vendredi 1 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2101903 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | LUCCHINI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 4 mars 2021 et le 29 mai 2023, Mme B C, représentée par Me Lucchini, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 77 400 euros, ou à tout le moins la somme de 25 948,68 euros, en réparation de son préjudice financier du fait de l'illégalité de la décision du 7 juin 2019 prononçant son licenciement à compter du 3 mars 2019, et la somme de 8 000 euros en réparation de son préjudice moral ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision du 7 juin 2019 prononçant son licenciement est entachée de plusieurs illégalités fautives tenant à l'incompétence de l'auteur de l'acte, une insuffisance de motivation, l'irrégularité de la procédure, sa rétroactivité, le fait qu'elle ne pouvait être licenciée alors qu'elle était enceinte de plusieurs mois, ainsi qu'une erreur manifeste d'appréciation ;
- les illégalités entachant cette décision lui ont causé un préjudice financier qu'il convient d'évaluer à 77 400 euros, ou à tout le moins à 25 948,68 euros ;
- les illégalités entachant cette décision lui ont causé un préjudice moral qu'il convient d'évaluer à 8 000 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 mai 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Mme C a été invitée, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, à produire des éléments ou des pièces en vue de compléter l'instruction.
Mme C a produit des pièces, enregistrées le 25 octobre 2023, qui ont été communiquées.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 septembre 2020.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi du 22 avril 1905 portant fixation du budget des dépenses et des recettes de l'exercice 1905, notamment son article 65 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 82-451 du 28 mai 1982 ;
- le décret n° 94-874 du 7 octobre 1994 ;
- le décret n° 2006-441 du 14 avril 2006 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pouliquen, rapporteure,
- et les conclusions de M. Secchi, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Après avoir intégré l'école nationale de l'administration pénitentiaire à la suite de sa nomination par arrêté du 3 juillet 2017 en qualité d'élève-surveillant, Mme C a été nommée surveillante stagiaire et affectée au centre pénitentiaire de Luynes, pour effectuer son stage par un arrêté du 3 mars 2018. Par une décision du 7 juin 2019, le ministre de la justice a prononcé son licenciement en cours de stage pour insuffisance professionnelle, à compter du 3 mars 2019. Par un jugement n° 1908636 du 24 mars 2022, le tribunal administratif de Marseille a annulé cette décision et enjoint au garde des sceaux de réexaminer la situation de Mme C. Celle-ci demande l'indemnisation de ses préjudices financiers et moraux, qu'elle évalue respectivement à 77 400 euros, ou à tout le moins à 25 948,68 euros, et à 8 000 euros, résultant de l'illégalité de la décision du 7 juin 2019.
Sur la responsabilité de l'administration :
2. Aux termes du second alinéa de l'article 26 du décret du 7 octobre 1994 fixant les dispositions communes applicables aux stagiaires de l'Etat et de ses établissements publics : " () le total des congés rémunérés de toute nature accordés aux stagiaires en sus du congé annuel ne peut être pris en compte comme temps de stage que pour un dixième de la durée statutaire de celui-ci ".
3. Ainsi que l'a constaté le tribunal administratif de Marseille dans son jugement n° 1908636 du 24 mars 2022, Mme C a été nommée stagiaire à compter du 3 mars 2018. Elle a bénéficié de 85 jours de congés pour maladie de sorte qu'en application des dispositions précitées, son stage, d'une durée réglementaire d'un an, n'était pas achevé au 3 mars 2019. Il en résulte que l'arrêté en litige du 7 juin 2019 constitue un licenciement en cours de stage.
4. En premier lieu, la décision du 7 juin 2019 a été prise par Mme A, qui bénéficiait d'une délégation de signature conférée par un arrêté du ministre de la justice en date du 17 janvier 2019 à l'effet de signer, dans la limite de ses attributions, tous actes, arrêtés et décisions, à l'exclusion des décrets. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée a été prise par une personne incompétente.
5. En deuxième lieu, les décisions de licenciement en cours de stage sont au nombre de celles qui, selon les termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, " retirent ou abrogent une décision créatrice de droits " et qui doivent, par suite, être motivées. L'arrêté du 7 juin 2019 ne mentionne pas les motifs de fait qui ont conduit le ministre de la justice à prononcer le licenciement de Mme C durant son stage. En s'abstenant de motiver en fait cette décision, le garde des sceaux, ministre de la justice, a commis une illégalité fautive.
6. En troisième lieu, la mesure de licenciement en litige, qui a été prise en considération de la personne de la requérante, ne pouvait légalement être prononcée sans que celle-ci soit mise en mesure de demander communication de son dossier, en application de l'article 65 de la loi susvisée du 22 avril 1905. Il ne ressort pas des pièces du dossier que cette garantie ait été assurée avant l'intervention de l'arrêté en litige. Dès lors, l'intéressée est fondée à soutenir qu'en la privant de cette garantie, le garde des sceaux, ministre de la justice, a commis une illégalité fautive.
