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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2102577

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2102577

lundi 2 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2102577
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation10eme Chambre
Avocat requérantSELARL ANDREANI-HUMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 mars 2021, Mme C A, Mme B A et Mme D E, représentées par Me Andreani, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de refus opposée par le maire de la commune de Beaurecueil à sa demande préalable du 26 novembre 2020 de dresser procès-verbal des travaux illégaux réalisés sur un terrain cadastré section AI n° 221 situé 4760 route Cézanne pour la construction d'un court de padel, d'en informer sans délai le procureur de la République et de prendre les mesures appropriées pour empêcher les bruits excessifs résultant de la pratique du padel sur ce terrain ;

2°) d'annuler la lettre du préfet Bouches-du-Rhône du 16 décembre 2020 et d'annuler la décision par laquelle il a refusé de dresser procès-verbal des travaux illégaux réalisés sur ce terrain pour la construction d'un terrain de padel et d'en informer sans délai le procureur de la République ;

3°) d'enjoindre au maire de la commune et au préfet des Bouches-du-Rhône, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, de dresser un procès-verbal des travaux illégaux réalisés sur ce terrain et d'en informer le procureur de la République ;

4°) d'enjoindre au maire de la commune de prendre les mesures appropriées pour empêcher les bruits excessifs résultant de la pratique du padel sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de la commune de Beaurecueil et du préfet des Bouches-du-Rhône la somme de 2 000 euros chacun en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- les travaux de construction d'un court de padel ont été réalisés sans autorisation d'urbanisme, en méconnaissance des articles R. 421-1 et R. 421-9 du code de l'urbanisme ;

- ils contreviennent aux dispositions de l'article N1 du règlement du plan local d'urbanisme pour n'entrer dans aucune des possibilités de l'article N2 de ce règlement ;

- la clôture du court de padel méconnait les dispositions de l'article N 11-4 de ce règlement ;

- le terrain d'assiette est situé en plein cœur d'un espace boisé classé protégé par les dispositions de l'article L. 113-2 du code de l'urbanisme qui ont ainsi été méconnues ;

- ces travaux ont modifié le ruissellement des eaux pluviales lesquelles sont déviées sur leur propriété et nécessitaient une étude réalisée par un hydraulicien, en application de l'article 6 des dispositions générales du plan local d'urbanisme ;

- au regard de ces infractions, le préfet était tenu d'en dresser procès-verbal en application de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme et de l'article 40 du code de procédure pénale et a méconnu sa compétence en considérant que le maire de Beaurecueil était compétent pour dresser le procès-verbal d'infraction, la lettre du 16 décembre 2020 est donc illégale ;

- le refus du maire de dresser le procès-verbal méconnait également l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme et de l'article 40 du code de procédure pénale ;

- son refus de faire usage de ses pouvoirs de police pour réprimer l'atteinte à la tranquillité publique est également illégal au regard de la gravité des nuisances exposées dans la demande qui lui a été adressée le 26 novembre 2020.

Par un mémoire en défense enregistré 19 mai 2021 le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La procédure a été communiquée à la commune de Beaurecueil qui n'a pas produit de mémoire en défense.

La clôture de l'instruction a été fixée au 9 octobre 2024.

Le 29 octobre 2024, les parties ont été informées de ce que le tribunal était susceptible de relever un moyen d'ordre public tiré de ce qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions en annulation du refus du maire de la commune de Beaurecueil de dresser un procès-verbal d'infraction au titre de la législation de l'urbanisme pour la construction illégale d'un terrain de padel et de le transmettre au procureur de la République et sur les conclusions à fin d'injonction d'y procéder, dès lors que le maire a, par le procès-verbal du 19 mars 2021, implicitement mais nécessairement entendu retirer le refus implicite de dresser un tel procès-verbal et d'effectuer une telle transmission.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Houvet,

- les conclusions de Mme Noire, rapporteure publique ;

- les observations de Me Tosi pour les requérantes.

Considérant ce qui suit :

1. Par des courriers du 26 novembre 2020, Mmes A et Mme E ont demandé au maire de Beaurecueil et au préfet des Bouches-du-Rhône de dresser un procès-verbal d'infraction aux règles de l'urbanisme en raison de la construction illégale d'un cours de padel sur un terrain situé 4760 route Cézanne cadastré section AI n° 221 à Beaurecueil. Le préfet a répondu par un courrier du 16 décembre 2020 qu'il transmettait cette demande au maire de la commune. Les requérantes demandent l'annulation de la décision implicite du maire refusant de dresser un procès-verbal et de la décision du préfet du 16 décembre 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sur le refus implicite du maire de dresser un procès-verbal d'infraction et sur la demande d'injonction :

2. Aux termes de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme : " " Les infractions aux dispositions des titres Ier, II, III, IV et VI du présent livre sont constatées par tous officiers ou agents de police judiciaire ainsi que par tous les fonctionnaires et agents de l'Etat et des collectivités publiques commissionnés à cet effet par le maire ou le ministre chargé de l'urbanisme suivant l'autorité dont ils relèvent et assermentés. Les procès-verbaux dressés par ces agents font foi jusqu'à preuve du contraire. / Les infractions mentionnées à l'article L. 480-4 peuvent être constatées par les agents commissionnés à cet effet par l'autorité administrative compétente et assermentés lorsqu'elles affectent des immeubles soumis aux dispositions législatives du code du patrimoine relatives aux monuments historiques, aux abords des monuments historiques ou aux sites patrimoniaux remarquables ou aux dispositions législatives du code de l'environnement relatives aux sites et qu'elles consistent soit dans le défaut de permis de construire, soit dans la non-conformité de la construction ou des travaux au permis de construire accordé. Il en est de même des infractions aux prescriptions établies en application des articles L. 522-1 à L. 522-4 du code du patrimoine. / Lorsque l'autorité administrative et, au cas où il est compétent pour délivrer les autorisations, le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale compétent ont connaissance d'une infraction de la nature de celles que prévoient les articles L. 480-4 et L. 610-1, ils sont tenus d'en faire dresser procès verbal. / Copie du procès-verbal constatant une infraction est transmise sans délai au ministère public. (.) ". Aux termes de l'article L. 610-1 de ce code : " En cas d'infraction aux dispositions des plans locaux d'urbanisme, les articles L. 480-1 à L. 480-9 sont applicables, les obligations mentionnées à l'article L. 480-4 s'entendant également de celles résultant des plans locaux d'urbanisme. ".

