jeudi 12 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2101647 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | PHILIPPOT |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et un mémoire enregistrés sous le numéro 2101647 les 22 février et 24 juin 2021, la société par actions simplifiée Tam Ky, représentée par Me Philippot, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 29 septembre 2020 par laquelle le directeur général de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis à sa charge la contribution spéciale prévue par l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 54 750 euros et la contribution forfaitaire prévue par l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant de 2 309 euros, ainsi que la décision du 22 décembre 2020 portant rejet de son recours gracieux;
2°) à titre subsidiaire, de réduire le montant de la contribution spéciale ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision de sanction est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière et en méconnaissance des droits de la défense ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation puisqu'elle n'est pas l'employeur de M. D G ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation en raison des faux documents présentés par M. D G.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 mai 2021, l'OFII conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la société Tam Ky ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 2 septembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 2 novembre 2021.
II. Par une requête enregistrée sous le numéro 2107674 le 1er septembre 2021, la société par actions simplifiée Tam Ky, représentée par Me Philippot, demande au tribunal :
1°) d'annuler les deux titres de perception émis par la direction départementale des finances publiques de l'Essonne le 4 novembre 2020 à son encontre pour un montant de 54 750 euros au titre de la contribution spéciale et de 2 309 euros au titre de la contribution forfaitaire ainsi que la décision rejetant implicitement son recours gracieux du 18 janvier 2021 ;
2°) de prononcer la décharge des contributions mises à sa charge ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les titres de perceptions ont été émis par une autorité incompétente ;
- ils n'ont pas été signés ;
- la matérialité des faits n'est pas établie.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 juin 2022, l'OFII conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la société Tam Ky ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée au ministre de l'intérieur et des outre-mer qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par une ordonnance du 9 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 juillet 2022.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- la loi n° 2010-1658 du 29 décembre 2010 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Hétier-Noël, rapporteure,
- les conclusions de Mme Birsen Sarac-Deleigne, rapporteure publique,
- et les observations de Me Philippot, représentant la société Tam Ky.
Une note en délibéré, enregistrée le 9 octobre 2023, a été présentée pour la société Tam Ky dans les instances n° 2101647 et n° 2107674.
Considérant ce qui suit :
1. A l'occasion du contrôle d'une épicerie située à Marseille et exploitée par la société Tam Ky le 10 mars 2020, les services de police ont constaté la présence en action de travail d'un ressortissant vietnamien, M. D G, dépourvu de titre l'autorisant à travailler et séjourner en France et non déclaré. Par une décision du 29 septembre 2020, le directeur général de l'OFII a appliqué à la société Tam Ky la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 54 750 euros et la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement prévue à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant de 2 309 euros. La société Tam Ky a formé un recours gracieux le 23 novembre 2020 qui a été rejeté par l'OFII le 22 décembre 2020. Parallèlement, la direction départementale des finances publiques de l'Essonne a émis le 4 novembre 2020 deux titres de perception à l'encontre de la société requérante pour paiement de ces contributions. La société Tam Ky a formé un recours gracieux auprès de la direction départementale des finances publiques de l'Essonne le 18 janvier 2021 qui est resté sans réponse. La société Tam Ky demande au tribunal l'annulation des décisions de l'OFII mettant à sa charge les contributions spéciale et forfaitaire et rejetant son recours gracieux, ainsi que des deux titres de perception et de la décision implicite de rejet de son recours gracieux contre ceux-ci.
2. Les requêtes numéros 2101647 et 2107674 présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de l'OFII du 29 septembre 2020 :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " () doivent être motivées les décisions qui () infligent une sanction ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Il résulte de ces dispositions qu'une décision qui met à la charge d'un employeur la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui fondent cette sanction.
