jeudi 16 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2101937 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP BERENGER BLANC BURTEZ-DOUCEDE & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 3 mars 2021 et les 31 août et 24 novembre 2022, la commune des Pennes-Mirabeau, représentée par Me Claveau, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 décembre 2020 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a prononcé sa carence dans la réalisation de logements locatifs sociaux, a fixé à 86,53 % son taux de majoration du prélèvement annuel par logement manquant, à compter du 1er janvier 2021 pour une durée de trois ans et transféré à l'Etat les droits de réservation des logements actuels et futurs ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- faute de comporter un numéro, l'arrêté en litige est entaché d'une irrégularité formelle ;
- cet arrêté résulte d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle a fait preuve de volontarisme, que le rare foncier disponible est à un coût prohibitif, qu'elle ne dispose plus du droit de préemption qui a été transféré à la métropole Aix-Marseille-Provence, et qu'elle a déjà réalisé des investissements en faveur des logements sociaux ;
- la compétence en matière de politique de l'habitat et de planification a été transférée à la métropole Aix-Marseille-Provence de sorte qu'elle n'est plus compétente.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 août 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable faute pour la commune de justifier de sa qualité pour agir ;
- les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de M. Boidé, rapporteur public,
- et les observations de Me Claveau pour la commune des Pennes-Mirabeau, celles du maire de cette commune, ainsi que celles de M. B pour le préfet des Bouches-du-Rhône.
Considérant ce qui suit :
1. La commune des Pennes-Mirabeau n'ayant que partiellement rempli ses objectifs de réalisation de logements locatifs sociaux pour la période triennale 2017-2019, le préfet des Bouches-du-Rhône a, par un arrêté du 22 décembre 2020, prononcé sa carence et fixé à 86,53 % son taux de majoration du prélèvement annuel par logement manquant, à compter du 1er janvier 2021 pour une durée de trois ans et transféré à l'Etat les droits de réservation des logements actuels et futurs prévus à l'article L. 441-1 du code de la construction et de l'habitation. La commune des Pennes-Mirabeau demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. La circonstance que l'arrêté en litige soit dépourvu de numérotation, au demeurant manquante en fait, est sans incidence sur la légalité de cet arrêté.
3. Aux termes de l'article L. 302-5 du code de la construction et de l'habitation : " I. - Les dispositions de la présente section s'appliquent aux communes dont la population est au moins égale à () 3 500 habitants () qui sont comprises, au sens du recensement de la population, dans une agglomération ou un établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre de plus de 50 000 habitants comprenant au moins une commune de plus de 15 000 habitants, et dans lesquelles le nombre total de logements locatifs sociaux représente, au 1er janvier de l'année précédente, moins de 25 % des résidences principales () ". Aux termes de l'article L. 302-7 du même code : " Il est effectué chaque année un prélèvement sur les ressources fiscales des communes visées à l'article L. 302-5 () ". Et aux termes de l'article L. 302-9-1 de ce même code : " Lorsque, dans les communes soumises aux obligations définies aux I et II de l'article L. 302-5, au terme de la période triennale échue, le nombre de logements locatifs sociaux à réaliser en application du I de l'article L. 302-8 n'a pas été atteint ou lorsque la typologie de financement définie au III du même article L. 302-8 n'a pas été respectée, le représentant de l'Etat dans le département informe le maire de la commune de son intention d'engager la procédure de constat de carence. () / En tenant compte de l'importance de l'écart entre les objectifs et les réalisations constatées au cours de la période triennale échue, des difficultés rencontrées le cas échéant par la commune et des projets de logements sociaux en cours de réalisation, le représentant de l'Etat dans le département peut, par un arrêté motivé (), prononcer la carence de la commune. Cet arrêté prévoit, pendant toute sa durée d'application, le transfert à l'Etat des droits de réservation mentionnés à l'article L. 441-1, dont dispose la commune sur des logements sociaux existants ou à livrer (). Par le même arrêté et en fonction des mêmes critères, il fixe, pour une durée maximale de trois ans à compter du 1er janvier de l'année suivant sa signature, la majoration du prélèvement défini à l'article L. 302-7. Le prélèvement majoré ne peut être supérieur à cinq fois le prélèvement mentionné à l'article L. 302-7 () ".
4. Il résulte de l'instruction que le nombre de logements locatifs sociaux réalisés sur le territoire de la commune des Pennes-Mirabeau au titre du bilan triennal 2017-2019 est de soixante-huit pour un objectif de réalisation de cinq-cent-cinq logements, soit un taux de réalisation de 13,47 %.
5. A l'appui de sa contestation, la commune des Pennes-Mirabeau expose que la métropole Aix-Marseille-Provence est compétente en matière de planification pour l'élaboration du plan local d'urbanisme, pour l'élaboration, la mise en œuvre et le suivi du programme local de l'habitat, pour les aides publiques en faveur de la construction, de l'acquisition, de la réhabilitation et de la démolition des logements locatifs sociaux et des logements foyers, de la rénovation de l'habitat privé, et pour décider des opérations d'aménagement d'intérêt métropolitain, en particulier les deux opérations du quartier de la gare des Pennes-Mirabeau et Paillères II, ce qui la prive d'outils et de leviers pour atteindre l'objectif fixé de réalisation de logements locatifs sociaux. Toutefois, la commune ne peut valablement invoquer le transfert des compétences en matière d'urbanisme à l'intercommunalité dès lors qu'elle ne pointe pas précisément une ou plusieurs dispositions du plan local d'urbanisme intercommunal, ou autre documents d'urbanisme, qui seraient de nature à empêcher le respect de ses objectifs en matière de réalisation de logements locatifs sociaux.
