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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2100996

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2100996

jeudi 22 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2100996
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSELARL COUPE PEYRONNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 2 février 2021 et le 15 février 2023, la société Cathédrale d'Images, représentée par Me Peyronne, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 décembre 2020 par lequel le maire de la commune des Baux-de-Provence a autorisé la société Culturespaces à poursuivre son exploitation d'un établissement recevant du public ;

2°) de mettre à la charge de la commune des Baux-de-Provence la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le voisin direct d'un établissement recevant du public justifie d'un intérêt à agir contre l'autorisation délivrée au titre du code de la construction et de l'habitation, dès lors qu'il établit que le projet autorisé est de nature à avoir un impact sur la jouissance du bien dont il est propriétaire ;

- il n'est pas déterminant que la parcelle AC n° 66 de la requérante ne soit pas occupée, dès lors qu'il s'agit de son siège social historique ;

- les constats d'huissier du 27 mars 2012 et du 28 février 2013 attestent d'une occupation de la parcelle de la requérante ;

- l'arrêté attaqué constitue une décision autonome faisant grief à la société requérante en tant qu'elle a autorisé la poursuite de l'exploitation des Carrières par la société Culturespaces, elle ne peut être assimilée au simple accord prévu par les articles L. 111-8 du code de la construction et de l'habitation et de l'article L. 425-3 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté délivré par le maire de la commune des Baux-de-Provence aura une incidence majeure sur les conditions d'occupation, d'utilisation et de jouissance de la parcelle AC n° 66 lui appartenant, alors que cette parcelle n'est grevée d'aucune servitude ni droit de passage ;

- le permis de construire délivré au pétitionnaire aurait dû être signé par le maire en qualité de représentant de l'Etat, au titre de la police relative aux établissements recevant du public, alors que faute de précision, le maire a délivré cette autorisation au nom de la commune ;

- la décision litigieuse a été édictée au terme d'une procédure irrégulière, l'arrêté attaqué ayant été adopté au visa de la commission d'arrondissement pour la sécurité contre les risques d'incendie et de panique dans les établissements recevant du public, pour laquelle il n'est pas établi que sa présidente bénéficiait bien d'une délégation de signature ;

- le bénéfice de deux des trois issues de secours ne peut être efficacement revendiqué par Culturespaces, l'issue de secours n°1 se confondant avec le chemin permettant d'accéder à l'entrée de la salle Dante, soit une configuration contraire aux règles de sécurité et la troisième issue de secours nécessite de passer sur la parcelle cadastrée AC n° 72, correspondant à une propriété communale en site classé, non sécurisée et soumise à un risque d'éboulement de roches ;

- les conditions dans lesquelles l'évacuation du public est susceptible d'intervenir ne répondent pas aux exigences de sécurité ;

- s'agissant de la troisième issue de secours envisagée, le public est appelé à emprunter un chemin interdit depuis des années à la circulation des véhicules et des piétons ;

- la première issue de secours se confond avec l'entrée principale du site, or les deux flux d'entrée et de sortie n'ont pas vocation à se mélanger dans un établissement recevant du public ;

- le dossier déposé par la société Culturespaces méconnaît l'article R. 123-22 du code de la construction et de l'habitation ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'arrêté du 20 avril 2017 relatif à l'accessibilité aux personnes handicapées des établissements recevant du public lors de leur construction et des installations ouvertes au public lors de leur aménagement ;

- le dossier déposé par Culturespaces méconnaît l'article D. 111-19-18 du code de la construction et de l'habitation ;

- les travaux poursuivis par Culturespaces portent sur un établissement recevant du public non réglementairement agréé et doivent faire l'objet d'un permis de construire en bonne et due forme, or le pétitionnaire a déposé deux dossiers, l'un au titre du droit de l'urbanisme, l'autre au titre des établissements recevant du public, alors qu'il aurait fallu un seul arrêté de permis de construire valant autorisation au titre de l'article L. 111-8 du code de la construction et de l'habitation ;

