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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2100920

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2100920

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2100920
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantFIOL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 février 2021 et des mémoires en réplique enregistrés le 13 décembre 2021, le 25 janvier 2022 ainsi qu'un mémoire récapitulatif enregistré le 25 février 2022, Mme C A, représentée par Me Fiol, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 décembre 2020 par laquelle le maire de Saint-Martin-de-Crau l'a informée du non renouvellement de son contrat ;

2°) d'enjoindre à la commune de Saint-Martin-de-Crau de la recruter en contrat à durée indéterminée et de reconstituer sa carrière en conséquence ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Martin-de-Crau une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'un vice de procédure en raison du non-respect du délai de prévenance ;

- l'administration ne justifie pas d'un motif tiré de l'intérêt du service pour refuser de renouveler son contrat ;

- la décision attaquée méconnaît l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984 et l'article 15 de la loi du 26 juillet 2005 ;

- elle remplit les conditions pour être recrutée en contrat à durée indéterminée ;

- la décision attaquée constitue une sanction disciplinaire déguisée ;

- la décision est entachée d'un détournement de pouvoir dès lors qu'elle est en réalité motivée par le courrier qu'elle a adressé au maire le 15 octobre 2020 sollicitant son recrutement en contrat à durée indéterminée.

Par des mémoires en défense, enregistré le 19 octobre 2021, ce dernier n'ayant pas été communiqué, la commune de Saint-Martin-de-Crau, représentée par Me Ladouari, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 28 janvier 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 18 mars 2022 à 12h.

Un mémoire, enregistré pour la commune de Saint-Martin-de-Crau le 18 mars 2022 à 12h30, n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- la loi n° 2005-843 du 26 juillet 2005 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de M. Ouillon, rapporteur public,

- les observations de Me Van Robays, représentant Mme A, et de Me Daimallah, représentant la commune de Saint-Martin-de-Crau.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a été recrutée au sein des services de la commune de Saint-Martin-de-Crau pour exercer des fonctions d'agent de service, d'entretien des bâtiments communaux et de surveillance par le biais de contrats à durée déterminée successifs conclus entre le 31 mai 2013 et le 18 décembre 2020. Après un entretien s'étant tenu le 13 octobre 2020, le maire l'a informée, par courrier du 9 décembre 2020, du non renouvellement de son contrat à son terme le 18 décembre 2020. Mme A demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 38-1 du décret du 15 février 1988 relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale, dans sa rédaction alors applicable : " Lorsqu'un agent contractuel a été engagé pour une durée déterminée susceptible d'être renouvelée en application des dispositions législatives ou réglementaires qui lui sont applicables, l'autorité territoriale lui notifie son intention de renouveler ou non l'engagement au plus tard : () / - deux mois avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée égale ou supérieure à deux ans ; () ".

3. Si la méconnaissance de cette règle est susceptible, le cas échéant, d'engager la responsabilité de l'administration, elle est sans incidence sur la légalité d'une décision de non-renouvellement du contrat. Par suite, et en l'absence de conclusions indemnitaires relatives au préjudice qui aurait pu être causé par la méconnaissance du délai de prévenance, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées ne peut qu'être écarté comme inopérant.

4. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article 15 de la loi du 26 juillet 2005 portant diverses mesures de transposition du droit communautaire à la fonction publique : " I. - Lorsque l'agent, recruté sur un emploi permanent, est en fonction à la date de publication de la présente loi ou bénéficie, à cette date, d'un congé en application des dispositions du décret mentionné à l'article 136 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, le renouvellement de son contrat est soumis aux conditions prévues aux septième et huitième alinéas de l'article 3 de la même loi. Lorsque, à la date de publication de la présente loi, l'agent est en fonction depuis six ans au moins, de manière continue, son contrat ne peut, à son terme, être reconduit que par décision expresse pour une durée indéterminée. II. - Le contrat est, à la date de publication de la présente loi, transformé en contrat à durée indéterminée, si l'agent satisfait, le 1er juin 2004 ou au plus tard au terme de son contrat en cours, aux conditions suivantes : 1° Etre âgé d'au moins cinquante ans ; 2° Etre en fonction ou bénéficier d'un congé en application des dispositions du décret mentionné à l'article 136 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 précitée ; 3° Justifier d'une durée de services effectifs au moins égale à six ans au cours des huit dernières années ; 4° Occuper un emploi en application des quatrième, cinquième ou sixième alinéas de l'article 3 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 précitée dans une collectivité ou un établissement mentionné à l'article 2 de la même loi. ".

