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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2100534

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2100534

mercredi 31 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2100534
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantLOMBARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 janvier 2021, la société Tella, représentée par Me Lombard, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 16 décembre 2020 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a décidé la fermeture pour une durée de neuf semaines de l'établissement qu'elle exploite à Marseille et, à titre subsidiaire, de réduire le quantum de la sanction à deux semaines ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été informée du contrôle effectué, des infractions reprochées, ni des sanctions envisagées ;

- les faits justifiant la décision en litige sont matériellement inexacts dans la mesure où les employés présents lors du contrôle étaient mis à disposition par l'association avec laquelle elle collabore pour préparer les repas dans le cadre d'un dispositif social ;

- elle n'est pas responsable de l'infraction de travail dissimulé qui lui est reprochée étant précisé qu'elle est en règle de toutes ses charges sociales ;

- la durée de cette fermeture est excessive dès lors qu'elle avait acquis début janvier 2021 un stock de marchandises périssables, qu'elle n'a perçu aucune recette durant la période de fermeture pour rémunérer ses salariés et qu'elle a été durement impactée par la crise sanitaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juin 2021, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gaspard-Truc,

- et les conclusions de M. Garron, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société Tella exploite, depuis le mois de février 2019, un établissement de restauration rapide, sous l'enseigne " Restaurant Tella ", situé à Marseille. A la suite d'un contrôle effectué le 1er avril 2020 au sein de cet établissement, les agents de la police nationale de Marseille ont relevé un manquement aux dispositions de l'article L. 1221-10 du code du travail, notamment à l'obligation de déclaration préalable à l'embauche, manquement constitutif de l'infraction visée à l'article L. 8221-5 du même code. Les employés non déclarés étaient également dépourvus de titre les autorisant à séjourner et travailler en France en méconnaissance de l'article L. 8251-1 du code du travail. Par un courrier du 6 juillet 2020, le préfet des Bouches-du-Rhône a informé la société Tella de son intention de prendre à son encontre une décision de fermeture administrative temporaire de son établissement. Par l'arrêté attaqué du 16 décembre 2020, le préfet des Bouches-du-Rhône a prononcé, sur le fondement de l'article L. 8272-2 du code du travail, la fermeture administrative temporaire pour une durée de neuf semaines de l'établissement de restauration rapide " Restaurant Tella ". Par la présente requête, la société Tella demande, à titre principal, l'annulation de cet arrêté et, à titre subsidiaire, la réduction de la durée de la fermeture à deux semaines.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 1221-10 du code du travail : " L'embauche d'un salarié ne peut intervenir qu'après déclaration nominative accomplie par l'employeur auprès des organismes de protection sociale désignés à cet effet () ". Aux termes de l'article L. 5221-8 de ce code : " L'employeur s'assure auprès des administrations territorialement compétentes de l'existence du titre autorisant l'étranger à exercer une activité salariée en France () ". Aux termes de l'article L. 8221-5 du même code : " Est réputé travail dissimulé par dissimulation d'emploi salarié le fait pour tout employeur : 1° Soit de se soustraire intentionnellement à l'accomplissement de la formalité prévue à l'article L. 1221-10, relatif à la déclaration préalable à l'embauche () ". Enfin, aux termes de l'article L. 8251-1 de ce même code : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 8272-2 du code du travail : " Lorsque l'autorité administrative a connaissance d'un procès-verbal relevant une infraction prévue aux 1° à 4° de l'article L. 8211-1 ou d'un rapport établi par l'un des agents de contrôle mentionnés à l'article L. 8271-1-2 constatant un manquement prévu aux mêmes 1° à 4°, elle peut, si la proportion de salariés concernés le justifie, eu égard à la répétition ou à la gravité des faits constatés, ordonner par décision motivée la fermeture de l'établissement ayant servi à commettre l'infraction, à titre temporaire et pour une durée ne pouvant excéder trois mois ".

4. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que lors du contrôle du 1er avril 2020 de l'établissement " Restaurant Tella ", il a été constaté que trois personnes étaient employées sans avoir fait l'objet d'une déclaration préalable à l'embauche conformément à l'article L. 1221-10 du code du travail, ce qui constitue une violation de l'article L. 8221-5 du code du travail, et que ces employés, de nationalité algérienne, étaient démunis d'autorisation d'exercer une activité en France, en méconnaissance de l'article L. 8251-1 du même code.

5. Selon l'article L. 211 2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / infligent une sanction () ". Aux termes de l'article L. 121 1 du même code : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211 2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 122 2 ce code : " Les mesures mentionnées à l'article L. 121-1 à caractère de sanction ne peuvent intervenir qu'après que la personne en cause a été informée des griefs formulés à son encontre et a été mise à même de demander la communication du dossier la concernant ".

6. Il résulte de l'instruction que les services de la directions régionale des entreprises de la concurrence de la consommation du travail et de l'emploi de Provence-Alpes-Côte d'Azur ont adressé au gérant de la société Tella une lettre du 6 juillet 2020 l'informant de leur intention de fermer provisoirement l'établissement et l'invitant à présenter ses observations écrites dans un délai de 15 jours, suivant les dispositions citées au point 3, ainsi que de la possibilité de présenter des observations orales. Toutefois, cette lettre, présentée au gérant de la société à l'adresse 10, rue de la Fare 13001 Marseille le 28 novembre suivant, a été retournée au service revêtue de la mention " destinataire inconnu à l'adresse ". S'il est constant que le courrier en litige a été envoyé à l'adresse du siège social de la société Tella, et que celle-ci n'a pas déménagé avant la notification de ce courrier, et s'il résulte également de l'instruction que l'arrêté du 16 décembre 2020, qui a été notifié à la société requérante à la même adresse, a bien été reçu par celle-ci, la notification de la lettre du 6 juillet 2020, ainsi retournée à l'administration, ne peut, dès lors, être regardée comme étant régulière. Si le préfet indique avoir adressé à la requérante un nouveau courrier en envoi simple le 15 octobre 2020, aucune pièce du dossier n'établit la preuve de sa présentation à la société Tella, qui soutient ne pas l'avoir reçu, et son gérant n'a présenté aucune observation sur la mesure envisagée. Dans ces conditions, la société requérante est fondée à soutenir que faute de notification régulière de ce courrier, elle n'a pas été mise à même de présenter ses observations sur la sanction envisagée et que la décision décidant la fermeture pour une durée de neuf semaines de son établissement a, par suite, été prise au terme d'une procédure irrégulière. La société Tella a ainsi été privée de la garantie prévue à l'article L. 121-1 précité du code des relations entre le public et l'administration

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 16 décembre 2020 doit être annulé.

Sur les frais liés à l'instance :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme que réclame la société requérante sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 16 décembre 2020 du préfet des Bouches-du-Rhône est annulé.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 Le présent jugement sera notifié la société Tella et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.

Copie en sera adressée, pour information, au préfet des Bouches-du-Rhône

Délibéré après l'audience du 16 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Jorda-Lecroq, présidente,

Mme Gaspard-Truc, première conseillère,

Mme Balussou, première conseillère,

Assistées de Mme Faure, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2023.

La rapporteure,

signé

F. Gaspard-Truc

La présidente,

signé

K. Jorda-Lecroq

La greffière,

signé

N. Faure

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

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