4. En l'espèce, la décision du directeur général de l'OFII du 29 septembre 2020 se réfère expressément aux textes applicables et au procès-verbal établi le 10 mars 2020 par les services de police à la suite des opérations de contrôle effectuées le même jour au cours desquelles les infractions aux dispositions de l'article L. 8251-1 du code du travail et l'emploi d'un ressortissant étranger démuni de titre de séjour et de travail ont été constatées. La décision attaquée précise les infractions reprochées, les sommes dont est redevable la société Tam Ky, et figure en annexe le nom du salarié étranger démuni de titres autorisant le travail et le séjour, à l'origine de l'application des contributions. Aucune disposition législative ou réglementaire ni aucun principe n'implique que le directeur général de l'OFII soit tenu de viser expressément dans le corps de la décision et non en pièce jointe l'identité de la personne démunie de titre de séjour et d'autorisation de travail. Dès lors, la décision attaquée comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 8253-3 du code du travail : " Au vu des procès-verbaux qui lui sont transmis en application de l'article L. 8271-17, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration indique à l'employeur, par lettre recommandée avec avis de réception ou par tout autre moyen permettant de faire la preuve de sa date de réception par le destinataire, que les dispositions de l'article L. 8253-1 sont susceptibles de lui être appliquées et qu'il peut présenter ses observations dans un délai de quinze jours ". Aux termes de l'article R. 626-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable, " I. - Au vu des procès-verbaux qui lui sont transmis en application de l'article L. 8271-17 du code du travail, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration indique à l'employeur, par lettre recommandée avec avis de réception ou par tout autre moyen permettant de faire la preuve de sa date de réception par le destinataire, que les dispositions de l'article L. 626-1 sont susceptibles de lui être appliquées et qu'il peut présenter ses observations dans un délai de quinze jours". L'article L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration précise que les sanctions " ne peuvent intervenir qu'après que la personne en cause a été informée des griefs formulés à son encontre et a été mise à même de demander la communication du dossier la concernant ".
6. Si ni les articles L. 8253-1 et suivants du code du travail, ni l'article L. 8271 17 du même code ne prévoient expressément que le procès-verbal constatant l'infraction aux dispositions de l'article L. 8251-1 relatif à l'emploi d'un étranger non autorisé à travailler en France, et fondant le versement de la contribution spéciale, soit communiqué au contrevenant, le respect du principe général des droits de la défense suppose, s'agissant des mesures à caractère de sanction, ainsi d'ailleurs que le précise désormais l'article L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration que la personne en cause soit informée, avec une précision suffisante et dans un délai raisonnable avant le prononcé de la sanction, des griefs formulés à son encontre et mise à même de demander la communication des pièces au vu desquelles les manquements ont été retenus. Par suite, l'OFII est tenu d'informer l'intéressé de son droit de demander la communication du procès-verbal d'infraction sur la base duquel ont été établis les manquements qui lui sont reprochés.
7. Il résulte de l'instruction que, par lettre du 15 juillet 2020, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a informé la société Tam Ky qu'il envisageait de mettre à sa charge la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail et la contribution forfaitaire mentionnée à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à la suite du procès-verbal dressé par les services de police lors du contrôle effectué le 10 mars 2020 établissant l'emploi d'un salarié démuni d'un titre l'autorisant à travailler en France, en l'invitant à faire valoir ses observations dans le délai de quinze jours. Il résulte également de l'instruction que, si comme il a été dit au point précédent l'OFII était tenu d'informer la société de son droit de demander la communication du procès-verbal d'infraction sur la base duquel ont été établis les manquements qui lui sont reprochés, la société Tam Ky a présenté des observations écrites et sollicité le 3 août 2020 la copie du procès-verbal établi par les services de police, que l'OFII lui a adressé par courriel le 13 août suivant, de sorte que la société requérante n'a pas été privée concrètement de la garantie ainsi instituée. Par ailleurs, la société requérante ne pouvait en toute hypothèse ignorer sa situation de récidive pour avoir déjà fait l'objet le 24 mars 2017 d'une précédente sanction en raison de faits identiques, et ne conteste pas utilement au surplus que les dispositions de l'article L. 8253-1 du code du travail précisant que le montant de la contribution spéciale peut être majoré en cas de réitération figuraient au verso du courrier préalable de l'OFII du 15 juillet 2020 ainsi que le relève l'administration en défense. Par suite le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise à l'issue d'une procédure irrégulière et en méconnaissance des droits de la défense doit être écarté.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. () ".
