lundi 30 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2102630 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | DRAGONE |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête n° 2102630, enregistrée le 25 mars 2021, M. B A, représenté par Me Dragone, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de refus de la commission de recours des militaires de son recours administratif préalable obligatoire du 10 juillet 2020 à l'encontre de sa notation au titre de l'année 2020 ainsi que la décision du 12 juin 2020 de maintien de cette notation ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la matérialité des faits qui lui sont reprochés n'est pas établie ;
- la décision constitue une sanction déguisée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est entachée d'un détournement de pouvoir.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 janvier 2022, la ministre des Armées conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- les conclusions dirigées contre la décision implicite de rejet doivent être regardées comme dirigées contre la décision du 28 avril 2021 ;
- les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 11 juillet 2023, a été prononcée, en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative, la clôture immédiate de l'instruction.
II. Par une requête n° 2105253, enregistrée le 15 juin 2021, M. A, représenté par Me Dragone, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 28 avril 2021 par laquelle la commission de recours des militaires a rejeté son recours administratif préalable obligatoire du 10 juillet 2020 sollicitant l'annulation de sa notation au titre de l'année 2020 ;
2°) de mettre à la charge de l'état la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision contestée n'a ni analysé ni répondu à son argumentation ;
- la matérialité des faits qui lui sont reprochés n'est pas établie ;
- elle constitue une sanction déguisée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est entachée d'un détournement de pouvoir.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 janvier 2022, le ministre des Armées conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- les conclusions dirigées contre la décision implicite de rejet doivent être regardées comme dirigées contre la décision du 28 avril 2021 ;
- les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 11 juillet 2023, a été prononcée, en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative, la clôture immédiate de l'instruction.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la défense ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Le Mestric, première conseillère,
- les conclusions de Mme Giocanti, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par les présentes requêtes, M. A second maitre affecté au bataillon des marins pompiers de Marseille depuis le 12 décembre 2008, demande au tribunal d'annuler ses notations au titre des années 2019 et 2020.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2102630-2105253 présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur l'étendue du litige :
3. D'une part, aux termes de l'article R. 4125-1 du code de la défense : " Tout recours contentieux formé par un militaire à l'encontre d'actes relatifs à sa situation personnelle est précédé d'un recours administratif préalable, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. () ". Aux termes de l'article R. 4125-10 du même code : " Dans un délai de quatre mois à compter de sa saisine, la commission notifie à l'intéressé la décision du ministre compétent, ou le cas échéant, des ministres conjointement compétents. La décision prise sur son recours, qui est motivée en cas de rejet, se substitue à la décision initiale. () L'absence de décision notifiée à l'expiration du délai de quatre mois vaut décision de rejet du recours formé devant la commission. ".
4. L'institution par ces dispositions d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision du ministre prise à la suite du recours devant la commission des recours des militaires se substitue nécessairement à la décision initiale. Elle est seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité.
5. Il ressort des pièces du dossier que, le 10 juillet 2020, M. A a formé un recours préalable devant la commission des recours des militaires à l'encontre de sa notation au titre de l'année 2020 qui a été maintenue par décision du 12 juin 2020 de son supérieur hiérarchique. Une décision explicite de rejet est intervenue le 28 avril 2021. Cette dernière décision, qui s'est nécessairement substituée à sa notation initiale et à la décision implicite de rejet de son recours administratif préalable, est seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité. Par suite, les conclusions de M. A doivent être regardées comme tendant à l'annulation de cette seule décision du 28 avril 2021, les autres décisions ayant disparu de l'ordonnancement juridique.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la notation 2020 :
6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire. ". Selon les termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Par ailleurs, aux termes de l'article R. 4125-1 du code de la défense : " I. - Tout recours contentieux formé par un militaire à l'encontre d'actes relatifs à sa situation personnelle est précédé d'un recours administratif préalable, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. / Ce recours administratif préalable est examiné par la commission des recours des militaires, placée auprès du ministre de la défense. () ".
7. La décision contestée du 28 avril 2021 vise les textes dont elle fait application et expose les circonstances de fait sur lesquelles la ministre des armées s'est fondée pour rejeter le recours administratif préalable obligatoire formé par M. A à l'encontre de sa notation 2020. Elle a suffisamment analysé la notation définitive du 16 juin 2020 du requérant au regard des arguments soulevés dans le recours administratif préalable obligatoire de l'intéressé en rappelant les principales critiques qui y sont soulevées, à savoir l'évaluation de ses compétences, les appréciations littérales et l'évaluation de la qualité des services rendus et du résultat annuel chiffré ainsi que tout particulièrement les références à son " caractère sanguin ". La réponse apportée par cette décision expresse permet au requérant de comprendre les motifs du rejet du recours administratif préalable obligatoire. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation et d'examen du recours administratif préalable obligatoire doivent être écartés.