- l'issue de secours n° 3 qui était visée par une interdiction de circuler résultant d'un arrêté municipal du 15 décembre 1998 présente une dangerosité certaine, l'abrogation de cet arrêté ne concerne que la parcelle AC n° 120 exploitée des Carrières pour des spectacles et réceptions, mais pas la parcelle communale contiguë AC n° 72, frappée d'interdiction de circulation des piétons et des véhicules ;

- les parcelles AC n° 72 et AC n° 120, qui constituent l'assiette de l'issue de secours n° 3, sont toujours jalonnées de panneaux mentionnant l'interdiction de circuler ;

- le chemin auquel public et fournisseurs sont censés accéder correspond toujours à une zone présentant un risque d'éboulement.

Par deux mémoires en défense enregistrés le 10 janvier 2023 et le 2 mars 2023, la société Culturespaces, représentée par Me Sur-Le Liboux, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 6 000 euros soit mise à la charge de la société Cathédrale d'Images au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir d'une part, à titre principal, que la requête est irrecevable pour défaut d'intérêt à agir de la société Cathédrale d'Images, et d'autre part que la requête méconnaît le principe de l'estoppel. A titre subsidiaire, elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par deux mémoires en défense enregistrés le 12 janvier 2023 et le 9 mars 2023, la commune des Baux-de-Provence, représentée par Me de Folleville, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge de la société Cathédrale d'Images au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir, à titre principal, que la requête est irrecevable car elle est dirigée d'une part contre un acte préparatoire insusceptible de recours, d'autre part que la requérante est dépourvue d'intérêt à agir, et à titre subsidiaire, qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Un mémoire de la requérante, enregistré le 16 mars 2023, n'a pas été communiqué en application de l'article R. 611-1 du code de justice administrative.

L'instruction a été close le 17 mars 2023 par une ordonnance du 3 mars 2023 prise en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ollivaux,

- les conclusions de Mme Beyrend, rapporteure publique,

- et les observations de Me Peyronne pour la société Cathédrale d'Images, de Me de Folleville pour la commune des Baux-de-Provence, et de Me Sur-Le Liboux pour la société Culturespaces.

Considérant ce qui suit :

1. La société Culturespaces bénéficie depuis 2010 d'une délégation de service public portant sur la mise en valeur culturelle d'une partie des carrières des Bringasses et des Grands Fonds appartenant à la commune des Baux-de-Provence. Par un arrêt n° 20MA03656 du 28 novembre 2022, frappé d'un pourvoi en cassation toujours pendant, la cour administrative d'appel de Marseille a annulé la délégation de service public attribuée à cette société, à compter du 1er novembre 2023. Par un arrêté du 2 décembre 2020, le maire des Baux-de-Provence a délivré à la société Culturespaces un permis de construire sur les parcelles cadastrées AC0120 et AC0065 aux fins de réaliser des travaux d'aménagement relatifs à la mise aux normes en matière de sécurité et d'accessibilité aux personnes à mobilité réduite, et de procéder à la démolition partielle d'une rampe. Par un autre arrêté daté du même jour, le maire de la commune a autorisé Culturespaces à poursuivre l'exploitation d'un établissement recevant du public et conditionné cette poursuite au respect de prescriptions en matière d'incendie et de secours et en matière d'accessibilité des personnes à mobilité réduite. La société Cathédrale d'Images, précédent exploitant du site et propriétaire d'une parcelle cadastrée AC n° 66 située à proximité des carrières, demande au tribunal d'annuler l'arrêté autorisant la société Culturespaces à poursuivre son exploitation.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la commune des Baux-de-Provence :

