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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2100606

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2100606

vendredi 7 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2100606
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantGANNE

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête n° 2100606 et des mémoires, enregistrés le 25 janvier 2021, 1er février 2021, 26 septembre 2021, 30 janvier 2022, 31 mai 2022, 3 janvier 2023 et 21 mars 2023, Mme A B, représentée par Me Ganne, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 8 décembre 2020 n° 2020 850 1093 par laquelle l'assistance publique des hôpitaux de Marseille (AP-HM, centre hospitalier Edouard Toulouse) l'a maintenue à demi-traitement du 17 novembre 2020 jusqu'à notification de son inaptitude absolue et définitive ainsi que la décision n° 2020 850 1091 du 8 décembre 2020 qui la place en disponibilité d'office pour raison de santé du 17 mai 2020 au 16 novembre 2020 ;

2°) d'enjoindre à l'AP-HM, à titre principal, de la reclasser de façon rétroactive à compter du 27 janvier 2020, ou, à titre subsidiaire, dans le premier poste vacant compatible avec son aptitude physique ;

3°) de mettre à la charge de l'AP-HM la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête ne peut faire l'objet d'un non-lieu à statuer ;

- l'administration ne lui a pas proposé d'adapter son poste alors qu'elle avait connaissance de l'altération de son état de santé et de son inaptitude à exercer ses fonctions ; elle ne démontre pas les nécessités de service faisant obstacle à une telle adaptation ;

- elle n'a pas été invitée à présenter une demande de reclassement ;

- son reclassement dans son poste adapté à son état de santé devait débuter au 27 janvier 2020 ;

- elle aurait dû bénéficier d'une période de préparation au reclassement dès l'avis rendu par le comité médical du 2 juillet 2020.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 21 octobre 2021, le 5 octobre 2022 et le 3 mars 2023, l'AP-HM conclut au non-lieu à statuer ou au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'il n'y a pas lieu de statuer sur les moyens de la requête dirigée à l'encontre de la décision du 8 décembre 2020 dès lors qu'elle a été retirée de l'ordonnancement juridique par la décision du 6 août 2021, que cette dernière ainsi que la décision la décision n°2020 850 1091 du 8 décembre 2020 sont définitives et insusceptibles de recours contentieux et que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 mars 2022.

II. Par une requête n° 2204492 et des mémoires, enregistrés le 31 mai 2022 et les 21 mars et 5 juin 2023, Mme A B, représentée par Me Ganne, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'AP-HM à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation de son préjudice moral et la somme de 60 000 euros en réparation de son préjudice financier, selon elle, résultant de la carence de l'administration dans la mise en œuvre de la procédure de reclassement ;

2°) de mettre à la charge de l'AP-HM la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

-l'AP-HM, en s'abstenant de lui proposer un poste adapté à son état de santé ou un reclassement, et en s'abstenant de mettre en œuvre une période de préparation à son reclassement, a commis une faute de nature à engager sa responsabilité ;

- cette abstention est constitutive d'une discrimination fautive en raison de son âge et de son handicap ;

- elle a droit à être indemnisée à hauteur de 10 000 euros au titre de son préjudice moral en raison de cette faute et à hauteur de 60 000 euros au titre de son préjudice financier.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mars 2023, l'AP-HM conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 avril 2023.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 88-386 du 19 avril 1988 ;

- le décret n°88-976 du 13 octobre 1988 ;

- le décret n°89-376 du 8 juin 1989 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fabre,

- et les conclusions de M. Ricard, rapporteur public.

Une note en délibéré présentée pour Mme B a été enregistrée le 19 juin 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, agente des services hospitaliers titulaire au centre hospitalier Edouard Toulouse, dépendant de l'AP-HM, a été placée en congé de maladie ordinaire du 17 novembre 2016 au 16 novembre 2017 puis en disponibilité d'office pour raison de santé du 17 novembre 2017 au 16 novembre 2020. Le 26 mai 2020, le médecin agréé sollicité par le centre hospitalier a conclu que Mme B était apte à la reprise du travail sur un poste adapté. Par une décision du 9 juillet 2020, Mme B a été placée en disponibilité d'office pour raison de santé à compter du 17 mai 2020 et jusqu'à la date effective de la reprise de ses fonctions à temps complet. A la suite de l'avis du comité médical départemental du 26 novembre 2020, concluant à l'inaptitude absolue et définitive de l'agent à tout poste dans la fonction publique sans possibilité de reclassement professionnel, l'AP-HM, par une décision du 8 décembre 2020, a maintenu Mme B à demi-traitement à compter du 17 novembre 2020 et jusqu'à la notification de l'inaptitude absolue et définitive. La requérante demande au tribunal, par la requête n° 2100606, d'annuler cette dernière décision ainsi que la décision n° 2020 850 1091 du 8 décembre 2020 qui la place en disponibilité d'office pour raison de santé du 17 mai 2020 au 16 novembre 2020. Par la requête n° 2204492, elle demande au tribunal de condamner l'AP-HM à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation du préjudice moral et la somme de 60 000 euros au titre du préjudice financier qu'elle estime avoir subis subi en raison de la carence de l'administration dans la mise en œuvre de la procédure de reclassement.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2100606 et n° 2204492 concernent le même agent public et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur l'exception de non-lieu à statuer opposée en défense à la requête n° 2100606 :