5. Mme A n'est pas fondée à se prévaloir des dispositions de l'article 15 de la loi du 26 juillet 2005 précitées qui prévoient, sous certaines conditions, que la transformation de son contrat en contrat à durée indéterminée est obligatoirement proposée à l'agent contractuel d'une collectivité territoriale dès lors qu'elle n'était pas en fonction au sein des services de la commune à la date de publication de cette loi.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa rédaction applicable : " Les collectivités et établissements mentionnés à l'article 2 peuvent recruter temporairement des agents contractuels sur des emplois non permanents pour faire face à un besoin lié à : 1° Un accroissement temporaire d'activité, pour une durée maximale de douze mois, compte tenu, le cas échéant, du renouvellement du contrat, pendant une même période de dix-huit mois consécutifs ; () ". Aux termes de l'article 3-3 de cette loi : " Par dérogation au principe énoncé à l'article 3 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 précitée et sous réserve de l'article 34 de la présente loi, des emplois permanents peuvent être occupés de manière permanente par des agents contractuels dans les cas suivants : 1° Lorsqu'il n'existe pas de cadre d'emplois de fonctionnaires susceptibles d'assurer les fonctions correspondantes ; 2° Lorsque les besoins des services ou la nature des fonctions le justifient et sous réserve qu'aucun fonctionnaire n'ait pu être recruté dans les conditions prévues par la présente loi ; 3° Pour les communes de moins de 1 000 habitants et les groupements de communes regroupant moins de 15 000 habitants, pour tous les emplois ; 3° bis Pour les communes nouvelles issues de la fusion de communes de moins de 1 000 habitants, pendant une période de trois années suivant leur création, prolongée, le cas échéant, jusqu'au premier renouvellement de leur conseil municipal suivant cette même création, pour tous les emplois ; 4° Pour les autres collectivités territoriales ou établissements mentionnés à l'article 2, pour tous les emplois à temps non complet lorsque la quotité de temps de travail est inférieure à 50 % ; 5° Pour les emplois des communes de moins de 2 000 habitants et des groupements de communes de moins de 10 000 habitants dont la création ou la suppression dépend de la décision d'une autorité qui s'impose à la collectivité ou à l'établissement en matière de création, de changement de périmètre ou de suppression d'un service public. Les agents ainsi recrutés sont engagés par contrat à durée déterminée d'une durée maximale de trois ans. Ces contrats sont renouvelables par reconduction expresse, dans la limite d'une durée maximale de six ans. Si, à l'issue de cette durée, ces contrats sont reconduits, ils ne peuvent l'être que par décision expresse et pour une durée indéterminée ".

7. La requérante soutient que ses contrats à durée déterminée, sur le fondement desquels la commune de Saint-Martin-de-Crau l'a employée depuis 2013, ont été motivés non par la nécessité de faire face à un accroissement temporaire d'activité mais, en réalité, par la nécessité de pourvoir un emploi permanent, de sorte qu'elle aurait dû bénéficier d'un contrat à durée indéterminée en application de l'article 3-3 précité de la loi du 26 janvier 1984. Toutefois, Mme A, qui était recrutée sur un poste d'adjoint technique de catégorie C, n'entrait pas dans le champ d'application des dispositions de cet article. Par ailleurs, si l'intéressée soutient qu'elle a fait l'objet de renouvellements abusifs de contrats à durée déterminée, cette circonstance, si elle ne fait nullement obstacle à ce que l'agent concerné puisse se voir reconnaître un droit à l'indemnisation du préjudice en résultant, ne lui confère pas un droit à la transformation de son contrat en durée indéterminée et par suite, est sans incidence sur la légalité de la décision de non-renouvellement de son dernier contrat. Il suit de là que le moyen tiré de ce que le contrat de Mme A devrait être requalifié en contrat à durée indéterminée ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté.

8. Si Mme A soutient encore que commune lui aurait indiqué, à l'occasion d'un entretien le 1er octobre 2020, qu'elle pourrait être nommée en qualité de fonctionnaire stagiaire, un tel élément n'est pas établi par les pièces du dossier et en tout état de cause, sans influence sur la légalité de la décision de non renouvellement attaquée.