2. Aux termes de l'article L. 111-8 du code de la construction et de l'habitation dans sa version applicable au litige : " Les travaux qui conduisent à la création, l'aménagement ou la modification d'un établissement recevant du public ne peuvent être exécutés qu'après autorisation délivrée par l'autorité administrative qui vérifie leur conformité aux règles prévues aux articles L. 111-7, L. 123-1 et L. 123-2. / Lorsque ces travaux sont soumis à permis de construire, celui-ci tient lieu de cette autorisation dès lors que sa délivrance a fait l'objet d'un accord de l'autorité administrative compétente mentionnée à l'alinéa précédent. Toutefois, lorsque l'aménagement intérieur d'un établissement recevant du public ou d'une partie de celui-ci n'est pas connu lors du dépôt d'une demande de permis de construire, le permis de construire indique qu'une autorisation complémentaire au titre de l'article L. 111-8 du code de la construction et de l'habitation devra être demandée et obtenue en ce qui concerne l'aménagement intérieur du bâtiment ou de la partie de bâtiment concernée avant son ouverture au public () ". Et aux termes de l'article R. 111-19-3 du code de la construction et de l'habitation, dans sa version alors applicable, " Le ministre chargé de la construction, le ministre chargé des personnes handicapées et, le cas échéant, le ou les ministres intéressés fixent, par arrêté, les obligations particulières auxquelles doivent satisfaire, dans le but d'assurer leur accessibilité, les établissements et installations recevant du public assis, les établissements disposant de locaux d'hébergement ouverts au public, les établissements et installations comportant des douches, des cabines d'essayage, d'habillage ou de déshabillage et les établissements et installations comportant des caisses de paiement disposées en batterie. Cet arrêté prévoit la possibilité pour le maître d'ouvrage de satisfaire à ces obligations par des solutions d'effet équivalent aux dispositions techniques de l'arrêté dès lors que ces solutions répondent aux objectifs poursuivis ". Enfin, aux termes de l'article L. 425-3 du code de l'urbanisme, dans sa version alors applicable : " Lorsque le projet porte sur un établissement recevant du public, le permis de construire tient lieu de l'autorisation prévue par l'article L. 111-8 du code de la construction et de l'habitation dès lors que la décision a fait l'objet d'un accord de l'autorité administrative compétente qui peut imposer des prescriptions relatives à l'exploitation des bâtiments en application de l'article L. 123-2 du code de la construction et de l'habitation. Le permis de construire mentionne ces prescriptions. Toutefois, lorsque l'aménagement intérieur d'un établissement recevant du public ou d'une partie de celui-ci n'est pas connu lors du dépôt d'une demande de permis de construire, le permis de construire indique qu'une autorisation complémentaire au titre de l'article L. 111-8 du code de la construction et de l'habitation devra être demandée et obtenue en ce qui concerne l'aménagement intérieur du bâtiment ou de la partie de bâtiment concernée avant son ouverture au public ".

3. Il résulte de ces dispositions que l'accord délivré par l'autorité compétente pour qu'un permis de construire, tenant également lieu d'autorisation d'exploitation d'un établissement recevant du public, puisse être délivré, constitue une mesure préparatoire à la délivrance de ce permis de construire, seule décision susceptible de recours contentieux. Dans ces conditions, les conclusions tendant à l'annulation de l'accord délivré par le maire des Baux-de-Provence au nom de l'Etat, alors même qu'il est formalisé par un acte distinct du permis de construire accordé par cette même autorité le 2 décembre 2020, sont dirigées contre un acte insusceptible de recours et ne sont pas recevables.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres fins de non-recevoir opposées en défense, que la fin de non-recevoir tirée de ce que l'arrêté attaqué est un accord de poursuite d'exploitation préparatoire à la délivrance du permis de construire, insusceptible de recours, doit être accueillie. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune des Baux-de-Provence, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la société Cathédrale d'Images demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la société Culturespaces et de la commune des Baux-de-Provence présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Cathédrale d'Images est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la société Culturespaces et de la commune des Baux-de-Provence présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Cathédrale d'Images, à la société Culturespaces et à la commune des Baux-de-Provence.

Copie en sera faite au préfet des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 7 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Laso, président,

Mme Niquet, première conseillère,

Mme Ollivaux, première conseillère,

Assistés de M. Giraud, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juin 2023.

La rapporteure,

Signé

J. Ollivaux

Le président,

Signé

J-M. Laso

Le greffier,

Signé

P. Giraud

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier

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