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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2100648

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2100648

jeudi 15 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2100648
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL GRIMALDI-MOLINA & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 26 janvier 2021 et 1er août 2022, Mme B A, représentée par Me Heam, demande au tribunal d'annuler la décision du 13 novembre 2020 par laquelle le maire de la commune de Cuges-les-Pins a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident dont elle a été victime le 26 juin 2020.

Elle soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que sa pathologie constitue une rechute de l'accident du 29 juin 2016.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 26 mars 2021 et 26 août 2022, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, la commune de Cuges-les-Pins, représentée par Me Grimaldi, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme A la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 2 août 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- l'ordonnance n° 2017-53 du 19 janvier 2017 ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le décret n° 2019-301 du 10 avril 2019 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Felmy, rapporteure,

- les conclusions de M. Ouillon, rapporteur public,

- et les observations de Mme C, élève avocate, en présence de Me Calem, représentant la commune de Cuges-les-Pins.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, adjointe administrative territoriale au sein de la commune de Cuges-les-Pins affectée au poste de secrétaire des services techniques, a été victime le 29 juin 2016 d'une agression verbale sur son lieu de travail de la part du directeur des services techniques, qui était son chef de service. Cet accident a été reconnu imputable au service. Le 26 juin 2020, sur demande du directeur général des services, Mme A s'est rendue, accompagnée de deux représentants syndicaux, à une réunion de service qui s'est tenue dans les locaux de l'hôtel de ville, au sein desquels est situé le bureau de son chef de service. A l'issue de cette réunion, Mme A a été placée en congé de maladie jusqu'au 10 juillet 2020 pour troubles anxieux, puis a été de nouveau placée en congé de maladie à partir du 20 août 2020 jusqu'au 27 janvier 2021. Par courrier du 9 juillet 2020, Mme A a sollicité la reconnaissance de l'imputabilité au service de la rechute de l'accident de service du 29 juin 2016 dont elle soutient avoir été victime le 26 juin 2020. Elle demande au tribunal d'annuler la décision du 13 novembre 2020 par laquelle le maire de la commune de Cuges-les-Pins a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'évènement dont elle a été victime le 26 juin 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Il ressort de la décision attaquée que, contrairement à ce que Mme A soutient, l'auteur de la décision ne s'est pas limité à faire état du procès-verbal de la commission de réforme du 15 septembre 2020 se bornant à préciser qu'il émet un avis défavorable et qu'il n'existe pas de lien direct et certain entre l'évènement du 26 juin 2020 et l'accident du 29 juin 2016, mais a visé l'enquête administrative et les pièces jointes, les éléments médicaux produits par Mme A les 26 juin et 10 juillet 2020, son courrier du 9 juillet 2020 et a repris les termes de l'avis de la commission de réforme dont il s'est approprié les motifs. Par suite, et alors que le maire n'était pas contraint de procéder à un rappel des faits, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision serait insuffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée, dès lors que les arrêts de travail de Mme A sont postérieurs à l'entrée en vigueur de l'ordonnance du 19 janvier 2017, désormais codifié à l'article L. 822-18 du code général de la fonction publique : " I. - Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, (). / Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. (). II.- Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service. () ".

4. Pour l'application des dispositions précitées, un événement survenu à une date certaine, par le fait ou à l'occasion du service, dont il est résulté une lésion, quelle que soit la date d'apparition de celle-ci, constitue un accident de service. Sauf à ce qu'il soit établi qu'il aurait donné lieu à un comportement ou à des propos excédant l'exercice normal du pouvoir hiérarchique, lequel peut conduire le supérieur hiérarchique à adresser aux agents des recommandations, remarques, reproches ou à prendre à leur encontre des mesures disciplinaires, un entretien entre un agent et son supérieur hiérarchique ne saurait être regardé comme un événement soudain et violent susceptible d'être qualifié d'accident de service, quels que soient les effets qu'il a pu produire sur l'agent. Si les effets d'un accident de service peuvent être aggravés par l'existence d'un état pathologique antérieur, en revanche, la rechute d'un accident de service se caractérise par la récidive ou l'aggravation subite et naturelle de l'affection initiale après sa consolidation sans intervention d'une cause extérieure.

5. La requérante fait état dans ses écritures d'une vive réaction de la part de son supérieur hiérarchique, directeur général des services, le 26 juin 2020, à l'occasion de ses explications relatives au refus d'être mise en contact avec la personne responsable de l'agression dont elle a été victime le 29 juin 2016, qui était appelée à diriger de nouveau son service en qualité de directeur des services techniques. Mme A fait également état d'un contexte d'anxiété importante le même jour, lié à la perspective de rencontrer ce dernier dans les locaux où celui-ci travaille, qui a conduit, au terme de cette journée, à son placement en congé de maladie pour " troubles anxieux " selon les termes utilisés par le médecin de garde consulté le même jour.

6. Toutefois, d'une part, il ne ressort ni des termes de sa déclaration d'accident du 26 juin 2020, ni même d'aucune autre pièce du dossier, notamment de l'attestation du représentant syndical ayant accompagné Mme A à son entretien, que le comportement ou les propos du directeur général des services auraient excédé les relations normales qu'un représentant de la hiérarchie doit entretenir avec un agent, en dépit du haussement de ton et de la mauvaise humeur qu'il a manifestée. En particulier, il n'est pas établi que le directeur général des services aurait proféré des injures ou des insultes, ni qu'il aurait exercé des violences physiques ou même morales à l'encontre de Mme A. D'autre part, l'existence d'un risque, pour Mme A, de rencontrer la personne l'ayant précédemment agressée et à l'encontre de laquelle elle a porté plainte, alors qu'elle était informée que cette réunion se tiendrait en présence des seuls directeur général des services et directrice des ressources humaines et donc que son ancien chef de service n'y assisterait pas et qu'elle était elle-même assistée de deux représentants syndicaux, ne saurait constituer un accident au sens des dispositions précitées telles que précisées au point 4. Il ressort en outre d'un courriel du 3 août 2020 que la réunion a eu lieu dans le bureau de la directrice des ressources humaines au deuxième étage de l'hôtel de ville et non dans le bureau du directeur général des services situé au premier étage à proximité du bureau occupé par l'ancien chef de service de Mme A, la commune s'étant ainsi assurée que cette dernière ne le croiserait pas. Enfin, la commission de réforme a émis le 15 septembre 2020 un avis défavorable concernant l'imputabilité au service de l'évènement en cause en l'absence de lien direct avec l'accident du 29 juin 2016. Dans ces conditions, nonobstant le contexte professionnel délicat dans lequel Mme A évoluait, attesté le 2 juillet 2020 par le médecin de prévention préconisant l'absence de contact entre ces deux agents, l'entretien du 26 juin 2020 ne saurait être regardé ni comme présentant un caractère de soudaineté constitutif d'un accident de service au sens des dispositions précitées de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 ni comme constituant une rechute de l'accident du 29 juin 2016. Dès lors, le maire de la commune de Cuges-les-Pins a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation refuser par la décision attaquée du 27 octobre 2020 de reconnaître l'imputabilité au service de l'évènement du 26 juin 2020.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 13 novembre 2020.

Sur les frais liés au litige :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme A la somme que la commune de Cuges-les-Pins demande en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Cuges-les-Pins tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Cuges-les-Pins.

Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Hameline, présidente,

Mme Felmy, première conseillère,

Mme Hétier-Noël, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2023.

La rapporteure,

signé

E. Felmy

La présidente,

signé

M.-L. Hameline

La greffière,

signé

B. Marquet

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

2

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