jeudi 29 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2102177 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | MIALOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires en réplique enregistrés les 12 mars et 17 avril 2021 ainsi que les 30 mars, 13 avril et 10 juin 2022, l'association " Ensuès Redonne protection environnement - Côte Bleue " (ERPECB) demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 31 juillet 2020 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a prorogé les effets de l'arrêté du 1er septembre 2015 déclarant d'utilité publique les travaux nécessaires à l'aménagement de la zone d'aménagement concerté des Aiguilles, sur le territoire des communes d'Ensuès-la-Redonne, Gignac-la-Nerthe et Châteauneuf-les-Martigues ;
2°) de mettre à la charge de la SARL Ensua la somme de 9 000 euros et de la métropole Aix-Marseille-Provence la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- contrairement à ce qu'exposent les défendeurs, la requête est recevable, son recours administratif ayant été introduit dans les délais de recours ;
- la société Ensua était incompétente pour demander la prorogation de la déclaration d'utilité publique, qui était de ce fait devenue caduque ;
- l'arrêté en litige méconnaît l'article L. 103-2 du code de l'urbanisme, faute de concertation avec le public et les communes concernées ; une nouvelle enquête publique aurait dû être réalisée, compte tenu d'une part de la perte de l'utilité publique du projet du fait du changement du contexte général dans lequel s'inscrit le projet, et d'autre part des hausses substantielles du coût de l'opération du fait des aménagements routiers, de la dépollution du site, et du déplacement d'une installation classée pour la protection de l'environnement ;
- l'insuffisance des mesures compensatoires prescrites dans l'arrêté du 10 janvier 2018 puis réalisées, ainsi que le changement de destination des terres initialement agricoles privent le projet d'un intérêt public et l'arrêté en litige méconnaît de ce fait les articles L. 411-1 et suivants du code de l'environnement ;
- l'arrêté de prorogation de la déclaration d'utilité publique n'a pas mis en conformité le projet avec le plan local d'urbanisme intercommunal et méconnaît les articles L. 111-6 à L. 111-10 et L. 111-1-4 du code de l'urbanisme.
Par des mémoires en défense enregistrés les 22 avril et 15 septembre 2021 ainsi que les 7 avril et 3 mai 2022, la SARL Ensua, représentée par la SCP Berenger Blanc Burtez-Doucede et Associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 6 000 euros soit mise à la charge de l'association Ensuès Redonne protection environnement - Côte Bleue (ERPECB) au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable, dès lors que la tardiveté du recours gracieux n'a pas eu pour effet de proroger le délai de recours contentieux ;
- les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 août 2021, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est tardive, dès lors que le recours gracieux n'a pas été introduit dans le délai du recours contentieux ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 septembre 2021, la métropole Aix-Marseille-Provence, représentée par Me Mialot et Me Poulard, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de l'association Ensuès Redonne protection environnement - Côte Bleue au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est tardive, dès lors que le courrier du 11 novembre 2020 de l'association requérante ne peut être regardé comme un recours gracieux, et que les suivants ont été reçus postérieurement à l'expiration du délai de recours contentieux ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Un mémoire produit par l'association Ensuès Redonne protection environnement - Côte Bleue et enregistré le 26 août 2021, n'a pas été communiqué.
Vu les pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'expropriation pour cause d'utilité publique ;
- le code de l'environnement ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de Mme Beyrend, rapporteure publique,
- et les observations de Me Reboul pour la société Ensua, ainsi que celles de Me Poulard pour la métropole Aix-Marseille-Provence.
Une note en délibéré présentée pour la métropole Aix-Marseille-Provence, a été enregistrée le 19 septembre 2022 et n'a pas été communiquée.
