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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2102414

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2102414

jeudi 21 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2102414
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantDUMONT-SCOGNAMIGLIO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 19 mars 2021, 10 mars 2023 et le 3 mai 2023, l'association Ensuès Redonne Protection Environnement Côte Bleue, représentée par Me Dumont-Scognamiglio, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du conseil municipal d'Ensuès-la-Redonne du 24 septembre 2020 constatant la désaffectation du chemin rural du Pas de la Fos et décidant de déclasser ce chemin rural et de procéder à son aliénation, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux née le 23 janvier 2021 ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Ensuès-la-Redonne la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est recevable ;

- la délibération attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dès lors que le chemin rural litigieux est affecté à l'usage du public ;

- en outre, les actes de surveillance réitérés par la commune suffisent à considérer que ce chemin reste affecté à l'usage du public et ne peut en conséquence être déclassé ou aliéné ;

- de plus, ce chemin situé au milieu du corridor nord-sud du schéma régional de cohérence écologique est reconnu en tant que corridor écologique à préserver dans plusieurs documents d'urbanisme de la métropole et de l'Etat, notamment par le schéma de cohérence territoriale et le plan local d'urbanisme intercommunal de la métropole Aix-Marseille-Provence, ainsi qu'au titre de la Trame verte et bleue sur la Côte bleue ;

- de même, le chemin en cause est notamment protégé par plusieurs outils de préservation de l'environnement, eu égard à sa situation à proximité d'un site classé Natura 2 000 et d'un périmètre du ZNIEFF de type 2 et assure une fonction de transit des populations d'animaux sauvages ;

- le chemin occupe un positionnement stratégique pour la commune en matière de défendabilité face au risque de feux de forêts ;

- enfin, la délibération litigieuse est entachée de détournement de pouvoir.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 13 février 2023 et 3 avril 2023, la commune d'Ensuès-la-Redonne, représentée par Me Touitou, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge de l'association Ensuès Redonne Protection Environnement Côte Bleue au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir, à titre principal, que la requête est irrecevable en raison du défaut d'intérêt, de capacité et de qualité pour agir de l'association requérante et, à titre subsidiaire, qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

L'instruction a été close le 1er juin 2023 par une ordonnance du même jour prise en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ollivaux,

- les conclusions de M. Boidé, rapporteur public,

- et les observations de Me Dupont et de M. A pour l'association Ensuès Redonne Protection Environnement Côte Bleue ainsi que celles de Me Touitou pour la commune.

Considérant ce qui suit :

1. La commune d'Ensuès-la-Redonne (13 820), propriétaire d'un chemin rural cadastré C02 DP, situé au Vallon du Pas-de-la-Fos, a organisé, du 17 juillet 2020 au 7 août 2020, une enquête publique portant sur le déclassement et la cession de ce chemin. Le 3 septembre 2020, à l'issue de l'enquête, un avis favorable a été émis par le commissaire-enquêteur. Par une délibération du 24 septembre 2020, le conseil municipal d'Ensuès-la-Redonne a, ayant constaté la désaffectation de ce chemin, décidé de le déclasser afin de procéder à son aliénation. L'association Ensuès Redonne Protection Environnement Côte Bleue demande l'annulation de cette délibération.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 161-1 du code rural et de la pêche maritime : " Les chemins ruraux sont les chemins appartenant aux communes, affectés à l'usage du public, qui n'ont pas été classés comme voies communales. Ils font partie du domaine privé de la commune ". Aux termes de l'article L. 161-2 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " L'affectation à l'usage du public est présumée, notamment par l'utilisation du chemin rural comme voie de passage ou par des actes réitérés de surveillance ou de voirie de l'autorité municipale. / La destination du chemin peut être définie notamment par l'inscription sur le plan départemental des itinéraires de promenade et de randonnée ". Enfin, aux termes de l'article L. 161-10 de ce code : " Lorsqu'un chemin rural cesse d'être affecté à l'usage du public, la vente peut être décidée après enquête par le conseil municipal, à moins que les intéressés groupés en association syndicale conformément à l'article L. 161-11 n'aient demandé à se charger de l'entretien dans les deux mois qui suivent l'ouverture de l'enquête. () ".