6. Il résulte par ailleurs de l'instruction que si un programme local de l'habitat a été élaboré par la communauté d'agglomération du Pays d'Aix, qui a depuis intégré la métropole Aix-Marseille-Provence, pour la période 2015-2021, ce programme tient compte des objectifs fixés à chaque commune en application des articles L. 302-5 et suivants du code de la construction et de l'habitation, et, ainsi qu'il résulte des dispositions de l'article L. 302-8 du code de la construction et de l'habitation et de la délibération du conseil de la communauté d'agglomération du 17 décembre 2015 en vue de l'adoption du programme, les communes restent responsables de l'atteinte des objectifs fixés en application de l'article L. 302-5 de ce code.
7. En outre, si les " aides à la pierre " ont fait l'objet d'une convention entre l'Etat et la métropole Aix-Marseille-Provence, permettant la délégation à cette dernière de la gestion des aides, cette convention n'a pas davantage pour objet de dessaisir les communes de leur propre compétence ni de les délier de leurs obligations de remplir les objectifs triennaux fixés en application de l'article L. 302-5 du code de la construction et de l'habitation.
8. Il résulte ensuite de l'instruction que le conseil de la métropole Aix-Marseille-Provence a reconnu d'intérêt métropolitain, par délibération du 19 octobre 2017, la zone d'aménagement concerté dite " Paillières II " et, par délibération du 18 mai 2018, l'opération d'aménagement du quartier du pôle d'échange multimodal des Pennes-Mirabeau. La commune des Pennes-Mirabeau soutient qu'elle n'avait ainsi plus les outils ni les compétences pour agir sur la thématique du logement, et que, bien qu'à l'initiative de ces deux projets, elle n'avait plus la maîtrise des délais de leur mise en œuvre, de sorte que les logements prévus pour être disponibles pendant la période triennale en cause n'ont finalement pas été livrés dans les temps. Toutefois, par ses seules déclarations, elle n'établit pas que le retard allégué est imputable à la déclaration d'intérêt métropolitain de ces projets, alors notamment que ces opérations ont été déclarées d'intérêt métropolitain pendant la période triennale, ce qui impliquait que, sauf avancement majeur des études et travaux en amont, ces opérations n'auraient pas pu être livrées pendant la période triennale en cause. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que ces projets auraient été suffisamment avancés pour être regardés comme des projets en cours de réalisation lors de la période triennale 2017-2019.
9. Enfin, pour contester l'arrêté de carence dont elle fait l'objet, la commune des Pennes-Mirabeau soutient qu'elle a fait preuve de volontarisme pour contribuer à la réalisation de logements locatifs sociaux, que le rare foncier disponible a un coût prohibitif, qu'elle ne dispose plus du droit de préemption transféré à la métropole Aix-Marseille-Provence et qu'elle a déjà réalisé de nombreux investissements en faveur des logements sociaux. Toutefois, si les cartes produites font état de nombreuses zones naturelles, agricoles ou déjà urbanisées sur le territoire de la commune des Pennes-Mirabeau, il ne résulte pas de l'instruction que ce zonage empêche la réalisation de logements locatifs sociaux. Le risque incendie relevé dans le plan de prévention des risques " incendies de forêt ", s'il a pour conséquence de limiter les espaces constructibles, ne constitue pas davantage un obstacle à la réalisation de logements locatifs sociaux par la mobilisation d'autres outils. Par ailleurs, si la commune des Pennes-Mirabeau a, en février 2019, réalisé une campagne à destination des propriétaires privés de logements vacants afin de les inciter à adhérer au dispositif " propriétaire pays d'Aix solidaire " visant à réaliser de la location sociale via une association intermédiaire, et qu'elle a pu garantir à 100 % certains emprunts contractés par le bailleur social de la commune, il ne résulte toutefois pas de l'instruction que la commune requérante ait utilisé l'ensemble des outils à sa disposition afin d'atteindre les objectifs de création de logements locatifs sociaux qui lui avaient été préalablement fixé pour la période triennale en cause, et notamment l'aide financière du bailleur social afin de mettre en œuvre les opérations de faible ampleur desquelles ce dernier s'était désengagé, ou encore d'utiliser des zones de friches commerciales pour développer de nouveaux projets de logements locatifs sociaux.
10. Par suite, en dépit des intentions de la commune et de certaines actions réalisées en vue d'atteindre les objectifs, la commune des Pennes-Mirabeau, eu égard au très faible taux de réalisation des objectifs fixés et à la portée des difficultés alléguées, ne démontre pas que le constat de carence dressé par le préfet des Bouches-du-Rhône serait entaché d'une erreur d'appréciation.
11. Compte tenu du très faible taux de réalisation de 13,47 %, la sanction qui a été infligée à la commune des Pennes-Mirabeau ne présente pas en l'espèce un caractère disproportionné.
12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet des Bouches-du-Rhône, que la commune des Pennes-Mirabeau n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 22 décembre 2020 qu'elle conteste.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de la requérante tendant à leur application et dirigées contre l'Etat, qui n'est pas partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la commune des Pennes-Mirabeau est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la commune des Pennes-Mirabeau et au ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales.
Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.
Délibéré après l'audience du 2 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Laso, président,
Mme Niquet, première conseillère,
Mme Ollivaux, première conseillère,
Assistés de M. Giraud, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2023.
La rapporteure,
Signé
A. A
Le président,
Signé
J-M. Laso
Le greffier,
Signé
P. Giraud
La République mande et ordonne au ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026