recettes émis le 15 décembre 2020 d'un montant de 178,72 euros ;

3°) d'enjoindre à la ville de Marseille de procéder à sa réintégration et de la titulariser ;

4°) de condamner la ville de Marseille à lui verser la somme de 10 000 euros au titre du préjudice moral qu'elle estime avoir subi du fait de l'illégalité fautive de son licenciement, cette somme devant porter intérêts au taux légal à compter de la date d'enregistrement de la requête introductive d'instance ;

5°) de mettre à la charge de la ville de Marseille une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé en fait ;

- la ville était tenue de la titulariser à l'issue de son stage qui prenait fin le 12 mars 2020 et en l'absence de toute possibilité de prorogation du stage pour une nouvelle période ;

- le motif invoqué pour mettre fin à son stage, tiré de son insuffisance professionnelle, est trop vague pour justifier un tel licenciement ; elle a donné satisfaction dans son travail et à supposer qu'elle ait rencontré des difficultés, il appartenait à l'administration de lui permettre en sa qualité de stagiaire de s'améliorer en lui faisant suivre des formations ou en l'affectant sur un autre poste ; son insuffisance professionnelle ne peut être fondée sur ses problèmes de santé, lesquels ont au demeurant été reconnus imputables au service ;

- le titre de recette d'un montant de 178,12 euros, qui tire les conséquences de l'arrêté de licenciement attaqué, est infondé ;

- son préjudice moral résultant de l'illégalité fautive de son licenciement doit être réparé à hauteur de à 10 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 avril 2022, la ville de Marseille conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- les conclusions indemnitaires sont irrecevables en l'absence de demande préalable ;

- les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 février 2021.

Par une lettre du 11 octobre 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation du titre de recettes d'un montant de 178,72 euros émis le 15 décembre 2020, dès lors que ces conclusions, d'une part, concernent un litige distinct de celui à trancher dans la présente instance et, d'autre part, ne sont pas assorties de moyen développé à leur soutien en méconnaissance des dispositions de l'article R. 411-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 92-850 du 28 août 1992 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de M. Garron, rapporteur public,

- et les observation de Me Muller, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a été recrutée à compter du 12 mars 2018 en qualité d'agent spécialisé principal des écoles maternelles de 2ème classe stagiaire pour exercer les fonctions d'aide technique de la petite enfance. Son stage a été prorogé successivement, par des arrêtés des 25 avril 2019 et 5 décembre 2019, pour deux périodes de six mois. Par un courrier du 28 mai 2020, Mme B a été informée de ce que la ville de Marseille envisageait de la licencier pour insuffisance professionnelle et manière de servir insatisfaisante. Le maire de Marseille a décidé, par un arrêté du 9 novembre 2020, de mettre fin à compter du 1er décembre 2020 au stage de Mme B et l'a radiée des cadres de la fonction publique territoriale, à compter de cette même date, pour insuffisance professionnelle. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 9 novembre 2020 et de condamner la ville à lui verser une somme de 10 000 euros en réparation du préjudice moral qu'elle estime avoir subi du fait de son licenciement fautif. Elle demande également l'annulation du titre de recettes émis le 15 décembre 2020, mettant à sa charge une somme de 178,72 euros au titre d'un trop-perçu de rémunération le 15 octobre 2020 et entre le 16 et le 23 novembre 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre le titre de recettes émis le 15 décembre 2020 :

2. Le titre de recettes du 15 décembre 2020 a été émis pour recouvrer un trop-perçu de rémunération le 15 octobre 2020 pour jour de carence et entre le 16 et 23 novembre 2020 en raison d'un congé de maladie. Les conclusions à fin d'annulation de ce titre soulèvent un litige distinct de celui introduit par Mme B tendant à l'annulation de l'arrêté du 9 novembre 2020 mettant fin à son stage et la radiant de cadres. Ces conclusions sont irrecevables et doivent, dès lors, être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 9 novembre 2020 et d'injonction :