3. Il résulte de ces dispositions, d'une part, qu'un seul des éléments indicatifs figurant à l'article L. 161-2 du code rural et de la pêche maritime permet de retenir la présomption d'affectation à l'usage du public, d'autre part, que la désaffectation d'un chemin rural résulte d'un état de fait de sorte que cette présomption d'affectation à l'usage du public ne peut être remise en cause par une décision administrative et, enfin, que la vente d'un chemin rural peut être décidée par le conseil municipal lorsque ce chemin cesse d'être affecté à l'usage du public.

4. Tout d'abord, il ressort des pièces du dossier et notamment du rapport d'enquête publique qui s'est déroulée du 17 juillet au 7 août 2020 que le chemin dont il n'est pas contesté que, situé dans un secteur industriel, il ne dessert pas d'habitations, est très peu fréquenté. Ainsi, ni le témoignage d'un cycliste déclarant utiliser occasionnellement ce chemin, ni les photographies, pour partie non datées, versées aux débats montrant d'une part des chèvres isolées circulant sur le chemin, d'autre part des traces de pas et de véhicules à conférer au chemin en litige la nature de voie de passage au sens et pour l'application de l'article L. 161-2 du code rural et de la pêche maritime. Au demeurant, il n'est pas contesté que le chemin litigieux n'est pas répertorié au plan départemental des itinéraires de promenade et de randonnée.

5. Ensuite, l'association soutient que la commune a exercé des actes de surveillance réitérés sur le chemin qui feraient obstacle à son déclassement. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des photographies produites tant par la requérante que par la commune que le chemin en cause présente plusieurs dépôts sauvages, bien que ces derniers soient concentrés majoritairement à son embouchure sud. La commune fait à cet égard valoir sans être sérieusement contredite qu'elle n'est plus en mesure de surveiller ce chemin sur lequel des dépôts sauvages se succèdent et que si elle a financé un nettoyage de déchets en 2020, ce dernier s'est déroulé exclusivement à l'entrée du chemin rural et ne visait qu'au retrait de déchets amiantés. En outre, le groupe Lhoist, propriétaire de la carrière des Chaux de la Tour, riveraine du chemin du Pas de la Fos, a posé les barrières de défense des forêts contre les incendies. Dès lors, il ne ressort pas des pièces du dossier que le maire ait exercé des actes de surveillance réitérés sur le chemin litigieux au sens et pour l'application des dispositions de l'article L. 161-2 du code rural et de la pêche maritime. Par suite, l'affectation du chemin du vallon du pas de la Fos ne peut être présumée. Par voie de conséquence, le moyen tiré de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

6. En deuxième lieu, les moyens tirés de la protection du chemin au titre du droit de l'environnement par des documents d'urbanisme, du positionnement stratégique du chemin pour la commune face au risque de feux de forêts et du risque d'accident de la circulation induit par le déclassement du chemin, sans lien avec les motifs prévus par les dispositions précitées des articles L. 161-2 et suivants du code rural et de la pêche maritime, doivent être écartés comme inopérants.

7. En dernier lieu, le détournement de pouvoir allégué n'est pas établi.

8. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que l'association Ensuès Redonne Protection Environnement Côte Bleue n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision qu'elle conteste.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Ensuès-la-Redonne, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que l'association requérante demande au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'association Ensuès Redonne Protection Environnement Côte Bleue une somme de 50 euros au titre des frais exposés par la commune et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'association Ensuès Redonne Protection Environnement Côte Bleue est rejetée.

Article 2 : L'association Ensuès Redonne Protection Environnement Côte Bleue versera à la commune d'Ensuès-la-Redonne la somme de 50 euros (cinquante) au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association Ensuès Redonne Protection Environnement Côte Bleue et à la commune d'Ensuès-la-Redonne.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Niquet, première conseillère,

Mme Ollivaux, première conseillère,

Assistés de M. Giraud, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2023.

La rapporteure,

Signé

J. Ollivaux

La présidente,

Signé

M. Lopa Dufrénot

Le greffier,

Signé

P. Giraud

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier,

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