9. D'une part, l'infraction aux dispositions précitées de l'article L. 8251-1 du code du travail est constituée du seul fait de l'emploi de travailleurs étrangers démunis de titre les autorisant à exercer une activité salariée sur le territoire français. Il appartient au juge administratif, saisi d'un recours contre une décision mettant à la charge d'un employeur la contribution spéciale prévue par les dispositions de l'article L. 8253-1 du code du travail, pour avoir méconnu les dispositions de l'article L 8251-1 du même code, de vérifier la matérialité des faits reprochés à l'employeur et leur qualification juridique au regard de ces dispositions. D'autre part, la qualification de contrat de travail ne dépend ni de la volonté exprimée par les parties, ni de la dénomination qu'elles ont entendu donner à la convention qui les lie mais des seules conditions de fait dans lesquelles le travailleur exerce son activité. A cet égard, la qualité de salarié suppose nécessairement l'existence d'un lien juridique de subordination du travailleur à la personne qui l'emploie, le contrat de travail ayant pour objet et pour effet de placer le travailleur sous la direction, la surveillance et l'autorité de son cocontractant, lequel dispose de la faculté de donner des ordres et des directives, de contrôler l'exécution dudit contrat et de sanctionner les manquements de son subordonné. Dès lors, pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 8251-1 du code du travail, il appartient à l'autorité administrative de relever, sous le contrôle du juge, les indices objectifs de subordination permettant d'établir la nature salariale des liens contractuels existant entre un employeur et le travailleur qu'il emploie.
10. Il est constant que, lors du contrôle effectué le 10 mars 2020 par les services de police, ces derniers ont constaté la présence en action de travail en cuisine de M. D G, ressortissant vietnamien, au sein de l'établissement exploité par la société Tam Ky. Il résulte de l'instruction par ailleurs que Mme C A, sœur du président de la société, associée et salariée, a indiqué lors de son audition par les services de police qu'elle avait recruté M. D G et qu'il était à l'essai. M. D G lors de son audition a déclaré travailler dans ce commerce et y être cuisinier depuis début octobre 2019, et précisé que les instructions lui étaient données par Mme C A, présente tous les jours, M. David Sy président de la société Tam Ky venant quant à lui très ponctuellement. Ce dernier, lors de sa propre audition, a indiqué que son activité était une affaire de famille et qu'il laissait à la charge de ses frères et sœurs la gestion des besoins en personnel pour ensuite intervenir sur la partie administrative. Il a finalement reconnu avoir été informé par sa sœur de la présence de M. D G et indiqué qu'il pensait régulariser sa situation à son retour de voyage. Il résulte de ce qui précède que M. D G exécutait un travail sous l'autorité et selon les directives de Mme C A, salariée et associée gérante de fait de la société Tam Ky, et que cette société doit ainsi être regardée comme étant l'employeur, au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 8251-1 du code du travail. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation en l'absence de qualité d'employeur de la société Tam Ky doit être écartée.
11. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 8253-1 du code du travail : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger sans titre de travail, une contribution spéciale () ". L'article L. 5221-8 du même code dispose : " L'employeur s'assure auprès des administrations territorialement compétentes de l'existence du titre autorisant l'étranger à exercer une activité salariée en France () ". Et selon l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine. ".
12. Il résulte de ces dispositions que les contributions qu'elles prévoient ont pour objet de sanctionner les faits d'emploi d'un travailleur étranger séjournant irrégulièrement sur le territoire français ou démuni de titre l'autorisant à exercer une activité salariée, sans qu'un élément intentionnel soit nécessaire à la caractérisation du manquement. Toutefois, un employeur ne saurait être sanctionné sur le fondement de ces dispositions lorsque tout à la fois, d'une part, il s'est acquitté des obligations qui lui incombent en vertu de l'article L. 5221-8 du code du travail et, d'autre part, il n'était pas en mesure de savoir que les documents qui lui étaient présentés revêtaient un caractère frauduleux ou procédaient d'une usurpation d'identité.