3. Il ressort des pièces du dossier que par une décision du 6 août 2021, l'AP-HM a procédé au retrait de la décision attaquée n° 2020 850 1093 du 8 décembre 2020 par laquelle elle avait maintenue Mme B à demi-traitement du 17 novembre 2020 et jusqu'à notification de son inaptitude absolue et définitive. Ce retrait ayant acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision n° 2020 850 1093 du 8 décembre 2020, qui ont perdu leur objet.

4. En revanche, il y a lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision n° 2020 850 1091 du 8 décembre 2020, produite en cours d'instance le 3 mars 2023 en défense, par laquelle l'AP-HM a placé Mme B en disponibilité d'office pour raison de santé du 17 mai 2020 au 16 novembre 2020, celle-ci n'ayant pas été retirée de l'ordonnancement juridique.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision n° 2020 850 1091 du 8 décembre 2020 plaçant Mme B en disponibilité d'office pour raison de santé du 17 mai 2020 au 16 novembre 2020 :

5. Aux termes de l'article 71 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière : " Lorsque les fonctionnaires sont reconnus, par suite d'altération de leur état physique, inaptes à l'exercice de leurs fonctions, le poste de travail auquel ils sont affectés est adapté à leur état physique. Lorsque l'adaptation du poste de travail n'est pas possible, ces fonctionnaires peuvent être reclassés dans des emplois d'un autre corps, s'ils ont été déclarés en mesure de remplir les fonctions correspondantes. / Le reclassement est subordonné à la présentation d'une demande par l'intéressé ". Aux termes de l'article 17 du décret du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière : " () / Lorsqu'un fonctionnaire a obtenu pendant une période de douze mois consécutifs des congés de maladie d'une durée totale de douze mois, il ne peut, à l'expiration de sa dernière période de congé, reprendre son service qu'après l'avis favorable du comité médical. / Si l'avis du comité médical est défavorable, le fonctionnaire est soit mis en disponibilité, soit, s'il le demande, reclassé dans un autre emploi, soit, s'il est reconnu définitivement inapte à l'exercice de tout emploi, admis à la retraite après avis de la commission de réforme des agents des collectivités locales () ". Aux termes de l'article 28 du décret du 13 octobre 1988 relatif au régime particulier de certaines positions des fonctionnaires hospitaliers, à l'intégration et à certaines modalités de mise à disposition : " La disponibilité est prononcée par l'autorité investie du pouvoir de nomination soit d'office, soit à la demande du fonctionnaire ". Aux termes de l'article 29 de ce même décret : " La mise en disponibilité d'office prévue à l'expiration des droits statutaires à congés de maladie prévus au premier alinéa du 2°, au premier alinéa du 3° et au 4° de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée ne peut être prononcée que s'il ne peut, dans l'immédiat, être procédé au reclassement du fonctionnaire dans les conditions prévues par la section 3 du chapitre V de cette loi. /La durée de la disponibilité prononcée d'office ne peut excéder une année. Elle peut être renouvelée deux fois pour une durée égale. Si le fonctionnaire n'a pu, durant cette période, bénéficier d'un reclassement, il est, à l'expiration de cette durée, soit réintégré s'il est physiquement apte à reprendre ses fonctions, soit, en cas d'inaptitude définitive à l'exercice des fonctions admis à la retraite () ". Aux termes de l'article 1er du décret du 8 juin 1989 pris pour l'application de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière et relatif au reclassement des fonctionnaires pour raisons de santé : " Lorsqu'un fonctionnaire n'est plus en mesure d'exercer ses fonctions, de façon temporaire ou permanente, et si les nécessités du service ne permettent pas un aménagement des conditions de travail, l'autorité investie du pouvoir de nomination, après avis du médecin du travail, dans l'hypothèse où l'état du fonctionnaire n'a pas nécessité l'octroi d'un congé de maladie, ou du comité médical, si un tel congé a été accordé, peut affecter ce fonctionnaire dans un poste de travail correspondant à son grade dans lequel les conditions de service sont de nature à permettre à l'intéressé d'assurer ses fonctions ". Aux termes de l'article 2 de ce même décret : " Dans le cas où l'état physique d'un fonctionnaire, sans lui interdire d'exercer toute activité, ne lui permet pas de remplir les fonctions correspondant aux emplois de son grade, l'intéressé peut présenter une demande de reclassement dans un emploi relevant d'un autre grade de son corps ou dans un emploi relevant d'un autre corps. / L'autorité investie du pouvoir de nomination recueille l'avis du comité médical départemental ".

