mercredi 18 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2102608 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL CARLINI-WUST-KAMBOUA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 mars et 2 novembre 2021, M. B C, représenté par Me Wust, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler la décision du 2 mars 2021 par laquelle la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de la pathologie dont il souffre ;
2°) d'enjoindre au département des Bouches-du-Rhône de reconnaitre l'imputabilité au service de sa pathologie et d'en tirer les conséquences subséquentes, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) à titre subsidiaire, de procéder à la désignation d'un expert chargé de se prononcer sur le lien entre sa pathologie et le service ;
4°) de mettre à la charge du département des Bouches-du-Rhône une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de la décision attaquée ;
- la décision en litige est insuffisamment motivée en fait ;
- la décision du 2 mars 2021 est entachée d'un vice de procédure dès lors que l'administration n'a pas procédé à une nouvelle consultation de la commission de réforme, laquelle s'était prononcée lors de sa séance du 6 septembre 2018 par référence aux critères de reconnaissance de la maladie professionnelle n° 98 ;
- la convocation et la composition de la commission de réforme sont irrégulières ;
- l'administration s'est estimée à tort liée par l'avis de cette commission ;
- la décision refusant de reconnaitre l'imputabilité au service de sa pathologie, alors qu'il a exercé les fonctions de chargé de l'économat du service des finances au département des Bouches-du-Rhône de 1983 à 1994, impliquant le port de charges lourdes, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire, enregistré le 12 mai 2021, le département des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n° 2003-1306 du 26 décembre 2003 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Gaspard-Truc,
- les conclusions de M. Garron, rapporteur public ;
- et les observations de Me Carlini substituant Me Kamboua, représentant M. C et de M. A, représentant le département des Bouches-du-Rhône.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, a été recruté le 1er août 1983 par le département des Bouches-du-Rhône en qualité d'ouvrier professionnel. Souffrant de lombosciatique, il a sollicité le 7 janvier 2017, après avoir été admis à faire valoir ses droits à la retraite pour invalidité à compter du 1er juillet 2006, la reconnaissance de l'imputabilité au service de sa pathologie. Après avoir recueilli l'avis de la commission de réforme qui s'est réunie le 6 septembre 2018, le département des Bouches-du-Rhône a refusé, par une décision du 1er octobre 2018, de reconnaître l'imputabilité au service de la pathologie dont souffre M. C. Par un jugement n° 1900323 du 23 novembre 2020, le tribunal administratif de Marseille a annulé la décision du 1er octobre 2018 et enjoint au département de réexaminer la situation de M. C. Par une décision du 2 mars 2021, dont le requérant demande l'annulation, le département a de nouveau rejeté sa demande de reconnaissance de l'imputabilité au service de sa pathologie.
Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :
2. D'une part, les dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, issues de l'ordonnance du 19 janvier 2017, ne sont entrées en vigueur, en tant qu'elles s'appliquent à la fonction publique territoriale, qu'à la date d'entrée en vigueur, le 13 avril 2019, du décret du 10 avril 2019 relatif au congé pour invalidité temporaire imputable au service dans la fonction publique territoriale. En l'espèce, il est constant que la maladie que M. C souhaite voir reconnue imputable au service a été constatée avant l'entrée en vigueur des dispositions de l'article 21 bis. Il s'ensuit que la présomption d'imputabilité au service de sa maladie prévue par les dispositions de l'article 21 bis précité n'est pas applicable au requérant.
3. La situation de l'intéressée est, au vu de ce qui a été dit au point précédent, régie par les dispositions de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984, dans sa rédaction applicable au litige, aux termes desquelles : " Le fonctionnaire en activité a droit : / 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. () / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident, même après la date de radiation des cadres pour mise à la retraite. / Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de l'accident ou de la maladie est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales. () ". En application de ces dispositions, une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.
4. D'autre part, aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 461-1 du code de la sécurité sociale : " Est présumée d'origine professionnelle toute maladie désignée dans un tableau de maladies professionnelles et contractée dans les conditions mentionnées à ce tableau ".
5. Aucune disposition ne rend applicable aux fonctionnaires relevant de la fonction publique territoriale qui demandent le bénéfice des dispositions combinées du 2° de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 et de l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite les dispositions de l'article L. 461-1 du code de la sécurité sociale instituant une présomption d'origine professionnelle pour toute maladie désignée dans un tableau de maladies professionnelles et contractée dans des conditions mentionnées à ce tableau.
