vendredi 16 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2100425 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP LESAGE BERGUET GOUARD-ROBERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 15 janvier 2021, 28 juin 2021 et 5 janvier 2022, Mme C A, représentée par la SARL ADC Sud Avocats, agissant par Me Moutet, demande au Tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de désigner un médecin expert avec pour mission d'évaluer les préjudices qu'elle a subis suite à la chute dont elle a été victime le 5 juin 2020 ;
2°) à titre principal, de condamner la métropole d'Aix-Marseille-Provence et son assureur la SMACL, à lui verser la somme de 30 000 euros à titre d'indemnité provisionnelle à valoir sur l'indemnisation des préjudices qu'elle a subis suite à la chute dont elle a été victime le 5 juin 2020, ainsi que la somme de 400 euros en remboursement des frais de constat d'huissier qu'elles a engagés ;
3°) à titre subsidiaire, de condamner la commune d'Aubagne, au besoin in solidum avec la métropole d'Aix-Marseille-Provence et son assureur, à lui verser la somme de 30 000 euros à titre d'indemnité provisionnelle à valoir sur l'indemnisation des préjudices qu'elle a subis suite à la chute dont elle a été victime le 5 juin 2020, ainsi que la somme de 400 euros en remboursement des frais de constat d'huissier qu'elles a engagés ;
4°) de mettre à la charge de la partie perdante une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa chute est due au fait que la roue de sa bicyclette s'est coincée dans les rails du tramway qui s'inséraient sur la voie de circulation générale ;
- la matérialité des faits, le lien de causalité entre sa chute et l'ouvrage public, et le défaut d'entretien normal de l'ouvrage public sont établis ;
- la responsabilité de la métropole d'Aix-Marseille-Provence sur le fondement du défaut d'entretien normal de l'ouvrage public est établie dès lors qu'il n'y avait, à cet endroit de la voie publique, ni piste cyclable, ni signalisation du danger ;
- elle n'a commis aucune faute d'imprudence ;
- le maire d'Aubagne a commis une faute de nature à engager la responsabilité de sa commune dès lors qu'il s'est abstenu de mettre en œuvre ses pouvoirs de police générale en ne mettant pas en place une signalisation adaptée au danger ;
- elle est fondée à obtenir la somme de 30 000 euros, à titre d'indemnité provisionnelle, à valoir sur l'indemnisation des préjudices qu'elle a subis à la suite de l'accident dont elle a été victime.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mars 2022, la métropole d'Aix-Marseille-Provence, représentée par la SELARL Abeille et Associés, agissant par Me Pontier, conclut, à titre principal, au rejet des conclusions tendant à mettre en cause sa responsabilité, à titre subsidiaire, au rejet de la demande de provision, à défaut à la ramener à de plus justes proportions, et, en outre, à ce que soit mise à la charge de la requérante une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requérante n'apporte pas la preuve que sa chute est imputable aux rails de tramways ;
- l'absence de piste cyclable et de signalisation ne constitue pas un défaut d'entretien normal ;
- la requérante a commis une faute d'inattention ;
- elle ne s'oppose pas à la réalisation d'une mesure d'expertise ;
- en l'absence d'expertise médicale, la réalité et l'importance du préjudice subi par la requérante ne sont pas établies ; il n'y a pas lieu de lui allouer l'indemnité provisionnelle qu'elle sollicite ;
- si une provision devait être allouée à la requérante, le montant de celle-ci devra être ramené à de plus justes proportions.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 octobre 2021, la commune d'Aubagne, représentée par la SCP Lesage Berguet Goudard-Robert, agissant par Me Berguet conclut à titre principal, à sa mise hors de cause, à titre subsidiaire, au rejet de la requête de Mme A, en tout état de cause, à la mise à la charge de Mme A d'une somme de 1 600 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la présence de rails insérés dans la chaussée, visibles et ne formant aucune saillie, ne représente pas un danger excédant ceux qu'un cycliste normalement attentif et prudent doit s'attendre à rencontrer sur une voie de circulation en milieu urbain ; le défaut de signalisation ne constitue pas, dès lors, un défaut d'entretien normal ;
- la victime a commis une faute d'inattention ;
- l'expertise sollicitée n'est pas utile ;
- l'obligation indemnitaire dont se prévaut la requérante à l'encontre de la commune d'Aubagne est sérieusement contestable ; dès lors il n'y a pas lieu de lui allouer l'indemnité provisionnelle qu'elle sollicite ;
- les frais de constat d'huissier, dont il est réclamé le remboursement à hauteur de 400 euros, sont au nombre des frais ayant vocation à être prise en charge par application des dispositions de l'article L.762-1 du code de justice administrative.
