jeudi 20 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2100863 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL CHANON LELEU ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
I. Sous le n° 21000863, par une requête enregistrée le 29 janvier 2021, la société Traitement Eco Compost, représentée par Me Leleu, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2020 prononçant une amende administrative de 15 000 euros à l'encontre de la société Traitement Eco Compost pour son installation de compostage de déchets non dangereux ou de matière végétale, qu'elle exploite parcelle BL n°70, sur le lieu-dit " Château-Noir ", sur le territoire de la commune de Ventabren ;
2°) à titre subsidiaire, de réduire à de plus justes proportions l'amende de 15 000 euros, pour la ramener à une somme de 5 000 euros ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté du 30 novembre 2020 est illégal en raison de l'exécution de la mise en demeure avant l'entrée en vigueur de l'amende ;
- le refus du préfet d'organiser une réunion, au motif du contexte sanitaire lié à l'épidémie de Covid, a entaché la décision d'un vice de procédure substantiel ;
- en ne prenant pas en considération le trouble causé à l'environnement pour déterminer le montant de l'amende, l'arrêté attaqué a méconnu les dispositions de l'article L. 171-8 II 4° du code de l'environnement ;
- l'amende prononcée, qui correspond au maximum prévu par le code de l'environnement, est manifestement disproportionnée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 février 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au non-lieu à statuer et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Il fait valoir, à titre principal, que la requête est devenue sans objet et que la société requérante n'a plus d'intérêt à agir à l'encontre de l'arrête en litige ; à titre subsidiaire, qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Les parties ont été informées, par lettre du 16 mars 2023, qu'en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré du défaut de base légale de l'arrêté en litige par suite de l'annulation par la cour administrative d'appel de Marseille, par son arrêt 19MA03834 du 11 juin 2021, de l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 17 août 2018 portant mise en demeure de la société Traitement Eco Compost.
II. Sous le n° 21000867, par une requête enregistrée le 29 janvier 2021, la société Traitement Eco Compost, représentée par Me Leleu, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2020 prononçant une astreinte journalière administrative de 599 euros à l'encontre de la société Traitement Eco Compost pour son installation de compostage de déchets non dangereux ou de matière végétale, qu'elle exploite parcelle BL n°70, sur le lieu-dit " Château-Noir ", sur le territoire de la commune de Ventabren ;
2°) à titre subsidiaire, de réduire à de plus justes proportions l'astreinte journalière pour la ramener à une somme de 500 euros ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté du 30 novembre 2020 est illégal en raison de l'exécution de la mise en demeure avant l'entrée en vigueur de l'astreinte administrative ;
- le refus du préfet d'organiser une réunion, au motif du contexte sanitaire lié à l'épidémie de Covid, a entaché la décision d'un vice de procédure substantiel ;
- le trouble causé à l'environnement n'a pas été pris en considération dans la fixation du montant de l'astreinte, en méconnaissance de l'article L. 171-8 II 4° du code de l'environnement ;
- à la date de la décision attaquée, la société requérante ne recevait plus de déchets verts sur son site, il est donc inexact d'indiquer qu'elle recevait 2,26 tonnes de déchets par jour ;
- en ne réalisant pas, au minimum, une pondération de ce calcul, le préfet a entaché sa décision d'une erreur de droit ;
- l'astreinte doit être ramenée à de plus justes proportions en application de l'article L. 171-11 du code de l'environnement.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 février 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au non-lieu à statuer et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Il fait valoir les mêmes moyens que ceux exposés sous le n° 2100863.
Les parties ont été informées, par lettre du 16 mars 2023, qu'en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré du défaut de base légale de l'arrêté en litige par suite de l'annulation par la cour administrative d'appel de Marseille, par son arrêt 19MA03834 du 11 juin 2021, de l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 17 août 2018 portant mise en demeure de la société Traitement Eco Compost.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'arrêt de la cour administrative d'appel de Marseille n° 19MA03834 du 11 juin 2021 ;
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A ;
- les conclusions de Mme Beyrend, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Leleu, représentant la société Traitement Eco Compost.
Considérant ce qui suit :
1. La société Traitement Eco Compost a exploité entre le 29 octobre 2015 et le 30 novembre 2020, sur le territoire de la commune de Ventabren (13 122), au lieu-dit " Château-Noir ", une structure de traitement de déchets verts, organiques et bois. L'activité qu'elle exerçait sur la parcelle litigieuse BL n°70 était soumise au régime de la déclaration des installations classées pour la protection de l'environnement. Suite à un rapport de visite de l'inspection de l'environnement du 11 mai 2017, le préfet des Bouches-du-Rhône a pris un premier arrêté le 18 mai 2017, mettant en demeure la requérante de cesser immédiatement la réception de tout déchet sur cette parcelle et de lui transmettre sous un mois la cessation de son activité, de mettre en sécurité le site et de procéder à sa remise en état. Le 27 juin 2017, le préfet des Bouches-du-Rhône a mis en demeure la société Traitement Eco Compost de se doter, pour la partie de son activité soumise à déclaration, de moyens de lutte contre l'incendie dans un délai d'un mois. Le 17 août 2018, suite à un autre rapport de l'inspection des installations classées pour la protection de l'environnement du 28 mars 2018, le préfet des Bouches-du-Rhône a pris un second arrêté de mise en demeure de la requérante, aux fins qu'elle cesse immédiatement la réception de tout déchet sur son exploitation et lui demandant de lui communiquer sous un mois la cessation d'activité prévue à l'article R. 512-66-1 du code de l'environnement et de procéder à la mise en sécurité et à la remise en état du site. Suite à une troisième visite de l'inspection des installations classées le 28 janvier 2020, qui avait pour objet de vérifier le respect des prescriptions de l'arrêté de mise en demeure du 17 août 2018 et qui a constaté que ces dernières n'avaient pas été respectées, le préfet des Bouches-du-Rhône a pris deux arrêtés le 30 novembre 2020, par lesquels il a infligé à la société Traitement Eco Compost une amende administrative de 15 000 euros et une astreinte journalière de 599 euros. La société Traitement Eco Compost demande l'annulation de ces arrêtés.