7. En quatrième lieu, en adoptant le 7 juin 2019 une décision de licenciement prenant effet le 3 mars 2019, avant l'expiration de la période de stage de l'intéressée, le garde des sceaux a pris une décision rétroactive illégale et a, ce faisant, commis une illégalité fautive.
8. En cinquième lieu, le principe général qui interdit de licencier une femme en état de grossesse, lorsqu'aucune nécessité propre au service public ne s'y oppose, s'applique aux décisions mettant fin, avant l'expiration de son stage, aux fonctions d'un agent public stagiaire.
9. Il résulte de l'instruction qu'à la date de l'arrêté attaqué, Mme C était enceinte depuis la date présumée du 29 novembre 2018. Par suite, et même si, à la date de la décision litigieuse, la requérante avait de nombreuses absences injustifiées et avait fait l'objet d'un rapport d'évaluation relevant plusieurs insuffisances professionnelles, le garde des sceaux, ministre de la justice a commis une illégalité fautive en licenciant Mme C, alors en état de grossesse, avant l'expiration de sa période de stage.
10. Les illégalités fautives relevées aux points 5 à 9 sont de nature à engager la responsabilité de l'Etat.
Sur la réparation :
11. En vertu des principes généraux qui régissent la responsabilité des personnes publiques, l'agent public irrégulièrement évincé a droit à la réparation intégrale du préjudice qu'il a effectivement subi du fait de la mesure illégalement prise à son encontre, y compris au titre de la perte des rémunérations auxquelles il aurait pu prétendre s'il était resté en fonctions.
12. Il appartient au juge de plein contentieux, forgeant sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties, d'accorder à l'agent public évincé une indemnité versée pour solde de tout compte et déterminée en tenant compte, notamment, de la nature et de la gravité des illégalités affectant la mesure d'éviction, de l'ancienneté de l'intéressé, de sa rémunération antérieure ainsi que, le cas échéant, des fautes qu'il a commises.
En ce qui concerne le préjudice financier :
13. Aux termes de l'article 26 du décret du 7 octobre 1994 fixant les dispositions communes applicables aux stagiaires de l'Etat et de ses établissements publics : " () Sous réserve des dispositions du deuxième alinéa de l'article 22 du présent décret, le total des congés rémunérés de toute nature accordés aux stagiaires en sus du congé annuel ne peut être pris en compte comme temps de stage que pour un dixième de la durée statutaire de celui-ci ". En application de ces dispositions, le stage de Mme C aurait dû être prolongé de 18 jours, durée égale à la différence entre les 54 jours de congés maladie dont la requérante a bénéficié, et 36 jours, ces derniers correspondant au dixième, en jours, de la durée initiale d'un an de son stage.
14. Il résulte de ce qui précède que Mme C avait droit au maintien de son traitement entre le 3 mars 2019, date de la prise d'effet de son licenciement, et le 21 mars 2019. Toutefois, d'une part, il ne résulte pas de l'instruction que la requérante n'a pas perçu son traitement sur cette période, le titre de perception qu'elle produit ne permettant pas de s'assurer qu'il couvre cette période. D'autre part, pour la période postérieure à cette date, Mme C, qui ne peut se prévaloir d'aucun droit à être titularisée à l'issue de son stage, n'est pas fondée à soutenir qu'elle a subi un préjudice financier.
15. Il résulte de ce qui précède qu'il n'y a pas lieu de faire droit à la demande de Mme C d'indemnisation de son préjudice financier.
En ce qui concerne le préjudice moral :
16. Si Mme C a certes commis elle-même des fautes professionnelles pendant son stage, notamment du fait d'un grand nombre d'absences injustifiées en dehors de ses congés annuels et maladie, toutefois, au regard des quatre fautes commises par le ministre de la justice mentionnées aux points 5 à 9, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral de la requérante en l'évaluant à 2 000 euros.
Sur les frais liés au litige :
17. Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Lucchini renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Lucchini de la somme de 1 500 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat (ministre de la justice) versera à Mme C une indemnité de 2 000 euros.
Article 2 : L'Etat versera une somme de 1 500 euros à Me Lucchini, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, au garde des sceaux, ministre de la justice et à Me Lucchini.
Délibéré après l'audience du 10 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Brossier, président,
Mme Charpy, conseillère,
Mme Pouliquen, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2023.
La rapporteure,
Signé
G. Pouliquen
Le président,
Signé
J.B. BrossierLa greffière,
Signé
D. Dan
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne, ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026