9. En quatrième lieu, un agent qui a été recruté par un contrat à durée déterminée ne bénéficie d'aucun droit au renouvellement de son contrat. Toutefois, l'administration ne peut légalement décider, au terme de son contrat, de ne pas le renouveler que pour un motif tiré de l'intérêt du service. Un tel motif s'apprécie au regard des besoins du service ou de considérations tenant à la personne de l'agent. Dès lors qu'elles sont de nature à caractériser un intérêt du service justifiant le non-renouvellement du contrat, la circonstance que des considérations relatives à la personne de l'agent soient par ailleurs susceptibles de justifier une sanction disciplinaire ne fait pas obstacle, par elle-même, à ce qu'une décision de non-renouvellement du contrat soit légalement prise, pourvu que l'intéressé ait alors été mis à même de faire valoir ses observations.

10. La décision de ne pas renouveler le contrat de Mme A est fondée sur des motifs tirés, d'une part, de son insuffisance professionnelle, notamment un manque de respect des procédures et d'autre part, de l'impossibilité de ne plus l'affecter, à sa demande, sur des horaires du soir. Il ressort du compte-rendu d'entretien professionnel de l'intéressée du 26 novembre 2020 que si plusieurs éléments d'appréciation ont été évalués par le qualificatif " correct " (intégration dans l'équipe, intérêt au travail), quatre sur dix ont été qualifiés de " moyen " (ponctualité, efficacité, qualités relationnelles, adaptabilité) et, s'agissant de la qualité du travail, de " mauvais ". L'entretien du 9 octobre 2020 évalue également quatre items en " moyen ", parmi lesquels les qualités relationnelles, l'appréciation littérale précisant que Mme A " doit apprendre à ne pas parler sur ses postes et avec les autres agents ", le critère " efficacité " étant seulement évalué en " correct ", assorti du commentaire que l'intéressée travaille trop vite. L'évaluation du 18 juin 2020, si elle indique que la requérante est " un bon agent, toujours disponible ", mentionne également qu'elle doit progresser dans les finitions, " ne pas émettre de jugements sur le travail des autres " et qu'elle " doit faire attention à ne pas parler sur les postes ". Il ressort en outre d'un rapport établi le 23 novembre 2020 par la directrice des ressources humaines qu'il est reproché à la requérante d'avoir effectué un mélange de produits en méconnaissance des consignes sanitaires sans en avertir sa hiérarchie, ce qui a causé un accident de service d'une de ses collègues. Au regard de ces éléments, qui démontrent une insuffisance professionnelle de la requérante, cette dernière n'est pas fondée à soutenir que la décision de la commune de ne pas renouveler son contrat n'aurait pas été prise dans l'intérêt du service et serait ainsi entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

11. En cinquième lieu, contrairement à ce que soutient Mme A, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que la décision attaquée est motivée par l'intérêt du service. La seule circonstance que l'intéressée a fait l'objet d'une sanction de blâme le 17 décembre 2020, postérieurement à la décision attaquée, n'est pas de nature à révéler que l'administration aurait eu, en décidant de ne pas renouveler son contrat, l'intention de la sanctionner. Par suite, cette décision ne constitue pas une sanction disciplinaire mais une décision de non-renouvellement de contrat de travail fondée notamment sur des considérations relatives à sa personne, par ailleurs susceptibles de justifier une sanction disciplinaire. Le moyen tiré de ce que la décision attaquée constituerait une sanction déguisée doit, par suite être écarté.

12. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 2° Infligent une sanction ; / () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; () ".

13. La décision de non-renouvellement à son terme d'un contrat à durée déterminée d'un agent public, même prise pour des raisons tirées de la manière de servir de l'intéressé, n'est pas au nombre des décisions qui doivent être motivées, sauf à ce qu'elle ait été prise pour des motifs disciplinaires. Ainsi qu'il a été dit au point 11, la décision contestée ne constitue pas une sanction disciplinaire. Par conséquent, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée, qui en tout état de cause manque en fait, ne peut qu'être écarté comme inopérant.

14. Enfin, si Mme A soutient que le non renouvellement de son contrat serait motivé par le courrier qu'elle a adressé le 10 septembre 2020 au maire de la commune par le biais de son conseil, dans lequel elle sollicitait sa titularisation, le détournement de pouvoir ainsi allégué n'apparaît pas établi.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de Mme A présentées contre la décision du 9 décembre 2020 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions en injonction.

Sur les frais d'instance :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Saint Martin-de-Crau, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamnée à payer à Mme A la somme qu'elle demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune de Saint-Martin-de-Crau présentées au titre des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Saint-Martin-de-Crau présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et à la commune de Saint-Martin-de-Crau.

Délibéré après l'audience du 29 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Hameline, présidente,

M. Garron, premier conseiller,

Mme Simeray, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

La rapporteure,

signé

C. B

La présidente,

signé

M-L. Hameline Le greffier,

signé

C. Alves

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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