3. Aux termes de l'article 1er du décret du 28 août 1992 portant statut particulier du cadre d'emplois des agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles : " Les agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles constituent un cadre d'emplois social de catégorie C () /Ce cadre d'emplois comprend les grades d'agent spécialisé principal de 2e classe des écoles maternelles ().". Selon l'article 3 de ce même décret : " Le recrutement en qualité d'agent territorial spécialisé principal de 2e classe des écoles maternelles intervient après inscription sur la liste d'aptitude établie en application des dispositions de l'article 36 de la loi du 26 janvier 1984 précitée. /Sont inscrits sur cette liste d'aptitude les candidats déclarés admis : /1° A un concours externe sur titres avec épreuves ouvert, pour 60 % au moins des postes à pourvoir, aux candidats titulaires du certificat d'aptitude professionnelle petite enfance ou justifiant d'une qualification reconnue comme équivalente dans les conditions fixées par le décret du 13 février 2007 susvisé ; (). Aux termes de son article 4 : " Les candidats inscrits sur une liste d'aptitude au grade d'agent spécialisé principal de 2e classe des écoles maternelles et recrutés sur un emploi d'une collectivité ou d'un établissement public sont nommés stagiaires pour une durée d'un an par l'autorité territoriale investie du pouvoir de nomination ". Selon l'article 6 de ce décret : " La titularisation des stagiaires intervient à la fin du stage par décision de l'autorité territoriale au vu notamment d'une attestation de suivi de la formation d'intégration établie par le Centre national de la fonction publique territoriale. Lorsque la titularisation n'est pas prononcée, le stagiaire est soit licencié, s'il n'avait pas préalablement la qualité de fonctionnaire, soit réintégré dans son grade d'origine./Toutefois, l'autorité territoriale peut, à titre exceptionnel, décider que la période de stage est prolongée d'une durée maximale d'un an ".

4. Si la nomination dans un cadre d'emplois en tant que fonctionnaire stagiaire confère à son bénéficiaire le droit d'effectuer un stage dans la limite de la durée maximale prévue par les règlements qui lui sont applicables, elle ne lui confère aucun droit à être titularisé. En l'absence d'une décision expresse de titularisation, de réintégration ou de licenciement au cours ou à l'issue de cette période, l'agent conserve la qualité de stagiaire. L'administration peut alors mettre fin à tout moment à son stage pour des motifs tirés de l'inaptitude de l'intéressé à son emploi par une décision qui doit être regardée comme un refus de titularisation.

5. . Il ressort des pièces du dossier qu'à l'expiration de la durée de son stage d'un an et après deux prolongations d'une durée de six mois, Mme B a continué d'exercer ses fonctions. Il résulte de ce qui a été exposé aux points 3 et 4 qu'en l'absence de titularisation à l'issue de la durée maximale de son stage, elle a conservé sa qualité de stagiaire. Ainsi, l'administration pouvait mettre fin, à tout moment, à ses fonctions pour des motifs tirés de son inaptitude à l'emploi exercé, ce qu'elle a fait, au motif de son insuffisance professionnelle, et le licenciement de l'intéressée a constitué la conséquence nécessaire du refus de titularisation intervenu à l'expiration de son stage. Il s'ensuit que l'arrêté du 9 novembre 2020 mettant fin au 1er décembre 2020 au stage de Mme B pour insuffisance professionnelle revêt le caractère d'un licenciement en fin de stage consécutif à un refus de titularisation. Mme B n'est donc pas fondée à soutenir que la ville était tenue, à l'issue de la durée maximale de son stage, de la titulariser.

6. La nomination dans le cadre d'emplois des agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles en tant que fonctionnaire stagiaire ne conférait à Mme B aucun droit à être titularisée. Dès lors, la décision refusant, au terme de son stage, de la titulariser n'a pour effet, ni de lui refuser un avantage qui constituerait, pour elle, un droit, ni, dès lors que le stage a été accompli dans la totalité de la durée prévue par la décision de nomination comme stagiaire, de retirer ou d'abroger une décision créatrice de droits. Par suite, la décision mettant fin au stage de Mme B n'est pas au nombre de celles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.

7. Si Mme B fait valoir qu'elle a été placée en congé de maladie durant son stage, soit durant une période d'environ un mois du 21 octobre au 23 novembre 2019, il ressort des pièces du dossier que cette situation a été prise en compte par la ville qui a procédé à la prolongation de stage de Mme B, lui permettant ainsi d'acquérir une expérience professionnelle et de faire preuve de ses capacités pour les fonctions auxquelles elle était destinée. Il ne ressort d'ailleurs pas des pièces du dossier que la décision litigieuse aurait été prise en considération de la santé de Mme B.

8. S'il est loisible à l'administration d'alerter son agent sur ses éventuelles insuffisances professionnelles et le risque d'un refus de titularisation en fin de stage, aucune obligation de lui proposer des formations ou de le changer d'affectation n'est à sa charge. Par suite, le moyen tiré de ce que Mme B n'aurait pas été mise à même d'effectuer dans de bonnes conditions son stage en l'absence de formation ou de nouvelle affectation doit être écarté.

