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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2101690

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2101690

mardi 19 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2101690
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantDRIKES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 février 2021, M. D B, représenté par Me Drikes, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 29 septembre 2020 par laquelle le directeur général de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis à sa charge la contribution spéciale prévue par l'article L. 8253-1 du code du travail d'un montant de 18 000 euros et la contribution forfaitaire prévue par l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile d'un montant de 2 124 euros, ainsi que la décision du 22 décembre 2020 par laquelle la commission nationale de l'OFII a rejeté son recours gracieux ;

2°) d'annuler les deux titres de perception émis par la direction départementale des finances publiques de l'Essonne le 5 et le 6 novembre 2020 à son encontre d'un montant de 12 876 euros au titre de la contribution spéciale et de 2 124 euros au titre de la contribution forfaitaire ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de l'OFII du 29 septembre 2020 a été prise sur le fondement de faits non matériellement établis ;

- à titre subsidiaire les montants réclamés par l'OFII doivent être réduits.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 mai 2021, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fabre, rapporteure,

- et les conclusions de Mme Sarac-Deleigne, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'un contrôle opéré dans les locaux du salon de coiffure " Top coiffure ", exploité par M. B, le 26 novembre 2019, les services de police, accompagnés des services de l'URSSAF, ont constaté l'emploi d'un ressortissant étranger en situation irrégulière et dépourvu d'autorisation de travail. Par une décision du 29 septembre 2020, le directeur général de l'OFII a mis à la charge de M. D B la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, pour un montant de 18 000 euros, ainsi que la contribution forfaitaire prévue à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour un montant de 2 124 euros. Le 25 novembre 2020, M. B a formé un recours gracieux contre cette décision qui a été rejeté par le directeur général de l'OFII le 22 décembre 2020. M. B demande au tribunal d'annuler les décisions du 29 septembre et du 22 décembre 2020 ainsi que les titres de perception correspondants émis par la direction départementale des finances publiques de l'Essonne les 5 et 6 novembre 2020.

Sur le bien-fondé des contributions spéciale et forfaitaire :

2. Aux termes de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. ". Aux termes de l'article L. 8253-1 de ce code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. (). " et aux termes de l'article R. 8253-1 du même code : " La contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 est due pour chaque étranger employé en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1. Cette contribution est à la charge de l'employeur qui a embauché ou employé un travailleur étranger non muni d'une autorisation de travail. ". Selon l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine. () L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et de liquider cette contribution. () ".

3. Il appartient au juge administratif, saisi d'un recours contre une décision mettant à la charge d'un employeur la contribution spéciale prévue par les dispositions précitées de l'article L. 8253-1 du code du travail et la contribution forfaitaire prévue par les dispositions également précitées de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour avoir méconnu les dispositions de l'article L. 8251-1 du code du travail, de vérifier la matérialité des faits reprochés à l'employeur et leur qualification juridique au regard de ces dispositions. Il lui appartient, également, de décider, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, soit de maintenir la sanction prononcée, soit d'en diminuer le montant jusqu'au minimum prévu par les dispositions applicables au litige, soit d'en décharger l'employeur.

4. Il résulte de l'instruction qu'au cours d'un contrôle de police réalisé le 26 novembre 2019 au salon de coiffure " top coiffure ", l'inspecteur de l'URSSAF a constaté que M. A C E, en situation de séjour irrégulier en France, procédait à l'accueil des clients du salon et étendait des serviettes sur le séchoir. Au cours de son audition du même jour, l'intéressé a déclaré être titulaire d'un diplôme de coiffeur valable en Algérie, avoir été recruté par M. B " vers le 4 octobre 2019 " à raison de quatre jours de travail par semaine pour un salaire journalier de 40 à 50 euros, a indiqué les horaires d'ouverture du salon de coiffure et a précisé que son employeur avait connaissance de sa situation de séjour irrégulier sur le territoire. Si le requérant fait valoir que M. C E est revenu ensuite sur ses déclarations en affirmant qu'il n'était pas un employé mais qu'il était seulement chargé de surveiller le commerce en l'absence de M. B qui s'était absenté pour un rendez-vous médical à l'hôpital, ces nouvelles déclarations, rédigées manifestement pour les besoins de la cause, ne sont pas de nature à infirmer la teneur de ses déclarations initiales, lesquelles étaient particulièrement circonstanciées. En outre, les seules circonstances que les données du traitement automatisé " visabio " prévu par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mentionnent la profession d'agriculteur de M. C E, et que M. B ait séjourné en Tunisie du 15 septembre au 5 novembre 2019 ne font pas obstacle à ce que M. C E ait pu être employé au sein du salon de coiffure en cause alors notamment qu'il n'est pas établi que le salon était fermé durant le séjour en Tunisie de son exploitant. Dès lors, les déclarations initiales de M. C E ne peuvent être regardées comme erronées. Enfin, les termes du procès-verbal de contrôle indiquant que ce dernier était la seule personne en situation de travail n'excluent pas, contrairement à ce que soutient le requérant, que des clients aient également été présents au sein du salon de coiffure ce jour-là. Par suite, le moyen tiré de l'absence de matérialité des faits constatés par les services de police et de l'URSSAF doit être écarté.

5. Aux termes de l'article R. 8253-2 code du travail " I. Le montant de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 est égal à 5 000 fois le taux horaire, à la date de la constatation de l'infraction, du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. II.-Ce montant est réduit à 2 000 fois le taux horaire du minimum garanti dans l'un ou l'autre des cas suivants : 1° Lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne pas d'autre infraction commise à l'occasion de l'emploi du salarié étranger en cause que la méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 ; 2° Lorsque l'employeur s'est acquitté des salaires et indemnités mentionnés à l'article L. 8252-2 dans les conditions prévues par les articles R. 8252-6 et R. 8252-7./ III.-Dans l'hypothèse mentionnée au 2° du II, le montant de la contribution spéciale est réduit à 1 000 fois le taux horaire du minimum garanti lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne l'emploi que d'un seul étranger sans titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. /IV.-Le montant de la contribution spéciale est porté à 15 000 fois le taux horaire du minimum garanti lorsqu'une méconnaissance du premier alinéa de l'article L. 8251-1 a donné lieu à l'application de la contribution spéciale à l'encontre de l'employeur au cours de la période de cinq années précédant la constatation de l'infraction. "

6. M. B ne conteste pas utilement le montant de la contribution spéciale mise à sa charge, calculée en application des dispositions citées au point précédent, en se bornant à relever, sans au demeurant l'établir, qu'il aurait employé M. C seulement durant une brève période. Le requérant n'invoque par ailleurs, aucune circonstance particulière justifiant qu'il soit à titre exceptionnel dispensé de cette sanction.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation des décisions de l'OFII du 29 septembre 2020 et du 22 décembre 2020 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation des titres de perception :

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation des deux titres de perception émis le 5 et le 6 novembre 2020 pour le recouvrement des contributions spéciale et forfaitaire mises à sa charge, et contre lesquels il n'invoque aucun moyen propre, doivent être également rejetées, ainsi que ses conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L ; 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à l'office français de l'immigration et de l'intégration et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée à la direction départementale des finances publiques de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Hameline, présidente,

Mme Fabre, première conseillère,

Mme Hétier-Noël, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2023.

La rapporteure,

signé

E. Fabre

La présidente,

signé

M.-L. Hameline

La greffière,

signé

B. Marquet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2101690

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