6. Le tribunal, dans son jugement du 23 novembre 2020 mentionné au point 1, après avoir, en particulier, retenu que la question du lien direct avec le service n'avait pas été examinée par la commission de réforme, a annulé la première décision de refus d'imputabilité opposée au requérant le 1er octobre 2018 au motif que le département des Bouches-du-Rhône s'était fondé sur la seule circonstance que les conditions mentionnées dans le tableau des maladies professionnelles n° 98 n'étaient pas remplies, en s'abstenant de rechercher si son affection présentait un lien direct avec l'exercice de ses fonctions. Il ressort des termes de la décision du 2 mars 2021 en litige et des pièces du dossier que pour rejeter la demande de l'agent à l'issue du réexamen ordonné par le tribunal, le département des Bouches-du-Rhône, d'une part, s'est approprié l'avis émis le 6 septembre 2018 par la commission de réforme, selon lequel la pathologie de M. C ne répond pas aux critères de reconnaissance du tableau des maladies professionnelles n° 98 et, d'autre part, a écarté l'existence éventuelle d'un lien direct entre la maladie du requérant et le service. Or, si le département fait valoir que l'ensemble des éléments du dossier de celui-ci, notamment les éléments d'ordre médical ont été soumis à la commission de réforme lors de sa réunion du 6 septembre 2018, cette commission ne peut être regardée comme s'étant alors prononcée, même implicitement, sur l'existence d'un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie de M. C. Ainsi, le réexamen de la demande de l'intéressé, en exécution du jugement du 23 novembre 2020, impliquait nécessairement une nouvelle consultation de la commission de réforme afin que celle-ci puisse émettre un avis sur l'existence d'un lien direct entre la pathologie du requérant et le service. L'absence d'une telle nouvelle consultation a été de nature à exercer une influence sur le sens de la décision attaquée et a privé l'intéressé d'une garantie, étant précisé, en outre, que, dans son rapport du 26 mars 2018, le médecin expert a retenu qu'il n'existait pas de lien direct, certain et exclusif entre la pathologie de M. C et les fonctions occupées alors que le seul constat d'un état préexistant ne faisait pas obstacle à l'existence d'un lien, sans exigence d'une relation certaine et exclusive, avec le service.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête que la décision du 2 mars 2021 par laquelle la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de la pathologie dont M. C souffre doit être annulée.
8. L'annulation de la décision du 2 mars 2021 implique nécessairement que le département des Bouches-du-Rhône réexamine la situation de M. C afin de statuer de nouveau sur sa demande tendant à la reconnaissance de l'imputabilité au service de sa pathologie, suivant une procédure régulière exempte d'erreur de droit, impliquant notamment une nouvelle expertise médicale et un nouvel avis de la commission de réforme sur la question de l'existence d'un lien direct entre la pathologie dont souffre le requérant et les fonctions exercées. Il y a lieu d'enjoindre au département des Bouches-du-Rhône de procéder à un tel réexamen de la situation de M. C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte. Il n'y a par ailleurs pas lieu de faire droit à la demande du requérant, présentée à titre subsidiaire, tendant à ce que soit ordonnée dans le cadre de la présente instance la réalisation d'une expertise médicale.
Sur les frais liés à l'instance :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge du département des Bouches-du-Rhône une somme de 1 500 euros à verser à M. C en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 2 mars 2021 de la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône refusant de reconnaître l'imputabilité au service de la pathologie de M. C est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au département des Bouches-du-Rhône de procéder au réexamen de la demande de M. C dans les conditions précisées au point 8 du présent jugement et dans un délai de deux mois à compter de sa notification.
Article 3 : Le département des Bouches-du-Rhône versera à M. C une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au département des Bouches-du-Rhône.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Jorda-Lecroq, présidente de chambre,
Mme Gaspard-Truc, première conseillère,
Mme Forest, première conseillère,
Assistées de Mme Faure, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2023.
La rapporteure,
Signé
F. Gaspard-Truc
La présidente,
Signé
K. Jorda-Lecroq
La greffière,
Signé
N. Faure
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière.
N°2102608
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026