Sur la jonction des requêtes :
2. Les requêtes susvisées présentées par la société Traitement Eco Compost présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu, par suite, de les joindre, afin de statuer par un seul jugement.
Sur l'exception de non-lieu :
3. Il résulte des dispositions de l'article L. 171-11 du code de l'environnement que les décisions prises en application des articles L. 171-7, L. 171-8 et L. 171-10 de ce code, au titre des contrôles administratifs et mesures de police administrative en matière environnementale, sont soumises à un contentieux de pleine juridiction. Il appartient au juge de ce contentieux de pleine juridiction de se prononcer sur l'étendue des obligations mises à la charge des exploitants par l'autorité compétente au regard des circonstances de fait et de droit existant à la date à laquelle il statue. Lorsque l'autorité administrative, dans le cas où des installations ou ouvrages sont exploités, des objets et dispositifs sont utilisés ou des travaux, opérations, activités ou aménagements sont réalisés irrégulièrement, met en demeure l'intéressé de régulariser sa situation, sur le fondement des dispositions de l'article L. 171-7 du code de l'environnement, l'exécution complète des mesures ou formalités prescrites par cette mise en demeure prive d'objet le recours tendant à son annulation, sur lequel il n'y a, dès lors, plus lieu de statuer.
4. D'une part, le préfet des Bouches-du-Rhône fait valoir qu'il a suspendu l'exécution des arrêtés en litige compte tenu, dans un premier temps, de l'appel formé par la société requérante à l'encontre du jugement du tribunal administratif n° 1807090 du 11 juin 2019 et, dans un second temps, de l'arrêt de la cour administrative d'appel de Marseille n°19MA03834 du 11 juin 2021 annulant ce jugement et l'arrêté préfectoral de mise en demeure du 17 août 2018. Si le préfet fait valoir qu'en conséquence aucun titre de perception n'a été émis à l'encontre de la société requérante en vue de recouvrer les amendes dont il s'agit, il ne résulte pas de l'instruction que les arrêtés du 30 novembre 2020 par lesquels le préfet des Bouches-du-Rhône a prononcé une amende administrative et une astreinte journalière à l'encontre de la société Traitement Eco Compost ont été retirés ou abrogés.
5. D'autre part, le préfet des Bouches-du-Rhône fait valoir que la société requérante a cessé son activité sur le site. A cet égard, il résulte de l'instruction que la société requérante a cessé son activité sur le site, évacué les installations fixes ainsi que les andains de compost. Toutefois, le rapport de l'inspection des installations classées du 12 janvier 2023 faisant suite à une visite d'inspection du 12 mai 2022 relève la présence, sur le site, de deux andains (tas de bois non compostable) et précise que, tant qu'ils ne seront pas évacués ou autorisés à rester sur le site, ils constituent des éléments combustibles de nature à faire subsister un risque incendie. Ce rapport conclut que la mise en sécurité du site ne peut être prononcée à stade. Le préfet des Bouches-du-Rhône n'est, dès lors, pas fondé à soutenir qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les requêtes.
Sur la fin de non-recevoir :
6. Le préfet soulève une fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt à agir de la requérante, suite à la transmission par la société d'un dossier de cessation d'activité à la préfecture le 30 novembre 2020 et à l'arrêt rendu par la cour administrative d'appel de Marseille le 11 juin 2021. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point précédent, les décisions attaquées n'ont été ni retirées ni abrogées par l'autorité administrative et il n'a pas été justifié de la mise en sécurité du site. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le préfet des Bouches-du-Rhône tirée du défaut d'intérêt à agir de la société requérante doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation des arrêtés du 30 novembre 2020 :
7. L'annulation de l'arrêté du 17 août 2018 portant mise en demeure de la société Traitement Eco Compost par l'arrêt susvisé de la cour administrative d'appel de Marseille a eu pour effet de priver de base légale les deux arrêtés du 30 novembre 2020 infligeant à la société requérante une amende administrative d'une part, et une astreinte journalière d'autre part. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens des requêtes, les arrêtés du 30 novembre 2020 doivent être annulés.
Sur les conclusions aux fins d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à la société Traitement Eco Compost au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les arrêtés du 30 novembre 2020 par lesquels le préfet des Bouches-du-Rhône a prononcé une amende administrative de 15 000 euros et une astreinte journalière administrative de 599 euros à l'encontre de la société Traitement Eco Compost, sont annulés.
Article 2 : Une somme de 1 500 euros est mise à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Traitement Eco Compost et au ministre de la transition écologique.
Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.
Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Laso, président,
Mme Niquet, première conseillère,
Mme Ollivaux, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.
La rapporteure,
Signé
J. A
Le président,
Signé
J.-M. Laso
Le greffier,
Signé
P. Giraud
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône, en ce qui le concerne, et à tous les commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
Pour la greffière en chef,
Le greffier,
2 et 2100867
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026