Par un mémoire, enregistré le 8 mars 2022, la caisse primaire centrale d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône, mise en cause sur le fondement de l'article L. 376-1 du code de sécurité sociale, demande au Tribunal de réserver ses droits.
Elle fait valoir que :
- elle entend réclamer aux responsables le remboursement de l'ensemble des prestations qu'elle a servies à son assurée Mme A à la suite de l'accident dont elle a été victime ;
- dans l'attente du rapport d'expertise, sa créance définitive n'est pas encore connue.
Par un mémoire, enregistré le 24 novembre 2022, le recteur de l'Académie d'Aix-Marseille, demande au Tribunal de réserver les droits du ministère de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Il expose que :
- le ministère de l'éducation nationale et de la jeunesse entend réclamer aux responsables le remboursement des traitements qu'il a servis à la requérante pendant son indisponibilité ;
- le montant provisoire de la créance s'élève à la somme de 145 527,88 euros.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de M. Boidé, rapporteur public,
- les observations de Me Moutet pour Mme A, et de Me Berguet pour la commune d'Aubagne.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C A, professeure en lycée née le 7 septembre 1964, expose que, le 5 juin 2020 aux alentours de 10h45, alors qu'elle circulait à vélo sur l'avenue des Goums à Aubagne, au niveau de l'avenue Lauté, la roue de sa bicyclette s'est coincée dans les rails du tramway qui s'insèrent à cet endroit sur la voie de circulation générale. La commune d'Aubagne a expressément rejeté, par un courrier du 24 septembre 2020, la demande d'indemnisation préalable que Mme A lui avait adressée. La décision implicite de rejet par la métropole d'Aix-Marseille-Provence et son assureur, la SMACL, de la demande préalable d'indemnisation formulée par Mme A est née du silence gardé suite à son courriel en date du 20 novembre 2020 auquel étaient joints les documents dont ils lui avaient demandé communication le 5 octobre 2020. Mme A demande au Tribunal de désigner un médecin expert avec pour mission d'évaluer les préjudices qu'elle a subis et de condamner la métropole d'Aix-Marseille-Provence et son assureur, ou, à défaut, la commune d'Aubagne, au besoin in solidum avec la Métropole, à lui verser une somme de 30 000 euros à titre d'indemnité provisionnelle à valoir sur l'indemnisation de ses préjudices.
Sur la responsabilité :
2. Il appartient à l'usager d'un ouvrage public qui demande réparation d'un préjudice qu'il estime imputable à cet ouvrage de rapporter la preuve de l'existence d'un lien de causalité entre le préjudice invoqué et l'ouvrage. Dans une telle hypothèse, le maître de l'ouvrage ne peut s'exonérer de l'obligation d'indemniser la victime qu'en rapportant la preuve que l'ouvrage public faisait l'objet d'un entretien normal ou que le dommage est imputable à la faute de la victime ou à un cas de force majeure.
3. Mme A soutient avoir chuté au niveau de l'avenue Lauté, là où les voies de tramway rejoignent et s'intègrent à la voie de circulation générale et expose que la roue de sa bicyclette s'est coincée dans les rails du tramway, ce qui a eu pour conséquence de la déséquilibrer. Elle indique que sa chute a entraîné une fracture de la tête humérale gauche, une plaie à l'arcade gauche et des contusions au coude gauche.