Considérant ce qui suit :
1. L'association Ensuès Redonne protection environnement - Côte Bleue (ERPECB) conteste l'arrêté du 31 juillet 2020 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a prorogé l'arrêté du 1er septembre 2015 déclarant d'utilité publique, au bénéfice de la Sarl Ensua, agissant au nom et pour le compte de la communauté urbaine Marseille Provence Métropole, les travaux nécessaires à l'aménagement de la zone d'aménagement concerté (ZAC) des Aiguilles, sur le territoire principalement de la commune d'Ensuès-la-Redonne, ainsi que des communes de Gignac-la-Nerthe et Châteauneuf-les-Martigues.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 121-4 du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique : " L'acte déclarant l'utilité publique précise le délai accordé pour réaliser l'expropriation. Il ne peut excéder cinq ans, si la déclaration d'utilité publique n'est pas prononcée par décret en Conseil d'Etat en application de l'article L. 121-1 () ". Aux termes de l'article L. 121-5 du même code : " Un acte pris dans la même forme peut proroger une fois les effets de la déclaration d'utilité publique pour une durée au plus égale à la durée initialement fixée, lorsque celle-ci n'est pas supérieure à cinq ans. Cette prorogation peut être accordée sans nouvelle enquête préalable, en l'absence de circonstances nouvelles () ".
3. Il ressort des pièces du dossier qu'à la suite de la demande de la communauté urbaine Marseille-Provence Métropole, le préfet des Bouches-du-Rhône a, par arrêté du 1er septembre 2015, déclaré d'utilité publique l'opération d'aménagement de la ZAC des Aiguilles au bénéfice de son concessionnaire, la Sarl Ensua. Ainsi, bénéficiaire de la déclaration d'utilité publique, la Sarl Ensua était compétente pour solliciter du même préfet la prorogation des effets de cette déclaration d'utilité publique, pour une durée de cinq ans. Par suite, et alors que les dispositions précitées du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique impliquent seulement que l'acte prononçant la prorogation émane de l'autorité qui était compétente pour déclarer l'utilité publique, le moyen tiré par l'association requérante de l'irrégularité de la procédure d'édiction de l'arrêté en litige doit être écarté.
4. Il résulte des dispositions citées au point 2 que l'autorité compétente peut proroger les effets d'un acte déclaratif d'utilité publique, sauf si l'opération n'est plus susceptible d'être légalement réalisée en raison de l'évolution du droit applicable ou s'il apparaît que le projet a perdu son caractère d'utilité publique par suite d'un changement des circonstances de fait. Cette prorogation peut être décidée sans procéder à une nouvelle enquête publique, alors même que le contexte dans lequel s'inscrit l'opération aurait connu des évolutions significatives, sauf si les caractéristiques du projet sont substantiellement modifiées. A cet égard, une augmentation de son coût dans des proportions de nature à en affecter l'économie générale doit être regardée comme une modification substantielle.
5. Pour contester l'arrêté en litige, l'association ERPECB soutient d'une part que le projet a perdu son utilité publique dès lors que d'autres solutions alternatives auraient davantage permis de respecter l'environnement et de solliciter l'avis de la population, et compte tenu des coûts environnementaux et sanitaires induits par le projet. Toutefois, les caractéristiques du projet n'ont pas été substantiellement modifiées, et l'association requérante ne peut utilement exciper, pour soutenir que la prorogation ne pouvait être décidée sans une nouvelle enquête publique, ni de ce que le contexte aurait connu des évolutions significatives depuis l'intervention de l'acte déclaratif d'utilité publique, ni de ce que la concertation avec le public et les communes devait à nouveau être organisée. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'absence d'enquête publique préalable doit être écarté.
6. L'association ERPECB soutient également que le projet de ZAC a perdu son utilité publique dès lors que les mesures prescrites par arrêté du 10 janvier 2018 destinées à compenser la dérogation à l'interdiction générale de destruction et de déplacement de spécimens d'espèces végétales, et de destruction, d'altération ou de dégradation d'habitats d'espèces animales protégées sont insuffisantes, que l'arrêté en litige méconnaît l'article L. 411-1 du code de l'environnement, que le caractère agricole des parcelles comprises dans le périmètre du projet lui ôte son utilité publique, et que l'étude de trafic, réalisée en 2013, est trop ancienne et ne prend pas suffisamment en compte l'évolution du trafic liée au développement de la zone d'aménagement concerté des Florides sur le territoire de la commune de Marignane. Toutefois, alors que l'arrêté en litige a pour seul objet la prorogation des effets de la déclaration d'utilité publique du projet, en l'absence de variation du périmètre de la ZAC, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'un changement de circonstances de fait aurait ôté son utilité publique au projet. Si l'association requérante soutient que la proximité de la zone Natura 2000 " Côte Bleue - Chaîne de l'Estaque " et la présence de l'aigle de Bonelli à proximité du périmètre de la ZAC privent également le projet de son utilité, il n'est pas établi que ces éléments n'étaient pas connus lors de la déclaration d'utilité publique du projet. Il n'est pas non plus établi par les pièces du dossier que le caractère agricole des terres aurait été acquis postérieurement à la déclaration initiale d'utilité publique, ni, alors même qu'une étude actualisée du trafic aurait été intéressante, qu'un changement dans les circonstances de fait aurait fait perdre au projet son caractère d'utilité publique. Par suite, l'association ERPECB ne démontre pas qu'un changement de circonstances de fait aurait conduit à ôter au projet le caractère d'utilité publique constaté dans l'arrêté du 1er septembre 2015. Le moyen soulevé doit ainsi être écarté.
