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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2100543

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2100543

vendredi 2 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2100543
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSTARK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 janvier 2021, M. B A, représenté par Me Stark, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 novembre 2020 par laquelle la Commission de recours de l'invalidité a rejeté sa demande de pension militaire d'invalidité ;

2°) d'enjoindre au ministre des armées de fixer le taux d'invalidité de chacune de ses deux infirmités " lombalgies chroniques avec limitation fonctionnelle sur rachis dégénératif (prothèse du disque L5-S1) " et " acouphènes de l'oreille gauche avec gêne intermittente avec perte auditive moyenne de l'oreille gauche de 26,25 décibels " à 10 % et d'ouvrir ses droits à pension à compter du 2 juin 2016 ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- son infirmité " lombalgies chroniques avec limitation fonctionnelle sur rachis dégénératif (prothèse du disque L5-S1) " est imputable au service et notamment à l'accident du 28 avril 2015 ;

- son infirmité " acouphène de l'oreille gauche avec gêne intermittente, perte auditive moyenne de 26,25 décibels " n'a pas lieu d'être dissociée en deux infirmités distinctes et est imputable à son accident de service du 13 septembre 2016 de sorte que le taux d'invalidité de 10% est atteint.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 juin 2021, la ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- l'infirmité " lombalgies chroniques avec limitation fonctionnelle sur rachis dégénératif (prothèse du disque L5-S1) " n'est pas imputable au service dès lors qu'elle est sans lien avec l'accident survenu en service le 28 avril 2015 et qu'elle résulte exclusivement d'une affection dégénérative étrangère au service ;

- les infirmités " acouphènes de l'oreille gauche avec gêne intermittente " et " perte auditive moyenne de l'oreille gauche de 26,25 décibels " ne sont pas indemnisables dès lors que le taux d'invalidité pour chacune a été fixé à 0% par l'expert ;

- c'est à bon droit qu'il a examiné séparément ces deux infirmités puisqu'elles sont désignées comme telles dans le guide barème des invalidités.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ;

- la loi n° 2018-607 du 13 juillet 2018 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Devictor, rapporteure,

- et les conclusions de Mme Simeray, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A s'est engagé dans la légion étrangère le 4 août 1997 et a été affecté au 2e régiment étranger de parachutistes tout au long de sa carrière militaire. Depuis le 10 novembre 2018, il est placé en position de congés pour longue maladie. Le 2 juin 2016, il a présenté une demande de pension militaire d'invalidité pour les infirmités affectants son poignet droit, son pied et sa cheville droites, son épaule droite, son dos et son oreille gauche. Par une décision du 18 novembre 2020, la ministre des armées a rejeté sa demande au motif que pour l'infirmité n°1 " Lombalgies chroniques avec limitation fonctionnelle sur rachis dégénératif (prothèse du disque L5-S1) ", l'infirmité résulte d'une affection dégénérative étrangère au service sans lien avec le fait de service du 28 avril 2015 et le taux d'invalidité de 10% est inférieur au minimum indemnisable de 30% pour une maladie contractée en temps de paix ; pour les infirmités n°2, " séquelles douloureuses de contusion du poignet droit avec mobilités fonctionnelles conservées du poignet chez un droitier ", n°3, " scapulalgies droites avec mobilités fonctionnelles conservées chez un droitier ", et n°4, " acouphènes de l'oreille gauche avec gêne intermittente ", le taux d'invalidité est inférieur au minimum indemnisable de 10% requis pour l'ouverture du droit à pension ; pour l'infirmité n°5, " contusion du pied droit sans séquelles fonctionnelles ", l'infirmité n'entraîne aucune gêne fonctionnelle ; pour l'infirmité n°6, " séquelles d'entorses externes répétées de la cheville droite : limitation de la flexion plantaire et dorsale de cheville, bâillement externe majoré en varus ", l'infirmité est imputable à un accident du 3 septembre 1997 étranger au service, à deux épisodes d'entorses en service du 7 novembre 1997 et 30 novembre 1998 dont les séquelles entraînent un degré d'invalidité inférieur à 10%, inférieur au minimum indemnisable requis, et pour l'infirmité n°7, " perte auditive moyenne de l'oreille gauche de 26,25 décibels ", l'infirmité, imputable à l'accident survenu en service le 13 septembre 2016, n'entraîne aucune gêne fonctionnelle. M. A a formé un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision, enregistré le 6 août 2020 par la commission de recours de l'invalidité. Par une décision du 18 novembre 2020 cette dernière a partiellement fait droit à sa demande en considérant que l'infirmité n°6 est " de nature blessure imputable par preuve aux accidents en date des 31 août 1997, 7 novembre 1997 et 30 novembre 1998 " et a rejeté le reste de ses demandes. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler la décision de la commission de recours de l'invalidité du 18 novembre 2020 en tant qu'elle rejette sa demande de pension militaire d'invalidité pour les infirmités n°1, 4 et 7.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 2 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre, en vigueur à la date de la demande de M. A : " Ouvrent droit à pension : 1° Les infirmités résultant de blessures reçues par suite d'événements de guerre ou d'accidents éprouvés par le fait ou à l'occasion du service ; 2° Les infirmités résultant de maladies contractées par le fait ou à l'occasion du service ; 3° L'aggravation par le fait ou à l'occasion du service d'infirmités étrangères au service ; 4° Les infirmités résultant de blessures reçues par suite d'accidents éprouvés entre le début et la fin d'une mission opérationnelle, y compris les opérations d'expertise ou d'essai, ou d'entraînement ou en escale, sauf faute de la victime détachable du service. ". Aux termes de l'article L. 3 de ce code : " Lorsqu'il n'est pas possible d'administrer ni la preuve que l'infirmité ou l'aggravation résulte d'une des causes prévues à l'article L. 2, ni la preuve contraire, la présomption d'imputabilité au service bénéficie à l'intéressé à condition : 1° S'il s'agit de blessure, qu'elle ait été constatée avant le renvoi du militaire dans ses foyers ; 2° S'il s'agit d'une maladie, qu'elle n'ait été constatée qu'après le quatre-vingt-dixième jour de service effectif et avant le soixantième jour suivant le retour du militaire dans ses foyers ; 3° En tout état de cause, que soit établie, médicalement, la filiation entre la blessure ou la maladie ayant fait l'objet de la constatation et l'infirmité invoquée. En cas d'interruption de service d'une durée supérieure à quatre-vingt-dix jours, la présomption ne joue qu'après le quatre-vingt-dixième jour suivant la reprise du service actif. La présomption définie au présent article s'applique exclusivement aux constatations faites, soit pendant le service accompli au cours de la guerre 1939-1945, soit au cours d'une expédition déclarée campagne de guerre, soit pendant le service accompli par les militaires pendant la durée légale, compte tenu des délais prévus aux précédents alinéas. () ". Aux termes de l'article L. 4 de ce code : " Les pensions sont établies d'après le degré d'invalidité. Sont prises en considération les infirmités entraînant une invalidité égale ou supérieure à 10 %. Il est concédé une pension : () 3° Au titre d'infirmité résultant exclusivement de maladie, si le degré d'invalidité qu'elles entraînent atteint ou dépasse : 30 % en cas d'infirmité unique ; 40 % en cas d'infirmités multiples. () ".