13. Il résulte de l'instruction et en particulier des différents procès-verbaux d'audition que M. D G a déclaré que Mme C A connaissait sa situation irrégulière et que ni celle-ci ni le président de la société Tam Ky, selon leurs propres déclarations, ne se sont acquittés de l'obligation qui incombait à la société de s'assurer auprès de l'administration de l'existence du titre autorisant M. D G à travailler en France. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que Mme A s'est contentée de la présentation d'une simple photocopie du titre de séjour de M. D G sans en exiger l'original, ne satisfaisant pas ainsi à son obligation minimale de vigilance, de sorte que la société requérante ne peut utilement opposer l'impossibilité de détecter le caractère frauduleux des documents présentés. Par suite le moyen tiré de l'existence d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation en raison du caractère frauduleux du titre de séjour présenté par le salarié doit être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que c'est à bon droit que le directeur de l'OFII a mis à la charge de la société requérante les contributions spéciale et forfaitaire prévues par les articles L. 8253-1 du code du travail et L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Sur les conclusions subsidiaires à fin de réduction du montant de la contribution spéciale :
15. Aux termes de l'article R. 8253-2 du code du travail : " I.- Le montant de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 est égal à 5 000 fois le taux horaire, à la date de la constatation de l'infraction, du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. II.- Ce montant est réduit à 2 000 fois le taux horaire du minimum garanti dans l'un ou l'autre des cas suivants : 1° Lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne pas d'autre infraction commise à l'occasion de l'emploi du salarié étranger en cause que la méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 ; 2° Lorsque l'employeur s'est acquitté des salaires et indemnités mentionnés à l'article L. 8252-2 dans les conditions prévues par les articles R. 8252-6 et R. 8252-7. III.- Dans l'hypothèse mentionnée au 2° du II, le montant de la contribution spéciale est réduit à 1 000 fois le taux horaire du minimum garanti lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne l'emploi que d'un seul étranger sans titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. IV Le montant de la contribution spéciale est porté à 15 000 fois le taux horaire du minimum garanti lorsqu'une méconnaissance du premier alinéa de l'article L. 8251-1 a donné lieu à l'application de la contribution spéciale à l'encontre de l'employeur au cours de la période de cinq années précédant la constatation de l'infraction. " () ". Aux termes de l'article L. 8252-2 de ce code : " Le salarié étranger a droit au titre de la période d'emploi illicite : 1° Au paiement du salaire et des accessoires de celui-ci, conformément aux dispositions légales, conventionnelles et aux stipulations contractuelles applicables à son emploi, déduction faite des sommes antérieurement perçues au titre de la période considérée. A défaut de preuve contraire, les sommes dues au salarié correspondent à une relation de travail présumée d'une durée de trois mois. Le salarié peut apporter par tous moyens la preuve du travail effectué ; 2° En cas de rupture de la relation de travail, à une indemnité forfaitaire égale à trois mois de salaire, à moins que l'application des règles figurant aux articles L. 1234-5, L. 1234-9, L. 1243-4 et L. 1243-8 ou des stipulations contractuelles correspondantes ne conduise à une solution plus favorable. () ". En vertu des articles R. 8252-6 et L. 8252-4 du même code, l'employeur doit justifier du versement des sommes dues à l'étranger non autorisé à travailler dans un délai de trente jours à compter de la constatation de l'infraction. Enfin, aux termes du II de l'article R. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le montant de cette contribution forfaitaire est fixé par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé du budget, en fonction du coût moyen des opérations d'éloignement vers la zone géographique de réacheminement du salarié, dans la limite prescrite à l'alinéa 2 de l'article L. 626-1 ".
16. Les dispositions précitées de l'article L. 8253-1 du code du travail et celles de l'article R. 8253-2, n'autorisent l'administration à minorer le montant de la contribution spéciale que dans le cas de non-cumul d'infractions ou en cas de paiement spontané par l'employeur des salaires et indemnités dus au salarié étranger sans titre mentionné à l'article R. 8252-6.
17. Comme cela a été indiqué au point 7, par décision du 24 mars 2017 l'OFII a déjà fait application de la contribution spéciale à l'encontre de la société requérante au cours de la période de cinq années précédant la constatation de l'infraction, et était dès lors fondé à porter le montant de la contribution à 15 000 fois le taux horaire du minimum garanti en application du IV de l'article R. 8253-2 du code du travail. Si la société Tam Ky soutient que la sanction qui lui a été appliquée est disproportionnée, elle ne produit en tout état de cause aucun élément ni aucune pièce à l'appui de ses allégations. Dès lors, les conclusions tendant à la minoration du montant de la contribution spéciale mis à la charge de la société requérante ne peuvent qu'être rejetées. .
Sur les conclusions à fin d'annulation des titres de perception du 4 novembre 2020 :
18. En premier lieu, aux termes de l'article L. 8253-1 du code du travail : " () L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et fixer le montant de cette contribution pour le compte de l'Etat selon des modalités définies par convention. / L'Etat est ordonnateur de la contribution spéciale. A ce titre, il liquide et émet le titre de perception. () ". Aux termes de l'article R. 8253-4 du même code : " A l'expiration du délai fixé, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration décide, au vu des observations éventuelles de l'employeur, de l'application de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1./ Le ministre chargé de l'immigration est l'autorité compétente pour la liquider et émettre le titre de perception correspondant / La créance est recouvrée par le comptable public compétent comme en matière de créances étrangères à l'impôt et au domaine ".