6. Il résulte d'un principe général du droit, dont s'inspirent tant les dispositions du code du travail relatives à la situation des salariés qui, pour des raisons médicales, ne peuvent plus occuper leur emploi que les règles statutaires applicables dans ce cas aux fonctionnaires, que lorsqu'il a été médicalement constaté qu'un salarié se trouve de manière définitive atteint d'une inaptitude physique à occuper son emploi, il appartient à l'employeur de le reclasser dans un autre emploi et, en cas d'impossibilité, de prononcer, dans les conditions prévues pour l'intéressé, son licenciement.

7. Si Mme B soutient que l'AP-HM, avant de la placer en disponibilité d'office, n'a pas tenté d'adapter son poste conformément aux préconisations des médecins du travail qui ont conclu, en 2017 et en 2020, à une reprise possible de son activité sur un poste adapté, il ressort des pièces du dossier que le comité médical, dans ses avis du 26 octobre 2017 et du 24 mai 2018, a conclu à l'inaptitude de Mme B à la reprise du travail et s'est prononcé favorablement à son placement en disponibilité d'office pour raison de santé à compter du 17 novembre 2017. Par une décision du 7 novembre 2017 et 1er juin 2018, l'AP-HM a suivi ces avis en rejetant la demande de la requérante tendant à sa reprise de fonctions à mi-temps thérapeutique, puis a prolongé, à la demande de la requérante et à plusieurs reprises, sa mise en disponibilité d'office pour raison de santé pour la période du 17 novembre 2018 au 16 mai 2020. Le comité médical a ensuite rendu un avis le 26 novembre 2020, concluant à l'inaptitude absolue et définitive de l'agente à tout poste dans la fonction publique sans possibilité de reclassement professionnel, au visa duquel la décision en litige a prolongé son placement en disponibilité d'office pour la période du 17 mai 2020 au 16 novembre 2020. Dans ces conditions, et alors que l'intéressée n'était médicalement pas en mesure de reprendre ses fonctions au cours de la période litigieuse du 17 mai au 16 novembre 2020, l'AP-HM n'était pas tenue de rechercher l'adaptation de son poste au cours de cette période. De même, celle-ci n'était pas tenue d'inviter la requérante à présenter une demande de reclassement ni d'engager une procédure de préparation au reclassement à cette même période dès lors qu'elle n'a été reconnue définitivement inapte à ses fonctions par le comité médical que le 26 novembre 2020 et qu'elle avait au demeurant été maintenue antérieurement en disponibilité pour raison de santé à sa demande. Ainsi, les moyens soulevés par Mme B, tous relatifs à l'absence de procédure de reclassement, doivent être écartés.

8. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, les conclusions présentées par Mme B tendant à l'annulation de la décision n° 2020 850 1091 du 8 décembre 2020 doivent être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

9. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent qu'aucune faute ne peut être imputée à l'AP-HM du fait de l'absence d'adaptation de son poste et de mise en œuvre d'une procédure de reclassement durant la période au cours de laquelle la requérante était placée en disponibilité d'office pour raison de santé. En outre, l'AP-HM établit avoir reçu en entretien Mme B afin d'évaluer les perspectives de reclassement sur un autre poste au regard de l'avis du comité médical du 24 juin 2021 qui, pour la première fois à cette date, a conclu à son inaptitude absolue et définitive à son poste statutaire et à son aptitude " à un poste de reclassement professionnel ". L'AP-HM lui a ensuite proposé, le 23 juillet 2021, un poste d'agent d'accueil compatible avec son état de santé et ses compétences professionnelles, pour lequel toutefois sa candidature n'a pas été retenue. Dès lors, Mme B n'est pas davantage fondée à soutenir que l'AP-HM aurait manqué à son obligation de reclassement en application des dispositions citées au point 5 à cette période. En outre, la seule circonstance que son âge a été pris en compte, ainsi que le préconisait le médecin du travail dans son avis du 5 octobre 2021, ou même son handicap afin de trouver des solutions de reclassement n'est pas, à elle seule, de nature à démontrer l'existence d'une discrimination à l'égard de la requérante.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par la requérante doivent également être rejetées, ainsi que ses conclusions à fin d'injonction, et, par voie de conséquence, celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision du 8 décembre 2020 n° 2020 850 1093 de l'AP-HM.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à l'Assistance Publique-Hôpitaux de Marseille.

Délibéré après l'audience du 19 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Jorda-Lecroq, présidente,

Mme Fabre, première conseillère,

Mme Journoud, conseillère,

Assistées de Mme Ibram, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2023.

La rapporteure,

signé

E. FABRE La présidente,

signé

K. JORDA-LECROQ

La greffière,

signé

S. IBRAM

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

N°s 2100606, 2204492

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