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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2101015

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2101015

mercredi 18 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2101015
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantMALBEC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 février 2021, la société Panetière du Canet, représentée par Me Malbec, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 février 2021 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a ordonné la fermeture administrative de la boulangerie-pâtisserie qu'elle exploite sous l'enseigne " Le fournil du Panet ", située 136 boulevard Danielle Casanova à Marseille, pour une durée de quinze jours ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- son recours est recevable et elle a intérêt à agir ;

- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure en ce qu'il méconnait le principe du contradictoire dès lors que les observations de son représentant légal n'ont pas été recueillies ;

- l'arrêté est entaché de plusieurs vices de forme, en l'absence de renseignement de sa date et de sa numérotation, du fait du caractère erroné de sa propre identification, de l'absence de celle du service de police ou de gendarmerie ayant procédé aux constatations, du fait que la personne ayant rédigé la décision n'est pas identifiable, de la signature de l'acte avant même qu'il soit rédigé, et d'un libellé des faits équivoque et imprécis ;

- elle a tout mis en œuvre pour que les exigences textuelles liées à la prévention du covid-19 soient respectées au sein de la boulangerie-pâtisserie en procédant à un affichage à l'attention des personnels, à la formation de ceux-ci, et à la fourniture de masques et de gel hydro-alcoolique ;

- les manquements supposés ont été constatés en l'absence du représentant légal ;

- la décision de fermeture repose sur des faits imprécis, voire inexacts, dès lors que certains employés, seuls dans une pièce, n'avaient pas à porter le masque, que d'autres étaient séparés de la clientèle par des vitres en plexiglass, et que le grief tenant à l'absence de gel est insuffisamment précis ;

- la décision de fermeture est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juillet 2021, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 2020-1379 du 14 novembre 2020 ;

- le décret n° 2020-1257 du 14 octobre 2020 ;

- le décret n° 2020-1310 du 29 octobre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Forest a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 30 janvier 2021, le préfet des Bouches-du-Rhône a mis en demeure la société Panetière du Canet, qui exploite une boulangerie-pâtisserie, de se conformer aux dispositions du décret du 29 octobre 2020 qui imposait à cette date aux commerces, entre autres mesures de prévention sanitaire, un horaire de fermeture à 18 heures, alors qu'avait été constaté le même jour une ouverture de la boulangerie-pâtisserie à 20 heures. Le 3 février suivant, le commissaire de police a transmis au préfet des Bouches-du-Rhône un compte-rendu d'infraction faisant état de ce qu'un contrôle de l'établissement effectué le même jour avait permis de constater l'absence de port du masque par quatre salariés et de gel hydro-alcoolique dans les locaux de la boulangerie-pâtisserie. Par arrêté du même jour, le préfet des Bouches-du-Rhône a ordonné la fermeture administrative de l'établissement pour une durée de 15 jours à compter de sa notification, effectuée le 4 février 2021. La société Panetière du Canet demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui :1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 121-1 du même code : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Enfin, aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles () ".

3. Compte tenu de l'état d'urgence sanitaire, déclaré par décret du 14 octobre 2020 à compter du 17 octobre 2020 puis prorogé par la loi du 14 novembre 2020 autorisant la prorogation de l'état d'urgence sanitaire jusqu'au 1er juin 2021 et portant diverses mesures de gestion de la crise sanitaire, le préfet des Bouches-du-Rhône justifie d'une situation d'urgence à ordonner la fermeture de l'établissement exploité sous l'enseigne " Panetière du Canet " et de circonstances exceptionnelles au sens de l'article L. 121-2 précité. Par suite, l'absence de mise en œuvre d'une procédure contradictoire n'a pas eu pour conséquence d'entacher d'irrégularité l'arrêté litigieux.

4. En deuxième lieu, aucune disposition légale ou réglementaire, ni aucun principe général du droit, n'imposaient au préfet de numéroter sa décision, d'identifier précisément le service de police ou de gendarmerie ayant procédé à la constatation des faits reprochés ainsi que, le cas échéant, la personne ayant rédigé la décision. La date de la décision apparait bien sur celle-ci, en seconde page. La circonstance que le préfet aurait signé l'arrêt avant même qu'il soit préparé n'est, en tout état de cause, pas établie.

5. En troisième lieu, la fermeture administrative d'un commerce ordonnée par le préfet sur le fondement des mesures réglementaires précitées aux fins de garantir la santé publique, et ainsi, d'éviter la propagation du covid-19, a pour objet de prévenir la continuation ou le retour de désordres liés à la fréquentation ou aux conditions d'exploitation de l'établissement. Si la mesure de fermeture administrative concerne l'établissement et non la personne de l'exploitant, l'arrêté qui prononce cette mesure est bien opposable à la personne qui exploite cet établissement. En conséquence, la circonstance que l'arrêté attaqué se borne à viser l'établissement à l'enseigne "Le fournil du Canet" et non la société Panetière du Canet qui l'exploite est, par elle-même, sans incidence sur sa légalité.