7. A l'appui de sa demande, l'association requérante expose d'autre part que la procédure préalable à l'édiction de l'arrêté en litige méconnaît les dispositions précitées du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique en l'absence de réalisation d'une nouvelle enquête publique, dès lors que les coûts de l'opération ont substantiellement augmenté. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, en particulier de l'enquête publique préalable à la déclaration d'utilité publique, que le complément à l'échangeur A55/RD9, nécessaire pour l'accès à la zone d'aménagement concerté et réalisé avec les collectivités territoriales concernées, était prévu dès le stade de la déclaration d'utilité publique initiale. Si une évaluation quantitative des risques sanitaires devait être effectuée afin que les pollutions soient précisément traitées, et bien que des extraits de site internet mentionnent un coût de dépollution du site s'élevant à près de 10 millions d'euros, il ne ressort précisément d'aucune pièce du dossier que de telles mesures significatives de dépollution aient été décidées et mises à la charge de l'aménageur. Il ressort également des pièces du dossier, et en particulier des réponses apportées en 2015 par la société Ensua aux observations consignées dans le registre d'enquête publique, que l'échange de parcelles et la délocalisation d'une installation classée pour la protection de l'environnement était alors déjà prévue. Dans ces circonstances, alors que les articles de presse parus sur internet et mentionnant un coût de l'opération de près de 200 millions d'euros ne suffisent pas pour établir la réalité de ce coût pour réaliser la seule opération en cause, et que ni le périmètre de la ZAC ni les aménagements projetés n'ont évolué, il n'est pas établi que le coût de l'aménagement de la ZAC ait été augmenté dans des proportions de nature à en affecter l'économie générale.
8. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté en litige avait pour seul objet de modifier la durée des effets de la déclaration d'utilité publique prononcée par arrêté du 1er septembre 2015, lequel était devenu définitif à la date à laquelle l'association requérante a demandé l'annulation de l'arrêté du 31 juillet 2020. Eu égard à la portée de cet arrêté modificatif, la requérante ne peut utilement exciper, au soutien de ses conclusions tendant à son annulation, de l'incompatibilité de la déclaration d'utilité publique initiale du 1er septembre 2015 avec le plan local d'urbanisme intercommunal.
9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que l'association ERPECB n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 31 juillet 2020 portant prorogation des effets de l'arrêté du 1er septembre 2015 déclarant d'utilité publique les travaux nécessaires à l'aménagement de la zone d'aménagement concerté des Aiguilles, sur le territoire des communes d'Ensuès-la-Redonne, Gignac-la-Nerthe et Châteauneuf-les-Martigues.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de la requérante tendant à leur application et dirigées contre la société Ensua et la métropole Aix-Marseille-Provence, qui ne sont pas parties perdantes. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions que la Sarl Ensua et la métropole Aix-Marseille-Provence présentent au titre des frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de l'association Ensuès Redonne protection environnement - Côte Bleue est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la Sarl Ensua et par la métropole Aix-Marseille-Provence au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association Ensuès Redonne protection environnement - Côte Bleue, à la SARL Ensua, à la métropole Aix-Marseille-Provence et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Délibéré après l'audience du 15 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Laso, président,
M. Boidé, premier conseiller,
Mme Niquet, première conseillère,
Assistés de M. Giraud, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.
La rapporteure,
Signé
A. A
Le président,
Signé
J-M. Laso
Le greffier,
Signé
P. Giraud
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026