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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2100497

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2100497

jeudi 16 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2100497
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantARNOULD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 janvier 2021 et le 14 décembre 2022, M. A B, représenté par Me Arnould, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 novembre 2020 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande d'abrogation de l'arrêté d'expulsion du 14 avril 2010 ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône d'abroger l'arrêté d'expulsion du 14 avril 2010 dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 200 euros à Me Arnould, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le signataire de la décision était incompétent ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation de la menace qu'il représente ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 février 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, a sollicité l'abrogation de l'arrêté d'expulsion pris par le préfet des Bouches-du-Rhône à son encontre le 14 avril 2020. Par une décision du 2 novembre 2020, le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de faire droit à sa demande. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cette décision.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. M. B a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 24 février 2023. Il y a donc lieu de l'admettre d'office au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 524-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable à la date de la décision attaquée : " L'arrêté d'expulsion peut à tout moment être abrogé. Lorsque la demande d'abrogation est présentée à l'expiration d'un délai de cinq ans à compter de l'exécution effective de l'arrêté d'expulsion, elle ne peut être rejetée qu'après avis de la commission prévue à l'article L. 522-1, devant laquelle l'intéressé peut se faire représenter ". Aux termes de l'article L. 524-2 du même code : " Sans préjudice des dispositions de l'article L. 521-4, les motifs de l'arrêté d'expulsion donnent lieu à un réexamen tous les cinq ans à compter de la date d'adoption de l'arrêté. L'autorité compétente tient compte de l'évolution de la menace pour l'ordre public que constitue la présence de l'intéressé en France, des changements intervenus dans sa situation personnelle et familiale et des garanties de réinsertion professionnelle ou sociale qu'il présente, en vue de prononcer éventuellement l'abrogation de l'arrêté. L'étranger peut présenter des observations écrites. / À défaut de notification à l'intéressé d'une décision explicite d'abrogation dans un délai de deux mois, ce réexamen est réputé avoir conduit à une décision implicite de ne pas abroger. Cette décision est susceptible de recours () ". Aux termes de l'article L. 524-3 du même code : " Il ne peut être fait droit à une demande d'abrogation d'un arrêté d'expulsion présentée plus de deux mois après la notification de cet arrêté que si le ressortissant étranger réside hors de France. Toutefois, cette condition ne s'applique pas : 1° Pour la mise en œuvre de l'article L. 524-2 ; 2° Pendant le temps où le ressortissant étranger subit en France une peine d'emprisonnement ferme ; 3° Lorsque l'étranger fait l'objet d'un arrêté d'assignation à résidence pris en application des articles L. 523-3, L. 523-4 ou L. 523-5 ".

5. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, lorsqu'il est saisi d'un moyen en ce sens à l'appui d'un recours dirigé contre le refus d'abroger une mesure d'expulsion, de rechercher si les faits sur lesquels l'autorité administrative s'est fondée pour estimer que la présence en France de l'intéressé constituaient toujours, à la date à laquelle elle s'est prononcée, une menace pour l'ordre public sont de nature, eu égard aux changements intervenus dans sa situation personnelle et familiale et aux garanties de réinsertion qu'il présente, à justifier légalement que la mesure d'expulsion ne soit pas abrogée.

6. Il est constant que M. B résidait en France à la date de sa demande d'abrogation de l'arrêté d'expulsion. En outre, il ressort des pièces du dossier que M. B a été incarcéré du 5 octobre 2019 au 16 mai 2020 et qu'à sa libération, il a fait l'objet d'un placement en centre de rétention administrative du 16 au 18 mai 2020. Ainsi, à la date de la décision contestée, il ne se trouvait pas dans l'une des situations, visées à l'article L. 524-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour lesquelles la condition tenant au lieu de résidence ne s'applique pas. Le préfet des Bouches-du-Rhône était ainsi tenu de rejeter la demande d'abrogation de l'arrêté d'expulsion présentée par M. B. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence du signataire de la décision attaquée et de l'erreur d'appréciation de la menace à l'ordre public qu'il représente sont inopérants et doivent être écartés.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. /2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. M. B est célibataire et père de deux enfants majeurs de nationalité française nés en 1994 et 2000. Si le requérant fait valoir qu'il a été nommé curateur de son fils cadet par ordonnance du juge des tutelles du 18 novembre 2019 et qu'il a toujours pris soin de ses deux enfants, et surtout de son fils malade, même lorsqu'il se trouvait en détention, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il a fait l'objet depuis la naissance de son premier enfant de douze condamnations cumulant vingt-une années de peines d'emprisonnement et qu'il a donc été incarcéré durant plus de la moitié du temps écoulé depuis leurs naissances, y compris durant la période où il avait été nommé curateur de son fils, ses enfants étaient pris en charge par leur grand-mère maternelle durant ses périodes d'incarcération du fait de l'état de santé de leur mère. M. B ne démontre pas qu'une autre personne ne pourrait se voir désigner comme curatrice de son fils cadet, et ce d'autant que la curatelle ne porte que sur la gestion de ses biens. Dans ces conditions, le requérant ne démontre pas la réalité et l'intensité des liens qu'il entretiendrait avec ses enfants, et ne démontre pas non plus faire l'objet d'une quelconque insertion sociale ou professionnelle en France. Dès lors, compte tenu de la menace qu'il représente pour l'ordre public, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige méconnaitrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnel à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 28 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Simeray, première conseillère,

Mme Devictor, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.

La rapporteure,

Signé

É. CLe président,

Signé

P-Y. Gonneau

La greffière,

Signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

N°2100497

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