19. Aux termes de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine. / () L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et de fixer le montant de cette contribution. () / L'Etat est ordonnateur de la contribution forfaitaire. A ce titre, il liquide et émet le titre de perception. () ". Aux termes du II de l'article R. 626-6 de ce code, dans sa rédaction : " A l'expiration du délai fixé, le directeur général [de l'Office français de l'immigration et de l'intégration] décide, au vu des observations éventuelles de l'employeur, de l'application de la contribution forfaitaire prévue à l'article L. 626-1. Le ministre chargé de l'immigration est l'autorité compétente pour la liquider et émettre le titre de perception correspondant ".
20. Si la société Tam Ky conteste la compétence de l'ordonnateur figurant sur les titres de recettes au motif que seul le directeur général de l'OFII aurait la qualité d'ordonnateur pour le recouvrement des contributions, il résulte des dispositions mentionnées aux points précédents, dans leur rédaction applicable au litige, que l'Etat, et non l'OFII, est l'ordonnateur de la contribution spéciale et de la contribution forfaitaire. En outre, M. H F, nommé directeur de l'évaluation de la performance, des achats, des finances et de l'immobilier du ministère de l'intérieur par un décret du 29 juillet 2020, a reçu délégation à cette fin sur le fondement du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement. Par suite le moyen tiré de l'incompétence de l'ordonnateur doit être écarté.
21. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ". Le B du V de l'article 55 de la loi de finances rectificative n° 2010-1658 du 29 décembre 2010 prévoit que : " Pour l'application de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration aux titres de perception délivrés par l'Etat en application de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales, afférents aux créances de l'Etat ou à celles qu'il est chargé de recouvrer pour le compte de tiers, la signature figure sur un état revêtu de la formule exécutoire, produit en cas de contestation ".
22. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que le destinataire d'une décision administrative doit pouvoir constater que son auteur l'a signée. L'autorité administrative concernée, dans le cas où un titre de perception reçu par son destinataire n'est pas lui-même signé, peut justifier de cette signature en produisant un état revêtu de la formule exécutoire comportant la signature de l'ordonnateur ou de son délégué.
23. Si les titres de perception reçus par la société requérante ne comportent pas de signature l'OFII produit, sans être contredit en réplique, un état récapitulatif des créances en litige, revêtu de la formule exécutoire, et comportant les nom, prénom, qualité et signature de Mme B E en sa qualité de responsable des recettes, agissant pour l'ordonnateur et par délégation de celui-ci. Il suit de là que le moyen tiré de l'irrégularité des titres contestés au seul motif qu'il sont dépourvus de signature doit être écarté.
24. En troisième et dernier lieu, pour les motifs exposés aux points 10 et 13, la matérialité des faits reprochés à la société Tam Ky est établie. Par suite le moyen tiré de ce que les titres de perception seraient fondés sur des faits non établis doit être écarté.
25. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la société Tam Ky tendant à l'annulation de la décision de l'OFII du 29 septembre 2019 mettant à sa charge les contributions spéciale et forfaitaire, de la décision de l'OFII du 22 décembre 2020 rejetant son recours gracieux, des deux titres de perception émis le 4 novembre 2020 ainsi que de la décision implicite de rejet de son recours gracieux à l'encontre de ces titres doivent être rejetées, tout comme les conclusions subsidiaires à fin de réduction du montant de la contribution spéciale. Par voie de conséquence, ses conclusions tendant à la décharge du montant des contributions mises à sa charge doivent également être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance
26. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme demandée par la société Tam Ky au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n° 2101647 et n° 2107674 de la société Tam Ky sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Tam Ky, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée à la direction départementale des finances publiques de l'Essonne.
Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Hameline, présidente,
Mme Fabre, première conseillère,
Mme Hétier-Noël, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2023.
La rapporteure,
signé
C. Hétier-Noël
La présidente,
signé
M.-L. Hameline
La greffière,
signé
B. Marquet
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Nos 2101647
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026