3. Il résulte de ces dispositions que, lorsque la présomption légale d'imputabilité ne peut être invoquée, l'intéressé doit apporter la preuve de l'existence d'une relation directe et certaine entre l'origine ou l'aggravation de son infirmité et une blessure reçue, un accident subi ou une maladie contractée par le fait du service. Cette preuve ne peut pas résulter de la seule circonstance que l'infirmité est apparue durant le service, d'une hypothèse médicale, d'une vraisemblance ou d'une probabilité ou encore des conditions générales du service partagées par l'ensemble des militaires servant dans la même unité et soumis de ce fait à des contraintes et des sujétions identiques.

Concernant l'infirmité 1 " lombalgies chroniques avec limitation fonctionnelle sur rachis dégénératif (prothèse du disque L5-S1) "

4. Il résulte de l'instruction que M. A a été victime d'un accident le 28 avril 2015 lors d'une séance de saut en parachute au cours duquel il a atterri violemment au sol. Le livret médical du requérant mentionne que cet accident lui a causé une " acutisation sciatalgique ". Le rapport d'expertise du 20 septembre 2019 note également que M. A souffrait d'antécédents lombaires depuis 2003 et avait connu de nombreux accidents de sauts en parachute depuis son engagement dans les troupes aéroportées. L'expert relève ainsi que M. A est atteint de " séquelles de traumatismes lombaires survenus en service ". Cet avis est confirmé par le rapport d'expertise du 2 décembre 2019. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à contester la nature de maladie de cette infirmité. Or, en tout état de cause, le taux d'invalidité de 10% de cette infirmité n'étant pas contesté, il est inférieur au taux indemnisable de 30% pour une maladie.

Concernant l'infirmité 4 " acouphènes de l'oreille gauche avec gêne intermittente " et l'infirmité 7 " perte auditive moyenne de l'oreille gauche de 26,25 décibels "

5. Il résulte du rapport d'expertise du 7 septembre 2018, confirmé par l'avis du médecin chargé des pension militaire d'invalidité du 2 décembre 2019, que le traumatisme sonore dont a été victime M. A au cours d'un exercice de tir le 13 septembre 2016 n'a pas entraîné de séquelles otologiques importantes. L'expert relève ainsi que le déficit auditif, de 18,75 décibels à l'oreille droite et de 26,25 décibels à l'oreille gauche, de M. A était déjà présent au moment de son incorporation dans l'armée. L'expert conclut que le taux d'invalidité pour l'hypoacousie est donc nul. Concernant les acouphènes à l'oreille gauche, l'expert conclut également à un taux d'invalidité nul, indiquant qu'ils n'ont qu'un caractère intermittent sans répercussion sur la qualité du sommeil, sans céphalée ni vertige. Si M. A soutient qu'il ne pouvait souffrir d'hypoacousie au moment de son incorporation, il n'apporte aucune pièce au soutient de cette allégation. Enfin, si le requérant fait grief à l'administration d'avoir dissocié les deux infirmités qui selon lui n'en sont qu'une, il résulte toutefois du guide barème que les acouphènes et la perte auditives sont deux infirmités distinctes, et que c'est donc à bon droit que le ministre de la défense a distingué ces infirmités pour leur attribuer le taux correspondant au degré d'invalidité de chacune en application de l'article L. 4 précité.

6. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 18 novembre 2020. Ses conclusions à fin d'injonction doivent en conséquence être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présence instance, le versement de la somme demandée par M. A sur le fondement de ces dispositions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre des armées.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Niquet, première conseillère

Mme Devictor, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juin 2023.

La rapporteure,

Signé

É. DevictorLe président,

Signé

P-Y. Gonneau

La greffière,

Signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

N°2100543

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