3. Il résulte de ces dispositions que le maire est tenu de dresser un procès-verbal en application de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme lorsqu'il a connaissance d'une infraction mentionnée à l'article L. 480-4, résultant soit de l'exécution de travaux sans les autorisations prescrites par le livre IV du code, soit de la méconnaissance des autorisations délivrées. Si, après établissement d'un procès-verbal, le maire peut, dans le second cas, prescrire par arrêté l'interruption des travaux, il est tenu de le faire dans le premier cas.

4. L'effet utile de l'annulation pour excès de pouvoir du refus de l'autorité compétente de dresser un tel procès-verbal réside dans l'obligation pour cette autorité d'y procéder, que le juge peut prescrire, même d'office, en vertu de l'article L. 911-1 du code de justice administrative.

5. Il ressort des pièces du dossier, qu'après avoir reçu la demande des requérantes le 27 novembre 2020, le maire de la commune de Beaurecueil a établi un procès-verbal d'infraction le 19 mars 2021 constatant, notamment, la construction d'un terrain de padel sur une dalle et l'existence d'une une infraction au code de l'urbanisme sur la parcelle située 4766 route Cézanne et qu'il a transmis le procès-verbal au procureur de la République. Dans ces conditions, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions en annulation du refus du maire de la commune de Beaurecueil de dresser un procès-verbal d'infraction au titre de la législation de l'urbanisme pour la construction illégale d'un terrain de padel et de le transmettre au procureur de la République et ni sur les conclusions à fin d'injonction d'y procéder, dès lors que le maire a, par le procès-verbal du 19 mars 2021, implicitement mais nécessairement entendu retirer le refus implicite de dresser un tel procès-verbal et d'effectuer une telle transmission.

Sur le refus du maire de faire usage de ses pouvoirs de ses pouvoirs de police au titre de la tranquillité publique :

6. Aux termes de l'article L. 2212-1 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est chargé, sous le contrôle administratif du représentant de l'Etat dans le département, de la police municipale, de la police rurale et de l'exécution des actes de l'Etat qui y sont relatifs. " Et selon l'article suivant du même code : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : () 2° Le soin de réprimer les atteintes à la tranquillité publique telles que les rixes et disputes accompagnées d'ameutement dans les rues, le tumulte excité dans les lieux d'assemblée publique, les attroupements, les bruits, les troubles de voisinage, les rassemblements nocturnes qui troublent le repos des habitants et tous actes de nature à compromettre la tranquillité publique ; () ".

7. Dans leur demande d'intervention au titre de la tranquillité publique adressée au maire le 26 novembre 2020 comme dans le recours dont est saisi le tribunal, les requérantes se contentent d'affirmer que le terrain de padel génère des nuisances sonores excessives, sans apporter aucun élément probant au soutien de telles allégations, le procès-verbal de constat d'huissier du 13 octobre 2020 se bornant à constater la présence d'un terrain de padel et à rapporter les propos de Mme D A indiquant " que cette installation occasionne d'importantes nuisances (lumière, bruit, vue) " sans faire lui-même le constat des nuisances. Dès lors, les conclusions tendant à l'annulation du refus du maire de faire usage de ses pouvoirs de ses pouvoirs de police au titre de la tranquillité publique ne peuvent qu'être rejetées.

Sur le refus du préfet des Bouches-du-Rhône de dresser un procès-verbal d'infraction :

8. Si les requérantes soutiennent que, par sa lettre du 16 décembre 2020, le préfet a refusé de dresser un procès-verbal d'infraction, il ressort des pièces du dossier que le préfet n'a pas opposé de refus mais, constatant la compétence du maire pour constater les infractions au code de l'urbanisme, lui a transmis la demande des requérantes en exposant qu'il n'est compétent qu'en cas de carence du maire. Il ressort des pièces du dossier et ainsi qu'il a été dit précédemment, que le maire a établi un procès-verbal d'infraction concernant l'édification en litige. Il suit de là que les conclusions des requérantes en annulation du refus du préfet des Bouches-du-Rhône de dresser un procès-verbal d'infraction ne peuvent qu'être rejetées.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation des requérantes doivent être rejetées, ainsi, par voie de conséquence, que celles présentées aux fins d'injonction et d'astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

DECIDE :

Article 1er : La requête des consorts A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié au ministre de la transition écologique et solidaire et à Mme C A, Mme B A et Mme D E.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône et au maire de la commune de Beaurecueil.

Délibéré après l'audience du 4 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Pecchioli, président,

- M. Juste, premier conseiller,

- Mme Houvet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2024.

La rapporteure,

signé

A. HOUVETLe président,

signé

J-L PECCHIOLI

La greffière,

Signé

S. BOUCHUT

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

N°2102577

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