4. Pour établir que la responsabilité de la métropole d'Aix-Marseille-Provence et de son assureur, la SMACL, doit être engagée pour défaut d'entretien normal de l'ouvrage public que constitue la voie publique sur laquelle elle circulait à vélo, Mme A se prévaut des attestations émanant de deux témoins directs de son accident. Elle produit également des photographies des lieux et en particulier des voies de tramway qui auraient causé sa chute, ainsi qu'un constat d'huissier et des pièces médicales, dont le certificat médical initial établi lors de sa prise en charge le 5 juin 2020 à 11h17 au service des urgences du centre hospitalier Edmond Garcin. Ces pièces permettent d'établir la matérialité et les circonstances de la chute de Mme A, et de prendre précisément connaissance de la configuration des lieux. Il en ressort que, comme le soutient la requérante, les voies de tramway s'intègrent à cet endroit à la voie de circulation générale qui ne comprend pas de piste cyclable et ne comporte pas de panneau de signalement spécifiquement destiné aux conducteurs de vélos. Toutefois, il ressort du constat d'huissier versé à la procédure, d'une part, qu'en amont est positionné un feu tricolore sur lequel est installé un panneau signalétique indiquant une intersection, et, d'autre part, que l'insertion des rails sur la voie de circulation automobile est particulièrement visible, tant du fait du rétrécissement général de la voie publique à l'approche du pont autoroutier qu'en raison de la différence de couleur du revêtement de la voie de tramway avant son insertion sur la route. Les rails sont par ailleurs clairement repérables sur la chaussée. Dans ces conditions, et alors qu'il n'est pas allégué que ces rails auraient été en mauvais état, aucune des défectuosités évoquées par la requérante au titre du défaut d'entretien normal qu'elle postule ne peut être retenue. En l'espèce, la présence de rails insérés dans la chaussée, visibles et ne formant aucune saillie, ne représente pas un danger excédant ceux qu'un cycliste normalement attentif et prudent doit s'attendre à rencontrer sur une voie de circulation en milieu urbain et ne nécessite pas la mise en place d'une signalisation particulière.
5. Il résulte de ce qui précède que la responsabilité de la métropole d'Aix-Marseille-Provence et celle de son assureur ne peuvent être engagées pour défaut d'entretien normal de l'ouvrage public en raison de la chute de Mme A.
6. Aux termes de l'article L. 2212-1 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est chargé, sous le contrôle administratif du représentant de l'Etat dans le département, de la police municipale, de la police rurale et de l'exécution des actes de l'Etat qui y sont relatifs. ". Aux termes de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : / 1° Tout ce qui intéresse la sûreté et la commodité du passage dans les rues, quais, places et voies publiques, ce qui comprend le nettoiement, l'éclairage, l'enlèvement des encombrements () ".
7. Il ne résulte pas de l'instruction, compte tenu de ce qui a été dit au point 4, que la signalisation de la présence des voies de tramway aurait été insuffisante. Par suite, Mme A n'apporte pas la preuve d'une carence du maire d'Aubagne dans l'exercice de ses pouvoirs de police qu'il tient des articles L. 2212-1 et L. 2212-2 précités du code général des collectivités territoriales. Il suit de là que la responsabilité de la commune d'Aubagne ne saurait être engagée pour ce motif.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme A tendant à la condamnation de la Métropole et de son assureur ou, à défaut, de la commune d'Aubagne, à lui verser une provision et à lui rembourser les frais de constats d'huissier, doivent être rejetées de même que celles aux fins de désignation d'un expert. Par voie de conséquence, les conclusions présentées par le ministre de l'éducation et de la jeunesse tendant au remboursement de sa créance doivent être également rejetées.
Sur la déclaration de jugement commun :
9. La caisse primaire centrale d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône, mise en cause, s'est bornée à demander au Tribunal de réserver ses droits. Il y a donc lieu de lui déclarer commun le présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la métropole d'Aix-Marseille-Provence et de la commune d'Aubagne, qui ne sont pas, dans la présente instance, les parties perdantes, la somme que Mme A demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées au même titre par la métropole d'Aix-Marseille-Provence et la commune d'Aubagne.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du ministre de l'éducation et de la jeunesse sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement est déclaré commun à la caisse primaire centrale d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à la métropole d'Aix-Marseille-Provence, à la société mutuelle d'assurance des collectivités locales, à la commune d'Aubagne, à la caisse primaire centrale d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Copie-en sera adressée au recteur de l'académie d'Aix-Marseille.
Délibéré après l'audience du 2 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Markarian, présidente,
M. Secchi, premier conseiller.
Mme Charpy, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2022.
La rapporteure,
Signé
C. B
La présidente,
Signé
G. Markarian La greffière,
Signé
D. Dan
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
7
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026