9. La décision en litige est fondée sur l'insuffisance professionnelle de l'intéressée durant ses différentes affectations dans quatre écoles maternelles, soit l'école Parmentier du 12 mars au 23 novembre 2019, l'école Pharo-Catalans du 23 novembre 2019 au 5 janvier 2020, l'école Jean Fiolle Breteuil du 6 au 30 janvier 2020 et l'école Saint-Savournin du 30 janvier 2020 jusqu'à sa radiation des cadres. Il ressort des pièces du dossier, notamment du rapport du 14 février 2020 du responsable du service éducation de la direction éducation jeunesse de la ville de Marseille, qui n'est pas utilement contredit, qu'il est reproché à Mme B son manque d'implication, la mauvaise qualité des relations professionnelles qu'elle entretient, son manque de soin et d'attention à l'égard des jeunes enfants ainsi que le non-respect des consignes. Lors de chacune de ses affectations, le directeur de l'école, le chef d'équipe, les enseignants ou les agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles (ATSEM) ont signalé les nombreux dysfonctionnements engendrés par l'attitude de Mme B et l'impact négatif de son comportement sur les équipes de travail. Il ressort également des pièces du dossier qu'il lui est plus particulièrement reproché, lors de sa première affectation à l'école maternelle Parmentier, de ne pas avoir respecté les consignes de son chef d'équipe en refusant notamment de nettoyer et ranger la classe après un atelier, de manquer de dynamisme durant le temps de repas des enfants ou encore de ne pas respecter les consignes vestimentaires. La directrice de l'école maternelles Pharo-Catalan a signalé peu après son arrivée, le manque d'implication de Mme B relevant que celle-ci passait son temps sur son téléphone portable, ne prenait aucune initiative dans l'habillage des élèves durant les récréations ou n'assistait pas l'enseignante dans les tâches qui lui incombent, cette dernière ayant finalement préféré ne plus faire appel à cet agent. Le chef d'équipe de l'établissement a signalé à son tour le manque d'implication de l'agent durant le temps de repas des enfants et l'absence d'accompagnement et d'assistance des enfants durant les pauses méridiennes. Deux enseignantes de l'école ont témoigné de son inaptitude et de sa mauvaise volonté, et deux ATSEM ont relevé son refus d'honorer les tâches qui lui incombaient en ne nettoyant pas un enfant qui avait été malade. Ce même comportement a été signalé au sein de l'école maternelle Jean Fiolle Breteuil par l'intermédiaire d'un ATSEM qui a relevé, quelques jours à peine après son arrivée, le refus de Mme B de nettoyer l'eau stagnante dans le passage menant au restaurant scolaire ou encore l'oubli, au gymnase, de plusieurs enfants sous sa responsabilité. Le chef d'équipe a informé à son tour des retards dans la prise de poste, l'absence de surveillance des enfants durant le repas et le refus de procéder au nettoyage des toilettes. Le jour même de sa prise de poste à l'école maternelle Saint Savournin, son chef d'équipe a porté à la connaissance de la collectivité l'absence de ménage fait avant l'arrivée des enfants, le non-respect des horaires ou consignes de travail et les mauvaises relations entretenues avec ses collègues de travail, Mme B étant qualifiée d'hautaine, arrogante et provocatrice. Il en résulte que l'insuffisance professionnelle de Mme B est notamment caractérisée par son manque de rigueur et de conscience professionnelle dans ses fonctions, ses difficultés à respecter les consignes ou encore à travailler en équipe. Il suit de là qu'en estimant que la requérante ne présentait pas les aptitudes professionnelles nécessaires à sa titularisation, le maire de la ville de Marseille n'a pas entaché l'arrêté contesté d'une erreur manifeste d'appréciation.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

11. Les conclusions de la requérante tendant à être indemnisée des préjudices qui auraient résulté pour elle de l'illégalité de la décision du 9 novembre 2020 doivent être rejetées par voie de conséquence du rejet des conclusions à fin d'annulation de cette décision. Au surplus, ainsi que le fait valoir la ville de Marseille en opposant à titre principal une fin de non-recevoir à ce titre, Mme B, qui n'a pas présenté de demande indemnitaire préalable, n'a pas lié le contentieux.

Sur les frais liés à l'instance :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de la ville de Marseille, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la ville de Marseille.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Jorda-Lecroq, présidente de chambre,

Mme Gaspard-Truc, première conseillère,

Mme Balussou, première conseillère,

Assistées de Mme Faure, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.

La rapporteure,

Signé

F. C

La présidente,

Signé

K. Jorda-Lecroq

La greffière,

Signé

N. Faure

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

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