6. En quatrième lieu, si, au titre des faits constatés, l'arrêté fait état de " quatre employés non démunis de masques de protection et d'absence de gel hydro-alcoolique ", cette simple erreur de plume dans l'adjectif utilisé, pour regrettable qu'elle soit, n'a pu faire naître de confusion quant à la teneur des manquements compte tenu du contexte, et est donc sans incidence sur la légalité de la décision contestée.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 1er du décret du 29 octobre 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de Covid-19 dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire : " I. - Afin de ralentir la propagation du virus, les mesures d'hygiène définies en annexe 1 au présent décret et de distanciation sociale, incluant la distanciation physique d'au moins un mètre entre deux personnes, dites barrières, définies au niveau national, doivent être observées en tout lieu et en toute circonstance () ". Aux termes de l'annexe 1 de ce décret du 29 octobre 2020 : " I. - Les mesures d'hygiène sont les suivantes : - se laver régulièrement les mains à l'eau et au savon (dont l'accès doit être facilité avec mise à disposition de serviettes à usage unique) ou par une friction hydro-alcoolique () ". Aux termes de l'article 27 du même décret du 29 octobre 2020 : " II. - Toute personne de onze ans ou plus porte un masque de protection dans les établissements de type L, X, PA, CTS, V, Y, S, M, A et, à l'exception des bureaux, W, ainsi que, s'agissant de leurs espaces permettant des regroupements, dans les établissements de type O, sans préjudice des autres obligations de port du masque fixées par le présent décret () ". Aux termes du 3ème alinéa de l'article 29 de ce même décret : " Le préfet de département peut, par arrêté pris après mise en demeure restée sans suite, ordonner la fermeture des établissements recevant du public qui ne mettent pas en œuvre les obligations qui leur sont applicables en application du présent décret ".

8. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la police nationale de Marseille a constaté, par procès-verbal établi le 3 février 2021, des manquements avérés à la mise en application des gestes barrière et des mesures sanitaires commis au sein de l'établissement " Le fournil du Canet ", établissement recevant du public de type M, en violation du décret du 29 octobre 2020. La société requérante, si elle expose avoir tout mis en œuvre pour que les gestes barrière soient respectés au sein de la boulangerie pâtisserie, et notamment avoir procédé à un affichage à l'attention des personnels, les avoir formés, leur avoir fourni masques et gel hydro-alcoolique, ne peut utilement soutenir n'être tenue qu'à une obligation de moyen dès lors qu'en application des dispositions rappelées au point 7, le respect des mesures dites " barrières " s'impose en toute circonstance. La circonstance que le gérant était absent à l'occasion du contrôle de police est également sans incidence sur la légalité de l'arrêté litigieux.

9. La société ne peut pas non plus utilement se prévaloir de la circonstance que sur les quatre employés démunis de masque, deux d'entre eux étaient chacun seul dans une pièce, le second portant son masque peut-être de façon imparfaite, et les deux derniers se trouvant dans l'espace de vente avec leur masque porté de manière non conforme mais sans contact possible avec la clientèle compte tenu des séparations en plexiglass, dès lors, en particulier, que le port du masque dans le cou sans couvrir la bouche et le nez n'est pas conforme aux prescriptions du décret du 29 octobre 2020, que les extraits de vidéo qu'elle produit, datés du jour de l'infraction, attestent d'une proximité physique entre les vendeuses et les clients, qui ne sont pas séparés par un plexiglass sur le côté du comptoir de vente, et que le respect des mesures dites " barrières " s'imposait en toute circonstance, donc même en étant seul, ainsi que cela a été exposé au point 8.

Par ailleurs, ni la facture isolée d'achat de gel hydro-alcoolique ni les photographies non datées de récipients posés sur une table, un plan de travail et un évier ne contredisent utilement les constatations effectuées par la police nationale quant à l'absence de gel hydro-alcoolique au sein de la boulangerie-pâtisserie. En outre, la circonstance que la police n'a pas précisé si les bouteilles de gel étaient vides ou totalement absentes est sans incidence sur la légalité de l'arrêté litigieux. Dans ces conditions, la matérialité des faits reprochés à la société Panetière du Canet tels que constatés par les services de police doit être regardée comme établie.

10. D'autre part, compte tenu de la gravité de la situation sanitaire liée à l'épidémie de covid-19, du manque de rigueur dont la société Panetière du Canet a fait preuve quant à la prévention de la transmission du virus et de la durée de la fermeture administrative, limitée à quinze jours, la mesure de police contestée s'avérait nécessaire pour prévenir une réitération de faits de même nature propices au développement du virus et n'était pas disproportionnée au regard de l'objectif de santé publique poursuivi. Le préfet des Bouches-du-Rhône a donc pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, ordonner la fermeture de la boulangerie-pâtisserie " Le fournil du Canet " pour une durée de quinze jours.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par la société requérante doivent être rejetées.

12. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société requérante demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Panetière du Canet est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Panetière du Canet et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Jorda-Lecroq, présidente,

Mme Gaspard-Truc, première conseillère,

Mme Forest, première conseillère,

Assistées par Mme Faure, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2023.

La rapporteure,

Signé

H. Forest

La présidente,

Signé

K. Jorda-Lecroq

La greffière,

Signé

N. Faure

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

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