8. En deuxième lieu, selon l'article L. 4135-1 du code de la défense : " Les militaires sont notés au moins une fois par an. / La notation est traduite par des notes et des appréciations qui sont obligatoirement communiquées chaque année aux militaires. / A l'occasion de la notation, le chef fait connaître à chacun de ses subordonnés directs son appréciation sur sa manière de servir. / ()". L'article R. 4135-1 du même code prévoit : " La notation est une évaluation par l'autorité hiérarchique des qualités morales, intellectuelles et professionnelles du militaire, de son aptitude physique, de sa manière de servir pendant une période déterminée et de son aptitude à tenir dans l'immédiat et ultérieurement des emplois de niveau plus élevé. ". Et aux termes de l'article R. 4135-2 de ce code : " La notation est traduite : / 1° Par des appréciations générales, qui doivent notamment comporter les appréciations littérales données par l'une au moins des autorités chargées de la notation ; / 2° Par des niveaux de valeur ou par des notes chiffrées respectivement déterminés selon une échelle ou selon une cotation définie, dans chaque force armée ou formation rattachée, en fonction des corps qui la composent. / La notation est distincte des propositions pour l'avancement. ".
9. L'autorité militaire a apprécié la qualité des services rendus à un niveau passable et a indiqué que " M. A est un officier marinier qui rend les services attendus. Il effectue correctement ses missions dans son emploi actuel. Son caractère sanguin pourrait lui porter préjudice s'il ne se tempère pas. Ses récents écarts de conduite ont terni la confiance de ses chefs malgré les nombreux rappels dont il a fait l'objet et ce, à tous les niveaux de la hiérarchie. Il a été muté début mars à l'EMPM ".
10. M. A critique tout d'abord sa notation 2020 au motif que les appréciations relatives à ses écarts de conduite et aux rappels à l'ordre ne feraient référence à aucun fait précis ni même datés. La décision contestée se réfère toutefois expressément à la sanction disciplinaire du 1er groupe de trois jours d'arrêts prononcée à son encontre pour manque de respect envers les autorités médicales le 10 janvier 2021 et comporte une annotation de l'autorité militaire de premier niveau relative à la récurrence du comportement irrespectueux de M. A et des rappels à l'ordre effectués. En outre, les compétences " maitrise de soi " et " capacité de remise en cause " sont évaluées " perfectibles " dès sa notation 2019. M. A n'a contesté aucune de ces deux décisions. Par suite, le moyen tiré de l'absence de matérialité des faits quant à son " caractère sanguin " doit être écarté.
11. M. A critique ensuite l'évaluation de ses compétences effectuées par son supérieur hiérarchique. Il ressort de son bulletin de notation 2020 que 8 critères sont évalués " fort ", 4 " normal ", à savoir l'adhésion à l'institution, la disponibilité, la discipline et la capacité à rendre compte, mais 8 " perfectibles " à savoir la délégation et le contrôle, la rigueur formelle, l'engagement personnel, la capacité de remise en cause, à convaincre, à surmonter les difficultés, la maitrise de soi et la résistance au stress. En faisant valoir qu'il a renoncé à un concours de la fonction publique pour passer le brevet supérieur et qu'il a demandé à effectuer des gardes incendie, M. A ne démontre pas que l'évaluation de son adhésion à l'institution ainsi que de sa disponibilité soit entachée d'erreur manifeste d'appréciation. En outre, si, pour contester l'évaluation des critères " capacité de remise en cause, maitrise de soi, résistance au stress et capacité à surmonter les difficultés ", M. A fait valoir que son état de santé était fragile au cours de cette période en raison de l'anxiété causée par des accusations portées contre lui mais qu'il a donné satisfaction sur le poste sur lequel il a été muté, il ne ressort ni de la notation ni de la décision contestée que sa situation n'ait pas été prise en compte dès lors qu'il est indiqué qu'il a effectué très correctement ses missions. Enfin, la circonstance que M. A ait obtenu d'excellentes évaluations les années précédentes est sans incidence sur la légalité de la notation 2020. Dans ces conditions, en évaluant la qualité des services rendus au niveau " Passable ", l'aptitude aux emplois de niveau supérieur " à terme " et le résultat chiffré à + 0.5, l'autorité militaire, qui a appliqué l'instruction du 13 décembre 2019 susvisée, n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.
12. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée, qui se fonde sur une appréciation de la valeur professionnelle et de la manière de servir de M. A, serait entachée de détournement de pouvoir. Si le requérant a pu avoir des relations difficiles avec sa hiérarchie, il ne ressort ni de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier qu'il aurait été victime d'agissements excédant l'exercice normal du pouvoir hiérarchique de nature à caractériser des faits de harcèlement ou une sanction déguisée.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 28 avril 2021 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. A sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la ministre des Armées.
Délibéré après l'audience du 16 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Salvage, président,
Mme Le Mestric, première conseillère,
Mme Fayard, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2023.
La rapporteure,
Signé
F. LE MESTRIC
Le président,
Signé
F. SALVAGE
La greffière
Signé
S. BOUCHUT
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,-2105253
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026