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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2100926

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2100926

mardi 6 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2100926
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantGONAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 janvier 2021 et un mémoire, enregistré le 9 avril 2021, M. A B, représenté par Me Gonand, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 31 juillet 2020 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de faire droit à sa demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse, et les décisions par lesquelles il a implicitement puis, le 11 février 2021, explicitement rejeté son recours gracieux formé le 1er octobre 2020 ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de faire droit à sa demande dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions du 31 juillet 2020 et du 11 février 2021 sont entachées d'incompétence de leur signataire ;

- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur de fait, d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation de ses ressources au regard de l'article 4 de l'accord franco-algérien.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 décembre 2021, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, est titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 8 mai 2027. Le 22 juillet 2019, il a sollicité l'introduction en France de son épouse au titre du regroupement familial. Par une décision du 31 juillet 2020, le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de faire droit à sa demande au motif que M. B ne justifie pas de ressources stables pour subvenir aux besoins de sa famille. L'intéressé a formé un recours gracieux contre cette décision le 1er octobre 2020, rejeté par une décision du 11 février 2021. M. B demande au tribunal l'annulation de ces deux décisions ainsi que de la décision implicite de rejet résultant du silence du préfet des Bouches-du-Rhône sur son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, lorsqu'un requérant conteste, dans les délais de recours, une décision implicite de rejet et une décision expresse de rejet intervenue postérieurement, ses conclusions doivent être regardées comme dirigées uniquement contre la seconde décision, qui s'est substituée à la première. Dès lors, les conclusions de la requête doivent être regardées comme dirigées contre la décision expresse de rejet du 11 février 2021 intervenue à la suite du recours gracieux formé par M. B le 1er octobre 2020, qui s'est substituée à la décision implicite de rejet de ce recours.

3. Aux termes de l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () / Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : / 1 - le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. Sont pris en compte toutes les ressources du demandeur et de son conjoint indépendamment des prestations familiales. L'insuffisance des ressources ne peut motiver un refus si celles-ci sont égales ou supérieures au salaire minimum interprofessionnel de croissance () ". Aux termes de l'article R. 411-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions sont également applicables aux ressortissants algériens dès lors qu'elles sont compatibles avec les stipulations de l'accord franco-algérien : " () les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. ".

4. M. B est co-gérant associé de la société MetM, dont l'objet est " le lavage automatique économique, le nettoyage et l'import-export ". Il est constant que les revenus de M. B sur la période considérée sont suffisants, ce dernier ayant déclaré, au titre de l'année 2018, un salaire de 24 000 euros et au titre de l'année 2019, 25 200 euros, soit un montant supérieur au salaire minimum de croissance au cours de la période de référence. Il ressort des pièces du dossier que si l'entreprise de M. B a enregistré un résultat d'exploitation déficitaire en 2018 de 49 245 euros, ce résultat était excédentaire en 2019, s'élevant à 16 839 euros. En outre, l'entreprise a registré un bénéfice net imposable de 8 547 euros en 2018 et de 1 563 euros en 2019. Il ressort également des pièces du dossier que les disponibilités de la société ont augmenté entre 2018 et 2019, passant de 38 259 euros à 73 254 euros et qu'elles couvrent la totalité des dettes détenues par la société au 31 décembre 2019, lesquelles s'élèvent à 71 157 euros. En outre il ressort des pièces du dossier, et notamment d'une attestation de l'expert-comptable de la société établie le 8 septembre 2020, que ces dettes sont majoritairement composées des comptes courant d'associés et comportent 4 395 euros de dettes fournisseurs et 24 976 euros de dettes fiscales, cela n'étant que la conséquence de la comptabilité d'engagement et ne révélant aucune fragilité financière de la société. Dans ces conditions, en refusant d'attribuer le bénéfice du regroupement familial au motif que la comptabilité de la société de M. B montrerait une absence de rentabilité, de faibles disponibilités financières ainsi que des dettes avec les fournisseurs et fiscales s'élevant à 71 475 euros, le préfet a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation de la stabilité des revenus du requérant.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du préfet des Bouches-du-Rhône du 31 juillet 2020 et de la décision du 11 février 2021 qui a rejeté son recours gracieux.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. Eu égard à son motif, l'exécution du présent jugement implique nécessairement, sous réserve de changements de circonstances, qu'une autorisation de regroupement familial soit délivrée à M. B au bénéfice de son épouse. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de faire droit à la demande du requérant dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Les décisions du 31 juillet 2020 et du 11 février 2021 du préfet des Bouches-du-Rhône sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône, sous réserve d'un changement de circonstances, de faire droit à la demande de regroupement familial présentée par M. B au bénéfice de son épouse, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera la somme de 1 200 euros à M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Simeray, première conseillère,

Mme Devictor, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2022.

La rapporteure,

Signé

C. C

Le président,

Signé

P-Y. GonneauLa greffière,

Signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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